‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 75 sur 373 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Lromte de Lune se rendu la congrégation.— ?m protestations et celles de du Ferrier.—

Discours prononcé au nom du comte.

Réponse du concile. — Le bruit se répand m'un rescrit du pontife détermine le siège les ambassadeurs.— Plaintes des Français. - Visconli est envoyé près du cardinal de ^errare. — Discussion relative aux suffrales des procureurs à l'assemblée. — Jssue le la controverse.

. On attendait avec une égale anxiélé fa Iru'ption publique du romle de Lune à la |c< grégalion. Ces circonstances présentent pmiaircment, dans l'exécution, des em barri quonneûtpas prévus à l'avance. Le ente entra enfin au milieu des ambassa-

deurs impériaux, et présenta la lettre du roi son maître (1). Chacun prit sa place accoutumée ; pour lui, il se tint debout en face les légats, ne voulant pas, sans une puissante garantie, s'asseoir au lieu qu'on lui avait destiné. Cependant il fil l,re en son nom, par Antoine Covarruvia, auditeur de la chancellerie de Grenade, une protestation solennelle dans laquelle il déclarait pleinement ses intentions. Malgré les droits incontestables que lui assurait sa qualité de ministre du Roi Catholique, souverain de tant de royaumes, à la première place après les ambassadeurs impériaux, l'assemblée à laquelle il parlait, les circonstances actuelles et la situation présente de l'Eglise, ne permettaient pas, sans crime, de compromettre, par une discussion particulière, les intérêts universels. Il consentait donc à occuper le siège qu'on lui avait préparé tant qu'il serait à propos de le faire, ne voulant pas donner lieu à des troubles funestes; mais il n'entendait nullement, par cette concession, porter atteinte aux prérogatives de la couronne d Espagne. Il employait ensuite les précautions employées en semblables conjonctures par les légistes.

2. Après la lecture de sa protestation, le comte s'assit dans un lieu séparé des autres «ambassadeurs, un peu en avant des légats, à gauche de la croix d'argent, placée au milieu de l'assemblée, non loin du la table du secrétaire. Du Ferrier se leva aussitôt, pour répondre au discours de l'ambassadeur espagnol, il fil entendre :

Que si le droit obtenu parles orateurs français de prendre place immédiatement après les impériaux, n'eût pas été conforme à la coutume sui\ie de tout temps, à ce qui s'était pratiqué, spécialement aux conciles de Constance et de Latran, ou que si le siège extraordinaire assigné dans cette séance, au comte de Lune , eût blessé le moins du monde les droits de son souverain, ou ceux des autres puissances, il ne doutait pas que les Pères, dont l'auguste assemblée représentait l'Eglise universelle, exerçant la haute juridiction que leur donnait ce titre n'eussent, a 1 exemple de leurs prédécesseurs, et sans se laisser prévenir par les sollicitations des partis, rétabli l'ordre antique et toujours observe, ou du moins, employé à cet effet la dénonciation évangélique. .Mais leur silence celui des ambassadeurs impériaux, offrit des motifs suffisants de sécurité: ainsi, les ministres de France, chargés de maintenir les pri- Mlegesde leur cour, se reposaient sur celte garantie, et se confiaient encore aux liens de fidélité, d'amitié et d'alliance qui unissaient leur maître, Charles de France, avec le trèspuigiant prince Philippe, roi d'Espagne. Ils protestaient, en présence des Pères, que de tout ce qui s'était passé en ce jour, on no

(1) Voyez le? actes du Château, le journal, la letirc des légats au cardinal liorroinée, du 2i mi ei de Lansaca l'ambassadeur français à Venise, dû 26 mai 1563. Il esl encore parlé de ce fan d ms les acies (Je Paleolto, el surlouj dans un livre des an hives du Vatican, intitulé : Varia ad conciliian Triden tinum, debasilica Vaticana, etc,

HISTOIRE DV CONCILE DE fRENT en rien

pouvait rien conclure qui dérogeât miik privilèges de leur nation.

3 p "rre Fontidonio, théologien de 1 evêciue de Salamanque, débita ensuite, eu ternes pompeux, un discours dans lequel ils é- SaU avec complaisance, sur les offres nag, fiqu s du roi d'Espagne et faisait valoir

s services qu'il venait d<« rendre au monde iXén, paï sa dernière Yictoirc .sur le prince de tonde. Ses paroles furent taxées ^arrogance et de témérité par les ambassadeurs français (1). Le seigneur de Lansac Sans une lettre qu'il écrivit au ministre de sa cour, à Venise, témoigne que les impérial en jugèrent de même ; il ajoute que le cornfe deVune avait é.é obligé don aire des excuses publiques. Cependant eveqoe de Salamanque, dans la relation qu .1 a donnée de ceTe séance, assure que les hommes bien pensants trouvèrent ces accusations déraisonnables, et approuvèrent hantemen 1 orateur. Paleolto, lui-même, dans ses actes, en rend un compte honorable et lui donne des éloges sans restriction. Cett* ^harangue a ete publiée (2) qu'on l'examine. Ecrire 1 histoire, «est raconter en témoin quia vu, et non en

iuee qui décide. . , . , .

î. Après le discours de Fonlidonio,le comte se retira pour laisser au concile la liberté de de préparer une réponse. On la formula dans les termes de déférence et de respect, dus a la personne d'un si puissant et si religieux prince. Elle fut rédigée par Jérôme Ragazzoni, vénitien, alorsévêque de Famagouste. L'assemblée lui donna unaniment son approbation, et la Ot rendre au cJ^P suppïrerieloûvërain pontife de leur trace

K«2»SÎ légatsà la sor" b&dî?R;ÎÏÏ l'^nTvo^

t,G5 VlalïrT tout le succès de cette mesure unique soutien de l'Eglise que l'autorité on n'é a t poitUnarvenu à apaiser les pré- roi d'Espagne. C'eût été une faute irrem tenSoiî des ministres français. Us avaient diable de s'aliéner l'esprit de ce prince : en; appris, un jour ou deux avant la congrégation, que les légats avaient reçu du pape un chiffre (3) dont la teneur était lort avantageuse pour les Espagnols : on y accordait au comte de Lune la première place après 1 orateur ecclésiastique de Ferdinand (fc). tel e nouvelle les inquiétait étrangement : et le iour qui précéda la session , Lansac dépêcha en toute hâte un courrier a la reine pour l'en avertir. Comme on lui reprochait depuis d'avoir couru lui-même après le bruit, il répondait que sa lettre était conçue en ternies

fl«iP7 réservés. 11 ne se montrait pas en eitet oca ,w„ , ~-

Sèment convaincu, et ses paroles fortes corder l'objet de sa demande, sans lèse rna s jùdTc euses, laissaient percer sa mode- autres contendanls dans leur droit m d, dation et sa prudence. 11 n'avait qu'à se louer leurs possessions actuelles. L expédient de Ta conduite du comte. Cet ambassadeur siège mitoyen, dont les légats trouveralui avait communiqué les instructions de la description jointe a celte note, lui par. son maître par lesquelles il était enjoint de sait de nature à contenter toutes les exig son maître, par iesqu ^ ^ remplissait, du reste, pleinement

m Voyez la lettre de Lansac dont il est parle ici. i„ientions. Ainsi il fallait adopter cette î

(8) On peut consulter à ce sujet l'ouvrage déjà cite, gurc etagjravec toute la discrétion qui p

imprimé vers ce temps à Trente. Vait en assurer le succès à tout événenu

(3) Lettres de Gualtier. i a« cardinal Borromec, B*aiUeBrs laisser protester qui le voudr

60(I)leurV^^"ci:e?êauc «le Zara , 24 mai 1563. et mettre en œuvre les moyens que pe

tenir ferme et toutefois de ne pas rompre avec les Français. Il avait de plus montré toute sa bonne' foi en refusant la faveur gratuite que lui offrait le saint-siége, dans le dessein d'affaiblir les puissances en divisant leurs forces. Il ne se félicitait pas moins de la réserve des légats qui n'avaient pas mis à exécution des ordres qu'on craignait, disait-il, de produire au grand jour et qu'on s'efforçait de voiler sous des chiffres mystérieux. Mais celte assertion, loin d'être prouvée, n était pas même vraisemblable. Comment se persuader en effet que des légats, sujets nés di roi d'Espagne , eussent consenti à laissoi sans effet des notes si favorables à leur souverain? D'ailleurs, s'ils n'eussent point cher ché à exécuter leurs instructions dans ci qu'elles avaient de favorable pour le corntt de Lune , il y avait contradiction à dire qui cet ambassadeur avait refusé leurs offres Aussi Guallieri, son collègue, s'efforça-t-i de détourner Lansac de celte opinion, et di Ferrier était loin de la partager, car, à soi avis, la conduite des légats révélait suffisant ment la nature des ordres qu'ils avaient di

recevoir.

6. Les soupçons qui s étaient élevés a c sujet ne se trouvaient donc pas dénués d fondement ; j'essaierai de jeter un peu d jour sur l'obscurité de ce fait avec les éclair cissements que m'ont fournis les actes d palais. Les légats avaient mandé secrètemer au cardinal Borromée la situation désespe rée des affaires, et la nécessité de se décide sur-le-champ, malgré les risques que pre sentaient les deux partis. Ils finissaient pa

si tristes conjonctures : il résolut donc de satisfaire ; et pour que les ordres qo il e voulait donner fussent à la fois plus direr et plus pressants, il écrivit de sa propre ma aux légats sous la date du 8 mai : que 1 instances du Roi Catholique devenaient pi vives de jour en jour. Il se plaignait forint lement de ce que son ambassadeur ne point obtenu de siéger, ni dans les sessio ni dans les congrégations. Ce refus lui s ci blait étrange. Il fallait donc, par égard po un prince si puissant et pour faire droit ses réclamations, trouver moyen de lui ?

SI

aient suggérer l'adresse cl les circonstances >our que rien ne pût en retarder l'effet.

A ces instructions était joint un billet du ardinal Borromée, qui portail en substance ne le pape dédirait que celte détermination ût tenue secrète jusqu'au moment d'agir : lors tout se Ferait à l'improviste. 11 répétait ncore que si les Français refusaient tout ccommodement, protestaient, ou même se étiraient de Trente, on les laissât faire pluît que de contrevenir à la volonté expresse u saint-père.

7. Outre ces commissions expédiées en Dmmun aux légats , le cardinal Borromée, ar l'ordre de son oncle, écrivait en partiulier au cardinal Morone. Il lui communiuait, sous le plus grand secret , qu'Avila et 'argas avaient présenté au pape un engaément signé de leur main, scellé de leurs rmes, dans lequel ils promettaient, au nom j Roi Catholique , que Sa Majesté mettait bur toujours sa puissance, ses Elats et sa prsonne à la disposition du saint-siége, et nploierait tout son crédit pour l'accroisseent et la propagation de la foi. On le lui isait savoir , afin qu'il comprît les motifs jissants qui avaient dicté la détermination ï Sa Sainteté. Le courrier chargé de porter *s lettres aux légats les remit le 12 mai (1). Iles ne furent cependant pas ouvertes alors, irce que le cardinal Morone avait seul la ef du chiffre de Borromée, et qu'il prolon- .^ait son absence de Trente au delà de ce a'on avait pensé à Rome. De retour enGn

17, l'obscurité fut éclaircie, et tous, de rtneert (2), travaillèrent à préparer les am- •issadeurs de France au coup qu'on allait apper. Il s'agissait de prévenir la rupture, ^ m ilgré la difficulté de l'entreprise leur abileté sortit victorieuse de cette lutte. Mais ] comte de Lune, soit pour convaincre ses :vaux de la loyauté de ses démarches, soit >ur leur témoigner la déférence du roi son îaîlre et la sienne propre à l'égard de la ^uronne de France, refusa telle distinction <• répondit aux légats qui la lui proposaient, uns le sens que lui prête Lansac, en exaprant peut-être par erreur ou par calcul. ] protesta même que celte faveur était libre <[ qu'il ne l'avait jamais sollicitée , ce qui idisposa les Français contre Pie IV, en lur faisant croire que ce pontife cherchait ibrouiller entre eux les ambassadeurs des :uverains pour être maître ensuite de dis- ! udre à son gré le concile. Du moins c'est i que le pape reprocha depuis au ministre i pagnol.

8. VUconli ne se trouvait pas à Trente à ■ tte époque. Une autre négociation le rete-

ijt ailleurs (3). Après la conclusion de la

iix avec les huguenots en France, le légat

• Est en était sorti, ne croyant plus dès lors

VA) Lettre des légats au cardinal Borromée, 11 mai

(2) Autre lettre des légats au même, 20 mai 1563.

(3) Voyez une noie des légals au ordinal Borroi;e,du 6 mai 1503,eld'aulres lellrcsde Visconti anliine des G et 11 mai. Voyez encore les actes de

leouo.

sa présence nécessaire en ce royaume. Le cardinal de Lorraine , dont la famille était étroitement unie avec la sienne, se proposait de le joindre dans le cours de son* voy.ige , ou à son arrivée à Ferrare. Malgré le refroidissement qu'avait pu causer entre eux la diversité d'opinions politiques, on ne doutait nullement que dans le nouvel état de choses , et le légat conserv ant en France et en Italie la double influence que lui assuraient son caractère et ses talents; le cardinal n'attachât une grande importance à conserver sa faveur. Or le souverain pontife désirait vivement, dans l'intérêt général, gagner à sa cause le cardinal de Lorraine. Il en faisait le thème de toutes ses recommandations aux légats (1). Dans ce but il leur ordonna d'envoyer un prélat à la rencontre du cardinal de Ferrare, sous le prétexte d'une visite d'honneur, mais en réalité pour l'informer de la situation du concile et le prier d'agir avec ces renseignements de manière à convaincre son ami et à fléchir son inexorable volonté. Borromée désigna Visconti pour celte destination , le proposant simplement aux légats sans les contraindre à se servir de son ministère ; déférence dont le pape usait habituellement envers eux. Us le chargèrent volontiers de ce message : en sorte qu'il se mit en roule, le 7 mai, muni d'une ample relation des événements du concile, dressée par Paleolto.

9. Ce légiste fut bientôt chargé d'un autre travail , sur la question relative aux voix des procureurs dans l'assemblée. L archevêque de Prague (2) avait renouvelé ses instances à ce sujet au nom de l'Empereur et m.ilgré l'assurance donnée par Delfini, nonce d'Allemagne, que ce prince était disposé à abandonner ses prétentions à ce sujet; que le grand chancelier Seldius regardait cette demandecommeuneabsurdilé, avouait même qu'elle ne tendait qu'à bouleverser entièrement le concile, on savait que tel n'était pas cependant l'avis du plus grand nombre. Celle considération engagea les légats à faire étudier à fond cette discussion par leurs canonistes. Paleolto fut choisi pour cette recherche. Ils iui adjoignirent pour collaborateurs (3) Scipion Lancellotti, avocat du consistoire, et Michel Thomasius de Majorque, qui avait été attaché au concile au même titre par le souverain pontife

La question fut divisée en quatre articles.

10. Devait-on aux procureurs , comme tels, voix délibérative dans le concile?

Sinon, l'avaient-ils en qualité de conseillers?

Avaient-ils au moins droit de siéger dans les congrégations générales?

En admettant que la voix délibérative, au nom de ceux qui les envoyaient, fût refusée aux autres procureurs , devait-ii en être de même pour ceux qui se trouvaient être à la

(1) Lettre des légats au cardinal Borromée, 21 mai

(2) Lellrc des légats au cardinal Borromée. 24 mai. Actes île l'aicollo.

(3) Le 24 mai 1563.

fois procureurs et évéques? ou bien encore fallait-il leur donner deux voix, lune en leur nom , l'autre au nom de ceux dont Us étaient les représentants? :

11. Les trois premiers articles furent, d un consentement commun, résolus par la negalive. En effet, disait-on, il ne s agissait point là d'un traité pour lequel chacun, dans ce qui concernait ses inlérêts pouvait se taue remplacer par tel procureur a son choix, En ce cas il jouissait 'simplement de la faculté de disposer de ses dr©Us M mais W lit ftta I question de prononcer des définitions .de ilb , de porter des décrets au nom de 1 Eglise tout entière : or il fallait pour cela examiner à quel ordre de la hiérarchie ecclésiastique, Dieu a promis l'assistance de sonEspnt dans les conciles; et ensuile la capacité de la personne approuvée et agrégée a cet ordre. Mais dans aucune hypothèse on ne peut communiquer cette capacité à un procureur. L'usage constant de tous les corps législatifs, de toutes les magistratures venait encore confirmer cet argument. Toulelois , comme la tradition présentait quelques exceptions et que d'ailleurs sur le quatrième

les plus distingués de leurs nations, a leur choix, l'entrée des congrégations, mais sans Jour donner droit de suffrage. On ne voulait pas faire jouir tous les théologiens indifféremment de ce privilège, parce qu'il ne convenait pas qu'une multitude si nombreuse et si diverse fût ailmise à suivre tout ce qui se passerait dans une telle assemblée. Comprenant que de plus grandes concessions, impossibles d'ailleurs, n'étaient nullement dans l'ordre, sacbant en outre qu'elles ne pouvaient manquer de déplaire aux évéques de leur pays , les ambassadeurs consentirent pour la plupart à cet arrangement. Les Espagnols et les Français l'acceptèrent tout d'abord (1). 11 fut plus difficile de négocier celte conciliation avec les prélats allemands, surtout avec ceux d'entre eux qui étaient princes de l'Empire, et dont aucun n'assistait personnellement au concile : encore s'en trouvait-il très-peu d'un rang inférieur. L'égalité qu'on eût établie entre les absents et les autres ne pouvait donc paraître odieuse aux évéques de cette nation. D'ailleurs, la nécessité, toute particulière pour ces prélatssouverains, de rester dans leurs Etats, leur

citions et que /ailleurs sur e quaint «* éJévation p'ersonnelle semblaient les mettre article en litige les raisons de deux par « ^^ accosation de partialité, de

se contre-balancaient mutuellement, la matière ne parut pas assez éclaime pour que les légats voulussent hasarder la solution. Ils proposèrent donc trois expédients.

12 Le premier consistait à proclamer les ordonnances de Paul III et du pape régnant qui étaient aux procureurs tous ces privilèges. Des motifs que nous avons exposes ailleurs détournèrent de cette mesure. On craignit de donner lieu à de violents débats, a des récriminations ardentes de la pan des ulttamontains , au nom de cette liberté si souvent invoquée par eux : le souverain pontife, en excluant du concile ceux que rigoureusement on y pouvait admettre, eut semblé la blesser.

13 Le deuxième était de remettre cette affaire au jugement de l'assemblée ellemême. Mais alors plus de doute qu on ne repoussât sur-le-champ toutes les instances des procureurs ; parce qu'il eût été extrêmement pénible à ceux des évéques qui avaient supporté les fatigues du voyage, les embarras d'un si long séjour, de voir placer au même rang d'autorité qu'eux-mêmes ceux qui, restés dans leurs foyers, s'étaient contentés d'entretenir à Trente un ministre a leurs frais. De plus, la diversité de nations et d'intérêts, les exigences des souverains dont les membres du concile étaient sujets, pouvaient faire naître des querelles interminables, tandis qu'il était plus besoin d aiguille pour rejoindre la toile sur laquelle on travaillait , que de ciseaux pour la morceler encore. , ,

H. Le parti d'un accommodement parut donc, en troisième lieu, plus tranquille et plus sûr. H consistait à adopter l'avis proposé au souverain pontife, par les légats, de promettre aux ambassadeurs que, dans le but de les satisfaire, on accorderait aux procureurs et à quelques-uns des théologiens

à l'abri de toute accusation de partialité, de tout soupçon jaloux; aussi les légats se montraient disposés à accorder aux procureurs allemands voix délibérative, suivant la requête de l'Empereur. Ils espéraient par la les préparer à recevoir plus facilement les décrets d'un concile auquel ils auraient eu tant de part. Mais il est inévitable, dans une classe de personnages pour lesquels on établit des distinctions de primauté (2), de ne pas blesser d'ombrageuses prétentions et de donner lieu à des réclamations nouvelles. Le souverain pontife se résolut donc, poui la tranquillité générale, à refuser indislin tement à tous le droit de suffrage, et signil que la plus grande faveur qu'on pouvait a tendre serait d'obtenir le titre de conseill" simple. Les légats lui représentèrent qa fallait au moins accorder le privilège au procureurs des électeurs ecclésiastiques et ceux de l'archevêque de Salzbourg, dont supériorité était sans conteste. Ils l'assure rent, en même temps , que les prélats espa gnols le prendraient en bonne part. Le pap leur fit savoir depuis qu'il ne voyait pom d'obstacles à agir ainsi, à l'égard de trois o quatre des plus distingués , pourvu touteto que les autres nations voulussent y consen tir. Dans la suite il les autorisa à ajouter au quatre, que nous avons déjà nommes, 1 evt que d'Herbipolis (3). Il confirma , par u bref, le privilège qu'il concédait aux quati premiers lk) ; cependant je n'ai pas connai sance de l'exécution de ces disposition

(1) Diverses lettres des légats nu cardinal Bon mee, des 5. 7, 17, 28, 29 juin 1563.

(2) Lettre du cardinal Borromée aux fcgais.ïj"

(3) Leures du card. Bor. aux tég. 19, 26 jum \f

(4) Le tire du cardinal Borromée aux légats, 1) let 1503 . Lettre des légats au cardinal Borroiw 13 juillet 1505,

Parmi les souscriptions recueillies à la fin du concile, on ne trouve point celles des procureurs de ces prélats. Les autres représentants signaient sans la formule Ayant défini (N. Definiens), employé** par les évêques et par tous ceux qui avaient droit de suffrage; et même quoique certains évoques .lient encore souscrit au nom d'autres prélats absents, tels que celui des Cinq-Eglises pour l'archevêque de Strigonie, et pour tous les évêques et le clergé de Hongrie, ils n'employèrent point cette formule en tant que iprocureurs; d'où il suit qu'ils n'entendaient pas s'arroger le droit à deux suffrages. C'est ce que firent les représentants de quelques prélats-princes d'Allemagne , entre autres Georges Hochenuarter, procureur de J'évêque de Bâle ; Alphonse Salmeron et Jean Polanco, jésuite, tous deux procureurs jiu cardinal Othon Truxes, évêque d'Augsaourg.

Ainsi il en est de certaines circonstances lifficiles qui paraissent au premier coupl'œil inconciliables, comme de ces fruits sauvages que le temps et la cuisson amoljssent el qui . en s'adoucissant peu à peu, tardent l'âcrelc de leur saveur.

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