‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 84 sur 373 · I.IVKK VINGT ET UNIEME · texte numérisé non relu

I.IVKK VINGT ET UNIEME

de Lorraine de la présence à Rome du secrétaire de Gualtieri et de ses négociations secrètes avec le pape. 11 y avait dans cet avis matière à soupçons. Du Forrier ne crut pas devoir dissimuler davantage II apprit enfin au prélat que Gualtieri savait tout et que le départ de son secrétaire pour Rome n'avait d'autre but que de favoriser l'exécution de leurs desseins. Le cardinal put donc se mettre pn rapport avec Gualtieri. Il l'assura de la satisfaction que lui donnaient ces démar- :hes ; aucun motif d'ambition, ajoutait-il, j'influait sur ses sentiments; le désir sincère le l'avantage du saint-siége commandait jOUles ses actions. Quelques jours auparaant il avait soutenu avec vigueur la cause le l'autorité pontificale contre les attaques e l'archevêque de Metz et de quelques autres <rélals français (1). Si vous voulez détruire p puissance du pape, leur disait-il, commueriez donc par vous dépouiller des bénéfices fie vous tenez de lui. Quels que soient d'ail— jurs, ajoutait-il, les sentiments de ceux qui sent ut laquer l'autorité pontificale , je ne pis m1 empêcher de mettre en doute la pureté ■e leur foi. Dès lors aussi tous ses rapports vec les légats se changèrent en relations de jenveillance et d'amitié.

5. L'accueil favorable de son projet avait >mblé du Ferricr de joie. Il souhaitait que I roi le choisît au nombre de ses députés à assemblée des évêques de France; pour Voir l'occasion, disait-il, de servir les desns du saint-siége. Une prudence consomme et une longue expérience des affaires raient appris au pape qu'un trop grand i,cret privait les négociations de deux puissnts mobiles : d'utiles conseils dans les dé- Uéralions, et de secours étrangers dans Ixécution. Il ne crut donc pas devoir dissiïuler des propositions si importantes aux lirais. Dans une confidence particulière (2), ijes communiqua au cardinal Morone, et pur écarter de sa pensée tout soupçon fâcheux contre Gualtieri, il lui fit connaître aec le plus grand détail les raisons qui l'vaient obligé à un silence absolu. 11 lui commandait aussi d'en informer Simonetta sjs le sceau du secret. Morone devait Irai— M cette affaire de vive voix, et si l'exigence d cas le demandait, avec du Ferrier et le cdinal de Lorraine eux-mêmes, se montir favorable aux prétentions de ce dernier, li promettre de la part du pape la légation d France, en l'assurant que le pontife chois ait pour les diverses nations les personnes qu'il en croirait plus dignes devant Imi. Les autres présidents ne devaient être i'truits de ce dessein qu'au moment où sa rissite serait imminente. Le succès d'ailfbirs était lié intimement au consentement Idi souverains; mais dès lors que le cardinl promettait celui des Français et de l'Empeur, le pape de son côté croyait pouvoir

compter sur celui de Philippe. Enfin le concile ne serait averti qu'à l'instant même de l'exécution, parce que laisser divulguer un dessein, c'est la plupart du temps y mettre un obstacle insurmontable. Pie IV ajoutait que ces considérations l'avaient engagé à accepter la proposition du 13 juin, de mettre à l'écart dans la formule du décret tout ce qui toucherait aux matières controversées. Celte mesure s'accordait trop avec le plan secret pour qu'il refusât de la sanctionner.

La coïncidence du départ de l'Empereur dont nous parlerons plus bas ; le désir manifesté par lui de voir promplement terminer le concile; la déclaration qu'il avait faite au comte de Lune de ses intentions par rapport à la discussion sur l'autorité pontificale, question qu'il aimait mieux voir abandonnée que traitée en termes obscurs ou équivoques. Toutes ces circonstances favorisaient merveilleusement les projets du pape (1).

6. Quelque temps avant la réception de ces nouvelles de Rome, Morone avait eu à soutenir une lutte ardente avec les ministres étrangers; et sa position était telle qu'il avait encore à combattre l'avis du souverain pontife lui-même. Le point était important et délicat; il avait été débatiu avec acharnement depuis l'ouverture du concile jusqu'à sa dernière convocation, sous Pie IV. Les légats s'étaient accordés, avec l'agrément des deux cardinaux et de la plupart des orateurs , à fixer au 15 juillet la tenue de la session, lorsque le comte de Lune leur communiqua la réponse du Roi Catholique au seigneur d'Oisel,donl nous avons précédemment rendu compte. Celte nouvelle les combla de joie ; mais il ajouta : qu'il savait, d'une manière certaine, que le pape leur avait donné Tordre exprès de supprimer ou d'expliquer clairement la clause Proponenlibus legalis. Ils n'ignoraient pas les intentions de son maître à cet égard ; il les priait donc de différer de quelques jours l'assignation de la session, pour qu'on pût présenter ces deux décrets à la fois dans la congrégation générale.

7. Le comte ne s'avançait pas ainsi sans fondement. Le pape , dans sa réponse au réquisitoire d'Avila, avait en effet donné cette espérance; cédant depuis aux sollicitations réilérées de ce ministre, il (2) avait écrit aux légats cette lettre dont nous citons textuellement les paroles : Puisque les souverains renouvellent leurs plaintes et croient la liberté du concile violée par la clause Proponenlibus legatis dont Vinsertion n'est pas notre fait, veuillez déclarer aux Pères , soit dans une congrégation générale, soit dans une session, que nous n'avons jamais eu la pensée d'atten' ter en rien à la liberté du concile par celle clause ; elle n'a d'autre destination que de maintenir l'ordre dans les délibérations. F ail es donc savoir par une notification publique que

l) Lettre de Guahieri au cardinal Borromée , 21 (1) Lettres de Gualtieri au cardinal Bon ornée des

h" 1563, et d'autres de celle époque. 47 ei 28 juin lô(>3.

m Lciire du cardinal Borromée à Morone , 2G et (2) Lellrc des légats au cardinal Borromée, 14 juin

|3lmnl5tf3. 1563

5)r HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE.

U concile est libre.*» s'il M pMf = confusion « idjjjndjj inévitaWe. L'asse,, prAer ou de «r incrément J« ;^«ro « ^«^ ^Espagne ; on pouvait d'autant en question; conformez-vous à ses décisions ce u au .»•*.„„ fait dans le sens

soyez persuadés que nous sommes prêt à mieux le croir a \ ^^ ^

sanctionner tous les actes du concile à ce sujet contraire a m lorsqu'ur

Ainsi les peuples et les rois seront témoins des ^u au non «chapitres ecclésiastiques d'Es concession, gue nous foison, sans p«n«, donj S venu à Trente, n'avait pas été enle <W«Y de procurer une heureuse issue à cette PaB.ne» 7! Ji„îée seule d'une déclaration qu assemfe/ee, et de mener à bien une réforme se- *■«*"•% Joindre des évêques la libert. vère et efficace. Depuis cette époque, Morone don, erait au ^ ges inion4s personnelle lui avait fait savoir que l'Empereur s était °? d,re ^

relâché de ses prétentions ; le pontife , espe- «u des influence e^ra g g **{w{e au

rail qu'il en serait de même des Espagnols contre J PaPc'di u£ révoltait les légats

il l'avait témoigné aux légats dans ses lettres te eminente « g , paraisSait si in

subséquentes, sans néanmoins révoquer ses uftnarJaïïbaU'U8 étaient prêts à se retirer plu

premières instructions. Cependant les demar- J^rable, qu ils eu I ieurg ^.^

ches d'Avila continuant toujours dans ce î?'^u®v°?J*tsr® „i|'si;r Cel objcl. Si on vou

sens, il leur écrivit de s'en tenir aux termes ion ava eut oj' de§ ^.^

de sa première lettre, si le comte de Lune ait ■P™™™ a a , ^ ^^

venait à renouveler ses instances , ajoutant il serait loi^Die guffire au ^

qu'il avait lieu de croire que les raisons dont f ^ A?K soa en " d e la parole qu'on lui donna

l'Empereur s'était contenté, le satisfera.e de tre d Espagne d p LaqCOntestalion f.

même. Cette dernière recommandation n était de s en occuper -a ^^ ^

pas encore parvenue à Trente quand le l™Wl>*™\*™\Jll0US ces détails a

comte fit la demande dont nous venons de Les ^%^0^ ajoutèrent que si

parler. Néanmoins, comme les premiers or- *an nal ^ ces mêmes sentimen

4es n'avaient pas été précisément révoqué, comte ' pe»jver au { satisfair

les légats se contentèrent de répondre, qu en et »e We da ns la rea 01 conscieni

de telles circonstances cette requête ne pou- ils ci oyaient one.r -au t j d

fait que blesserl'honneur du concile et nuire en supplia» t S ato "^ J«^Ure a cel

f£n S" {SenT°p» ïSSSiœ; BftABSS^ * se présente,

l'explication qu'il entendait obtenir, on concile. d ]é < et sous

l'examinerait ensuite. Quant au délai qu il ^ ®- 5"iJi„v?rtorieuses représentations

voulait apporter à la célébration de la ses- ^upjle leurs vict o jej P m

sion, il était impossible de l'accorder Près- comte Je Lune restau s entr ,

que 'tous les orateurs et les prélats les plus abandonne a ses r |n et leg obj(

distingués en étaient convenus, la dé ter m - ordre exprès oc s n0Uveau;

nation était irrévocable. En effet, le 15 juil- ^r fit donc^ParJcnirla for mule d'interp.

let fut (1) désigné d'un consentement una- ^^^^7^1 Pour se rendre moi

nime. Un seul opposant se rencontra ce fut ^ »« o« ^abî« de s s dite s il avait cherché n

Ajala , évêque de Ségovie ; .1 rouvait trop respon ^le des suues , ^ j

court cet espace de temps pour les immenses ;«n^n' d" ^"J espérait de leurs so travaux qui restaient encore. Mais on passa ^e^ambassadeur^n esp^

°teLe comte ne cessa point ses poursuites dans la J^"^^eCXe ,2.0

S Morone, celui des légats qui tenaille sur le point de s prendre a la cour

plus à ce privilège de leur dignité , repartit pereur ■ (2) ^ ^^^ nand faisait

-*ec feu : qu'il était inouï jusqu'alors, qu un part pour V enne. * c™11 * auer à

souverain eût exigé d'un concile une chose voyage dans 1 inlenlKWi de convoque

a°u»i odieuse ; qu*.l s'agissait de la révoca- arrivée tous le. erôq de Hoog^

lion d'un décret approuvé dans une congre- berer avw eux du nv oue ion ,

Kation, affirmé dans une session par cent dix employer Pour J»010""^ '*V° nde la perso

al"r**A „na »n^a«iiinn de. deux voix seule- les deux espèces, et convenir oeid f

(1) Leltre des légats au cardina. Borromée , 15 (1) Leure des légats au cardinal Borroméc

4fe» « Sir des ,égals au cardinal

juin 1563.

remettre auprès de l'Empereur pour q.u.e ce ^ince engageât le comte de Lune à se confier des raisons qui avaient paru plausiles à Sa Majesté. En même temps ils adrcsaient à Crivelli , nonce du pape en Espagne, es instructions analogues pendant qu'ils yppliaient le souverain pontife d'agir de son pie près des deux cours. Le cardinal Moine déclarait de nouveau, au nom de ses allègues, que dans le cas où ils devraient jcevoir un tel affront, ils priaient instamment Sa Sainteté de révoquer leur mission « d'entreprendre elle-même à Rome la jande œuvre de la réforme ; que si elle n'a- { éait pas cette supplique, elle lui épargnât (f moins , à lui Morone, un opprobre qu'il iaurait pas le courage de souffrir en silnce, et la force d'âme d'oublier inlérieureipnt.

i0. Malgré toutes leurs protestations à Rome eleurs remontrances en Espagne, les légats n se trouvaient pas moins dans la nécessité aluelle et présente d'obéir. Telle était en sbstance la teneur du (1) décret présenté pr le comte : Le concile aurait à déclarer qe les paroles en usage déterminaient seultnent la manière habituelle dont se feraient ■ propositions par l'organe du président ; nis n'excluaient nullement les Pères du di>it de présenter eux-mêmes celles qui leur p ailraient plus utiles. 11 serait libre aux oi leurs d'exposer les demandes qu'ils croiront devoir faire, si les légats refusaient de s'i charger.

| cette époque (2) , on reçut à Trente la

ère par laquelle le pape" confirmait ses

ntaiières instructions. Cependant , à force

1 guments et de menaces , les légats arra-

H rent enfin au comte de Lune la signature

l'ie convention passée entre eux le 21 juin,

rele de son départ en poste pour Inspruck.

)ifaisait mention dans ce traité des instruc-

Ws adressées au comte par le roi d'Espagne,

e démarches de l'ambassadeur à ce sujet ,

M formule d'interprétation présentée, des

r-es du souverain pontife aux légats , des

a ons que l'intérêt commun leur avait sug-

éies contre ces réclamations, des deux

a is proposés au comte , ou de céder sans

o:ri< tion comme l'avait fait l'Empereur, ou

e e contenter d'une promesse en forme par

scelle on s'engageait à pourvoir dans la

ei ière session a la liberté des conciles fu-

ui, du refus de ces deux offres ; on termi-

a en assurant qu'il cesserait ses poursuites

Jsu'à la réception d'un nouvel ordre de son

oierain; que dans le cas où Sa Majesté

eiévérerait dans ses premières intentions,

légats se résoudraient à proposer ce qu'on

X'C.-iitau concile, et à pourvoir aux moyens

c ire approuver cette mesure.

: . Le pape ne s'était déterminé qu'avec

( Voyez l'exposé de celte affaire dans les Méoi s de Gualiieri.

! y°y?Z- ,ei Ic"res dcs ^gats au cardinal Borro- «du21 juin dans lesquelles ils accusent récep-

Jn e ses i f'nerhp<! du 19

ie ses dépêches du 12.

peine à donner ces ordres ; aussi la résistance des légats, avant même qu'il fût informé de la condescendance du comte, ne l'offensa nullement. 11 leur fit donc aussitôt répondre (1) que si tous, et en particulier le cardinal Morone, éprouvaient tant de répugnance à agir, il ne prétendait pas les contraindre. Ainsi , il consentait à révoquer ses premières instructions ; on n'en devrait pas moins maintenir ce dont le cardinal Morone était comenu avec l'Empereur, parce que les ordres du roi d'Espagne, antérieurs à ce fait, et supposant le consentement des autres souverains à la démarche qu'il exigeait de ses ambassadeurs, semblaient invalidés, puisque la raison qui les motivait cessait d'être vraie. On pouvait donc avoir la confiance que Philippe acquiescerait à un arrangement adopté par l'Empereur ; il en avait déjà écrit à son nonce Crivelli , et de plus il comptait sur le concours des ministres espagnols, Avila et Vargas.

12. Dans la suite de ces négociations , Soave commet tant d'erreurs, que je serais tenté de le plaindre, si le sentiment de la commisération pouvait avoir jamais, je ne dis pas un ennemi , mais un impie pour objet. A son avis, le comte de Lune n'aurait mis en avant les ordres de son souverain, relatifs à la contestation , qu'après l'ambassade de la reine de France en Espagne , et vraisemblablement ils ne lui auraient été transmis qu'à son instigation; tandis que , non-seulement avant cette députalion , mais dès le premier jour de son arrivée à Trente, il s'était expliqué en termes formels aux premiers légats(2).

13. 11 prétend que les instances du comte ne troublèrent point le cardinal Morone. Ce prélat savait qu'on n'agissait que d'après les représentations de la reine de France, et que cette princesse avait depuis changé de dispositions et se montrait favorable aux intentions du souverain pontife. Absurdité palpable 1 Les réclamations du roi Philippe avaient commencé aussitôt qu'on eût porté le décret ; elles s'étaient renouvelées dès lors avec une ardeur toujours croissante. Et d'ailleurs, si toutes ces allégations étaient vraies, le pape, mieux informé, aurait-il, contre son gré , donné les instructions si précises, si absolues du 9 mai et du 12 juin ? Soave connaît si peu le contenu delà première, sur laquelle s'appuyaient les exigences du comte, qu'il tombe dans une méprise grossière en assurant que le cardinal Morone dissuadait ses collègues d'en référer au pape. Au contraire, Morone se trouvait, par sa position, obligé non-seulement à en écrire à Rome , mais il était forcé d'avouer au comte (3) qu'il avait commission du pape de le satisfaire s'il persistait dans son dessein. Enfin si , comme le veut encore Soave, le prélat avait découvert la main qui dirigeait ces attaques, n'en aurait-il pas instruit le pontife, en supposant que celui-ci

(1) Lettres du cardinal Borromée aux légats, des 25 et 50 juin 1563.

(2) Voyez une lettre déjà citée des légats au cardinal Borromée, en date du 16 avril 1563.

(3) Lettre déjà citée des légats au pontile sous la dato du M juin 15G3.

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