CHAPITRE VII
Désir de la légation dans le cardinal de Loi mine. — Plaintes de ce qu'elle ne lui a pa élé offerte. — Entrelien des présidents aie lui et avec les ambassadeurs de VEmpcrcu touchant la proposition , qu'on devait fait au concile, du décret de la résidence. - Maladie et mort du cardinal Seripandi, court aperçu de ses actions les plus recom mandables.
1. Avant que la nouvelle de l'adjonclio des deux légats ne fût arrivée à Trente, o s'entretenait , en celle ville, de l'élection qi devaitiavoir lieu (1); et comme on supposa qu'il n'y aurait qu'une seule nomination, h uns désignaient le cardinal Morone, d'autri le cardinal Cicala ; mais le cardinal de Lo raine ne souscrivait ni à l'un ni à 1 autre c ces deux choix. Il avait rapporté à Gua lieri plusieurs plaintes que l'Empereur fa sait contre le premier ; il disait qu'il avu lui-même peu de confiance dans le secon d'après les rapports de certains prélats et réputation qu'il avait, comme nous avo
(!) Chiffre de Gualiieri au cardinal Borromé 8 mars 1563.
it, d'empêcher à Rome, par ses conseils, les îeilleures résolutions. M'ai s Gualticri s'était ppliqué adroitement à lé dépersuader, afin ue si l'un des deux venait, par hasard, à tre choisi , l'esprit du cardinal se trouvât ien disposé en sa faveur. Du reste, le cardial ne se départait pas de son opinion, qu'il tudrait que le pape se rapprochât de Trente n poussant jusqu'à Bologne (1), d'autant tus qu'à la mort du premier légat s'était
spécieux de se conformer à la disposition du
pape, et qu'ensuite il ne serait plus possible d'y déroger ; qu'il vaudrait bien mieux une réforme plus douce, mais décrétée par l'autorité du concile et dont chacun se trouverait content. Il avait aussi tenu le même discours (1) à Visconli , ajoutant que Sa Sainteté ne devait point croire qu'on voulût par là lui lier les mains, attendu qu'il n'était jamais venu à l'esprit d'aucun prince de re-
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Mnte, pour surcroît de malheur, la maladie fuser au pape le droit de dispenser, quand il
'ês-grave dont le second venait d'être alla- le jugerait convenable, des règlements qui
bé. Or, disait-il, ce n'est pas la peine de seraient portés. Mais, sur ce point même, il
snser à faire quelque chose d'important et était peu constant, selon sa coutume de va-
1 bien avantageux avec les deux autres qui rier d'un moment à l'autre, et dans ses sen-
steront. Mais ces allégations qu'il mettait h avant, et contre les présidents qui reslient en bonne santé, et contre ceux qui puvaient facilement être substitués au dé- Int ou au malade, s'il venait à mourir, ; aient pour principale fin , non pas tant de pousser les autres en arrière et de déterrincr le pape à s'approcher, que de se por-
tr lui-même en avant; car excité qu'il était s oier ue i esprit, une Donne lois, I par le désir d'obtenir de la gloire, ou par persuasion où elle était qu'il tramait la dessn zèle et par l'espoir d'être utile à la chré- truction de la cour romaine ; de ce que, pour l'nté, il souhaitait avidement de devenir celte raison, les légats, à Trente, n'avaient 1 pilote de ce vaisseau; et parce que, pour y aucune confiance en lui, et le pape, àRome, ariver, il fallait détruire, dans l'esprit du aucune en ses envoyés
timents et dans ses discours (2).
3. C'est ainsi qu'il s'étudiait à manifester des sentiments qui donnassent lieu à Pie IV d'espérer de bons effets de la présidence à laquelle il aspirait ; et parce que le plus grand obstacle à son désir était la défiance du pape, il ne cessait, ces jours-là, de se lamenter de ce que Sa Sainteté ne voulait pas s'ôter de l'esprit, une bonne fois, la fausse
rpe, les soupçons qu'il pouvait avoir, et entre les princes unis au cardinal , eteontre (•cardinal lui-même, il mettait tout en œuvre pur les dissiper.
3. Quant au premier de ces deux points, lr et ses amis 1rs plus affidés rendaient le pis excellent témoignage de la bonne volute de l'Empereur, au point que l'archev.]uc de Sens assura à Gualticri d'avoir riWilli de la bouche même de ce prince c paroles : que quand bien même le pape U arracherait un œil, il le verrait de l'autre a;c] plaisir; mais le cardinal était encore bn plus soigneux de persuader le second p nt, comme étant d'une plus grande importe ce pour le conduire à ses fins. Soit par un îl;t de son grand courage ou de sa grande région, soit que, comme l'écrivit Gualticri, eFrançais ne loge pas deux nuits la trise;e dans son cœur (2), soit enfin parce que a.ivacité d'un sentiment nouveau a pour îlt d'éteindre l'ancien, il faisait paraître als de gaîté dans ses entretiens qu'on ne
u en avait jamais vu avant ses malheurs More si récents. Se montrant appliqué sans 'eiche aux affaires du concile, il déclara à Siilicri que le pape était mal conseillé ï ablir une réforme de sa cour si sévère et étendue; que les princes n'en demandaient ?i tant; que Sa Sainteté aurait tort de se lier qu'en l'introduisant ainsi, par lui— " ne, il aurait dans la suite la liberté de la -e;crrer ou de l'étendre à son gré, parce V ces lois si rigides, une fois portées par ^u il se formerait, dans chaque royaume, u règlements correspondants avec le litre
) Lettre de Guahieri au cardinal Borroméc , ' us 1o63.
fà!arM563de G"''',l'°ri a" cardi™1 Borroméc ,
en ses envoyés. Au milieu de tout cela il revenait sur la nécessité de sa venue à Bologne, comme s'il eût désiré de l'avoir tout à la fois, et pour inspecteur, et pour directeur de toutes ses actions. Néanmoins il déclara ensuite que, d'après les lettres qui lui étaient venues de France, il avait compris que la présence du saint-père à Bologne ne serait pas agréée, qu'on lui supposerait l'intention d'asservir le concile, qu'ains', afin qu'elle fût approuvée par les princes, il fallait d'abord en régler avec eux les effets , ayant l'air de vouloir offrir à celte fin ses services comme étant d'un grand prix. Enfin il dit à Gualticri qu'il lui était venu à l'esprit un moyen de terminer heureusement le concile en un mois, mais qu'il ne pourrait le dire que dans vingt jours. Il faisait encore espérer au cardinal Sîmonetta (3) que lui et ses prélats de France réduiraient leurs prétentions de manière à satisfaire le souverain pontife.
4. Au milieu de tout cela, il vint à penser quel grand vent de faveur et d'applaudissement s'élèverait pour le pousser au gouvernement du concile, si toute l'assemblée, après de si âpres contestations, venait à se ranger à ses avis et à acquiescer d'un commun accord à ses propositions. C'est pourquoi il demanda aux légats (4), qu'ils proposassent aux délibérations des Pères le décret de la résidence, tel qu'il le leur avait donné de prime abord, et non point, comme ils en avaient l'intention, avec les change-
(H Lettre de Visconli, 8 mars 1563.
(v2) Ce caractère se révèle dans une foule de l<i- Ires de, Guallicri.
(3) Voyez réponse du cardinal Borroméc m canli nal Simoneita, 9 mars lr>63.
(4) Deux loiires des lé-'ais au cardinal Borroméc, 8 et 14 mars 1 9
cours, alla trouver lecardinal pour le calmer II lui dit que le pape s'élait sans doute abstenu pour deux raisons, de lui conférer cette dignité : la première, pour ne point lui nuire auprès de la reine qui l'avait envoyt au concile , afin qu'il y assistât comme sor ministre, et comme chef des français , e noncomme représentant du pape; la seconde
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mcnts qu'on y avait faits depuis, de concert
avec lui. Les légats, dont le nombre et par
conséquent la hardiesse se trouvaient encore
diminués par la maladie du cardinal beri-
pandi, ne voulant pas qu'il pût leur imputer
aucun des troubles qui pourraient survenir,
répondirent que quelque répugnance qu ils
eussent à faire une telle proposition , parce "™"-~" ,7*7 nrïvër lui'et'le siège apos
qu'ils savaient l'opposition qu'elle pouvait pour ne point se priycr ^ eiie g i-
élever de la part de plusieurs prélats , tol.que.d un P^^-1^1 consPer,e
rait celte autorité et cette confiance qua vaient en lui tous les siens et tous ceu: d'au delà des monts, mais qu il aurai bientôt perdue, s'il fût devenu le ministr du pape. Mais le cardinal ne se paya poic de ces excuses : il continua de se plaindr avec celte chaleur et cette persistance quor coutume d'employer les personnes habile quand elles exagèrent la grandeur de loi
néanmoins, puisqu'il prétendait quesion ne la faisait pas, on aurait l'air d'attenter a la liberté du concile, ils voulaient bien consentir à proposer ce décret, mais comme étant de lui, et non pas d'eux; et en protestant toujours que, s'il en résultait quelque inconvénient, ce ne serait pas leur faute. Lui, tout joyeux de cette promesse , s'empressa d en instruire les envoyés de l'empereur. Ceux-
répartirent que rien n'était plus oppose a la volonté de l'empereur, que de donner aucune -matière de rupture : qu'ainsi , si les légats voyaient quelque danger à mettre en avant cette proposition , ils se donnassent bien de garde de la faire. Aussitôt après , ils donnèrent avis de celte conversation au cardinal de Lorraine (1). Mais ensuite, Anlinon ayant été envoyé par Gualtieri au cardinal pour traiter avec lui de celle affaire, celui-ci changeant de thème, selon l'usage des gens passionnés, se plaignit violemment de ce qu il venait d'apprendre par ses gens la nouvel e de l'élection que le pape venait de taire dedeux légats, sans que les présidents, avec qui il s'était trouvé dans la congrégation, après l'arrivée du courrier, eussent daigne dire un mot. De là, il ne tarda pas à
passer à des" plaintes non moins violentes sur la substance même du fait, qui lui tenait bien p.us au cœur : disant qu'il lui paraissait bien injuste que le pape, par égard pour ses qua.ilés, et de cardinal*, et de prince, et d homme qui a bien mérité de l'Eglise, n'eût pas daigne lui offrir une légation ; qu'il l'aurait refusée, sans aucun doute , se trouvant assez honore de l'offre qui lui en aurait été faite ; que c'était là le sens caché de ce qu'il avait dit peu auparavant , savoir : qu'il ne pouva
promit, lion de Moronc, plus ancien que lui dans cardinalat, lui rendait impossible le promu rang, il aspirait alors à celui de Seripandi dont la mort, arrivée ces jours mêmes, t pour le concile un nouveau sujet de deui G. Le cardinal Seripandi avait ete pris d i accès de fièvre durant la congrégation q s'était tenue le 8 mars (1); bientôt les autr commencèrent à craindre, et lui a douter qi son jour ne fût proche. C'est pourquoi il i tarda point, et il n'attendit pas une seu heure pour faire, d'une manière plus pt chaine , celte préparation à la mort , qu n'avait cessé de faire de loin, pendant tout cours de sa très-sainte vie. Il reçut 1 eucli ristie (2), non point déshabillé et dans son 1 comme le lui conseillaient fortement ce qui s'intéressaient le plus à sa santé, m> vêtu et à genoux , disant qu'il voulait rei plir ce dernier devoir de la manière la p. décente. Les sentiments d'une vive tendre! et d'une dévotion encore plus louchai présidèrent aux derniers adieux qu il m ses collègues, aux Pères et aux gens de maison. 11 ne fit qu'accroître ces deux s( timents par les efforts mêmes quil ut pi réprimer le premier dans les assistants, i que voyant pleurer plusieurs des pnncipa nrélals qui lui étaient fortement attaches,
peu auparavant , savuii;^» »ç F««.—- v À-, M T'c ' Aa i'a^ai™ • Ouare ce
faire connaître à Sa Sainteté, que dans vingt leur dit ces paroles Je 1 Apôtre . Quarec
iours le moyen qui s'était présenté a son instamini quasi in vobis non *»%"(/
Cru de termine^ heureusement le concile quoi vous attristez-vous comme s In y a.
^sprit -„ —
en un mois; qu'aussitôt son retour dlnspruck, il avait eu l'intention d'envoyer ausouveram pontife, l'abbé Manne, pour lui en faire la proposition ; mais qu'ensuite il avait juge a propos d'attendre, voyant que plusieurs prélats et ambassadeurs lui auguraient la légation , et ne voulant pas donner lieu de dire que Manne eût été envoyé à cette fin.
5. Gualtieri , aussitôt qu'Antinon fut de retour, et lui eut fait la relation de ces dis-
(1) Chiffre de Gualtieri au cardinal Borromée, li et 17 mars 1563.
point en vous d'espérance? et que, continu sur ce texte, il leur fit en latin le discour plus beau et le plus louchant; car beaucooi copies s'en étant répandues, il tut ir« assez solide pour supporter le jugement yeux, et pour résister à l'examen le plus
(1) Lettres des légats au cardinal Borromée, au 17 mars, et de Gualtieri et VisconU, , rage <
(2) Relation déjà mentionnée de lam"a=;„, vénitien et lettre de l'évêquc de Trevise surlama de l'archevêque de Zara , au cardinal Lornan mars 1565.
profondi : ou parce que l'homme csl toujours plus éloquent quand il est plus profondément pénétré de ce qu'il dit , ou parce que les discours touchants sont comme H1 Vu qui, non-seulement brûle, mais encore oit davantage, quand il est naturel, que piand il est artificiel. Ayant eu vent des oupçons que quelques-uns semblaient éleer sur la sincérité de sa foi , peut-être à >ause des opinions particulières qu'il avait oulenues précédemment dans le concile , ous Paul III, sur la matière du péché origitel et de la justification , il fit venir auprès le lui plusieurs des principaux théologiens , 't, après avoir récité en leur présence, les •ns après les autres, tous les articles de 'être foi, il jura, par le Dieu qui devait bienpt le juger, qu'il les avait toujours crus avec ne pleine et entière certitude.
7. A la vue du danger où il tomba après la cite encore si récente qu'on venait de faire u cardinal de Mantoue, il est incroyable Dmbien le concile fut rempli de douleur et 'épouvante , se voyant pour ainsi dire en ulle à la colère du ciel. Et afin que cette seonde perle, si elle n'était pas l'œuvre de la Montédivine, ne fût point attribuée, comme
première, au défaut de l'art humain, il fut aité, dans tout le cours de sa maladie, avec ute la sollicitude possible, par Simon Pasca, énois, évéque de Sarzana (1), homme émitnt en différentes sciences, et d'une rare hallelé dans l'art médical. Sa réputation était llle que, peu de jours auparavant (2), Vis- «»nti, rappelant au cardinal Borromé", d'aléa l'exemple du cardinal de Mantoue , les laux que produit l'inhabileté des médecin*, li avait conseillé d'appeler Pasca à Rome !>us quelque autre prétexte, afin qu'il veillât «la santé du pape déjà chancelante. Pour empiéter cette notice, je dois ajouter qu'a- "■tnt d'être évéque, Pasca avait été nommé aibassadcur de sa république auprès du roi hilippe, et qu'après la conclusion du coule, il fut élevé à un plus haut rang. Mais fus les soins de Pasca et de plusieurs au— tes médecins très-habiles ne purent empeser, qu'après une alternative de craintes laves et de légères espérances , cet cxcllent homme ne succombât, le 17 mars, âgé t soixante et dix ans.
8. Il était né à Naples, d'un sang noble. Il « ait porté pendant cinquante-six ans l'habit (s religieux Auguslins, qu'il avait pris sous 1 généralat d'Egidius de Vilcrbe , qui fut ; ssi lui-même un cardinal très-lettré. Egii.is distingua de suite l'excellent naturel du j ine homme et s'appliqua à le cultiver pour li faire porter son fruit. Seripandi, ayant le t n de la parole aussi bien que celui du
I nie, «devint aussi éloquent que savant. Il
II élu, parle pape Paul III, pour vicaire pi rai de son ordre , et ensuite par "l'ordre r-me, pour supérieur général. Il fut envoyé lurlcs affaires de sa patrie à l'empereur Carlcs-Quint , qui, sans autre recomman-
1) Voyez Ciarconc et Huguello dans l'Italie sacrée fr l'Eglise deS.trzana au § Evênue.
[t] i mars 1503.
dation que son mérite, le nomma et le porta malgré lui à l'archevêché de Salerne. Enfin le pape Pie IV lui donna le chapeau plutôt pour exercer ses talents que pour les récompenser, voulant qu'il travaillât en qualité de légat à l'heureuse conclusion du concile à qui il avait, dans les commencements , sous PaulIII, apporté le tribut et l'appui de ses grandes lumières en qualité de général de son ordre. Notre histoire est pleine, en plusieurs endroits, de ce qu'il fit à Trente dans ces deux états, par son savoir, par sa prudence, par son zèle ci par son exemple. On pourrait croire qu'il fut maltraité parla fortune, puisqu'elle lui refusa de voir terminer cet édifice dont i! avait été l'un des principaux architectes, si l'on ne se rappelait que la fortune c'est Dieu même; et qu'à l'égard des âmes vertueuses , le plaisir qu'elles goûtaiçnt sur la terre d'être témoins des progrès de la religion, s'augmente, loin de cesser, quand il les leur fait voir du haut des cieux.