‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 41 sur 373 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Erreurs de Soave. — Difficultés insurmonta blés que l'on éprouve tant par rapport am dissidences entre les orateurs de France c ceux d'Espagne, que par rapport aux ca nous et aux décrets indiqués plus haut. Le cardinal de Lorraine écrit à Rome po se justifier.— La session est prorogée d consentement unanime jusqu'au 22 avr — Oa convient de traiter, durant cet in tervalle, la question du mariage.

1 L'historien dont nous avons enlrepr la réfutation montre de tous les événemen

en si

nui précèdent une connaissance tres-impa faite et très-superficielle : et il arrive men assez fréquemment qu'en voulant deguis son ignorance, il tombe dans les plus elra ges méprises. Je continuerai a suivre, a < Lard, la route que je me suis tracée poi| le°s derniers livres de mon ouvrage, c estdire que je me bornerai à indiquer quelque unes des nombreuses erreurs de Soave, et détruire ses plus graves accusations. D abo il rapporte que le duc de Savoie choisit po ambassadeur et envoya au concile, en cei qualité, l'évêque d'Asti. Pour éviter cette! exactitude, et pourécrireAoste au lieud As il suffisait de lire, je ne dirai pas les m moires manuscrits, mais seulement le c cile imprimé à Anvers.

Ceci n'est toutefois qu une erreur de d'importance, tandisquec'est une monstrue se calomnie que d'attribuer au cardinal

(1) Leurs deFoscarari au cardinal Morone, 28 j

(2) Lettre des légats au cardinal Borromée, 28 j

vier.

dont il était honoré

VHÎI

lirrceùc circonstance. 11 les avaU «««té*

(5) Lelûe du cardinal Borromée aux légats, 6 vrier i563,

LIVliE DIX-NEUVIEME.

Lorraine des paroles pleines d'amertume et d'indignation contre le souverain poniife, sous le faux prétexte que ce dernier voulait Mer toute liberté au concile. De même que 'et riture hébraïque, pour offrir le vrai sens, i besoin d'être lue au rebours , ainsi il faut Toire le contraire de ce que dit Soave pour •tre dans la vérité de l'histoire. En effet le ardinal, comme nous l'avons montré, présent le souverain pontife de se rapprocher de Trente, pour rétablir l'ordre et la paix dans e concile, soit qu'il se déterminât à le présiler en personne, soit que du moins il établît jour un temps sa résidence non loin de là. )e plus, le cardin »l se plaignit amèrement de quelques prélats qui, lotit en affectant beau- Loup de zèle pour les intérêts du siège apos- ! jlique, devenaient par le fait un obstacle (erpétuel au triomphe de la vérité et delà istice. et portaient de graves atteintes à l'au irrité pontificale elle-même. Et nous avons l rouvé plus d'une fois que les légats penlient là-dessus comme le cardinal.

2. Soave ne s'écarte pas moins de la vérité jans le rapport qu'il fait de l'enlrctienqui eut .eu entre les orateurs français et les prési- V >nts. On peut s'en convaincre par les lettres 1 ces derniers au cardinal Borromée, lettres ui rendent un compte très— détaillé de cet Jitretien, et dont notre récit n'a été que la -.•■production exacte et presque textuelle, nette différence dans les deux relations ne ut être attribuée à la réserve dont les lé- - 9its auraient u^é dans la leur par un motif •; prudence ; car ce rapport et le nôtre témoignent plus fidèlement de l'impression rio- '.nte sous laquelle ils se trouvaient, que «lui de Soave lui-même. Mais que dire de ♦ rtainc dispute inventée par l'historien et ont la cause fut, si on l'en croif, que plui?urs évoques, peu favorables au souverain pnlife, refusaient de lui accorder une autoré égaleàcelledeJésus Christ envisagé comîe homme et pendant le temps de sa vie ifortellc ; consentant seulement à reconnaî- U au pape une autorité égale à celle de saint Jerre, ce dont les partisans de Rome se monliicnt fort peu satisfaits, dans la crainte l'tH'on ne voulût réduire le pape à mener la |--ie pauvre et obscure de saint Pierre? Est-il ] -Mble de trouver jamais plus de perfidie ( ns li haine et plus d'absurdité dans le nu n- Éîge? Sans m'arrêler aux aveux de Paleollo, ci assisiaitau concile en qualité de ministre < siège apostolique, et qui par là même devit être plus ardent que personne à défendre 1 utorilé pontificale ; sans m'arrêler, dis-je, sa doctrine clairement enseignée (1) dans 95 œuvres, que l'autorité du pape n'est pas éale à cellede Jésus-Christ comme homme, nis seulement à celle do saint Pierre, j'en •v»ns directement à la proposition pour l'envager en elle-même. Comment celte idée dgaler le souverain pontife à Jésus-Cbrist I u\ ait-elle germer dans l'esprit d'un car t nique ? Qui donc osa jamais dire que le

I ) De suai contiHorii Consullntionibui , pars I, ' 3. nnm. 1.

souverain pontife a le pouvoir d'instituer des sacrements, commeen a institué Jésus-Christ; de fonder des lois perpétuelles dont nul n'aura le droit de dispenser, et de déroger même à uneloi divinedès Ionglempsétablie,commeiI était permis à Jésus-Christ de le faire ; enfin de communiquer à d'autres une autorité infaillible pour écrire et pour statuer sur les matières de la religion et de la foi, comme l'a fait encore Jésus-Christ? Non! ces savants prélats ne pouvaient dounerdes preuves d'une si étrange déraison. Mais encore comment Soave était-il assez aveugle pour ne pas voir l'éclatante contradiction qui ressort de ce* mensonge? Si, en faisant l'autorité pontificale égale à celle de saint Pierre, on craignait de restreindre le pape à la vie de cet apôtre, ne pouvait-on pas craindre pareillement qu'en comparant le pape à Jésus-Christ comme homme, on n'obligeât le chef de l'Eglise à se conformer au genre de vie que suivait le Fils de Dieu dans sa condition mortelle, ce qui certainement n'était pas lui im poser des habitudes plus fastueuses et plus magnifiques.

Donc la controverse à ce sujet fui telle que nous l'avons rapportée, c'esl-à-dirc que le parti le plus favorable au pape voulait qu'on l'égalât à saint Pierre pour l'autorité du gouvernement, et que l'autre parti s'opposait à cette déclaration en disant que l'aulorilé croît en raison de la sainteté, et qu'elle embrasse même le droit d'écrire des livres canoniques, ce que pouvait saint Pierre, et ce que ne peul assurément pas le pape. Voilà ce que rapportent de concert un grand nombre de mémoires certains cl authentiques que nous avons cités (1) à l'appui de celle partie de notre histoire. (2)

3. Mais continuons notre récit. Les légats voyaient de jour en jour se compliquer davantage les difficultés dont ils s'efforçaient de démêler les nœuds. Le cardinal de Lorraine leur apprit (3 j qu'il avait eu une conférence avec les ambassadeurs français et les autres conseillers royaux qui étaient en petit nombre au concile, cl qu'on avait unanimement conclu que le roi étant pupille, leur litre de ministres leur défendait de consentir à loule innovation qui pourrait compromettre les antiques prérogatives de leur souverain ;que plus l'autorité d'un concile œcuméique était grande, plus l'exemple qui y serait donné aurait de force dans la suite; que les services rendus à l'Eglise par le Roi Ïrès-Chi étien exigeaient qu'on ne lui témoignât pas moins de déférence que n'en avaient témoigné à ses prédécesseurs tous les conciles précédents ; que si le comte n'était placé ou à la suite des

(I) Voir le chapitre 13.

ter

, Soave dit encore que les papes ne voulaient pas se contenter de la décision qui leur accordait une alntoiilé égale à celle de saint Pierre. Or celte accusation est tellement dénuée de fondement que le père Coiirayer lui-même en reconnaît la fausseté, à la page i»)7, n. 50. (Aote fT Antoine Zaccana.)

Lettre des légats au cardinal Borromée, 7 lé*

» -.•*—« AnnfnhiP nnanrès pondirent donc aux ambassadeurs, en termes

Français, selon »,*»2!f« et ôSconséqîSSÏ généraux, qu'ils feraient ce qu'ils croiraient

tous les ambassadeur et par conséquent g , , t ^ ^ ^ ^

après eux, ce qui ava tetejï.dt ni jusq u a e ensemble, trouver le cardinal de

lors deviendrait P^l™f ™ ^èn dénouÛ- Lorraine pour lui dire qu'il ne leur semblait commettrait ainsi une . s en d ^^f j ^ ^^ ^ ^ proposiUon de

mandée, à cause des nombreuses dissidences qui s'étaient déjà rencontrées et qui, sans doute, ne seraient que le prélude d'une opposition plus ardente et plus formidable. Mais ils trouvèrent le prélat français plein d'indignation et de dépit; et jugeant qu'on ne gagnerait rien sur lui, tant qu'il serait dans cet état de trouble , ils se bornèrent, dans cette courte visite, à quelques paroles vagues et générales. Le lendemain matin ils lui envoyèrent l'évéque deSinigalia; tandis que l'archevêque de Lanciano allait, en leur meniuans ieu« .»»"*■'"■; - " .-v*r - \ „ n0m, trouver le cardinal Madrucci, les deux de sonautorité, puisque lou en las tau^ „ proposèrent ce qui suit : qu'on

deux partis à faire valoir leurs raiso ^ il s e «««g P £ ur§ 4, détermjne^ au

tait déclare en fave"rprd"^n^nf/n^Cdea^ Slus sûr, le jour de la session ; que, dans avait cru devoir travailler a le maintenir dans p^ j^;^;1^ présentât à l'assemblée gé-

sa Dossession. . . ... „a-«.i« \»a civ canons qui n'avaient point

Vax mettrait ainsi une injustice en dépouil ïantïe roi de France d'un droit légiume ; qu'en agissant ainsi, non-seulement on mettrait les ambassadeurs dans la nécessite de se retirer, mais qu'on s'exposerait encore a occasionner une rupture entre les deux rois dans un moment où leur bonne intelligence importait extrêmement au bien de la religion; nue le roi Charles, qui se donnait tant de peine pour la défense de l'Eglise, avait droit a des égards particuliers de la part de l'Eglise assemblée ; qu'enfin le sénat vénitien dont on connaissait la prudence, entrait absolument dans leurs intentions et les appuyait

% %^V^^IZ^ ÏÏTSSC Ponants ; que Fonj

Uons du comte de Lune. Gomme nous

l'avons déjà dit , les nonces d Espagne et

le cardinal Borromée les avaient assurés

nue le roi Philippe s'entendrait avec les

2vôqnes de son royaume et qu'il mettrait

tout en œuvre pour que le concile eut une

fin heureuse, et que les droits du siège apostolique demeurassent inviolables. Or, des

lors que ces dispositions devaient être exécutées par un autre que par un ambassadeur

on risquait d'en voir manquer 1 eûet, et

les légats ne les considéraient plus que

comme une bonne épée abandonnée a des

mains impuissantes.

Les représentants du siège apostolique ne

rencontrèrent pas moins de difficultés d

l'égard des matières dont on s'occupait alors.

Le! orateurs français allèrent rouver .les

légats et leur dirent que ce quil y avait a faire était de proposer le décret sur a res.dence tel qu'il avait été accepté par la com- Son qui avait eu fur chefs les deux cardinaux nommés plus haut. Tous les conçues Paient tracé la route à suivre, a cet titra, en soumettant aux assemblées générales ce qui avait d'abord ete établi dans les congrégations particulières. Au reste, di- St-ils en dernier lieu, leur opinion eta t re le des deux prélats eux-mêmes. En effet, S cardinal de Lorraine et le cardinal Mari r ur ci s'étaient déclarés pour celte mesure, c ils s'était ensuite persuadé que les légats répugnaient à proposer le décret, parce qu ,1s «revoyaient qu'il serait approuve.

1 5 Les légats tenaient à conserver le privilège d'imposer la loi sans la recevoir de Jusque ce fût, et en même temps ils vou- K nfjustifi.r'leur conduite et se me tre a l'abri de toute espèce de blâme. Us rè-

(1) Lettre des légats au cardinal Borromée, 1" février 15C3

avec les décrets corres- proposât en même temps le décret de la résidence, rédigé par le cardinal de Lorraine; mais parce qu'on savait qu'un grand nombre de Pères n'étaient point favorables à cette formule , qu'on l'accom-i pagnât de celle qui avait autrefois été proposée par les présidents; que chacun se déciderait alors en faveur du décret qui lui paraîtrait préférable, et qu'ainsi on laisserai! manifestement au concile une pleine et en tière liberté.

Par ce moyen , les légats se disculpaienl

du reproche qu'on leur adressait de ne pas

faire la proposition parce qu'ils craignaienf

qu'elle ne fût acceptée. Mais ces mesures ne

furent pas agréées des deux cardinaux. Er

conséquence, les présidents les invitèrent «

se réunir à eux, le soir du 1er février, poui

qu'on eût le temps de prendre un arrange'

ment définitif; car la session était désormai

imminente. Le cardinal de Lorraine voulu

détruire l'opinion désavantageuse qu'il aval

pu donner de lui-même, dans l'entrevue pré

cédente, par le trouble qu'il avait fait parai

tre. Les nuages intérieurs vinrent se reflétei

sous les brillantes couleurs de l'arc-en-cie

sur ce Iront naguère terrible comme un eu

orageux. Le cardinal avait eu le temps (

tenir conseil avec lui-même ; il était rede

venu plus calme et il affecta des manière

affables et des sentiments affectueux. Il n'h

sila pas cependant à blâmer les trois mo

qui avaient été insérés dans le canon rela

à l'autorité du pape , et qui attribuait à c

lui-ci le pouvoir de gouverner l'Eglise un

verselle. 11 devait, disait-il, décharger i

conscience de la responsabilité d'une sei

blable déclaration. Pour cela il avait fait s

voir au pape, par une lettre écrite du se

même, toutes les difficultés auxquelles cel

formule allait donner naissance, si on vo

lait la laisser subsister malgré les résista

ces à jamais invincibles des Français.

Page 1