‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 104 sur 348 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sentiments des légats de Bologne. Arrivée des cvéques et des ambassadeurs français. Justification de Cervini, Meurtre de Pierre-Louis Farnèse. Plaisance prise par les Impériaux.

1. C'est ainsi qu'on raisonnait par rapport à l'avenir : quant à justifier le passé, comme il était manifeste par les lettres du cardinal Sfondrat et du moine Yerallo, et par la déclaration expresse de Mendoza, que l'empereur ne croyait pas à l'existence de la maladie qui avait servi de prétexte à la translation du concile, les légats n'omettaient rien pour prouver la vérité du fait. Cervini, surtout, sachant que l'emppreur tournait toute son indignation contre lui, qu'il regardait comme l'artisan de ce qui avait été Tiit, lui adressa un écrit où il se justifiait. Il y disait en abrégé qu'il avait plus d'une fois empêché la dispersion du concile, qui aurait été surtout alors

ce qu'on ne pouvait obtenir autrement qu'en appelant les prélats de chaque parti à Rome, oii la cause serait jugée par le Pontife, à qui il appartient de connaître des démêlés qui surviennent à l'occasion du concile , comme il fut pratiqué lorsque Paul do Samosate s'opposa à celui d'Antioche ; qu'on ne pouvait croire que les Espagnols s'élevassent contre cet appel, et dussent y résister; mais qu'à tout événement, on n'a rien à se reprocher quand on a rempli les devoirs de sa charge.

3. Mais le Pontife n'était pas encore disposé à la suspension, qu'il ne croyait pas dans l'inté?ét de l'Eglise, ni capable de satisfaire la partie adverse. Bien plus, il désiraittellement maintenir l'autorité de ce concile (3), et dans le concile celle du Siège apostolique, que, malgré le poids des années, il pensa à s'y transporter en personne, et demanda là-dessus conseil aux légats (4) ; mais ceux-ci le déconseillèrent, croyant que sa présence,dans de telles circonstances, paraîtrait moins faire honneur au concile que porter atteinte à sa liberté.

k. Le concile reçut toutefois de l'éclat d'un autre côté. Les promesses du roi de France commencèrent à produire leurs fruits. Le 9 de septembre arriv a Claude Durfé (5), son ambassadeur, accompagné de l'archevêque d'Aix et de l'évêque deMirepoix. Tous trois, en vertu de leurs commissions, avaient as-

irréparable, si la majorité ne s'était pas pro- ^'^'é au concile de Trente, comme nous l'a

- '■• 1-^.:-.- i-j^ vous rapporté. L'empereur, au contraire,

regardant comme un déshonneur pour lui, qu'un concile qu'il combattait eût l'approbation des siens, s'employa auprès de l'électeur de Trêves pour faire rappeler Pélargue (6) ; et Mendoza ne cessait de demander avec instance que la session se prorogeât, non solennellement et en session, comme les deux autres fois, afin de ne pas

noncée pour la translation, comme le démontrait le départ précipiléde douze évêques dans cette circonstance; que c'était une pure calo-unie de l'accuser d'avoir poussé ces évêques à un tel parti ; qu'il ne pouvait, en effet, entrer dans l'esprit d'un honune judicieux, que dans le cas où les légats eussent machiné celte translation, ils se fussent privés, dans le moment où ils en avaient le plus de besoin, d'autant de suffrages qu'on leur supposait favorables ; qu'en outre, une vérité ne pouvait rester cachée entre douze personnes de pays et d'intérêts différents, au point que sa majesté impériale ne pût en

* (1) Lcltrc du cardiu;»! Sfondral à Farnésc, du 31 juillel, cl à Mafiôo,du 7 août t5i7.

(2) Lcliro du caidiii;d Sfondrat à Fanicsc , du 6 sepleuibie 1547.

(1) 21 juillet, comme il est rapporté dans le Journal.

(2) Le 21 juillet et le 3 septembre , comme on le voit dans le Journal et dans une lellre du cardinal Cervini à Maffée, du 25 jnillel 1547.

(3) Dans le Journal du 24 aoûl.

(4) Lellre des légals au cardinal Farnèse, du 27 août, connue on le voit dans le Journal.

(5) Dans le Journal.

(6) Le 25 août, comme dans le Journal.

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blesser la délicatesse d'un monarque que celle ostenlation inutile irritait, mais en assemblée particulière, ainsi que les Pères s'étaient réservé le droit de le faire. Les légats se déclaraient aussi pour la prorogation (1), dans le but d'attendre la plupart des évéques français qui n'étaient pas encore arrivés ; et pour le huis-clos de cette mesure, parce que la répétition de cette vaine solennité, toute de parade, semblait ôter à l'assemblée son caractère imposant de dignité. Et le Pape entrant dans les mêmes sentiments, en donna d'abord l'ordre aux légats conditionnellement (2), en cas, ou que les Français ne fussent pas encore arrivés, ou qu'ils fussent arrivés si nouvellement qu'on ne pût s'entendre entièrement avec eux sur les dispositions qu'on devait prendre. Dans la suile, le Pape s'étant transporté à Pérouse, où l'accompagnait Mendoza, ils y traitèrent ensemble de différents projets. Gefutaprès cette entrevue que les légats reçurent, par un courrier particulier, une lettre du cardinal Farnèse (3), où l'on approuvait la résolution en question non plus sous condition, mais d'une manière absolue. On disait, tant dans la première instruction qui était conditionnelle, que dans la seconde qui était absolue , que pour conserver une plus grande liberté, et pour éviter la nécessité de revenir sur la détermination qu'on aurait prise une fois , il paraissait convenable de proroger à jour non fixe.

5, Pendant que les choses étaient en cet état, il arriva un événement qui troubla le repos de l'Italie. Le 10'' jour de septembre, quelques nobles de Plaisance tuèrent le duc Pierre-Louis Farnèse. Ils s'emparèrent du château et vociférèrent le nom de liberté. Los légats reçurent cette nouvelle le lendemain {k) ; ils en furent d'autant plus inquiets, que le fils aîné de Pierre-Louis, Octave Farnèse, n'était point dans ce duché : ce prince, trois jours auparavant (5), était passé par Bologne, allant à Rome à son retour d'Allemagne, où il avait servi l'empereur. C'est pourquoi ils envoyèrent à Parme Jean- Ange de Médicis, archevêque de Raguse, qui plus tard, changeant son nom avec sa condition, s'appela Pie IV, souverain Pontife. Il était alors gouverneur de Bologne, ou plutôt vice-légat du légat Morone, retenu par le Pape à Rome. Ayant appris ensuite que les habitants de Parme restaient fidèles , ils enjoignirent aussitôt à Médicis de reprendre Plaisance, prescrivant qu'on fît une grande levée d'hommes dans le Bolonais et dans la Romagne, et voulant qu'on s'entendît également avec leducdeFerrare. Mais deux jours après survint la nouvelle que Ferrand-Gonzague , oncle du duc de Mantoue, et gouverneur de

(!) Lellre des légais au cardinal Farnèse, du 5 et du C septembre, comme il est maniué dans le Journal. (?) Lellre de M:inée aux légals, du TA) aoûl i.oi7.

(3) Le G septembre (o) d'Assise (Asœsi), comme il esl dit dans le Journal.

(4) Le Journal du \l el du 12 septembre et des jours suivants.

(5) Le 7 septembre, comme il est dit dans le Journal.

Milan, qui avait plusieurs sujets particuliers de haine contre la famille des Farnèse (1), était entré à Plaisance avec ses troupe. C'est ce qui redoubla l'inquiétude des légats, et les porta à travailler plus activement à rassembler une armée. Cependant Octave revint à la hâte de son voyage (2). Après avoir conféré avec eux, il passa à Parme. Cette ville avait été conservée dans sa dépendance par le comte de Santafiora,son cousin, par Sforce Pallavicin, mari d'une sœur du comte, également sa cousine, et par Alexandre Thomasoni de Terni, militaire d'une grande bravoure.

6. Cependant les congrégations synodales ne se ralentirent nullement à cette époque (3), au contraire, elles travaillèrent avec autant d'ardeur que si on avait joui d'une paix profonde. Ici, je ne sais si je dois rire ou m'indigner, quand j'entends Sarpi assurer que la prorogation de la session, et le huis-clos de cette prorogation! furent un témoignage de l'affiiction que causait la mortde Pierre-Louis, et que les Pères s'abstinrent sous ce prétexte de cette solennité et de tous autres actes synodaux, pour éviter au Pontife affiigé l'ennui de deux lettres la semaine. Au lieu de cela, les écrits authentiques font foi que plusieurs jours avant le meurtre de Pierre-Louis, les légats, conformément à leur propre sentiment, et sur un ordre émané du souverain Pontife, à la demande de Mendoza, avaient réglé le fond et la forme de la prorogation, comme nous l'avons raconté, et on continua depuis les actes synodaux, dont on ne cessa pas même une seule semaine de donner communication au Pape. Mais voilà que le compatissant Sarpi s'est imaginé que l'aflliction que leur causa le malheureux sort de Pierre- Louis, ne laissa pas à Paul et aux Pères assez de liberté pour continuer à agir; aussi a-t-il eu l'assurance de l'écrire sans crainte de se tromper, quoiqu'il ne l'eût lu sur d'autres tablettes que celles de son propre cœur.

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