‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 91 sur 373 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

le président de Birague traite avec V Empereur de la translation du concile en Aile- Zone. - Difficultés quil rencontre dans Zt négociation. - Vers ce temps, le concise lui donne publiquement sa réponse. - Départ de l'Empereur pour lnspruck. - Atteinte portée à la liberté ecclésiastique en France. - Décision du pontife.- Arrivée des évùjues et des théologiens flamands. - Les docteurs de louvain et les Anglais requièrent avec instance une sentence contre ?o reine Elisabeth. - L'Empereur iissuade de ce sentiment. - Ses raisons. - Les Pères sollicitent le pape en faveur de l archevêque de Tolède, alors renfermé dans les

lis. Peut-être ne voulaient-ils > p< se chaïger d'une aussi grave responsab.l. pn l'absence du président de Birague. J iqm ïïne toutefois qu^on fit parvenir la réponse ^dernier, bten qu'il fût alors éloigné .

Tr2ntArrivé à lnspruck, il avait exposé l'Empereur la situation ou se prouvait reine, les raisons qui 'avaient dec dé a tr< ter avec les huguenots. Il P.0™1'* £??. partie de ses instructions qui le chai geai travailler près de ce prince a la ranslat du concile en Allemagne. 1 savait, du ics les obstacles qu'on aurait a vainc r pie naoe et des Pères, et déjà il était instruit rXs du roi Philippe. Ce fait confirme erreur commise par Soave, , e .dont nc avons déjà touché que que chose. 1 prou en effet, combien peu la reine eta t dispo. à satisfaire les vœux du souverain pon suivant que cet historien l'avance. La pônse de l'Empereur (», d'après l'avis qu donna le comte de Lune, a son retour d 1 pruck , conforme avec ce que le P* «ce même en rapporta au nonce, fut .que conditions auxquelles on avait acbele paix rendaient assez croyable la news Qu'alléguait la reine, et qu'. était loi penser que cette princesse eut consent plein gré à un accord si chèrement pa Sue néanmoins il se croyait obligé de ne accéder à la translation demandée , p.

qu'en toute autre ville d'Allemagne il n ?ait pas les mêmes moyens d assurer i pendance du concile : en trois jours il vait, en cas d'attaque, reunir douze

(1) Lettre de Visconli au cardinal Borromée

iUÎ(2)4L6eLs des légats et de Visconf. au eu Borromée, 11 juin 1503. . .

(5) Lciire de l'archevêque de '^Vr VEé 4 Lettre de Guallieri au cardinal Borrome iuin Une autre du nonce Deifini, ecr.te psrort l'Empereur au même cardinal, et communiqué lui àMoronc, le 30 juin 1563.

hommes sous les murs de Trente ; qu'il était .persuadé d'ailleurs que les luthériens ne consentiraient à se présenter au concile, fûtil rassemblé au cœur de l'Allemagne , qu'à des conditions trop onéreuses, trop contraires au bon ordre et à la paix de 1 Eglise pour qu'on les acceptât ; qu'enfin changer le siège de ses opérations, quand il commençait a procéder à une réforme si désirable, eut ele perdre tous les fruits que les gens de bien étaient en droit d'en attendre. De Birague écrivait peu de temps après à du Ferrier, et celui-ci le communiqua à Gualtieri, son collègue, que l'Empereur se chargeait de ce qui concernait la réforme, et qu'il entendait qu elle se fit en tout et pour tous. Ces particularités, la sollicitude constante de Ferdinand pour les opérations du concile, prouvent suffisamment combien Soave était peu «onde, quand il fait écrire parce prince au cardinal de Lorraine : 7a* enfin touché au Voigt l impossibilité de retirer quelque avanage de l assemblée de Trente. Mais on sait la va eur de celle expression sous la plume de ,iolre écrivain. Ce terme d'avantage désigne ■a communion sous les deux espèces, et i autres innovations de celte nature, au noyen desquelles il prétend faciliter la con- 'ersion des hérétiques , raffermir la foi :branlee d un grand nombre de catholiques rançais ou allemands. Or, le concile n'était «ullement disposé à les accorder. La suite le krouvera.

3. Les légats avaient mandé au pape leur mbarras. Il leur avait répondu de ne ménacr nullement leurs expressions, et de blâmer sans crainte le traité de paix, ajoutant u «agirait de même avec d'AHegri, à Roac (1) ; mais ces lettres arrivèrent trop tard adresse était déjà envoyée à de Birague, et ie IV, auquel on la fit voir depuis, aprouva sa rédaction (2). On dut se trouver ?rt content qu'il n'exigeât pas d'expressions ■ us tories, dans les circonstances actuelles on indignation était au comble , à l'égard ^Français (3). Peu saUsfails' du *" orte a la religion dans ce malheureux pyaume, par la liberté de conscience acordec aux hérétiques , ils voulaient encore (laquer les biens mêmes de l'Eglise, en soldant 1 autorisation de lever sur les re-

^nnAe'Cclésias,iques une subvention de

^0,000 ecus Cette mesure n'eût pas manqué

révolter le clergé de France et contre

ulonte qui 1 ordonnait , et contre celle qui

sanctionnait, sans parler des flbus jn,v

blés du mauvais exemple auquel elle au-

ear"eH l,e,U' U C0Urde Rome essayait E rdu ^"ips, mais les hommes qui

rras^T ^ ,a Fra»ee , quoique dé-

moin L^neAgU,crre dont ,es frais ewsent

s"afc«e?M Crlte eXïgence' ne allaient I s laisser a 1 Egl,se ce dédommagement des

maux que lui causait une paix si offensante, pour elle. Un édit, ou plutôt un arrêt, avait élé publié; le roi ordonnait la levée de l'impôt. De son côté, le chevalier de la Soure, envoyé à Rome pour celte affaire , pressait vivement le pape de donner promptement une réponse. Profondément affligé de cette conduite, le pontife exprime toute sa douleur dans une lettre aux légats : Etait-ce là , leur dit-il, le prix de mes efforts et de mes travaux, de tous mes sacrifices pour secourir le roi dans les dernières guerres, de toutes mes démarches pour lui assurer la protection des autres puissances ? Vous aurez donc à instruire les Pères de cette conduite, et à lire l'ordonnance royale dans une congrégation, en demandant l'avis du concile sur la réponse à donner à cette requête. On comprendra facilement qu'on ne peut faire une proposition plus outrageante pour Vépiscopat français, qui sentira enfin la nécessité d'unir étroitement ses intérêts à ceux du saint-siége. Ces instructions étant parvenues à Trente, au moment où les plus violents débals étaient soulevés par les Français eux-mêmes , on ne jugea pas à propos' d'alimenter encore cette fièvre dévorante et d'ajouter à l'aigreur, à l'amertume qui existait déjà de part et d'autre.

4. On épargna de même la reine d'Angleterre (1) , malgré les instances de quelques théologiens de Louvain et de certains é\èques de ce royaume. A cette époque arrivèrent au concile trois prélats flamands et autant de membres de l'université de Louvain, députés par le roi d'Espaane (2). Les prélats étaient : François Riccardolti, Antoine Avezio, de l'ordre de Saint-Dominique, et Martin Rithovius, évoques. Le premier, d'Arras; le second, de Namur; et le troisième, d'Vpres. Les docteurs qui les accompagnaient sont dev enus assez célèbres ; c'étaient Michel Baïus, Jean Hessel et Cornélius Jansenius l'ancien, depuis évêque de Gand, qui s est illustré par de nombreux travaux , entreautresparses commentaires sur les Evangiles. Dès le temps de la mission de Commendon en Flandre, il avait été question d envoyer à Trente Baïus avec Hessel, sectateurdeses dangereuses opinions. Granvelle se décida enfin à exécuter ce projet, espérant qu éloignés du centre des discussions, en communication avec des personnages auxquels leur savoir et leurs vertus donnaient tant d'autorité, ils perdraient leur "obstination et se laisseraient convaincre. Pourtant, comme il les engageait à soumettre leurs doctrines à l'examen du concile, il en avait reçu une réponse négalive; mais ils l'assurèrent de leur obéissance aux décisions du souverain pontife. Ce fait avait été mandé à Pie IV (3). Malgré ces louables dispositions,

j JlJgf8 du cardinal Borromée aux légats ,17 ^Lettre du cardina! Borroméc aux légats, 30 J3) Lettre du cardinal Borromée aux légats, 19

(1) Actes de Paleotto. Letlres des légats au cardinal Borromée, 21 juin ; sa réponse, 30 jsia 1503.

(2) Journal au 20 el 24 juin. Lettre de Visonti au cardinal Borromée, 24 juin. Actes du concile imprimes à Anvers en 1564.

(3) Lettre du cardinal Granvelle au cardinal Borromée, 4 juillet 1565.

écrivait Granvelle , il fallait «•* »» •"» des égards que prescrivent la modération et fa charité. ÙkacL tient à son honneur; ce se mit une faute, peut-être sans remède, dexas- V eZe hommes d'une si haute réputationde Tcience et de piété. Ce serait envemmei une r dehnt la gangrène menaçait d'envahir des ÇoJïZ entières. Le pape communiqua Lus délai ce plan de conduite *«* e| > qui l'exécutèrent de même (1). Pt!u*la" ! ?aut-il en accuser la faiblesse humaine qui ne découvre pas dans une semence de tiou- Sîes le germe d'aussi grands malheurs ? Faut-il en accuser les raisons que nous avons rapportées plus haut , en développant successivement l'origine, l'accroissement et ?e îerme de ces nouveautés scandaleuses (2) î Le poison, éteint par la mort d'Hessel , qui finies jours à Trente (3) , d^r. jomme endormi dansBaïus pour éclater a une autre époque, et donner à une main plus habile la

^LÏrri^deS; Flamand, avait réveillé la nensée de procéder contre la reine a An- IXre Le souverain pontife approuvait ce dessein; il avait indiqué, comme une occasion favorable, les décrets sur la eg U.mrîe des évêques. On y pourrait **""!" ceux dont l'institution venait de cette princesse n'étaient que des intrus, qu Elisabeth était à la fois schismatique et hérétique. Il se persuadait que cet acte de rigueur engagerait les souverains catholiques a pretei le secours de leurs armes aux fidèles d Angleterre, poursuivis par une injuste oppression. Mais les ambassadeurs allemands (h) i détournèrent le coup, par les raisons que le nonce DelGni leur avait écrites à eux-mêmes et au pape, savoir : qu'en agissant ainsi, on attirerait sur les évêques catholiques toute la colère d'Elisabeth. Blessée dans son orgueil, elle ne ménagerait plus rien. D'ailleurs celle conduite ferait craindre aux princes protestants d'Allemagne un même sort, et leur donnerait une occasion de se rendre redoutables, en réunissant leurs forces dans une ligue commune.

6. Dès l'origine, les légats avaient communiqué leur projet au cardinal de Lorraine et à tous les orateurs ecclésiastiques. Un elaii convenu qu'ils en avertiraient le pape et l'Empereur. Ils répondirent aux remontrances des ambasssadeurs allemands, qu ils écriraient de nouveau aux deux cours et se conduiraient, sous la direction de 1 une, de manière à exécuter les intentions de 1 autre. La décision de Rome fut qu'on devait retarder la séparation d'un membre gangrené si, loin d'être salutaire à tout le corps, elle pouvait gâter même les parties encore saines. Pour tirer de ce parti tout l'avantage possible, suivant la pratique des hommes prudents

(1) Lellre des légals au cardinal Borroniée, 29 juillet -1563.

(2) Livre XV, chap. 5. . .

(3) François Suerze, dans sa description de 1 renie donne son épilhaphe.

(4) Letlre des légals au cardinal Borroinee, 28 juin 1563.

Pt saees Pie IV donna l'ordre à ses légats (1) de mander à l'Empereur que son sentiment avaTt prévalu, dans son esprit sur l^pinioncontraire d'une foule de conseï Uers. Voici es nropres paroles qu'il leur faisait écrire El es honorent également celui qui les dictait et le nHnce auquel elles étaient adressées : En ^ comme dans tout ce qui peut avoir raplort auUen de la Germanie et des autres & dont la religion chancelante est en pe-

Cm8err les lïat" dans1 l'es ménagements qn H. "étaient prescrits à l'égard de la re.ne Ehsdbetn, au nom de ce prélat et en celm du Roi Pitholiaue lui-même. .

°1 On poursuivait, au concile une requête

contre £ monarque Depuis gl»™™ »£ nées Barthélémy Caranza, de 1 ordre oe S ?nt-Dominique; archevêque de Tôle e nrimat d'Espagne, un des prela s les plus nuiTsauts de la chrétienté, était renfermé dalles prisons de l'inquisition : son nom s'fs déiàPïrouvé sous notre plume quand nous avons énuméré les hérésies qui su îent vers ce temps dans ce royaume et furent aussitôt extirpées. Les evequesdEspa <rno nrésents au concile virent , dans u» propres" 'durées par tout antre tnbuna nue celui du souverain pontife, un cas uni compétence, injurieux à.lenr corps en gén rai et s'en plaign rent vivement aux legais pt'ssésSpanrïen,l instances les présideets

avaient déjà écrit trois lettres a Rome, a commencement d'avril (3) Ils ™an°a'e«t« oane aue le dés r de tous était qo il évoqua SE aVire à son tribunal, et se fit rem « nn1ir les réviser, es actes du procès cum mencé en Espagne. Pie IV, dans sa répons seTustifiairdS Lproche de négligence ou condescendance. ïl donnait les raison . qi l'avaient empêché d'envoyer en Espagne « nonce, à qui il avait, déjà confié cet e m sion- et parmi les pièces a l'appui (4), ne yov-i'it aux légats une lettre de la main Philippe (ol,d!ns laquelle le prince se pi gnaUqu'on eût donné je ne sais que bre . nonce Odescalco, sans sa participa l.on. H suppliait Sa Sainteté de ne pas publ er c ordre et de ne troubler en rien le cour J procédures commencées par linquisucu L'on aurait soin de maintenir dan s les bo nés de la justice et du devoir, et qu aussi! Kir conclusion, le saint-père sera. £ .fort de la marche suivie. Le pape enw«J qu'il ne pouvait passer outre, sans rou v

(1) Lettre du cardinal Borroniée aux légats , !

6|rLl^de?5legats au cardinal Borromée,

(3? Se des légats au cardinal Borromée,

^teure du cardinal Borromée aux légals, 1< 21 'novembre 1562.

(5) De Madrid, 15 octobre 1562.

avec le roi d'Espagne, dont il avait intérêt à se ménager la bienveillance. Les évêques ne continuèrent pas moins leurs démarches près des légats; ils exaltaient à ce sujet la puissance des pontifes. Ils rappelaient que nonseulement dans l'Eglise chrétienne, mais encore dans l'Ancien Testament, la connaissance des affaires importantes était réservée au seul grand-prêtre. Ces instances déterminèrent les présidents à en référer de nouveau à Rome. Une seconde fois le pape leur développa les raisons qui l'avaient fait agir (1). Sun prédécesseur avait remis la cause au ju- 'gement de l'inquisition, ne se réservant que la sentence définitive, en sorte qu'il n'avait [pas voulu se montrer moins confiant et révoquer les concessions antérieures. Il avait au 'contraire recommandé dans celte affaire la plus grande activité. Tous les actes de ce qui s'était passé jusqu'à ce jour étaient, entre ses mains, fidèlement transcrits. Le licencié Guzman les lui avait remis. D'après ce qu'il en connaissait, il pouvaitassurer qu'il y avaiteu justice dans l'incarcération du prélat. Il promettait de pourvoir à ce qu'elle fût rendue compte et entière aussitôt la fin des procédues, fixée à la fin d'avril. Ce que le vulgaire 'mprudent attribue à la faiblesse et à l'indo- 'enec, est souvent, dans les princes, l'effet de a modération qui dirige leur zèle. Cet exemple >ourraitenservirde preuve. Un incident nous t précédemment amené à raconter le résultat le cette affaire; le lecteur en sait le reste. 1 8. Une cause non moins importante fut alors Portée au concile : ce fut celle de Jean Grioani, patriarche d'Aquilée, dont nous avons u occasion de parler en rapportant la promotion d'Amulius et de Navagero. Le sénat vait appuyé sa demande d'être jugé par le oncile. Je tiens de la bienveillance du cardiial François Albizi les actes authentiques e celte procédure, que la qualité de l'accusé, elle de ses défenseurs et de ses juges, autant ue la singularité des événements, contriuent à rendre mémorable. Ce savant prélat bien voulu revoir cet ouvrage et m'aider e ses lumières à le rendre plus parfait. Les îémoires qu'il m'a communiqués renferîent le rapport des divers procès intentés u prélat, les sentences portées à Rome et à rente ; les nombreuses lettres adressées à 3 sujet parle pape, en celte dernière ville et Venise; celles que le sénal écrivit en faeur de l'accusé. J'en extrais tout ce qui mtre dans le plan de mon ouvrage.

9. Après l'élévation d'Amulius et de Naagero au cardinalat, la république (2) vait remercié le pontife de la faveur ac- 3raee au second, et en même temps de celle a on supposait destinée au patriarche, quoiue le pape n'eût rien déclaré encore, sinon u u avait obtenu des cardinaux la promesse e consentir à cette création, dès que Gri-

E?.ieJ?railIdiscu,Pé- Quant à la nouvelle ignitê d Amuhus, la lettre du sénat laissait

u?1563tre dU Cardinal Borroinée aux légats , 19 (2) Lettre de la république au pape, 3 mars 1561.

percer une ironie en disant que les Vénitiens respectaient sincèrement les décisions de Sa Sainteté, mais que l'ambassadeur devait peut-être aussi quelque reconnaissance à sa charge. Depuis, la république renouvelait ses instances pour obtenir la promotion du patriarche ou, comme on l'appelait, sa promulgation (1). Ce dernier voulait qu'on hâtât les poursuites et refusait, à litre d'incompétence, le tribunal de l'inquisition romaine. Il demandait à être jugé par le concile, devant lequel il était disposé à comparaître. De son côté, le pape s'opposait à cette mesure, et voulait qu'on usât (2) des mêmes égards envers l'inquisition romaine qu'envers celle d'Espagne et de Portugal. Conformément à ces intentions, il avait mandé à Capilupi, son nonce à Venise, de travailler à détacher la république du parti de Grimani, pour qu'on pût facilement ensuite le citer devant les juges romains (3); mais le patriarche avait depuis longtemps inspiré au sénat toute sa défiance pour ce tribunal, et le nonce rencontra une résistance opiniâtre. Afin de ne pas agir trop brusquement, Pie IV suspendit l'exécution du mandat d'arrêt, pourvu que Grimani ne se dirigeât point vers Trente. Fatigué des imporlunités de l'ambassadeur de Venise, il consenlit enfin à ce que le concile fût pris pour arbitre, et Grimani s'y rendit aussitôt. A son arrivée, il visita les légats, accompagné (4) de plus de "vingt évêques et d'une suite nombreuse. Il ne leur dit pas un mot de son affaire. On trouva celte conduite peu convenable dans la situation présente, mais les ministres vénitiens ne tardèrent pas à s'acquitter, pour lui, de ce soin. La republique, dirent-ils, avait toujours pressé vivement la décision de cette affaire, pour se décharger d'une inculpation odieuse, du reproche de favoriser la promotion d'un prélat entaché d hérésie. Cette raison lui avait fait plusieurs fois supplier le souverain pontife de rendre prompte justice, ou pour le renvoi de l'accusé, s'il était innocent, ou pour sa condamnation, s'il était coupable. Enfin Sa Sainteté s'était résolue à constituer les Pères juges de cette grande cause. Elle avait transmis sa détermination à l'ambassadeur de Venise, en l'avertissant que deux nouveaux légats se rendaient à Trente, munis d'une lettre pour le cardinal Morone, auquel on faisait passer des ordres précis à ce sujet. Représentants de la république, ils s'adressaient donc aux présidents, coir-ne aux chefs nés du concile, et ils espéraient qu'on ferait droit aux réclamations d'une puissance si dévouée à la cause du sainlsiége, surtout quand elles avaient pourobj»l

(1) Lettres de la république à son secrétaire à Rome, des 4, G, 21 mars, l'j avril; et à l'ambassadeur Soranzo, 10 mai ; une autre du même jour au Pape, ci enlin une à boranzo du 12 millet 1561.

(2) 10 juin 1562.

(3) Lettres du cardinal Borromée au nonce Capilupi, 21 mars, 4, H, 16 avril, 2 et 30 mai, 13, 20 juin,

4, 11, 18 juillet 1562; 15, 20, 22, 27 mars 1565.

(4) Deux lettres des légais au cardinal Borromée, 20, 22 juin 1563.

un de ses puis nobles enfants, un des prélats les plus élevés en dignité; surtout quand on ne demandait qu'une seule chose, justice, et justice rigoureuse. Un acte de cette nature était proprement le fait d'un concile. L'histoire fournit assez d'exemples d'assemblées

tèrent de nouveau que Grimani avait seul à se reprocher tous ces déktis ; qu'en consentant à se rendre à Rome il se fût promptement débarrassé d'une procédure si fatigante ; que du reste les intentions du souverain pontife leur étaient connues ; qu'ils d'évêques convoquées pour des causes moins ne devaient pas ignorer son zèle ardent pour importantes. Us n'ajoutaient qu'une condi- , la justice, ses favorables dispositions à l'égard tion, qui loin d'altérer la nature de leur pre- de la république et du patriarche; que, pour raière demande, n'en était que le complément nécessaire, c'était l'activité. La république, offensée, en avait besoin pour réparer sa réputation et n'être plus comptée au nombre des Etats fauteurs d'hérétiques. Elle était trop intéressée à se conserver sans reproche, surtout en présence des troubles funestes qui agitaient Vicence. Du reste, en lui-même, cet examen se refusait à de plus grands délais. Les peuples soumis à la juridiction du patriarche, dans un cercle d'une centaine de milles et jusqu'aux confins de l'Allemagne, depuis dix ans déjà demeuraient sans pasteurs. Le Frioul venait d'envoyer à Venise une députation honorable, pour s'assurer du degré d'orthodoxie de leur patriarche, et savoir s'ils devaient obéir à ses ordres ou les rejeter avec horreur.

10. Les légats firent retirer les ambassadeurs pour se consulter sur la réponse, qui fut rendue en ce sens : ils convenaient de la justice de la requête, mais ils ne pourraient rien faire d'eux-mêmes, ni rien proposer au

eux , us s'engageaient à agir en particuliei aussitôt la réception de son bref; mais que cette condition était indispensable. Us s'offraient ensuite à expédier sur-le-champ celte affaire.

13. Ces raisons ne purent satisfaire pleine ment les Vénitiens ; on finit par convenir en semble qu'ils en écriraient à leur république et les légats à la cour de Rome. Ces dernier! ne tardèrent pas à s'acquitter de leur engagement : ils faisaient remarquer au pap< combien il était fâcheux qu'au milieu d'uni discussion si vive sur le droit de proposer les Vénitiens vinssent augmenter le troubl< en présentant à l'assemblée une affaire di cette importance.

14. Pie IV n'apprit qu'avec douleur le refu des présidents et l'espèce d'injure faite à un république dont il avait éprouvé les bon offices en toutes les circonstances. L'éléva lion de Navagero à la dignité de légat avai prouvé l'estime et la confiance du souverai pontife envers Venise. Pendant que les au

su

concile sans un bref spécial du pape, devant très souverains sollicitaient avec opiniâtr

lequel cette affaire avait déjà été portée, des privilèges contraires aux droits de l'I

Autrement, c'eût élé déclarer la supériorité lie, cette puissance pouvait seule, par

des conciles sur le souverain pontife , puis- crédit et le zèle de ses nombreux évêque

qu'ils s'arrogeraient le droit d'appeler a leur soutenir et conserver l'autoritédusainl-sié

tribunal une cause qu'il avait déjà instruite. Le pape se plaignit donc aux légats de

A la vérité , Pie IV avait parlé à Navagero et qu'ils avaient ainsi molesté les ambassadeu

à Morone, et leur avait transmis des instruc- contre ses intentions formellement exprim

tions écrites ; mais tout cela ne suffisait pas à deux d'entre eux (1). Il ajoutait qu'il é

encore, puisque Sa Sainteté leur avait en convenu avec le sénat de faire juger le

même temps promis d'envoyer un bref signé triarchc ou par le concile assemblé, ou

de sa main , par lequel elle exposerait plus une commission de théologiens choisis à

au long sa volonté. effet; que s'il n'avait pas expédié de br

1 1. C'est blesser au vif les hommes de ca- c'est que nul ne l'avait sollicité , et que d'a ractère que les rendre dupes une seule fois les ambassadeurs vénitiens se révolté

Aussi

rent en entendant cette réponse : Le sénat, dirent-ils aux présidents, n'en sera pas moins surpris que nous-mêmes. Il comptait sur la bonne foi avec laquelle on avait remis cette affaire au jugement du concile, et sur la parole du pape donnée à son ambassadeur, communiquée depuis aux légats. Se reposant sur cette promesse, il a fait venir à Trente le patriarche inculpé : soujfrira-t-il sans indignation un affront de cette nature? Us s'étendirent encore sur les services éminents de la république, sur la noblesse de l'accusé et de sa famille, sur l'équité d'une requête dont la juslice faisait tout l'objet, sur la droiture des intentions du sénat, dont les membres étaient prêts à mettre le feu au bûcher qui devait consumer le patriarche s'il était convaincu d'hérésie. Ces plaintes furent renouvelées ensuite et de vive voix et par écrit en termes forts, presque menaçants.

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