CHAPITRE IX
Nouvelles instances des ambassadeurs impériaux et français auprès des légats, et leur réponse. — Voyage du cardinal de Lorraine à Venise. — Ses lettres au roi
de
avoir et sont toujours censés avoir quelques affaires à traiter entre eux. Il emmena avec lui le plus grand nombre des théologiens et quelques-uns des principaux évêques de sa nation (2), et alla droit à Padoue pour se trouver au rendez-vous qu'il s'était donné dans le voisinage avec le duc Hercule de Ferrare, son parent, et aller de là passer les prochaines fêles de Pâques à Venise. Avant son départ il écrivit au roi (3) une lettre succincte où il lui exposait que les théolo-
rame a Venise. — jm itu/« «w •"* — ~ "-*• — ,. ;i *
France — Vouaqe de Visconli pour traiter giens avaient dispute entre eux sur le mante c lui sur la venue du pape à Bologne et ruige avec beaucoup de science et une grandi analyse d* leurs entretiens. - Musolto de- variété de sentiments ; que les légats pro vient secrétaire du cardinal de Lorraine et mataient qu on ne tarderait pas a entame. Olivo continue de remplir ses fonctions ac- les chapitres de la relorme, mais qu on i
continuées dans le concile. — Conférence des impériaux dans la maison de Guerrero, sur l'usage du calice et sur l'autorité du pape. __ Passage par Trente delà duchesse de Mantoue.
1 Outre les demandes précédentes de l'Empereur, ses ambassadeurs ne cessaient de presser (3) les légats de donner des collègues au secrétaire : car ceux d au delà des monts avaient conçu des soupçons contre lui et parce qu'il était seul et parce qu U était l'homme du pape. Mais les légats n'eurent pas de pein • à se tirer de celte dilficulte, en alléguant qu'il fallait attendre l'arrivée deleurs\iouveaux collègues, et qu'il ne convenait pas de faire sans eux une si notable innovation. .
La même excuse leur servit auprès des ambassadeurs français lorsqu'ils vinrent ré^ clamer des réformes plus étendues {h). Ces derniers auraient même voulu que, pour s'occuper uniquement de la réformalion , on mît de côté la discussion des dogmes, qui consommait, disaient-ils, bien du temps avec bien peu de profil. Mais les légats répondirent que tous n'étaient pas du même avis, et que l'Empereur les pressait avec instance de laisser discuter un article louchant le mariage et le célibat des prêtres.
(1) Voyez lettre de Visconli au cardinal Borroraée.
9 mars 1565s n ,
(2) Lettre des légats au cardinal Borromee, 1»
mars iot>5. ,
(5) Leitre des légats au cardinal Borromee, lo
mars 1503. . ,. , JO ,
(4) Lettres des légats au cardinal Borromee , 18 et
22 mars 1563.
pouvait pas espérer que le concile fil quelque chose jusqu'à l'arrivée des nouveau» légats substitués aux deux défunts , et jusqu'àcc qu'on eût vu, à Rome, les instruction.1 que Louis d'Avila , nouvel ambassadeur dt roi Philippe, y • apportait de la part de 1 cour d'Espagne. 11 lui envoya aussi un copie de la lettre publique de l'Empereur ai pape, que Ferdinand lui avait communiquée Lansac écrivit de son côté à la reine quelqui ciiose de semblable ; il lui disait, de plus, qui les théologiens avaient pensé qu'en certain: cas de grande utilité publique le pape pou vail accorder à un prêtre la dispense pou se marier ; qu'ainsi elle pouvait espérer qu Sa Sainteté accorderait celte dispense ai cardinal de Bourbon, selon le désir de S< Majesté, et que le cardinal de Lorraine ei était bien satisfait. C'est qu'il s'agissait d'u nir le cardinal de Bourbon à une fille d défunt duc de Guise (k) : ce qui n'aurait pa seulement cimenté l'union et accru les force du parti catholique, mais encore combl d'honneur et de puissance la famille de Loi rain •, laquelle, étant étrangère et puissant en France, était exposée à l'envie la plus in placable; car on sait que celte passion, quan elle est dans le cœur d'un grand nomm d'hommes puissants, lient en quelque sor dans un continuel blocus la grandeur ( celui qui en est l'objet.
(1) Au 22 mars ; voyez le journal et la lettre lég ils en date dt; ce jour.
(-2) Leitre de Visconli au cardinal Borromee, 25 mars 1303.
(5) Le 18 mars 1565.
(4) Chiffres de Gualtieri au cardinal Borromee, mars 1565.
3. Guallieri avait tout mis en œuvre pour iélourner le cardinal de son voyage de Ve- . nise (1) , lui représentant que l'on ne manquerait pas d'attribuer son absence au mécontentement qu'il avait manifesté contre le tape et contre les légats ; que ce serait moniv r peu de bonne volonté et peu de conflance ,-nvers le concile, que de le mettre, par son jépart et celui des siens, dans la nécessité de anguir à Trente dans un repos stérile et tonleux; tandis que s'il restait, toutes les affaires pourraient être élaborées de telle oi le qu'à l'arrivée des nouveaux légats elles 'auraient plus qu'à recevoir leur dernière (inclusion. Mais il fut immobile dans son essein, alléguant divers prétextes, comme
les commentaires qu'on aurait pu faire sur son voyage, il répandit le bruit qu'il allait à Padoue voir un de ses neveux, étudiant en cette ville, qui était dangereusement malade : la chose était vraie, car il le trouva mort. Etant arrivé à Padoue le même jour que le cardinal , il alla aussitôt le visiter et lui présenter (1) une lettre du cardinal Borromée écrite dans les termes le plus honorables et les plus affectueux , contenant l'expression de ses regrets sur la mort du duc de Guise. Le pape avait fait l'éloge du défunt en plein consistoire pendant une demi-heure (2) et avait ordonné, en finissant, qu'il serait célébré en son honneur, en présence de tout le sacré collège, un service solennel, selon l'u-
n en trouve toujours pour colorer ces sortes sage qui s'observe à l'égard des grands rois
"actions. On ne savait pas encore à Rome, à ce mo-
; 4. Le cardinal de Lorraine s'était entretenu ment, la nouvelle perte que cette famille
lusieurs fois avec Guallieri et Visconti du avait l'aile depuis dans la personne du grand
rejet de la venue du pape à Bologne, ainsi prieur de France, aulre frère du cardinal,
tic du couronnement de L'Empereur et de la perle que ce dernier avait supportée avec sa
\nslalion du concile dans celle même ville, constance accoutumée. La lettre du cardinal
peine etait-il parti qu'il arrive à Trenle
es lettres du cardinal Borromée à ces deux
relais (2), par lesquelles il-, étaient çliar-
és d'entrer en négociation avec le cardinal
jr ce projet. Pie IV l'avait goûté à un tel
>int qu'il s'était déterminé, comme nous
ivons dit, à le proposer Lui-même à L'Em-
^reur par L'entremise du légat Morone,
3ns sa réponse à l'invitation de se rendre
Trente. Le pape donna donc à Guallieri,
nsi qu'à Visconti, la commission d'arranger
;tte affaire avec le cardinal , afin qu'il se
Borromée et les paroles dont elle fut accompagnée par le porleur firent au cardinal de Lorraine un très-grand plaisir; après avoir répondu à Visconti en peu de mots, il se hâta de le questionner sur la mission du cardinal Morone auprès de l'Empereur. Visconti, trouvant l'occasion favorable, ne voulut pas dissimuler plus longtemps le sujet de son voyage; il lui rappela donc les paroles que lui-même , cardinal , lui avait dites par rapport à la venue du pape à Bologne , et les autres circonstances de ce projet. Il lui dit
targeât de la conclure lui-même avec l'Em- qu'il en avait fait part au cardinal Borromée, ?reur; mais Guallieri, qui connaissait de puis il s'arrêta pour donner à l'autre le temps
île ratifier ce qu'on venait de lui rappeler: ce qu'il fit en demandant avec empressement ce que le pape en pensait. Après quoi Visconli, pour faire voir qu'il y allait franchement, lui montra la réponse même du cardi
ngue main le tempérament du Lorrain, refit bien que de lui courir sur les lalons • serait le mettre en fuite. Il en avait eu la reuve dans celle affaire même, lorsque yrès le retour d Inspruck du cardinal, s'éint mis à entamer la conversation avec lui ïr celte matière, il l'avait trouvé beaucoup ]us froid et beaucoup moins prononcé dans :'m opinion. C'est pourquoi du moment que 1 cardinal fut parli de Trenle il ne voulu: ]is remuer le pied ni la plume pour celle .ï ire; mais seulement il en dit quelques lois à l'archevêque de Sens qui était resté, résumant bien que celui-ci ne manquerait isd'en écrire au cardinal. Guallieri pensait ue le meilleur moyen de tirer parli de Son ninence sérail de faire semblant que le
ne se prélait à ce projet que par con- «siendance pour lui, d'après ses conseils et ir sa demande , persuadé que le cardinal • ail un de ces hommes chez qui un désir menée à se refroidir dès qu'ils le voient «iflammé dans autrui.