‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 76 sur 373 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

entrevues de Visconti et du cardinal de Lorraine avec le cardinal de Ferrure. — Résistance que le légat d'Fst rencontre dans le cardinal de Lorraine. — Ce dernier se montre, dans la suite, plus favorable au saintsiége. — Difficultés de préséance, renouvelées au sujet de Vambassadeur de Malte. — Instances du roi de Bavière près du concile. — Les légats lui députent Ormanelti. -- Fumano est créé secrétaire en second. — Eloges de Gaspard de la Fosse et de Jean

i Antoine Facchenelti.

1. Il fut plus difficile de réunir au même vis, dans la délibération, tous les évêques résents au concile, que doter à ceux qui n étaient absents le droit d'y prendre part, importait surtout de réconcilier avec les aliens le cardinal de Lorraine, dont l'auuilé prédominait au delà des monts.

Visconti s'était hâté de se rendre à Tun (1) pour prévenir le cardinal de Ferrare î faveur de sa cause, avant que celui de Lorlinc ne l'eût fait entrer dans ses sentiments /ec son éloquence accoutumée, et ne l'eût nsi rendu inutile aux intentions du pape des légats A son arrivée, le légat d'Est fut is au courant des affaires par le négociaur. Il apporta dans celte circonstance, au ■rvice du pontife romain et de la chrétienté I ut entière, que cette dissidence intéressait , •e activité augmentée encore pas l'espét nce du succès. Il pouvait se flatter de l'obuiir, car les instructions qu'on lui transitait, le chargeaient simplement de sol-

! ) Diverses leilres de Visconti nu cardinal Borroi-e ei au» lésais, depuis le H jusqu'au dernier mai; t les lég:«U à liorromée, du 21 mai 1S03,

liciter auprès du cardinal, ce que ce personnage avait lui-même proposé dans son premier avis, et mandé au pape par l'intermédiaire de Berlon, son secrétaire: c'est-àdire qu'on abandonnât la discussion du dogme de la résidence, el qu'on s'en tînt, pour ce décret, au plan dressé par le cardinal de Manloue. Ce point, et le canon relatif à l'institution des évêques , matières qui ont assez de liaison entre elles, formaient tout le sujet de l.i commission de Visconti : comment donc Soave peut-il prétendre qu'elle avait pour but d'engager, par l'entremise du cardinal de ferrare, celui de Lorraine à agréer et à provoquer lui-même la translation du concile à Bologne? Cet écrivain ne compose-t-il donc son histoire que de faits imaginaires, sans tenir compte des renseignements que pourraient lui fournir les mémoires ? Les actes authentiques sont là pour confondre son imposture.

2. Pour joindre enfin le cardinal de Lorraine , Visconti accompagna celui de Ferrure jusqu'à 0>lie, sur le Pô. La premier;; entrevue faillit perdre entièrement les espérances qu'on avait conçues d'abord. Le cardinal s'y montra personnellement irritéconlre le pape et manifesta des sentiments tout différents de ceux qu'on attendait. Je dis personnellement irrité, à cause de la rareté des communications. Il se plaignait que le premier légat en avait été tellement avare envers lui , qu après son retour à Trente, il n'avait pas daigné lui faire part des arrangements conclus avec l'Empereur; au lieu que ce dernier lui en avait adressé un expose qu'il communiqua au légat d'Est; et celui-ci à Visconti. Dans le fond , cet exposé ne devait comprendre que la première lettre de Ferdinand , en réponse aux articles que lui avait proposes Morone , sans que les autres conclusions qui suivirent, et qui entraînèrent la solution des difficultés, y fussent jointes, et beaucoup moins encore les objets discutés de vive voix.

En outre, ses vues étaient opposées aux desseins du pape. Il avouait bien qu'autrefois , il eût été d'avis qu'on ne décidât rien sur l'article de la résidence: mais depuis , il avait dû modifier ses sentiments en voyant les choses poussées aussi loin que le désirait l'Empereur. Il croyait inévitable une décision que réclamaient toutes les nations audelà des monts, pour lesquelles se réunissaient les suffrages unanimes, comme les eaux d'un fleuve immense , hors duquel s'écoulait, solitaire, un mince ruisseau de quelques voix italiennes, faibles cl sans écho.

3. Laissant de côté le premier reproche dont il n'avait pas ordre de justifier les légats , Visconti s'attacha à détruire le second grief. Il Jburnit au cardinal de Ferrare le moyen d'y répondre en ce sens : Il suivait clairement des instructions envoyées par l'Kmpereur au cardinal de Lorraine , que ce prince n'avait point, au sujet de la question en litige, les sentiments qu'on lui prêtait, puisqu'il déelarait, au chap. 8, que personnellement il désirait qu'on n'agitât pas retto

og7 HISTOIRE DU CONÇU

controverse: il demandait seulement qu'on établît d'une manière précise le précepte de la résidence, a6n que les évêques sussent qu'il était de leur devoir de l'observer , a moins d'empêchement légitime ou d'une dispense du pape. Ainsi , il était constant d abord que l'Empereur se contenterait de voir cette obligation déclarée en général ; ensuite, qu'il ne la croyait pas telle que le souverain pontife ne pût en dispenser. Le concert unanime qu'on supposait au delà des monts, n'existait d'ailleurs nullement. Il fallait réduire cet empressement fictif aux Espagnols seuls ; encore parmi eux , en trouvait-on qui ne le partageaient pas. L'Irlande, la Pologne, s'opposaient à cette mesure ; quelques * rancais avaient même parlé dans le sens contraire. Pour ce qui avait rapport au nombre de voix constituant la majorité , tous ne s accordaient pas à dire que 3 sur 5 fussent sutfisantes,et les légats attendaient a décider celle question , que le temps eût apaise 1 agitalion des partis. Leur désir le plus sincère était d'étouffer toute dissidence indigne de la majesté du concile , et de ne procéder qu avecles précautions qui pouvaient en assurer lé paisible succès. On s'apercevait bien que toutes ces rumeurs avaient pour but d enlever au pape le pouvoir de dispenser du précepte de la résidence ; mais on n'y réussirait pas, puisque ceux mêmes qui demandaient qu'on traitât cetle matière, voulaient en même temps qu'il fût réservé au souverain pontife déjuger, dans les cas particuliers, si l'obligation subsistait. C'était, en dernière analyse, lui conserver la même puissance dans la pratique.

k. Le légald'Est chercha à retenir le cardinal de Lorraine et Visconti le plus longtemps qu'il lui fut possible. Dans ce dessein , il les conduisiljusqu'à Ferrare. Dans l'intervalle il établit régulièrement des conférences avec ie cardinal, et en opposant à ses objections les arguments que lui suggérait le négociateur romain, il força enfin le prélat, sinon a s avouer vaincu, du moins à se reconnaître dans le fond pour tel. Ce résultat valait la plus brillante victoire. Aussi, le 20 mai, en se séparant de ses deux hôtes, le légat dit a Visconti qu'il venait de préparer une heureuse issue au concile, et qu'il allait en instruire le pape, auquel il devrait bientôt rendre compte de sa mission en France.

5. En réalité, les dispositions dp cardinal de Lorraine n'étaient pas aussi alarmantes qu'on l'avait supposé. 11 avait pu quelquefois, sous l'impression fugitive de son ressentiment, manifester contre le pape des intentions hostiles, mais celte haine contre la personne du saint-père n'avait point de racine dans son cœur , et elle ne s'étendit jamais au saint-siége et à l'autorité pontificale. A la manière des amis fâchés, il songeait bien moins à nuire qu'à montrer qu'il le pouvait faire, et à se rendre redoutable comme s'il l'eût en effet voulu. Il ne tarda pas à en donner une preuve lors de

.F. DE TIŒNTE.

son arrivée à Trente (1). Ayant reçu la visite du cardinal Morone , il lui parla avec aigreur, et n'épargna dans ses reproches, ni le pape, ni sa puissance. Cependant, à la même époque, quand survint le président de Birague, il fit à ce dernier le plus magnifique éloge du souverain pontife, l'exhorta à soutenir, de tout son pouvoir, l'autorité du siège apostolique et n'omit aucune des raisons qui pouvaient l'y engager. Enfin toutes ses démarches jusqu'à la conclusion du concile arcusent le dessein formel et constamment suivi de faire ostentation de sa puissance pour qu'on sollicitât ensuite sa protection. Ce serait donc une grossière erreur de prendre pour des inconséquences celles de ses actions qui semblent contradictoires, si on ne les juge que dans leurs rapports avec les circonstances particulières sans remonter plus haut.

6. Uniquement attentif à se faire craindre pour se donner plus d'influence, il avait employé près du cardinal de Ferrare ses moyens ordinaires. Il raisonnait, comme d'un fait, de la liaison intime des Allemands avec les Espagnols et d'une parfaite intelligence entre les ambassadeurs des deux rois de France et d'Espagne, même au sujet de la préséance; quoique ce fût ordinairement, disait-il, la pomme d'or, fruit de discordequi divisait ces divinités de la terre. Mais une telle supposition, si elle eût été vraie, eu rempli de joie les légats, puisque aussi bien la réalité contraire les jetait dans les plus grands embarras. En effet à celte rnêmi époque le comte de Lune les pressait de r faire connaître les intentions du pape (2;i sujet du siège qui lui serait assigné dan l'église ; et il semblait attacher à cett demande toute l'importance de sa premier

requête. . .

7. Cependant les légats, pour satisfaire le Impériaux et les autres pays d'au delà de monls, adjoignirent, en qualité de secre taire du concile, un second à Massarell Ce prélat, travaillé de la pierre, allait avoi à supporter une opération dangereuse- 0 choisit, pour le suppléer, Adam Fuman-' chanoine de Vérone, attaché au cardin Navagero. Cette élection avait étépréceden ment ratifiée par le pape : elle obtint las sentiment de tous les partis.

8. Auparavant, des instructions relatives un autre différend de préséance avaient e expédiées de Rome (3). Cette querelle reno vêla toutes les inquiétudes des légats. Ai termes de la disposition pontificale, 1 amba sadeur de Malte devait siéger parmi les or teurs séculiers. Le procureur de l'archeveq de Salzbourg avait fait les plus vives resi tances. Les légats écrivirent donc a ce pi lat et mirent tout en œuvre pour obtenir s

(1) Lettre de Gualiieri au cardinal Borromée, d nier jour de mai 1563. ,

(2) Lettre des légats au cardinal Borromée, dt

JU', 3) Lettres des légats au cardinal Borromée des mai, 17 et 22 juin, 12 juillet, 2 août 1563.

onscntement. D'un autre côté celte mesure oulevait les murmures des patrian hes qui [ë voulaient nullement céder le pas à l'amassadeur d'un ordre religieux. Pour préve-

| i'r l'orage les légats engagèrent Pie JV, à éclarer, dans un bref spécial, qu'on n'at-

. Mitait en rien par ce projet aux droits îles atriarches. Ces négociations demandèrent

j ,n long espace de temps, et le pape fatigué ar les plaintes des légats, qui reprochaient j l'ambassadeur de Malte, de troubler exêmement le concile sans aucun profit pour Eglise, s'en remit à eux de le laisser partir immeils en étaient d'avis (1). Mais dans la aile ils reculèrent devant l'exécution de leur ropredessein, parce qu'au moment où ils en içurent la confirmation, le différend était rrniné; et qu'ils ne voulurent pas perdre utilement le fruit d'une pacification si îniblement obtenue.

9. L'ambassadeur de Bavière (2) revenu de .orne à Trente les jeta dans des embarras i,une autre sorte. Il avait mis en œuvre tou- ,s les ressources de son éloquence, près du :iint-père, pour lui arracher la permission e communier sous les deux espèces, dans h états de son maître. Les peuples, disait-il, 1 désiraient extrêmement, et ils menaçaient i on ne leur accordait, de bon gré, de s'arro- {{T ce privilège par force, et de donner ainsi nissance à un schisme déplorable.

Les instances du roi Philippe et les raisons pissantes qui avaient déjà empêché le conde de satisfaire l'Empereur sur ce point,

< ncouraient également à détourner le pape

< celte concession. Pour donner à son refus lie couleur moins offensante, il remit les allicitears à l'examen des Pères, en ajoutant (ie le renvoi que lui avait fait préeédemlent l'assemblée d'une cause semblable, ne igardait que la requête de Ferdinand, sans «mprendre toutes les autres demandes qui purraient survenir encore. Quoiqu'il en soit, ans un tel état de choses, la désapprobation (i concile, non moins que celle du pape, n'élit pas douteuse. Cependant le cardinal Moine, dans son voyage à Inspruck, avait « mpris combien il était important de veiller a maintien de la religion, dans un pays siat- Iché d'ailleurs à la cause catholique. H coniilladonc au souverain pontife de déléguer M Bavière un nonce habile, pour préparer ls esprits à un refus inévitable. Pie IV aprouva ce dessein et proposa d'envoyer <>mmendon, celui de tous qui avait le mieux «udié les mœurs et saisi le caractère alie-

and. Mais il ne se trouvait pas alors à rente, et l'on ne pouvait retarder l'cxpédi- ; >n de celle affaire sans s'exposer aux plus aves dangers ; on ne pouvait non plus parmi s évêques présents, confier celte mission à îcun, sans réveiller des rivalités, exciter os mécontentements. Dans cette extrémité

(I) Lettre du cardinal Borroméeaux légals, 7 juin

(-2) Lettres des Icgais au cardinal Borromée des

», 24, 28, 31 mai ; 4, 24 juin 1503. — Mémoire du

rdin.d Borromée au légat dTnsuruk. -— Actes de

deotto.

Nicolas Ormanetli, de Vérone, qui faisait partie de la société des gens de lettres que réunissait autour de lui le cardinal Navagero, fut chargé de cette négociation. Aussi recommandable par ses services passés que par ses talents, sa science n'était comparable qu'à sa vertu. Il s'était offert autrefois à suivre le cardinal Polus lorsqu'il partit pour l'Angleterre, comme nous l'avons vu plus haut. Les instructions que lui faisaient parvenir les présidents étaient ainsi conçues (1) :

10 Le duc de Bavière et ses Etats s'étaient constamment montrés fidèles à la religion catholique ; mais à l'époque du carême dernier, des hommes d'un esprit inquiet et remuant avaient excité les peuples à demander l'usage du calice et les autres innovations dont la confession d'Augshourg leur avait suggéré la pensée. Dans le dessein d'apaiser les rumeurs, le duc avait promis d'obtenir ce privilège pour ses sujets dans un espace déterminé, ou de pourvoir par d'autres moyens au tranquille exercice de Ja religion en Bavière. Le terme était fixé à la fêle prochaine de Saint- Jean. En le voyant approcher, on craignait l'introduction de nouveautés scandaleuses. On lui enjoignait donc, à lui Ormanetli, de se rendre en Bavière muni des lettres des légats et du bref que le pape lui délivrait, à la charge de les remettre au duc. (Ces brefs étaient en effet venus de Rome, on y avait laissé en blanc l'espace nécessaire pour insérer les noms du négociateur.) H devait en passant à Inspruk, où il trouverait le nonce Delfini, en conférer encore avec Slafile et Canisius, théologiens bavarois aussi pieux que savants et honorés de la confiance du souverain pontife.

Arrivé à la cour du duc, il l'assurerait que, dans une affaire, sollicitée à la fois par l'Empereur et le Roi Très-Chrélien, qui agissaient de concert avec Son Altesse, le concile et le pape ne sauraient manquer d'apporter la plus grande diligence. Toutefois les prélats de Trente avaient tellement improuvé une pareille concession en d'aulres circonsslances, qu'il ne fallait pas s étonner de la prudente lenteur du saint-siége, de la circonspection avec laquelle il avait tout soumis à l'approbation du concile. La modération et la piété de l'Empereur dans un cas semblable étaient un bel exemple à suivre. Malgré les mêmes inconvénients, les mêmes délais, ce religieux prince avait jusqu'alors réprimé toutes les tentatives des factieux. Si le peuple révolté enlevait à la pointe de l'épée un privilège qui ne lui appartenait pas, il convenait du moins que le duc ne l'appuyât jamais de son assentiment et de son autorité ; autrement, il légitimait l'audace et la licence de ses propres sujets, il donnait gain de cause aux fauteurs de la rébellion. Necrieraient-ils pas que si leur demande était juste, celles qu'ils faisaient encore à propos de quelques articles de la confession d'Augsbourg ne l'étaient pas moins ? qu'on pouvait donc user

(I) Sous la date du 31 mai 1563.

des mêmes moyens

HISTOIRE uti CONCILE DE TRENTE.

de la violence et des

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