‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 8 sur 373 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Mort de l'évêque de Chonaa. — Lettre du cardinal de Lorraine au souverain pontife et entrelien du même avec le marquis de Pescara. — Le marquis travaille à rendre les évêques espagnols favorables au siège apostolique. — L'évêque de Vilerbe envoyé par le pape au concile à l'occasion du cardinal de Lorraine. — Négociations commencées entre ces deux prélats. — Parti proposé par le cardinal aux légats afin d'apaiser les différends sur l'institution des évêques.

1. Rien de plus légitime que de perpétuer le souvenir de ceux qui terminent glorieusement leur carrière en travaillant à une grande œuvre, à une œuvre dont les heureux résultats doivent s'étendre à l'humanité toul entière. Nous ne passerons donc pas sous silence la mort (1) de Jean Coloswarin, qui succomba, dans le concile, à l'époque où nous sommes arrivés. Coloswarin était originaire de Hongrie; il avait fait profession dans l'ordre des dominicains, el ses lulenls l'avaient élevé à l'évêché de Chonad. Les Pères donnèrent à la mémoire de ce prélat les regrets qui lui étaient acquis par sa science et ses vertus; el Drascowitz mêla des larmes amères au deuil universel, comprenant qu'il venait de perdre son plus ferme appui et l'ami fidèlequi l'aidait à défendre les intérêts de sa patrie. Mais au n ilieu de son affliction, Drascowitz nourrissait une pensée consolante; l'arrivée du cardinal de Lorraine ranimait ses espérances, et il croyait, avec quelques-uns des ultramonlains, que le prélat français allait enfin anéantir tous les obstacles que l'on avait élevés jusqu'alors contre leurs différentes réclamations. Il est bon de remarquer, en passant, que ces réclamations ayant été dans la suite soumises à un examen furent reconnues, plusieurs comme impossibles, plusieurs autres comme dangereuses, el beaucoup d'autres comme opposées entre elles.

Or ce n'était pas la conduite du cardinal qui avait pu donner lieu à une pareille interprétation de ses sentiments. Loin de là, lorsqu'il fut arrivé à Brescia, non content d'avoir manifesté à Grassi de vive voix el fort au long des intentions tout à fait contraires, il voulut encore informer par lui-même le souverain pontife de ses véritables desseins. (2) Illui écrivildoncà cesujcl une lettre particulière, dont voici la substance; L'abbé de Manne lui avait appris, disait-il, que Sa Sainteté continuait à espérer favorablement de son arrivée, au lieu d'ajouter foi aux bruits répandus à Rome sur son compte. La même chose venait de lui être confirmée par l'évêque Grassi, qu'on lui avait fait Thonnenr d'envoyer à sa rencontre. Ce prélat lui avait de plus témoigné tout le bien que le

(1) Lettre au cardinal Moronc, du 16 noveni. 158*. (2J Lctire du cardinal Borroméc aux légats, li novembre 1362,

HISTOIRE Df! CONCILE DE TRENTE.

souverain pontife se promettait de ses frères comme du reste de sa famille, et surtout les heureux résultats qu'il attendait do ses négociations à Trente, Il remerciait Sa Sainteté pour tant de bontés,, et il conserverait dans la suite un éternel souvenir des faveurs signalées qu'il en avait reçues, ne faisant rien du moins, de son plein gré, qui pût lui déplaire. Il ajoutait qu'il se disposait à correspondre sur-le-champ d'une manière active à l'opinion avantageuse que le saint-père daignait concevoir de sa personne.

2. Le cardinal avait tenu le même langage aux ministres des autres princes, et en particulier au marquis de Pescara, dans la conférence quil eut avec lui lorsqu'il traversa le Milanais. Le souverain pontife avait une grande confiance dans le marquis, et cette confiance s'était augmentée à là suite des bons procédés dont ce ministre avait usé envers les évêques dépendants du roi, ou par lui-même pendant la courte durée de son ambassade au concile, ou depuis lors, par l'intermédiaire de son secrétaire Pagnani (1). C'est pourquoi le pape, dans ces circonstances,-avait chargé une personne affidée de lui notifier par lettres ses craintes à l'égard des Français, et de lui insinuer que c'était là une occasion digne de lui et faite pour illustrer sa piété et celle de son maître ; mais que pour cela ils devaient se montrer tous deux les fermes soutiens de la religion et de l'autorité pontificale. Le marquis avait répondu (2) en termes si brûlants de zèle et avec tant de générosité dans ses offres, qu'on n'eût pu attendre davantage d'un neveu du souverain pontife. — Il savait bien, écrivait-il, que la défense du saint-siége était parfaitement et en tout point conforme au service de Dieu et aux intentions du roi catholique, et il suppliait Sa Sainteté de vouloir bien, après l'avoir honoré d'une commission générale, l'éclairer encore sur les mesures particulières qu'il avait à prendre. En attendant, pour que ses propositions fussent sanctionnées par quelques effets, il dit qu'il avait déjà employé tout son crédit, et auprès des évêques espagnols à Trente, et auprès du cardinal, lors de son passage; qu'il aurait été prêt à retourner au concile, même au péril de sa vie, si les affaires pressantes du roi ne l'eussent contraint à demeurer dans son gouvernement; mais que, non content d'avoir renouvelé avec chaleur au secrétaire Pagnani ses recommandations précédentes, il avait, de plus, envoyé une personne qui agirail auprès des prélats espagnols avec autant desoin qu'il aurait pu le faire lui-même; qu'il s'était entretenu des matières synodales avec le cardinal, et que celui-ci avait trouvé fort plaisant le bruit, généralement répandu, qu'il venait pour semer la discorde et le trouble dans le concile, ou pour rendre quelque

(1) Un grand nombre de lettres autographes de Pagnani au marquis sont entre les mains de l'auteur.

(2) De Milan, 11 novembre. Cette lettre fut envoyée par le cardinal Borromée aux légats, le 14 novembre 1562, °

mauvais service au siégeaposloliquc, tandis que son unique intention était de représenter vivement les malheurs de sa nation à celle sainte assemblée, et de la supplier à deux genoux d'y apporter remède. Ces malheurs étaient tels, disait le cardinal, que, bien connus, ils auraient ému de compassion non pas seulement une âme de chrétien, mais encore tout cœur d'horn ne. Le marquis ajoutait que si par hasard le cardinal entretenait dans son esprit quelqu'autre dessein secret, il était fort adroit, puisqu'il savait le voiler sous des couleurs si capables do séduire.

3. Cependant le souverain pontife, faisant jouer de nouveaux ressorts à mesure qu'il voyait surgir de nouveaux intérêts, envoyait chaque jour au concile des prélats italiens qu'on n'y avait pas encore vus ; et bien qu'en agissant ainsi il eût en vue de ne pas laisser les décisions aux mains des seuls ultramonlains, il ne peut être raisonnablement accusé de cette conduite, puisque pour arriver à son but, il n'employa d'autre moyen que de forcer les évêques à l'accomplissement de de leur devoir. Mais Soave, inspiré par l'implacable génie du mensonge, raconte les deux absurdités suivantes :

La première, que Pie IV empêcha l'archevêque de Sassari de se rendre au concile, parce que, sous le pontificat de Paul, il s'y était montré outre mesure partisan de l'opinion que la résidence est de droit divin : comme s'il n'eût pas été plus facile au pape de laisser partir de Trente un grand nombre de prélats italiens, qui le sollicitaient à ce sujet (1) et qui avaient combattu pour la même opinion, que d'intimer à un Sarde la défense d'aller au concile. D'ailleurs l'archevêque de Sassari était censé faire partie des Espagnols, et il ne pouvait en aucune manière (du moins on ne voit pas laquelle) éprouver un empêchement de celle nature de la part de Rome sans une violence ouverte et qui aurait entraîné beaucoup de bruit.

La seconde fausseté racontée par Soave, c'est que Pie IV intima la même défense à l'évêque de Césène, Edouard Gualandi, Pisan, célèbre par ses écrits sur la philosophie morale. Ce prélat aurait été suspect au souverain pontife, à titre d'intime ami du cardinal de Naples, lésé par le pape dans la mort de ses oncles, et dans sa propre personne par l'incarcération et la punition qu'il avait eue lui-même à subir. A l'occasion de ces derniers faits, Soave, dépassant mal à propos les bornes de son sujet, se laisse entraîner à la plus noire, mais aussi à la plus aveugle des méchancetés. D'après cet historien, le bruit se répandit que le marquis de Monlebello , père du cardinal de Naples , était en possession d'un billet par lequel le pape promettait à son fils une forte somme

(1) Celle circonstance est rapportée dans plusieurs, écrits que nous avons cilés plus haut. On la trouve encore dans les lettres du cardinal Borromée ain légats, cl en particulier dans celle nui date du 8 juillet 156-2.

LIVKE DIX-NEUVIEME.

d'argent s'il réussissait à faire tomber l'éleclion sur lui dans le conclave. Or nous répondrons qu'un billet de cette sorte, donné librement avant la promotion et redouté ensuile, doit être mis au nombre de certaines fables populaires dont parle Arislole, et qui sont de véritables lieux communs où la renommée va chercher, à différentes époques, les rôles dont elle revêt tantôt un personnage et tantôt un autre. L'homme le plus dépourvu de bon sens remarquerait que si un tel billet avait pu être écrit, la première pensée du pontife élu aurait été de donner l'argent et de se faire rendre son billet, comme étant pour lui d'une bien plus haute valeur. Et en supposant que Pie IV n'eût pas recouvré ce témoignage de sa promesse, comment auraitil osé défier avec tant de courage les Caraffa d'arracher à son front par l'infamie la tiare du souverain pontife? EnGn se serait-il jamais résolu à délivrer de sa prison le cardinal de Naples sans avoir auparavant retiré des mains de son père ce fatal papier, plus à craindre pour lui que les éclats de la foudre? Chose étrange, que la fureur de calomnier ait avili Soave jusqu'à le faire écrire parfois de manière à ce qu'il dût être accusé par tout lecteur impartial ou de perversité ou de folie! Mais je m'aperçois que l'esprit de cet homme ressemble à l'arc, qui est obligé de se tordre et de se faire violence à lui-même pour blesser les autres. Et pour en revenir à celte prétendue défense d'aller au concile, faite à l'évêque de Césène, sous prétexte qu'il vivait dans l'amitié du cardinal de Naples, quel prélat se montra jamais plus ami de ce cardinal que Buoncompagno, qui, ayant reçu précédemment de Paul IV de nombreuses marques de confiance et d'honneur, vendit dans la suite, par reconnaissance, un emploi qui valait six mille écus, afin d'améliorer avec celte somme la situation de l'arrière-neveu de son protecteur et de concourir à sa délivrance. Et cependant Pie IV voulut non-seulement que Buoncompagno se rendît à Trcnle, mais encore qu'il prît une part active aux plus difficiles et aux plus secrètes opéralions du concile; après quoi il réleva au cardinalat et lui confia la légation d'Espagne.

4. Mais revenons maintenant sur nos pas el reprenons notre route historique.

Parmi les prélats que le souverain pontife envoya au concile sur ces entrefaites, le plus remarquable était Sébastien Gualtieri, évêque de Viterbe, dont nous avons fait mention à l'époque où il exerçait la nonciature de France. Son frère était lé père de Raphaël Gualtieri, mon intime et vertueux ami d'autrefois, et l'aïeul de Charles Gualtieri, actuellement vivant, cardinal très-versé dans l'étude des lettres, et qui jouit, à juste litre, d'une grande considération. L'évêque de Vilerbe n'était pas aimé des ministres de France, parce qu'il avait toujours blâmé, dans ses écrits, la faiblesse de la reine à l'égard des hérétiques, comme nous l'avons dit ailleurs, et parce que, depuis son retour, il avait montré beaucoup de défiance pour les

desseins des Français, comballanl avec une. rigoureuse et infatigable persévérance leurs diverses demandes au sein de l'assemblée. Guallieri fut même soupçonné au point que l'ambassadeur en résidence à Rome, lui attribua certaines paroles (1) très-peu favorables aux vues des représentants du roi de France, paroles qui auraient été prononcées à celte époque par l'évêque de Viterbe, tandis qu'il s'entretenait avec le pape des affaires du concile. Là-dessus, l'ambassadeur écrivit que Gualtieri , pour être envoyé à Trente, avait fait croire qu'il pénétrerait, à force d'adresse, dans toutes les intentions du cardinal de Lorraine, en excitant un grand nombre de théologiens à réfuter ses discours, et en le réduisant ainsi aux plus fâcheuses extrémités, pour le forcer à dévoiler ses véritables sentiments : folles mesures qui n'auraient eu pour résultai que de faire écr.rler Gualtieri au lieu de déterminer le choix en sa faveur, s'il eût osé les proposer au souverain ponlife. Mais la raison pour laquelle Pic IV le choisit, c'est qu'il avait expérimenté (2) le caractère des Français, et en particulier celui du cardinal avec lequel il avait terminé, à leur mutuelle satisfaction, des négociations importantes. — L'évêque de Viterbe emmena avec lui Louis Antinori, qui réunissait en partie, dans sa personne , les mêmes conditions, puisque le soin des affaires de France avait clé remis entre ses mains après le départ du nonce. Le registre des lettres et des autres écrits dictés ou recueillis par Gualtieri pendant le cours de sa iongue et laborieuse administration, tomba au pouvoir du cardinal Laurent Magalolti , secrétaire d'Etat du papt Urbain Vlli, avec un certain nombre de mémoires qui pouvaient m'être d'une grande utilité dans mon travail. Toutes ces pièces ayant ensuite été transmises, à titre d'héritage à Horace Magalotli cousin du précédent, chevalier plein d'esprit et de complaisance, celui-ci voulut bien me communiquer ces secours importants sur la première demande que je lui en fis. Et vraiment j'aurais à me reprocher trop d'incivilité, si je ne lui accordais, à lui comme à tous ceux qui ont enrichi mon édifice de tant de pierres précieuses, le faible honneur de graver sur quelqu'une des colonnes leurs différents noms a\ec les caractères de la reconnaissance.

5. Guallieri arriva le 22 novembre (3), et trouva le cardinal de Lorraine alleinl d'une fièvre catarrhale qui s'était emparée de lui deux jours après le terme de son voyage, el l'avait jusque-là empêché de se présenter à l'assemblée. L'évêque remit aux légats des dépêches du cardinal Borromée , et après leur avoir dit pourquoi il était venu, il alla sur le champ avec eux rendre visite au cardinal, à qui il présenta une lettre que le

(1) Lettre du seigneur de l'Ile à la reine. 2" novembre 450-2.

(-2) Lettres du pape aux légats , et du cardinal Borromée au cardinal de Mantone, 13 novem. 150?..

(5) Leilrc de Gual'ieri au card'unl Borromée , 23 novembre 15GV2.

pape lui écrivait dans les termes les plus flatteurs. Le souverain pontife avait donné à Gualtieri d'autres lettres pour Lansac et pour du Ferrier, aGn de ne pas accroître la déGance qu'il savait bien que les ministres français avaient conçue envers l'évêque par lui, ils se renfermeraient dans les justes

rendre favorable, et établir par ec moyen dans leurs églises une autorité plus imposante; que quand ils se verraient non-seulement privés des encouragements d'un si grand personnage , mais encore réprimés

de Viterbe. Lansac, après la réception delà lettre qui lui était adressée, manifesta de nouveau celte déGance ; car il écrivit au seigneur de l'Ile (1) qu'il était fort content d'avoir à Trente un témoin de ses actions, dans lesquelles il espérait que le pape, bien informé par ce témoin, ne trouverait rien à blâmer. Gualtieri n'avait garde de diminuer, aux yeux du cardinal, le prix de l'honneur que le souverain pontife lui faisait, en lui laissant apercevoir que les deux orateurs n'étaient pas moins favorisés. C'est pourquoi il lui avait dit auparavant, comme en

bornes quYs avaient osé franchir. EnGn, après avoir mis tout en œuvre pour le gagner, il lui fit promettre que dans son premier discours public, il exhorterait les Pères à s'occuper de matières plus utiles et plus importantes. Le cardinal donna même à entendre qu'il joindrait les actions aux paroles, en s'abstenant des congrégations dans lesquelles des disputes aussi frivoles continueraient à s'agiler. Il dit encore à Gualtieri qu'il voulait lui montrer ses instructions, lui laissant dès-lors entrevoir qu'elles contenaient des demandes peu convenables *rmais

conGance, qu'il s'était fait délivrer ces lettres ajoutant qu'il indiquerait au p ipe le moyen par le pape, de peur que les ministres de de satisfaire facilement la France^ cl de cou- France, qui l'avaient vu quitter la noncia- per court à une certaine tendance qui se reture, ne le crussent en défaveur auprès de sa marquait dans presque toutes les parties de sainteté et ne prissent de là occasion de le ce royaume, à se départir de l'obéi-sancedue

mépriser ; puis il pria le cardinal de lui donner s^n avis sur la présentation de ces lettres. L'expédient eut un heureux succès. Le cardinal se persuada qu'il était à beaucoup d'égards plus honoré que les ambassadeurs, loua la prudence de Guallieri et lui conseilla de ne pas différer davantage à remettre les lettres dont il était porteur. Il lui témoigna, dans la même occurrence, l'extrême satisfaction qu'il ressentait d'avoir à Trente une personne dont la société lui était depuis longtemps familière, et qu'il pourrait ainsi entretenir avec une plus parfaite liberté : avantage sans lequel tous les rapports de la vie deviennent bientôt tristes et désagréables. Et commençant à l'heure même à user de cette liberté, il se laissa entraîner à des plaintes d'autant plus graves, qu'elles paraissaient plus modestes, sur la manière indécente dont on avait à Rome interprété ses pensées et ses desseins. Gualtieri s'efforça de le désabuser, en niant que le pape se fut jamais laissé préoccuper de ses bruits, et il partit de là pour s'étendre sur un désordre que le cardinal remarquerait dans le concile, et qui consistait à perdre le temps en discussions étrangères aux besoins présents, discussions, d'ailleurs, aussi opposées à la prompte conclusion du concile, que celle-ci était nécessaire et désirée dans toutes les parties de la chrétienté. Mais il ajouta que cetinconvénient serait pour Son Eminence la sistoire, récompense d'autant plus honorable

au siège apostolique. En outre, aGn que les canons fussent dressés sans difficultés, et que la session indiquée pour le 2(> se célébrât sans Irouble, il proposa que les présidents flssent choix de lui pour l'Eglise gallicane r de deux Espagnols pour l'Eglise d'Espagne, et des prélats qu'ils jugeraient à propos pour celle d'Italie, et qu'alors les membres do cette commission se réuniraient pour formuler de concert les canons en question. Il se promettait que les Français ne contrarieraient en rien ses opérations , et qu'avec quelques ménagements, on pourrait obtenir des autres nations la même docilité. Il Gnit en disant que les Espagnols le sollicitaient sans relâche de se joindre à eux, jusque là qu'ils venaient en personne lui lire les décisions qu'ils avaient adoptées et préparées pour l'assemblée.

6. L'indisposition du cardinal ne fut pas longtemps un obstacle à la tenue des congre' galions ; car il pria modestement lui-même (lj qu'on ne s'arrêtât point à cause de lui. Le temps de la première réunion fut employé à assigner (2) aux nouveaux prélats leurs places respectives. Et comme les différends naissent plutôt parmi des parents que parmi des étrangers, il s'éleva une querelle de préséance entre (3) Jérôme de la Souchère, français, abbé de Clairvaux ( il fut agrégé par le pape suivant au nombre des prélats du con-

source d'une immense gloire, si elle entreprenait et obtenait de le faire disparaître par son éloquence et son autorité. Le cardinal, voulant donner une preuve de sa sagesse et de sa prudence, répondit que ce soin regardait plutôt les présidents que lui-même, qui n'était qu'un simple particulier dans l'assemblée. Mais Guallieri répliqua que tout leur pouvoir réuni n'égalerait pas sa seule influence; que les Espagnols n'avaient tant intrigué, que parce qu'ils espéraient se le

(I) 22 novembre V6Q1.

pour lui qu'il l'avait deux fois refusée par humilité, et qu'en l'acceptant il ne fit que céder à la uolence ), et les abbés de la congrégation du Monl-Cassin, Le premier défendait ses droits en disant que ses adversaires] n'étaient pas renfermés dans l'ancienne religion de Saint-Benoît, mais dans la congré-| galion de Sainte-Justine, conGrmée à une époque récente par Eugène IV, et que pourj

(1) Lettre de l'archevêque de Zara, 19 novembre

(2) 16 novembre. Leitre au cardinal Mocoue, daiôti | du même jour

(5) Actes de Paleotto,

LIVKE DIX-NEOVIEMff,

celle raison fa communauté de Clairvaux était au-dessus d'eux par l'antiquité. A quoi il ajoutait d'autres prérogatives particulières aux abbés de Clairvaux, et qui n'avaient pas été accordées à ceux du Mont-Cassin. Mais ceux-ci répondaient que l'altération faite, au temps dupape Eugène, n'étaitqu'accidentelle, qu'ils rctenaientdans sa substance la règle générale deSaint-Benoît.ctilsapportaientd'au- ' 1res raisons qui n'étaient ni moins solides, ni 'moins concluantes. Pour terminer le difle- ' rcnl, il eût fallu examiner un grand nombre de bulles et d'anciens écrits, ce qui demandait un temps considérable et beaucoup de travail. Les abbés du Mont-Cassin se résolurent donc à céder le pas à leur concurrent français, considérant que par leur origine ils étaient tous enfants d'un père commun. Au reste, il eût semblé inconvenant que celle querelle se prolongeât davantage, car l'abbé de Clairvaux avait apporté des lettres de recommandation, de la partdesonsupérieur, pour les religieux du Mont-Cassin. Mais ces derniers s'attirèrent plus d'bonneur en se sacrifiant à propos dans cette circonstance au bien de l'Eglise, qu'ils n'auraient pu en acquérir par une victoire longtemps disputée. Dans les congrégations suivantes, les légats eurent soin (1) de procéder avec lenteur pour donner au cardinal de Lorraine un témoignage de leur estime. D'ailleurs le cardinal semblait le désirer ainsi, non par un sentiment d'orgueil, ce qui l'eût rendu odieux, mais par un sentiment de modestie, ce qui le faisait aimer, et afin, disait— il, qu'il pût s'instruire agréablement en profitant de la science des autres.

7. Le 22 novembre, jour de l'entretien de Gualtieri avec le cardinal de Lorraine, celuici avait reçu la visite (2) du cardinal Seripandi, qui'venait, au nom de tous les légats, lui rendre un compte exact de l'ouverture, de la marche et de l'état présent du concile. Seripandi amenant bientôt la conversation sur la dispute qui l'agitait alors avec chaleur au sujet du septième canon, avait pleinement informé le prélat français de cette affaire et lui avait même demandé conseil, moyen très-efficace pour obtenir en même temps son appui. Le cardinal de Lorraine, manifestant un sincère désir de la paix et une extrême vénération pour le souverain pontife, l'avait entretenu de l'expédient qu'il proposa ensuite à Gualtieri avec certaines modifications qui tendaient à en rendre l'exéculion plus facile. Cet expédient consistait. comme nous l'avons précédemment appris à nos lecteurs, à choisir deux prélats par chaque nation. Seripandi l'avait rejeté en disant que Son Eminence illustrissime ne connaissait pas encore assez ces têtes, et combien il y avait en elles d'opiniâtreté, quand il s'agissait de se faire réciproquement quelque concession. Mais en effet, ce qui avait déplu à Seripandi dans la proposition, c'est qu'elle

(1) Lettre des légats, il» 19 novembre 1562.

(2) Lettre des légats au Cardinal BurTODiée, 23 noembre lo62

favorisait le mode de procédure» par votes de nations. Le prélat français avait alors répondu que si ce projet ne pouvait être réalisé, le mieux qu'il y aurait à faire serait de supprimer entièrement la question en litige. Après cctcnlrelien entre le cardinal Seripandi et le cardinal de Lorraine, leslégals, réunis, avaient conclu d'une voix unanime qu'il fallait rejeter ce premier parti à quelque prix que ce fût, et que Seripandi irait de nouveau trouver le cardinal de Lorraine pour lui en montrer l'impossibilité.

8. Le cardinal, dans l'entrevue que nous venons de raconter, avait communiqué à Seripandi le dessein, précédemment manifestée tous leslégals, de faire connaître au pape, par l'entremise de quelque prélat, les différents articles de la réforme qu'il sollicitait au nom de son prince. Le même prélat, revenant ensuite à Trente, devait rapporter les intentions de Sa Sainlelé sur chacun de ces articles, avant qu'ils fussent soumis à l'examen de l'assemblée. Mais les légats ne voulurent donner de réponse qu'autant qu'ils connaîtraient là-dessus la volonté du souverain ponlife, et ils se montrèrent encore bien moins disposés à choisir eux-mêmes l'envoyé. Néanmoins on désigna quelque^ noms au cardinal Borromée: c'étaient ceux de l'archevêque de Lanciano, parce qu'il s'était autrefois acquitté d'un ministère semblable, de manière à mériter les éloges de l'archevé» que d'Otrante, parce qu'il était d'une grande habileté et qu'il avait souverainement àcœur de se rendre utile au pape ; de Gras si, parce qu'il avait été naguère envoyé par Sa Sainteté au cardinal; de Gualtieri, pour une raison du même genre, quoique l'objet de sa mission parût exiger impérieusement sa présence à Trente dans les circonstances actuelles. Mais les légats concluaient que nul n'était plus propre à remplir celle fonction que Visconli, à cause de la confiance particulière que le souverain pontife avait en lai; confiance nécessaire à l'égard d'un prélat qui devait entendre et rapporter de la bouche de Sa Sainteté, les choses les plus intimes de son cœur; confiance nécessaire, puisque la qualité la plus essentielle à celui que l'on fait dépositaire d'un secret, comme à celui à qui on conGe un trésor, est sans contredit la fidélité, cl que celui qui manque de fidélité devient par là même indigne de la confiance.

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