HISTOIRE DU CONÇU
le pape recevrait bien volontiers les avis de 8a Majesté; mais qu'on ne pouvait point traiter cette question dans le concile sans traiter en même temps de l'autorité pontificale, ce qui était loin de l'intention de 1 Empereur ; qu'il n'y avait aucun exemple qu un concile eût donné des règles au pape, et que cela était d'autant moins nécessaire que celui-ci était prêt à se réformer par lui-même et s'était même déjà réformé en ellet;quo d'ailleurs, puisque toutes les décisions du concile, quelles qu'elles soient, n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont confirmées par le pape, il en résulte évidemment que le concile n'a pas le pouvoir de prescrire des lois au pape(l), et que cette prétention ne serait pas moins absurde et dissonante que si les sujets de l'Empire affectaient celle. d imposer des lois à leur empereur ; que les princes séculiers avaient encore beaucoup moins le droil de donner des lois aux souverains pontifes ; mais que la coutume de l'Eglise était que les papes fissent des constitutions, le concile approuvant, et qu'ensuite les empereurs les souscrivissent et les missent a exécution ; qu'il n'était point convenable que les princes, sous un manteau de réforme et de religion, voulussent faire comme un marche du concile, et qu'ils eussent l'air de vouloir s'en servir, dans des vues politiques, pour procurer l'affaiblissement de l'autorité pontificale, dans le dessein soit de l'attirer a eux, soit de complaire aux hérétiques ; que l'Empereur étant l'avocat et le défenseur de l'Eglise, devait protéger son chef et ne point se joindre à ceux qui lui étaient directement ou indirectement opposés.
7 A ce chapitre Ferdinand répondit que c'était ici la matière la plus importante de toutes, qu'on ne pouvait pas douter qu'il ne fût nécessaire d'établir la réforme, non-seulement dans les membres de l'Eglise universelle, comme l'avait déjà entrepris le concile, mais encore dans son chef, qui était 1 Eglise de Rome et son évêque ; que l'Empereur n'entendait certainement pas comprendre par
(I) Jésus-Christ, instituant l'Eglise, a placé la souveraine puissance, c'est-à-dire la juridiction universelle sur toute l'Église, avec le divin privilège d infailiibilité qui y est attaché, tant dans le chef de cette même Eglise représentant tout le corps par son autorité de chef, que dans le corps épiscopal tout entier, lequel est essentiellement composé du chef et de tous les évênues ensemble qui en sont comme les membres. C'est lui-même, qui préside invisiblcment au gouvernement de son Église ; et le pape et les évoques, qui exercent ce gouvernement d'une manière visible, sont mus et assistés par lui. En sorte que toute la différence qu'il y a entre l'action du chef seul représentant tout le corps, et l'action du chef et du corps tout ensemble, c'est que dans ce dernier cas l'action de tout le corps est manifeste et bien formelle, tandisnue dans le premier elle n'est comprise que virtuellement. Mais elle n'en est pas moins réelle, parce que le même principe invisible qui régirait l'action de tout le corps réuni, régit également celle du chef seul qui le représente et en qui repose cette di\ine unité de l'épiscopaltant céléhrée par lesîères. Voyez sur celte matière l'ouvrage anonyme déjà ciié : De tu nullité des absolutions dans les cas réservés, chap. 3, art 0 nu». 2i6 et suiv. {Noie d'Antoine Zaccaria.)
ces paroles la personne du pape actuel, pour lequel il professait, et le monde entier avec lui, pensait-il, la plus grande vénération, mais que, généralement parlant, il était incontestable que beaucoup d'abus avaient été introduits par les papes dans la prodigalité des dispenses, dans l'impunité des méfaits, dans la fréquence des exemptions, dans la multitude des bénéfices, dans la soif de l'argent; que, cela posé, on ne devait pas sans doute, comme il venait de le dire, toucher à la personne de Sa Sainteté, ni à ce qui regardait son domaine temporel, cl qu'il fallait en laisser l'administration au pape avec le conseil des cardinaux ; mais que les opinions étaient partagées sur l'autorité du concile par rapport aux différentes parties du gouvernement ecclésiastique, qui , de la cour romaine, influaient sur le reste de l'Eglise; qu'il ne convenait point à Sa Majesté d'entrer sur cette matière «dans une dispute épineuse avec Sa Sainteté ; qu'il voulait seulement lui rappeler, avec tout le respect et l'amour filial dont il était pénétré pour elle, que, encore qu'ellel ne fût pas obligée en toute rigueur à remettre ces choses à la décision du concile , l'état actuel de la chrétienté demandait qu'elle eût la générosité de faire ce sacrifice et de condescendre en partie à ce qu'exigeaient les circonstances; qu'il n'y avait point de doute que tant de Pères si saints et si éminenls de toutes les nations, qu'on ne pouvait soupçonner d'infidélité ou de précipitation dan? leurs jugements , pourraient accomplir celK œuvre dans le concile plus facilement elavet plus d'autorité que ne le feraient dans Rome le petit nombre d'hommes qui entouraient l< pape, de qui, en considérant l'humaine fai blesse, on pouvait à peine espérer qu'ils feraient tout ce qui serait convenable et rici que ce qui serait convenable ; qu'il est plu: facile à un grand nombre de bien juger c régler la cause d'autrui, qu'il n'est facile à ur seul ou à un petit nombre de juger et de ré gler la leur propre; que ce qui inlércss tout le monde doit être approuvé par tout l monde. Quelle gloire remporterait le poitli! de cette Imitation héroïque de l'humilité d souverainSeigneur, dont il était le représen tantl Combien l'autorité du concile grandi rail par là dans l'estime des hommes ! Con bien il y aurait lieu de compter sur zèle de tous les princes à faire exécuter il mesures qu'ils auraient concouru à fai adopter par l'entremise de leurs ministres de leurs prélats 1 Enfin l'Empereur dis; qu'il eût été bien avantageux que les saint constitutions que le pape avait établies s le conclave et dont le légat lui avait dom connaissance eussent été communiquées ; concile, afin que, par son autorité et avec concours des ambassadeurs de tous les pn ces qui s'y trouvaient réunis, on opposât u barrière suffisante aux trames que leurs n nistres avaient coutume de faire au sujet cette sainte élection, trames dont on se ph gnail tant et. avec tant de raison, et auxqu les il serait difficile de porter un remède co venable ailleurs que dans le concile.
8. Moronerépartitquepuisque l'Empereur, voir comment ce point avait été amnlemenr selon ga piété et sa vénération pour Sa Sain- discuté, par les deux pari s, à propos duTha tele, h entendait pasqu il fût question de la pitre précédent.
personne du pape, il le priait* de changer, dans l'écrit qu'il avait présenté, ces mois : dans son chef, parce que les hérétiques, entre îos mains de qui cet écrit pourrait tomber, l'interpréteraient peut-être en mauvaise part. On fil droit à sa réclamation, et l'on mit en
10. On arrivait ensuite, dans l'instruction, a l'élection des cardinaux. Il était dit qu'il n'elai» pas possible d'en restreindre le nombre, comme la lettre de l'Empereur le proposait, parce que. comme il fallait, pour donner à celte dignité tout le prix qu'elle mérite,
place de ces mots quelques autres paroles qu'elle fût conférée à vie, et que, d'un autre générales, bur les autres po.nts, .1 répondit cô(é, on ne pouvait pas obliger un "pape à 'h^u ° availJeJà decrete et commue- prendre pour ses conseille./ceux-là seuls
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fïit d'établir les réformes convenables sur nous les abus énumérés par l'Empereur; qu'il m'exceptait que deux choses, qui, dans le fond, se réduisaient à une seule, savoir : l'élection iu pape et la promotion des cardinaux; que les intérêts divers et opposés des nations d'au delà des monts, rivales entre ■elles, ne per.i ellaicnt pas qu'on pût délibérer sur ce sujet , dans le concile , sans courir le risque de quelques graves dissensions ou de joelque autre inconvénient très-nuisible; que M Sa Majesté désirait que l'on ajoutât quelpie clause à la bulle du conclave, elie ferait m pape un très-grand plaisir de lui adresser '«es observations ; que Sa Sainlelé n'aurait oas même attendu jusqu'ici à proposer cette nême bulle au concile, pour qu'elle y fût
qui avaient eu la confiance de son prédécesseur, il était alors de toute nécessité qu'il lui permis d'en créer de nouveaux: que
d ailleurs il y était encore contraint trèssouvent par les instances des princes et en considération des mérites des prélats; que le pape n'avait point l'intention d'en élever d'autres à ce haut rang, mais que s'il le faisait, il ne manquerait pas de les choisir tels qu'il convenait ; qu il était même disposé à former une bulle sur les qualités qui leur seraient nécessaires. On n'eut rien non plus a répliquer sur cel objet.
il. Ensuite on venait à l'élection des évéques. On remarquait qu'il avait déjà été établi plusieurs décrets dans le concile sur cette matière; mais on priait Sa Majesté de pren-
Ile n'avait craint que le manque d expéience dans cette sorte d'affaire et la contraliété des vues et des sentiments n'y oecasionlassent de la discorde et du relard; que le roitqu'avaient les Pères d'établir la réforme privant du pape , il ne serait pas jusle qu'ils
promotion de ceux qui étaient à sa nomination. L'Empereur fil ici un long discours sur ce sujel : il exposa les qualités qui, selon le sentiment des hommes sages el zélés, devraient être exigées de ceux qui aspirent à I epi^copat, et fit voir l'extrême licence qui
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montrassent ensuite la prétention de mettre régnait clans un grand nombre de chapitre
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n discussion, de leur propre autorité, ce qui Ivait été réglé par le pape lui-même avec eaucoup de soin et de maturité.
9. Celait précisément sur cet article du onclave que roulait le chapitre suivant de instruction donnée, à Rome.au légal, en sponse à la lettre de l'Empereur. On y fa/— îit observer que les scandales et les désor-
exempts de la juridiction épiscopale. Le légat assura que toutes ces considérations seraient pesées mûremeat dans le concile.
12. De là l'instruction passait à l'article de la résidence. Elle attestait que le pape aurait bien désiré qu'on eût évité de susciter cette inutile controverse du droit divin ; mais que, puisqu'on en était venu là , il agréerait
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es qu'on avait souvent à déplorer dans les la déclaration quelconque à laquelle on s'ar-
ïiErXïSSfi presque toujours causés lèlerait, pourvu qu'elle fûl faitepacifiquement
-i grande partie par les ministres des pnn- et d'un commun accord ; qu'il jugeai! la ré-
s et qu ainsi le meilleur de tous les expé- sidence absolument nécessaire et |i'il voulait
lents serait qu ils s abstinssent de former qu'elle fût observée même parles cardinaux es intrigues et d'entretenir des relations 11 fut répondu que, quelque préférable
■ms I mler.eur du conclave, ou que les pei- qu'il eût étéde mettre de 2ôté cSSe^ifon
M s étendissent aussi a eux-mêmes; que Sa on en était venu néanmoins à un point' où i
entête ne voulau pourtant pas dire qu'au- n'étaitplus possible deladissimuler,puisnuil
«n cardinal n y eut jamais failli : qu'il était n'y manquait plus que la promulgation du
îrivé dans le collège apostolique ce qi nive communément dans toutes les assembles formées par des hommes; qu'on ne i uvait pas objecter que, sur ce sujet, les
I pes eussent négligé d'adopter et de suivre
II avis et les prescriptions des conciles; <■ au contraire, tout ce que les souverains
décret ; et qu'il était nécessaire qu'elle fût ré olue afin que, soit que la résidence fût déclarée de droit divin, soit qu'elle fût déclarée de droit ecclésiastique, les évêques sussent qu'elle était obligatoire : chose qu'ils chercheraient peut-être à révoquer en doute si rien n'était déterminé.
rnnnrî ?.Tr«n i° rdonné./'t promulgué, par Le légal répartit, en peu de mots, qu'il
" r? C' aVa,t CiC Prc ,?°S C0"~ Promettait de mettre tous ses soins afin qu'on
. dMnfSSui Par CUX- fi!,fin' " inslruc~ fi»îl Par s'accorder et que l'on prît des mesu-
. m i «vilin'i rin)sons.,:,:d;ssus WBpor- res pour que la résidence, de quelque droit
I', q",' "ï?! en[ déterminé le paPe a ne qu'on la jugeât, fût, à l'avenir, exactement
p nt adresser sa nouvelle constitution au gardée
cicile actuellement réuni. Nous venons de 13. La dernière partie de linstrueliou
contenait l'exposé des raisons qui mettaient Tpape dans ^'impossibilité de se rendre : a Trente comme l'Empereur l'y invita t, et insistait auprès de Sa Majesté pour qu elle vînt e -même à Bologne. Les excuses al eguee nar le pape se réduisaient a cinq chefs, ainsi Sii'on Fa déjà rapporté dans la réponse qui 2?aU é é prijarée àla lettre de l'Empereur : savoir, l'âge avancé et la santé chancelante uu pane , peu capable de supporter la noire temPé?alure de Trente ; la pe i esse du lieu, déjà occupé par le concile, et incapable de contenir avec lui deux si grandes cours ; le danger que couraient le pape et 'Empereur de compromettre leur dignité, si leur présence ne suffisait pas pour mettre un frein a la licence qui y régnait en ce moment -les craintes que devaient inspirer a 1 an et al autre le voisinage des hérétiques allemands et les ligues qu'avaitformées avec eux le prince de Condé/chef des huguenots en France ;
d'y opérer, serait une œuvre bien longue bien épineuse, qui demandait à ne point êtr. traitée à la légère et avec précipitation ; qu. d'ailleurs Sa Majesté ne pouvait quitter 1 Allemagne, même pour un peu de temps,, cause des machinations qui ne cessaient d; fermenter dans l'ombre et qui, si elles ne taient réprimées avec le plus grand soin pouvaient perdre tout l'Empire ; que s le rc des Romains ne pouvait suppléer a 1 absenc de Sa Majesté, d'abord parce que les besoin de la Hongrie réclamaient sa présence de c côté , ensuite parce que les affaires les plu graves et les plus importantes de 1 Lmpir avaient toujours coutume de se rapporte au chef. Comme il avait été question enlr le pape et l'ambassadeur d'Espagne , dan les conférences qu'ils eurent entre eux aprè le départ du légat, ainsi que nous 1 avon raconté en rapportant la réponse au mémoir de l'ambassadeur, comme, dis-je, il avait él
SOTS. quVvâif îe pape de ne pas question que ^^f^^Té
ir°P S'6 '& fï.S oSvear7uee uf i iTt ^e^l^vÔ^À 'de faU part à l Em
turque. On faisait Observer que ^ .^ ^^ de ^ ^.^ pensant que ce sera
Bologne ^vénients sans escorte
* °n r!LT,\i aucun de ces ncon- pereur de ce projet , pensant que ce sera 't6 D«nPJ l'Emnereur pouvait y venir une raison de plus pour L'attirer à ce voyag, ts ; que Empere urpouvd „ y Ferdinand répondit qu'il lui paraissa
T S2S! ÏX n «irtH po nV de assez décile qu'un' si grand colosse pût et,
qUV,T I^ine lui nroVeïtait dFailleurs tiré de si loin, et que d'ailleurs, le ci
SeS- ï ïiiî'm Sïre à BoC autant que lui- échéant, cela même entraînerait necessair
qUAmP ÏÏ fi?si ■encore Kqucrque Sa mentde nouvelles longueurs et que ce sera
S 5 rieïï craindre du côté de une raison de plus pour lu, t de ne pas y v.
riLnnin; où elle laisserait son fils, aimé, nir, à cause du besoin qu avait 1 Allemag
est Kf déiâ "élu ro i d s Romains ; que les de sa présence ; qu'il remerciait le pape
liilmandrno noueraient trouver à redire à ses offres bienveillantes, mais que d aller
cP Tova^e quiVa ?iî été entrepris par Sa peu de frais et avec une petite escorte 1
Maie7téSqù'2n vue de procurer la réforma- paraissait peu convenable a la dignité ,mp
fin .si chaudement réclamée par eux, et riale; que même il croirait en ce cas deve
qu'en effet ! i 1 Terait £cile de consommer emmener avecjui les principaux prélats . celte œuvre à Bologne en y transférant le
concile. ... , . ■»•
14. La conclusion de ce chapitre et de I instruction tout entière était que, si d'une part le pape était bien résolu à ne regarder, dans l'accomplissement de la réformation, ni au sang ni à l'intérêt propre, d'un autre côte Sa Sainteté ne souffrirait certainement pas , puisqu'elle ne pourrait le faire sans péché, qu'on portât aucune atteinte à celte autorité qu'elle tenait, non des hommes seuls, mais de Dieu; en sorte qu'il ne serait pas possible d'v toucher sans causer les plus grandes l'état de notre pauvre nature, les plus gra
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l'Allemagne. Enfin il assurait Sa Sainte qu'aussitôt qu'il le pourrait, nonobstant 1 u commodité de la dépense, il ne manquer; pas de remplir son devoir, en allant receve de lui la couronne.
Le légat n'insista pas plus longtemps , si qu'il désespérât d'ébranler l'Empereur, si qu'il lui suffît que Ferdinand ne fît pas nouvelles instances pour attirer le pap car les hommes sont beaucoup plus empn ses d'éviter un mal que désireux d'obtei un nouveau bien: ce qui prouve que, d
perturbations.
15. Sur la venue du pape a Trente, 1 Empereur répondit au légat : que, bien qu'il attendît les plus grands biens de l'exécution de ce projet, cependant à la vue des difficultés qu'il présentait , il n'insisterait pas davantage ; que relativement à la proposition qu'on lui faisait de se rendre à Bologne, si c'eût été simplement pour y recevoir la couronne, et que les circonstances du temps le lui eussent permis, il ne l'aurait pas refusée, et qu'il y serait allé pour répondre à son devoir, à l'exemple de ses ancêtres, à son respect et à sa reconnaissance pour un pape qui lui avait donné tant de marques de sa paternelle bienveillance; mais que la réformalion de toute l'Eglise , qu'on se proposait
des de toutes les jouissances, tant du coi que de l'âme attachée au corps, sont vén blement des remèdes.