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lant de modération dans son cœur, qu'il n'en avait rien paru au dehors. Il alla présider le concile contre son gré et par obéissance, et s'il continua jusqu'à sa mort à occuper ce poste, ce fut toujours par obéissance ; mais il en remplit les fonctions avec tant d'applir.ilion, qu'il fit bien \oir que la gêne imposée par le devoir n'est point forcée pour la vertu. Là, parmi une si grande variété de sentiments et d'affections, il n'y avait personne qui ne lui donnât les premières louanges, au point que quand il parla de se retirer, toute l'assemblée s'émut, tous les princes de la chrétienté s'y opposèrent, l'Emperrur s'abaissa, pour le retojnir, jusqu'aux prières, et le pape fit plus peut-être en lui imposant l'ordre formel de rester. Peu avant sa mort, désirant consumer les dernières années de sa vie dans les soins de l'épiscopat, il avait demandé à déposer avec le fardeau la dignité même du cardinalat ; et néanmoins il ne put tellement éviter la calomnie d'ambitieux I , comme d'un vice honorable et universel dans les grands, qu'il n'ait paru aspirer à une plus grande dignité, et qu'on n'ait attribué a une telle vue la douceur dont il osait avec les évêques, qu'il considérait, suppose-t-on, comme pouvant être appelés prochainement à élire le pape futur. Mais qui voudra consilérer quel avantage résultait pour l'Eglise l'assurer au concile, au dedans, la satisfaction d'un gouvernement très-doux, et au li hors la réputation d'une liberté très-enière, comprendra facileau nt que le présflenl n'en était que plus louable de s'exposer, >our servir la cause publique, à la note l'ambition privée. 11 était si charitable en-
rs son troupeau et si soigneux de le paître, nême corporellement, que, dans cette année Lassez grande disette où il mourut, il faisait lislribuer, chaque jour, dans Manloue, à nille pauvres la quantité de farine qui était lécessaire pour leur nourriture. Sa charité l'étant point d'ailleurs restreinte à la seule ille de Mantoue, mais se répandant dans oute la Lombardie, on conçoit qu'il dépen n aumônes, dans les trois dernières années le stérilité, des sommes énormes et incalcuables. La piété et la libéralité dont il avait onné des preuves toute sa vie ne se démenirent point à sa mort. Il conserva la con- <iissance jusqu'au dernier soupir, et il exerça en des actes d'une dévotion exquise, lais comme le pire effet du mal est d'ôter le entiment du mal même, quand tous les au-
! n'avaient déjà plus aurunc espérance our sa guérison, il n'avait pas encore le îomdre soupçon de sa mort prochaine (2). es serviteurs, ses amis, ses parents, retenus arle respect et par un sentiment d'amour ial compris, n'osaient pas l'avertir. Enfin amillc Olivo, son serviteur depuis quarante ns, se décida à le faire ; il en fut remercié ar son maître avec une affection égale à la
(1) Relation déjà mentionnée de l'ambassadeur vétien.
(i) Relation du concile i n Ou Pont, un-
valeur et à la singularité da service. Il voulut [l] recevoir les derniers sacrements de la main de Jacques Lainez-, général des jésuites, qui était depuis peu de retour de Mantoue, où il l'avait envoyé travailler pendant, quelque temps au bien" des âmes, et fonder, un collège de la société. 11 assura la perpétuité de cet établissement par un codicile qui fut trouvé p ;r après [2). Son testament, où l'on ne trouva point d'autre empreinte que celle de l'amitié, ou de la charité, ou de la reconnaissance, fut particulier* ment vanté à cause de cette vertu populaire qui obtient toujours les applaudissements du public dans la mort des grands, je veux dire à cause des recompenses qu'il arcorda à ses serviteurs : il n avait point jugé indigne de lui de s'abaisser jusqu'à y désigner nommément les derniers de ses valets.
3. Ses obsèques furent célébrées à Trente p :r toute cette grande assemblée qu'il présidait (3) , puis à Mantoue par le duc neveu, qui, changeant le cours et le but de son voyage, manda à sa (femme de rebrousser chemin, et retourna lui-même à Mantoue, où il voulut accompagner le corps du défunt. Il fut suivi encore par un nombreux cortège de prélats qui avaient été les amis du cardinal, et qui demeuraient toujours attachés à ces froides dépouilles qui restaient encore de lui sur la (erre. Mais le deuil le plus honorable qui lui fut fait, celui qui ne s'obtient ni par la nobb sse do sang, ni par la hauteur du rang, ce furent les larmes que l'on voyait couler sur tous les v .Je n'exagère point, je parle avec toute l'exactitude et toute la simplicité de l'histoire î . on n'entcndailàTrente, durant ces jours, que soupirs et sa: comme si tout l'espoir
de la chrétienté était mort avec lui. Les légats surtout furent frappés de ce coup comme de la foudre (5). Seripandi, bien éloigné de cette ambition qui fait désirer aux hommes toute espèce de primauté, et sur:out à ceux qui se trouvent déjà d .ns les premiers rat écrivit au pape avec beaucoup d'instance qu'il daignât substituer au défunt un autre it assez ancien dans le consistoire pour qu'il dût lui être supérieur dans le concile.
i. Les Impériaux, prévoyant la nécessité de cette future élection, jetèrent aussitôt les yeux sur le cardinal de Lorraine. Ils disaient (Gj que de lui voir donner la présidence ce serait une satisfaction pour tous les princes et pour toutes les nations, dont il avait la confiance, et par conséquent une
(I) Supplément à Ciaccone déjà Mentionné, et Sacchino an comneneemenl du livre Vil.
(-2) Outre les actes de PakoUo, deux lotiras ée l'archevêque de Zira, des ~>el4 mars 1505.
journal du 3 nnrs.
(4) Voyez lettre de Foscarari au cardinal M do l mars r>63.
lettre des léeats au cardinal Borronv 8 mars : et réponse de celui-ci à Seripandi , 10 mars t563.
(8) Voyez lettre de Visronti M e*rd
assurance pour le bon et glorieux succès du concile. Ils expédièrent en toute hâte ua courrier à l'Empereur, l'engageant à s'employer de tout son pouvoir auprès du souverain pontife pour faire réussir ce projet, auquel les autres ambassadeurs ne manqueraient pas de s'intéresser de leur côté. Us ne doutaient point que Pie IV, lorsqu'il verrait toutes les couronnes réunies pour lui faire cette demande, s'il n'avait pour agréable. d'y acquiescer, n'oserait pas du moins la refuser. Le Lorrain lui-même n'était pas tout à fait étranger à cette intrigue ; mais le pape était d'un avis trop contraire. D'un côté il prévoyait l'assaut qu'il aurait à soutenir de la part de si puissants intercesseurs, de l'autre il comprenait que la chose ne pourrait tourner à bien ; car, malgré l'accord qui régnait entre les trois plus grands princes sur différents points, il y avait néanmoins d'autres chefs sur lesquels ils étaient en plein désaccord. C'est pourquoi il ne convenait pas que le premier président et le premier moteur de l'assemblée appartinssent à.aucun parti. On n'ignorait pas combien la concession du calice et quelques autres dérogations à différentes lots ecclésiastiques étaient vivement réclamées par le cardinal de Lorraine et par le roi de France, et en même temps vivement repoussées par le roi d'Espagne. D'ailleurs la nation française, se montrant opposée à ces titres de prérogative que le concile
en eux particulièrement les deux premières. Morone avait surtout un talent particulier pour le maniement des affaires ecclésiastiques; aussi avait-il été destiné par Paul 111, comme nous l'avons rapporté plus haut (1), à la légation du concile, dès la première fois qu'il fut convoqué à Trente par ce pontife. Il avait encore l'avantage de posséder la confiance la plus étroite du pape, tant à cause de la communauté d'une même pairie que de leur amitié, qui était très-ancienne, et des services qu'ils s'étaient réciproquement rendus. C'est pourquoi il se trouvait tout à propos que le premier rang parmi les légats lui appartînt d'ailleurs, à cause de son ancienneté dans le cardinalat.
5. Quelque activité qu'eût mise le pape à accélérer la délibération (2), afin de prévenir toutes les demandes en faveur du Lorrain, au point que, dès le matin même qui suivit le jour où la nouvelle était arrivée de Trente, les cardinaux étant venus pour tenir chapelle, quoiqu'ils ne fussent pas avertis, selon la coutume, qu'il y aurait consistoire, le pape se rendit auprès d'eux et publia l'élection. Néanmoins tout cela servit de peu; car le cardinal de Bordeaux, se doutant de quel-
que chose, pénétra vers le pape, le matin même, avant que rien ne fût fait, et se mit à lui exposer combien il serait à propos de confier cette charge au cardinal de Lorraine, si recommandable par son autorité, par sa
de Florence avait donnés au pontife romain, doctrine, par sa piété, par sa prudence, par
son habileté, par la faveur dont il jouissait auprès de toutes les couronnes et de toutes les nations chrétiennes. Le cardinal affecta de faire valoir ces raisons avec d'autant plus d'esprit, qu'il lui en fallait davantage pour faire voir qu'il avait véritablement l'intention de persuader, parce que le pape, ayant manifesté autrefois la volonté de lui donner lui-même celte légation, on aurait pu soupçonner que, par esprit de concurrence oi par envie, il devait peu désirer l'électior d'un autre Français. Le pape lui répondi que le cardinal étant venu comme chef d'un nation, il ne convenait pas de lui donner un présidence qui exigeait plus que toute autr chose l'effet et la réputation d'impartialité. 6. La veille de cette élection (3), le cardi nal Hosius, ayant appris par une lettre qu je crois être du cardinal Borromée, que l'hé résie menaçait de s'introduire dans son die cèse, proposa au pape, par l'entremise
pouvait-il, sans pécher dans la garde des clefs dont le dépôt avait été remis entre ses mains par saint Pierre, déléguer, pour présider en son nom le concile, un homme qui y avait été député par le chef de ces mêmes Français, etqui montrait des sentiments conformes aux leurs ? Il eût peut-être été fort pénible pour le cardinal lui-même de se trouver dans la nécessité, ou de manquer au pontife dont il serait devenu le représentant, ou de déplaire au roi dont il était venu le représentant. Certains conseils de modération auxquels il voudrait avoir recours, et qui peut-être ne seraient point contraires au devoir d'un bon prélat, seraient loin de suffire aux obligations d'un fidèle légat. Par toutes ces raisons le pape, sachant que le refus le plus honorable et le moins injurieux est de prévenir et par là même d'empêcher la demande en accomplissant le fait contraire, n'eût pas plus tôt reçu la nouvelle de
la mort du cardinal de Mantôue, qu'il se hâta Visconti, que sa légation à Trente fût char
gée en celle de Pologne, où il serait plu utile à l'Eglise que dans le concile. Ma cette demande n'ayant été par lui adresse que trois jours après la mort du cardinal Mantoue, elle fut refusée (4), par le mot que sa présence à Trente était indispensabl et elle n'arriva point à Rome assez à lemj pour qu'elle pût influer de fait sur la déle minalion du souverain pontife par rappo
de nommer, pour le remplacer comme légats dans le concile (1), les cardinaux Morone et Navagero, dont j'ai parlé au lecteur en plusieurs endroits. Il fut déterminé à ce double choix par la raison que je vais dire. Comme il restait parmi les anciens légats deux fameux théologiens, Seripandi et Hosius, et un très-habile canoniste, savoir le cardinal Simonetta, il fallait dans les nouveaux plus de prudence et d'expérience dans les choses politiques que de science. Or, bien que cette dernière qualité ne manquât pas aux deux cardinaux, on voyait éclater et l'on admirait
(1) Actes consisloriaux du 7 mars 1563.
(1) Vovez livre VI, ch. 1.
(2) Lettre du sieur de lTsle au roi, 7
(3) Lettre de Visconti, G mars 1563.
(1) Lettre du cardinal Borromée au
monctta, 13 avril 1563.
mars 1563 cardinal
aux nouveaux légats, comme Fra Paolo l'a nir, à cause des longueurs bien fâcheuses imaginé. A cela cet auteur ajoute encore un qui en résultaient nécessairement et qui autre mensonge beaucoup plus grave : selon étaient devenues la causede tous les troubles; lui, le cardinal Simonetta, guidé par l'ambi- et il leur mande que le pape veut absolution de rester préposé à la conduite du gou- ment qu'ils agissent à l'avenir selon leur vernail que le caractère peu énergique d'Ho- propre jugement (1).
sius le laisserait maître de diriger à son gré, 8. L'évéque de Viterbe leur apporla une
quoique ce dernier eût rang au-dessus de lui, réponse semblable par rapport au décret sur
fit entendre au pape qu'il serait dangereux la résidence(2). Mais les légats qui auraient
de rien changer dans le concile. La preuve préféré la sécurité dont on jouit quand on ne
du contraire se trouve dans une lettre corn- fait qu'exécuter les ordres de ses supérieurs
mune de Simonetta et d'Hosius (1) au cardi- à l'autorité d'un plein pouvoir, en furent peu
nal Borromée, écrite dans un temps où l'on satisfaits. Gualtieri arriva àTrente le 5 mars
commençait déjà à craindre pour la vie du (3). Il ne trouva pas le cardinal de Lorraine
cardinal Seripandi, attaqué d'une grave ma- en bien bonne humeur. Les ambassadeurs
ladic, comme nous le raconterons ci-après, vénitiens lui avaient communiqué, la veille,
Le cardinal Borromée leur répondit (2) que une funeste nouvelle (4) qui leur avait été
le pape, moins pour le besoin que pour sa- écrite par l'ambassadeur de la république
.tisfairc à leurs vives instances, avait substi- en Savoie; savoir que le duc de Guise,
tue deux légats en la place du défunt cardinal frère du cardinal et soutien de sa famille,
de Mantoue et du cardinal d'Altemps, qui avait été frappé par derrière d'un coup de
était parti. En outre, répondant à une lettre poignard par trahison, sous les murs dOr-
iparticuhèrequi lui avait été adressée par le léans, et que sa vie était en danger. Celle
cardinal Simonetta, le 10 mars, par consé- nouvelle étourdit le cardinal à un tel point
•quent après la mort du second légat, et avant que, bien qu'il fût présent de corps aux réu-
qu on n'eût reçu à Trente la nouvelle de nions des théologiens et à tout le reste, on
1 élection faite à Borne le 7, il lui déclare (3) voyait néanmoins que, malgré lui, son âme
que le pape avait appris avec beaucoup de n'y était presque pas; et la fermeté dont il
peine par cette lettre qu'il se trouvait atta- cherchait à se couvrir n'empêchait pas qu'on
que d un violent mal de tête ; mais qu'il l'ex- ne lût sur son visage l'irrésolution et l'agita-
hortait néanmoins à prendre courage et à tion de son cœur. Peu après les Vénitiens
persévérer malgré la fatigue. Les lecteurs apprirent par de nouvelles lettres, et divul-
ivoient par la combien le cardinal Simonetta guèrent la mort du duc qui avait succombe
était alors éloigné de vouloir persuader au après sept jours de souffrances. Mais on
pape de ne point nommer de nouveaux lé- tâcha que ce nouveau bruit ne parvînt pas
gatset de lui laisser sur les épaules presque aux oreilles du cardinal, de peur de l'affliger
tout le fardeau. peut-être sans fondement, attendu que rien
7. Avant ces derniers événements, le pape n'était venu encore d'ailleurs pour le con-
lavait enfin renvoyé Gualtieri à Trente ; mais firmer. Néanmoins comme/ la renommée
il avait préalablement mandé par uncourricr trouve le moyen de s'introduire par toutes
(•») ses observations sur les demandes des les portes, on ne put pas empêcher qu'il
français, afin que les légats fussent plutôt n'en eût quelque vent. Dans les différentes
en mesure de satisfaire, en les proposant, à relations écrites de cet événement, il se
I impatience que montraient les ambassa- trouve, comme toujours, une grande variété
(leurs. Au surplus il remettait entièrement dans le détail des menues circonstances à
il altaire au jugement des légats, déclarant l'égard desquelles les oreilles sont ordinai-
quç ses observations renfermaient des con- rement peu attentives, la mémoire peu ap-
seils et non pas des ordres.: et il leur renou- pliquée, et la plume peu soigneuse. C'est
yela encore par après cette déclaration quand pourquoi si quelqu'un songeait par hasard
ni leur lit connaître de nouveau son senti- à m'accuser d'inexactitude en m'opposant
ment, après que ceux-ci lui curent commu- quelques témoignages contraires à mon ré-
niqué quelques-unes de leurs réflexions sur cit, qu'il commence d'abord par le comparer
.ses notes. En somme toutes les lettres qui avec les relations que j'ai indiquées à la
arrivaient aux légats de la part du pape sur marge, et il verra qu'en ayant vu plusieurs,
ce sujet contenaient, ou la remise de l'affaire je me suis arrêté à celles qui m'ont paru les
entre leurs mains, ou des plaintes deeequ'ils plus dignes de foi
n avaient point encore usé des pleins pou- 9. Le cardinal, se trouvant donc alors dans
\oirs qu il leur laissait. En dernier lieu le cette triste et pénible disposition , répondit
S?, î? v B?rro™ec> repondant après la mort d'abord aux discours de Gualtieri d'un ton
CSu a .deM?nlouca u»,c lettre particu- bref et peu attentif (5), comme s'il n'eût pas
.iierede Seripandi, énonce dans les termes
ro? f5,SP,TSifS 1C igr'1nd ?éplaîSJir qU° (■) *° «"■ 1^3.
ordrp. I «lî! £a,.)C .d° lm. demander scs (2) Lettre des légats au cardinal Borromée, 8
ordres a propos de tout ce qui pouvait surve- mars 1565.
m x n^po iKc~ (3) Lettre des légats du 6.
2 in mî. ilak W V°yez icttrc dcs lé8als a" cardinal Borromée
M n Z t'A' 8 mais ; et de Gualtieri, 8 et 9 , ainsi que le journal
loi w mars 1009. du 10 mars 1563>
m£ai«l£. ? 170? !•?{?■ du .?rnhmï Bo,TO" (5) Lellrc dc Visconf.au cardinal Borromée, 8 mars
inee aux icgais, 17, 21 et 25 lévrier 1563 1563.
élé dans ses bonnes grâces : tellement que, s'en étant aperçu ensuite en y réfléchissant , il lui envoya faire ses excuses. C'est pourquoi l'évêque de Viterbe s'abstint d'entrer, en ce moment, dans aucun sujetde conversation qui ne fût agréable au cardinal et propre à le divertir de son ennui et de ses noires pensées, n'entremêlant ses discours de ce qui avait rapport aux affaires publiques qu'autant que cela pouvait servir à la variété dont il avait besoin pour se distraire (1). Mais le cardinal ne tarda pas à recevoir des nouvelles certaines par un envoyé particulier. Dès ce moment il montra plus de fermeté qu'il n'en avait fait voir auparavant lorsqu'il était encore dans l'incertitude , soit parce que celle-ci avait préparé son âme à recevoir le coup, et que la douleur eût été absorbée en grande partie par la crainte; soit parce que l'homme garde volontiers l'affection au bien qu'il possède tant qu'il garde
barrasser leur secte d'ennemis si menaçants, et pourdélivrer leur famille d'émulés si puis«. sants, ne songeassent aussi à tendre des era-fl bûches à la vie du cardinal, qui ne leur était pas moins redoutable dans la robe que no l'avait élé son frère dans les armes; mais il dit à Gualtieri qu'il n'y avait aucune garde humaine qui pût donner une entière sûreté, et qu'il fallait par conséquent ne pas vivre dans une trop grande sollicitude de sa vie, mais en laisser le soin à Dieu, qui en est le souverain maître. C'est pourquoi il passa, dans l'entretien, du danger qui lui était personnel au péril public où se trouvait loute< la France; et après bien des paroles il fut conclu entre eux qu'il fallait mettre som principal appui dans le Roi Catholique et 1* prier de se déclarer comme le tuteur de sot; parent orphelin et abandonné. Quelques-uns, cependant, qui ne peuvent croire que celui, qui possède un Etat puisse avoir d'autre règle
1UCUUU dU UlfU UU il UU55CUC Ullll 4U n bu,uv' M"' 1^"""~ — • . , ,. • t
l'espérance de le conserver: mais que quand de conduite que la raison d Etat, publiaient
l'objet de son affection vient à le quitter, il qu'il ét4^ délermiaéjj^approu ver qu on rea-
le quitte lui-même autant qu'il peut et ne songe plus qu'à chercher dans son courage un soulagement honorable. Ainsi lorsqu'il
reçut cette douloureuse certitude, il se jeta à genoux, et élevant son âme vers Dieu il dit : Seigneur, vous avez laissé sur la terrele frère coupable, et vous en avez relire l'innocent. Gualtieri ne manqua pas de l'assurer que le pape avait dû employer toute son autorité pour le soutien de sa digne et illustre famille; que de son côté la reine avait manifesté d'une manière éclatante ses bonnes in-
dit à la reine d'Angleterre l'antique possession de Calais , regagnée à la France par le défunt duc de Guise, et à exciter le conseil royal à faire cette cession sous prétexte que ce sacrifice n'était pas trop grand pour acheter au roi, dans un âge si tendre et parmi les discordes intestines, la paix extérieure.
Mais, comme on voit, ni les dangers de sa nalion, ni les malheurs de sa famille ne distrayaient le cardinal de la pensée des honneurs auxquels il aspirait personnellement, soit qu'aucun objet hors de nous ne soii
tentions , en conservant au jeune duc , fils assez fort pour détacher notre ame oe nous a.. jn.'i . i „..• „.„ ,i„ o^.. m^mne «n ». mie dans es srandes douleur
du défunt , tous les gouvernements de son père (2), et en donnant des ordres très-précis pour qu'on veillât soigneusement à la conservation des jours du cardinal (3). En effet on accusait de cet attentat les seigneurs de Cliâlillon, et particulièrement le cardinal de celle famille , qui avait embrassé le calvinisme. Le cardinal de Lorraine avait déjà fait les plus vives instances pour qu'il fût solennellement dégradé, et il ne manqua pas de les renouveler dans celte circonstance, sous prétexte de zèle et non d'inimitié. Mais le pape s'en était abstenu, voulant laisser au coupable la porte ouverte pour sortir honorablement du précipice. De fait le meurtrier, qui élait un petit gentilhomme huguenot, déclara, dans l'examen judiciaire, qu'il avait agi à l'instigation et par les ordres de Gaspard, seigneur de Châtillon, grand amiral et frère du cardinal, et bien que, questionné de nouveau , il ail ensuite varié dans ses déclarations, le soupçon qu'il avait autorisé ne contribua pas peu à ces sanglans événements dans lesquels le duc fit à l'amiral une plus grande guerre après sa mort, qu'il n'avait l'ait pendant sa vie. Ces soupçons paraissant donc alors bien fondés, on avait tout lieu de craindre que les mêmes seigneurs, pour dé-
(1) Lettre de Gualiieri au cardinal Borromée, 9 mars, et des légats, 11 mars 1 5C3.
(2) Lettre de Gualtieri au cardinal Borromée , 13 mars 1503.
(3) Lettre de Gualiieri. 9 et 15 mars 15C5.
, soit que dans les grandes douleur on se livre avec plus d'ardeur à l'amour d< ce qui nous plaît, comme d'un remède néces saire pour les adoucir.