CHAPITRE XII
Nouvel entretien du comte de Lune avec le cardinal Morone, sur la clause les légats proposant. — Départ du cardinal pour Inspruck. — Négociations relatives aux prétentions réciproques des ambassadeurs des deux rois. — Retour du cardinal de Lorraine; ses plaintes et ses sentiments. — Prorogation de la session, et accident arrivé à ce sujet.
1. Comme on n'avait aucune nouvelle que le cardinal de Lorraine fût en chemin et comme le seigneur de Lansac avait même déclaré (1) qu'il devait s'arrêter à Venise quelques jours de plus qu'il n'avait pense d'abord, le légal Morone ne crut pas devoir attendre plus longtemps à cause de lui (2). Le 16 avril au soir il prit le chemin d'Inspruck.
Le matin de ce même jour, le comte de Lune lui avait fait une visite en particulier (3). Il avait commencé par lui faire un récit pompeux des ordres qu'il avait reçus de son maître, spécialement pour le soutien du siège apostolique. De là il était venu à raisonner sur les paroles, les légatsproposant, c'est-à-dire qu'il avait reçu^du roi le commandement précis de faire tout son possible pour qu'elles fussent changées , l'opinion commune étant qu'elles préjudiciaient à la liberté du concile. Le cardinal Morone lui donna les réponses que nous avons déjà rapportées plus d'une fois. Mais l'ambassadeur répliqua que les conciles précédents n'avaient point usé de semblables formules, et qu'il fallait songer tout absolument à modifier celle-ci, parce qu'il était bien aise de faire savoir aux légats que les rois d'Espagne, de
(1) Lettre de rarclievêijue, du 19 avril loGô-
(2) Lettre des légats au cardinal Borromée, la avril C>G5.
(3) Lettre des légats au cardinal Borromée, lu avril 1565.
Portugal et de France, ainsi que l'empereur, étaient d'accord pour l'exiger.
2. A une si grande batterie, le cardinal s'efforça d'opposer une défense non moins vigoureuse. Il mit d'abord en avant celle-ci , qui dans cette question avec les Espagnols semblait plus forte que toutes leurs machines, et qui n'avait jamais manqué de repousser victorieusement toutes leurs attaques : comment serait-il possible de faire ce qu'ils demandaient, puisque la clause avait été établie dans une session solennelle? Le comte ne voyait donc pas que ce serait , non plus seulement mettre en doute les décisions déjà portées, choses que Sa Majesté avait en horreur, mais les révoquer, et par là même enhardir les autres à demander ces innovations plus importantes et à renverser et suivre de fond en comble tout ce qu'on avait }difié? Qu'il n'y avait qu'un moyen de retenir ■e torrent tout prêt à déborder, savoir de ne Dermetlre à personne de remettre en qucsion ce qui avait été précédemment décrété. Tailleurs, s'ii était permis à chaque léte lans une multitude si nombreuse et si variée !e forcer les Pères à donner Ieuravis sur toutes es visions étranges que pourrait produire on cerveau , quelle confusion et quelles pngueurs en résulteraient nécessairement!
Jnfin comment accorder celte demande du pi avec sa déclaration de vouloir favoriser p siège apostolique, à l'autorité et à l'hon- :eur duquel une pareille réclamation ne lanquerait pas de porter un coup dange-
[3. Comme il n'est pas facile à un homme msé et sincère de résister à l'évidence, ni ! montrer sur son visage autre chose que qui est dans le cœur, le comle fut conlincu par la force des raisons du légat et sut point le dissimuler. Le cardinal ayant i marqué l'impression qu'avait faite son dij- « urs, bien que le comte alléguât pour s'ex- <ser que les injonctions qui lui avaient été fecées par son maître ne lui laissaient pas outre office que celui d'exécuteur de ces ddres , ne laissa pas de reprendre courage, Prsuadé que ces sortes dérègles de conduite dt beaucoup de force quand ce sont comme es brides pour arrêter, parce qu'alors le rinistre n'ose pas faire ce qui lui est délulu , mais qu'elles en ont peu quand ce ( it comme des éperons pour passer en ahnt, parce qu'il est rare et difficile qu'un l.iniue dJcsprit, quand son cœur n'est pas l'-l à fait servile, s'applique avec ardeur à pbeurer une chose qui lui paraît inconvejmte et nuisible à son maître. De sorte que «commandement le plus efficace pour faire a -omplir à un ministre la volonté du prince, C st do lui faire partager son opirion , puisai il est vrai qu'il n'y a aucune puissance a |Ui on obéisse plus souvent sur la terre q a sa propre raison. Ils en vinrent doue à ■poser entre eux divers tempéraments. Le oeltant à couvert derrière le bou-
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j*r du retardement contre les assauts de i 'petuosiie, demanda «lu temps et remit la
décision après qu'il aurait traité avec l'empereur et connu ses dispositions.
4. L'archevêque de Grenade et l'évêque de segovie, les plus renommés d'entre les Es pagnols et les plus ardents dans les disputes se rendirent à leur tour chez le cardinal Morone, après que l'ambassadeur en fut sorti Comme c'est la coutume de ceux qui ont été en desaccord avec les anciens officiers de montrer les meilleures dispositions envers les nouveaux, ils l'assurèrent qu'ils avaient en lui une parfaite confiance; l'archevêque de Grenade alla jusqu'à dire que lors même qu il lui semblerait que sa conscience l'obligerait a être d'un avis contraire à celui du plus grand nombre, il croirait pouvoir s'en remettre pour la calmer à celle du cardinal. Le légat, réduisant dans son cœur ces belles promesses à leur juste valeur, ne laissa pas (l y répondre avec une égale courtoisie. C'était toujours pour lui une grande joie de voir par ces démonstrations que les plus ardents dans la dispute eussent à cœur de montrer de la bonne volonté, cela faisait du moins espérer, pensait-il, que leur opposition serait moins animée. C'est dans cet état et après ce premier essai des affaires et des esprits que le nouveau légat s'achemina vers 1nspruck.
5. Un autre procès plus ancien, suscité par les Espagnols, ne donna pas moins de sollicitude à ses collègues que celui que nous venons de raconter, où ils étaient eux-mêmes en cause. Je veux parler de l'ancienne dispute de préséance avec les Français. Le comte de Lune commença à presser'laflaire aussitôt après le départ du cardinal M<>ronc(l). Il déclara en somme que s'il ne pouvait obtenir d'avoir rang au-dessus de l'ambassadeur de Fiance, il se contenterait de siéger vis-à-vis de lui d'un côté ou de l'autre au choix du Français, en protestant loulefois que cette concession ne devrait point préjudicicr aux droits de son maître; qu'il accepterait même toute autre place qui lui sérail assignée par les légats, pourvu qu'elle lut (elie.qu'il n'y eût point lieu de la regarder connue inférieure à celle des Françaisque si on ne voulait pas lui accorder'unê place ou il put siéger convenablement selon la dignité de son prince, il avait l'ordre de présentera l'assemblée les lettres du roi et de partir aussitôt. Cette déclaration n'était point une feinte pour obtenir un meilleur parti, niais la pure vérité, le roi avant change, d'après l'avis de son conseil, la" détermination de ne pas prendre garde à de vaines cérémonies, qu'il avait d'abord manifestée au pape. Les légats, ayant entendu ce discours, songèrent entre eux que plus les Français avaient besoin, dans le fond, des Espagnols, d'après le nouvel accord qui venait d'avoir lieu avec les huguenots, plus ils mettraient de ténacité à ne rien céder dans les apparences. D'un autre côté, ils pensaient qu'il y aurait trop d'inconvénients à
M) Lettre des légats nu cardinal Borromée, tOavril
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cuoé par une cause d'une toute autre importance (1), savoir : le peu de constance nu'il remarquait dans le cardinal de Lorraine, d'où il arrivait qu'occupé à tresser a grande peine des liens de bonne correspondance entre lui et le souverain pontife , lorsqu il croyait avoir gagné quelque chose par un travail long et assidu, il se retrouvait louiours au môme point. C'est pourquoi Gualtieri craignait qu'à Rome , en voyant si souvent l'événement tout à fait contraire aux espérances qu'il avait données la veille, il ne finît par passer, à sa honte, pour être ou trompeur ou trompé, bien qu il n eut pai manqué d'aller au-devant d'un pareil soupçon par le soin qu'il avait pris de dépeindre dans toutes ses lettres le caractère du cardinal. 11 avait rappelé, à ce sujet, dans mie des dernières, que la veille au soir de 1 élection de Jules 111, le cardinal de Lorraine lègues euuci.t au,...**, ~~» ■ u dépêché un courrier au roi Henri, pour
qu'elle pourrait être remise ^ju.n, guiw
troui côte, rait être pr<
mécontenter le roi calnolique, dont la faveur éta t P us nécessaire que toute autre au concHe a cause de la souveraine autorité ^qu .1 .vait non-seulement sur les prélats d Espace mais encore sur beaucoup d Italiens. C est pourquoi, si les Français ne voulaient munt accepter les expédients ci-dessus ind inués quîsemblaienl leur laisser encore quelnue marque de prééminence ils inclinaient a àe pont empêcher l'absence de ces homme dont la présence causait, disaient- ls, al asscmblée autant d'inquiétude qu elle lui fa aU d'honneur. Mais ils écrivirent tout ce a au pape en chiffres, pour se régler dupies
"^CcïŒ le 22 avril, jour fixé pour la session approchait; les deux légat» , voyant H nécessité de la proroger 1, vu qu il ny ava"t rien de conclu et que deux de leurs collèges étaient absents, convinrent entre eux
nî'elïe pourrait être teunse an 3 juin, qui se «Y^arquer divers motifs très-graves qui
-ouvai le jeudi de la semaine de la J>ente- m parque > ^ ^ ^.^ à ^
:ôte, époqni où ils Présumaient qu ou pour- l mpeena f ^ ^ .{
rait être prêt. Us firent par .de leur des- c , i Cixrù-iniX[ Farnèse pour son
ëréaation, d'obtenir un assen"mc"V "Y ,L felf mais ils se trompaient. Le cardinal de Lorraine, suivant son inconstance ordinaire, ,.: change d'avis. 11 avait réfléchi que cite nouvelle fixation d'un jour déterminé mettrait le concile en danger d'un nouveau déshonneur si elle venait , comme tant d autres à tomber dans l'eau. C'est pourquoi, lorsque les légats eurent fait leur proposition? Trépondit qu'il lui semblait préférable de proroger la session sans fixer de terme ; la congrégation se réservant de fixer un jour pTécil d'ici au 20 mai : que ce pourrait être ou le 3 juin, comme les légats le pensaient en ce moment, ou un autre jour ; mais qu'alors on serait sûr de l'exécution. Le cardinal Madrucci et la plupart de ceux qui élaient le plus d'accord avec le pape et avec les légats , persuadés que cette proposition ne pouvait manquer d'être agréable a ces derniers, et qu'ils s'étaient abstenus de la faire eux-mêmes, dans la crainte que cette prorogation à une date incertaine ne dep.ut aux Pères, l'appuyèrent de toutes leurs forces, tellement que Gualtieri fut un de ceux qui contribuèrent le plus à la faire passer. Mais les légats se plaignirent d'autant plus vivement de cette conduite que c'était lui-même nui la veille, avait été faire part de leur projet au cardinal de Lorraine, et qui leur avait rapporté son approbation. Cet accident, leavr en lui-même ne laissa pas que de taire de la peine aux légats, plus sensibles que
jamais sur le point d'honneur a ce moment « .«. -—y-- tyurtey ces instances, I ou l'estime et le mépris tombaient sur eux ces .omc.s s et wu s seuls sans être partagés par leurs collègues, sel al o ni a an y i