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CHAPITRE II

Dixième session, avec prorogation des décrets jusqu'au 15 décembre.

1. Cependant les Pères ne restaient pas oisifs à Bologne; ils se servaient de la pompe des cérémonies pour montrer au monde, par cet appareil imposant, que le concile était plein de vie ; et , dans le particulier, ils travaillaient à maintenir leur autorité pour être prêts à s'en servir aussitôt que les circonstances le demanderaient.

Par rapport aux cérémonies, on statua (1) que, de même qu'à Trente on avait célébré des obsèques solennelles pour la reine de Hongrie et pour la princesse d'Espagne, ainsi on rendait le même honneur au feu roi de France. On attendit, pour le faire, qu'on eût appris que cet honneur funèbre lui avait été rendu par le roi, son fils. En même temps on arrêta une autre solennité moins triste, c'està-dire des actions de grâce et des réjouissances publiques à l'occasion de la victoire de Charles V sur les hérétiques (2) ; outre que c'était faire un acte de religion , c'était donner aussi une preuve d'affection à l'empe-

(1) Dans la congrégation du 8 mai , comme on le voit dans le Journal et dans le vol. des Actes marqué A.

(2) La première cérémonie eut lieu le 20 mai , la deuxième le !i>-2, comme on le voit dans le Journal.

in

reur. De plus, les Pères faisaient preuve de courage au milieu des succès de celui qui se déclarait leur ennemi ; conseil suggéré également au Pontife par le cardinal Cerviîii (1).

2. Quant aux moyens auxquels on eut recours dans le particulier, ce fut de nommer une commission des évêques de Matera, de Vaison , de Vérone , de Bitonto et d'AliiTc , chargée spécialement de s'occuper d'attirer au concile les absents et d'y retenir les présents. Le Pontife se prêta aux efforts de (2) cette commission, en fournissant de l'argent à ceux-là pour venir au concile, et à ceux-ci pour y rester. Il savait que, dans tous les troubles civils, ce qui entraîne le suffrage de la plupart des hommes, c'est la multitude. On s'appliquait en même temps à préparer les décrets pour la session; qu'on dût procéder ou non à Bologne à la formation des décisions dogmatiques et des règlements disciplinaires, ils pensaient qu'il fallait tenir tout prêts des canons bien discutés et bien travaillés , de sorte que, pour les publier, il ne fût plus besoin que de la publication elle-même. Cela servait non seulement à employer le temps avec plus de dignité et avec moins d'ennui, comme aussi à avancer le travail qu'il aurait fallu supporter ailleurs, mais encore à empêcher qu'on pût jamais adresser au concile de Bologne le reproche d'être resté sans rien faire, tandis qu'au contraire celui-là devait encourir l'animadversion publique qui avait empêché la chrétienté de cueillir le fruit de ses travaux. On se conduisit néanmoins dans tout cela avec tant de prudence, qu'une partie fut perfectionnée et l'autre seulement ébauchée. De cette manière, on se ménageait la liberté de produire la partie à laquelle on avait déjà mis la dernière main, quand on le voudrait ; d'un autre côté , le fini qui manquait à la partie qu'on n'avait qu'ébauchée, pouvait excuser l'ajournement si le bien public l'exigeait, sans qu'on fût obligé d'avouer au public, qui confond la prudence avec la faiblesse , qu'on différait seulement par considération pour l'opposition à'aulrui. On avait donc achevé les décrets sur l'Eucharistie, matière déjà examinée dans les congrégations de Trente (3) , et dont la décision par conséquent réunissait le suffrage même des évêques qui étaient alors séparés du corps. Outre cela , on avait fait à Bologne (4) un grand travail sur le sacrement de la pénitence.

3. Et il n'y a rien de si éloigné delà vérité que ce que dit Sarpi, quand il prétend que le petit nombre des théologiens présents à Bologne avait rendu difficile la prompte discussion des matières. En effet, je trouve que, dans une congrégation (5), il s'en trouva soixante de toutes nations, et soixante-dix dans une <;utre. Et surtout on vit s'unir à eux de l'Allemagne, Pierre Canisius, de la compagnie de

(1) Lcllrc de CerviiiiàMafféc, du 7 mai 1547. ri) Le Journal d'alors.

(3)LeUreducardiiiaICerviniàMafi'ée,du7mailS47.

(4) Dans le Journal du 50 mai.

(5) Le 30 avril el le 2 août, comme on le voit dans le journal.

Jésus , homme aussi remarquable par ses écrits que par ses actions (1). Assurément ce séjour à Bologne ne fut point stérile et sans fruit (2), comme se le sont persuadé ceux qui n'ont vu produire ce fruit que plusieurs années après et sur un autre sol ; car on y examina successivement et avec le plus grand soin toutes les décisions qui furent prises , et un grand nombre des règlements de discipline qui furent faits depuis à Trente, el on recueillit attentivement sur l'une et l'autre matières la substance des sentiments émis dans les congrégations, substance qu'on relata dans les actes authentiques du concile, et qui contient tout ce qu'on peut dire de plus logique et de plus érudit sur ces deux matières. Entre autres choses, il est remarquable que la dispute (3), qui devint si fameuse dans le concile du temps de Pie, sur la question de savoir si on pouvait et si on devait annuler les mariages clandestins, s'entama à Bologne avec une divergence d'opinions semblable à celle qui eut lieu à Trente à la fin du concile, puisqu'à Bologne les sentiments se partagèrent aussi à peu près par moitié sur cette question.

4. Les choses en étaient là, lorsque les légats reçurent de Rome l'ordre de surseoir, en attendant la réponse à l'arrangement proposé de concert avec Mendoza , et de proroger la session jusque vers le milieu d'août. Mais comme le Pape voulait plus que jamais conserver au concile sa liberté et son autorité, il fallait que ce projet eût l'approbation de l'assemblée. Les légats réunirent donc (4) les Pères, et le premier président parla dans le sens que voici : Il dit que le jour de la session approchait, qu'ainsi on devait délibérer pour savoir s'il fallait publier les décrets 5 qu'il y avait des raisons pour et contre ; que ce qui portait à le faire, c'est que tout ce (jui avait trait au dogme si important de l'Eucliaristie était tout prêt; qu'on n'avait pas profité des moments de la session précédente ; que par conséquent passer aussi inutilenicnt celle-ci, ce serait avilir le concile, qui, < 11 paraissant se défier de son propre pouvoir à lui-même , engagerait les autres à lui faire de l'opposition ; que cependant les raisons qui militaient pour le parti opposé paraissaient de beaucoup plus puissantes; qu'on pouvait bien publier les canons sur l'Eucharistie, mais qu'il ne fallait publier rien sur la réforme ; que quand il serait question de cette dernière, on traiterait du préjudice que l'autorité épiscopale reçoit de la part des princes séculiers et de la part des ordres réguliers ; mais que jusqu'ici cela n'avait pas été possible, puisqu'il n'y avait alors à Bologne au-

(1) Dans le Journal du 6 mai 1547.

(2) Le tout est dans le volume cité ci-dessus du cliâleau Saint-Ange, marqué A. Outre cel.T , on peut voir un livre des Mémoires laissé par Seripandi, inlilulé Fanago.

(3) Lettre du secréiaire Massarelii écrite de Bologne an cardinal Cer vini à liome, le 25 décembre 1 5 i7.

(4) Les Actes cl le Journal du i" juin.

HISTOIRE DU CONCILL DE TULNTE.

cun représentant des uns, et cjuc deux chefs des autres s'en étaient allés où les appelaient des fonctions qu'ils étaient obligés de remplir; que cependant on avait arrêté à Trente ' ' ane et la réforme seraient comme

après y arriva aussi le procureur (1) de l'évêque de Laybach, ville d'Autriche : il venait pour avoir la décision des Pères sur sept articles débattus dans cette province de la Carniole. Mais le secrétaire de Dandini , nonce

que le dogme et la réforme seraient

deux roues sur lesquelles roulerait également en France, causa encore plus de consolation

ce char; qu'alors plus que jamais, il fallait observer inviolablement cette règle, d'autant plus que le concile se célébrant dans une ville du souverain Pontife, on pouvait penser qu'il aurait une plus grande influence sur sa marche ; qu'outre cela, on devait avoir des égards pour l'empereur, qui jusqu'ici n'approuvait pas comme légitime la translation, et qui, non content de ne pas envoyer au concile les autres prélats de ses domaines,

aux Pères (2). Envoyé à Rome par son patron et par le légat Téte-de-Fer , et passant par Bologne, il dissipa l'inquiétude occasionnée jusqu'alors par l'incertitude oiî l'on était des dispositions du nouveau roi : car il apporta la nouvelle que ce prince avait désigné treize évêques distingués pour le concile de Bologne (3), en déclarant ouvertement qu'il voulait l'accepter et le protéger; il avait fait alliance avec la famille de Paul , et venait de

empêchait même d'y venir leurs collègues de promettre pour femme à Horace, duc de Cas- Trente; qu'on devait avoir les mêmes égards ^"^ "* *"-"" -i'^-'— i7.„«Ao. n:o„„ .o nii« pour le nouveau roi de France, dont on ne voyait à Bologne ni évêques ni ambassadeurs ; qu'on espérait que sous peu de temps, par les soins des deux légats que le Pontife avait envoyés , non seulement le roi , mais même l'empereur consentiraient à grossir le nombre des Pères de la présence de leurs prélats, et à honorer l'assemblée de celle de leurs ambassadeurs.

5. Ces considérations prévalurent dans tous les esprits à l'exception de Benoît de Nobili , évêque d'Accia, qui pensait que, de quelque manière que ce fût, il fallait publier le décret sur l'Eucharistie. Et il ne se départit pas de ce sentiment dans l'acte de la session. Le jour delà session prochaine fut fixé à une époque plus éloignée que ne portaient les instructions du Pape, c'est-à-dire, au quinze de septembre , afin d'être plus sûr que, sans recourir à

tro et frère d'Octave Farnèse, Diane , sa fille naturelle. Ce mariage, négocié précédemment par le Pape, afin de dissiper de l'esprit des Français l'ombrage que leur avait donné l'alliance d'Octave avec l'empereur, fut alors conclu bien volontiers dans le dessein de montrera ce monarque que s'il venaità abandonner ou à vexer son allié, il ne manquerait pas d'autres soutiens.

7. On voyait aussi dans la cathédrale de cette noble et savante cité les plus doctes évoques et les plus doctes religieux (4) s'exercer à prêcher sur des matières théologiques et spécialement sur celle de la justification. Thomas Stella, Dominicain, évêque de Salpi, puis de Lavello, enfin de Capo-d'Istria, prêcha pendant plusieurs mois sur ce sujet, en présence de cette brillante assemblée qui lui applaudit. On continuait à disposer les articles sur les sacrements, et principalement sur celui de la pénitence. A ce

de nouvelles prorogations peu honorables, . ,. . , . . .

on verrait alors accomplir le plan des décrets propos on discuta longtemps la question de de Bologne et l'arrangement qu'on négociait savoir si Jésus-Christ, qui l'avait établi quant

à la substance (5), avait aussi déterminé le temps où il faudrait y recourir, et la question de savoir si, comme la confession m t^oio suf-

en Allemagne et à Rome. On se réserva néanmoins la faculté d'abréger ou de prolonger le terme, même hors le temps de la session. Le tout fut ensuite arrêté publiquement et dans les formes, à la séance solennelle qui eut lieu, comme elle avait été fixée, le 2' jour de juin. Dans cette solennité, ce fut Olaiis Magnus, archevêque d'Upsal, qui célébra la messe ; après cela, on décréta que, pendant ce temps-là, on continuerait à faire marcher de front le travail du dogme et celui de la réforme. Dans cette session on admit les suffrages de deux évêques qui ne purent y assister pour cause de maladie.

6. La réputation du concile de Bologne s'accrut de beaucoup quand Ambroise Pélargue, dont nous avons déjà parlé, y parut comme procureur (1) d'abord d'Adolphe, nouvel électeur de Cologne, et ensuite comme procureur de l'électeur de Trêves. Et quoique pour éviter l'indignation de l'empereur, il était évident que les pièces avaient été signées la veille de la translation, on savait bien que Pélargue n'en aurait pas usé sans un ordre postérieur de ses princes. Peu de temps

(1) Le 17 cl le 21 juin , coininc il est luannié dans \b Journal,

fisait quelquefois , la contrition in voto suîfisaitaussi pour la justification, et la satisfaction in voto pour la rémission de la peine. De même sur le sacrement de l'Eucharistie, on agita longuement la question desavoir si on recevait autant de grâces de la communion sous une seule espèce que de la communion sous les deux espèces sacramentelles : et à cause de la diversité des opinions, on résolut de ne rien décider. Mais on vit renaître à celte occasion , un débat qui, en devenant plus fameux , devint aussi plus animé à une autre époque, comme on le lira.

Le travail sur la discipline continuait avec non moins de soin (6); on réglait dogmatiquement ce qui concernait l'administration des sacrements, et on s'occupait à écarter l'autre difficulté qui avait pour objet la rési-

(1) Le 21 juillet, comme il est marqué dans I Journal.

(2) Il arriva à Bologne le 25 juin, comme il csl marqué dans le Journal.

(ôi Dans le Journal du 24 juin.

(4) Le Journal de ces temps.

(o) Dans le Jomnal du 15 juin 1547.

{(}) L;; Jdtniial du 11 juin 1547,

dence et en particulier (1) la révocation des anciennes concessions qu'on avait accordées pour le cumul des bénéflces à charge d'âmes. Sarpi calomnie donc quand il dit que l'affaire de la réforme, qui était odieuse au Pape, fut interrompue quand le concile fut placé sur une terre de l'Eglise. Et moi, je sais que pour cet homme , attentif non à dire le vrai , mais à persuader le mal, il suffisait que celte assertion eût quelque vraisemblance. Mais il fallait qu'il se fît une bien basse idée de ceux qui le liraient : cardes hommes de quelque portée apercevront aisément que l'accomplissement de la réforme par le concile ne fut jamais pour le Pape ni plus nécessaire qu'à cette époque oùelle paraissait entièrementdépendre de lui, ni plus sûr et, par conséquent, plus opportun, qu'à cette même époque où il avait dans les mains les ciseaux pour tailler autant et comme il voudrait.

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