CHAPITRE V
Prorogation de la session à jour non fxc. Arrivée de V ambassadeur de Portugal. Négociationde Sfondrat auprès de i empereur, au sujet de Plaisance.
1. La congrégation générale eut lieu le 14 de septembre (4-). Les légats y exposèrent les raisons que nous avons rapportées pour la prorogation de la session à huis-clos et à jour non fixe ; elles furent approuvées de tous, même de l'ambassadeur et des évêques français. Arriva deux jours après (5) Antoine Elio , envoyé du Pape , porteur d'un bref adressé à Cervini, où on le nommait légat à Plaisance ; car, à la première nouvelle du meurtre du duc et des cris de liberté, témoignage non équivoque du dégoût qu'avaient les habitants de Plaisance pour le gouvernement des Farnèse , le Pontife voulait au
(H Voyez Adrien, livre 6.
(2) Le Journal du 15 et du 16 septembre.
(5) Cela se voit dans les Actes et dans le Journal.
(4) Le Journal (in 14 septembre.
(5^ Journal de-; !G el 19 seplcnd)., et Adriea liv. 6.
moins les réunir à l'Etat ecclésiastique. Et de fait, quand les citoyens furent appelés en conseil par les conjurés (1) qui avaient dans la première effervescence soulevé le peuple au vain nom de liberté, quand on leur eut démontré que ne pouvant se soutenir par eux-mêmes, il fallait qu'ils se donnassent à quelque prince, il y en eut qui proposèrent de se mettre sous la puissance de l'Eglise; et c'est dans ce sens (2) que la ville ellemême adressa au Pape, par un courrier exprès , une lettre où elle cherchait aussi à excuser cequi s'était passé; mais bientôt prévalut le projet de se donner à l'empereur, et parce que les conjurés, aussi bien que leurs partisans, avaient de l'aversion pour le Pape qu'ils avaient outragé , et parce que les Impériaux étant déjà entrés dans le château à l'aide des premiers, on n'était plus libre de délibérer.
2. Il arriva ensuite un démêlé entre Octave et Gonzague ; mais il dura peu. La saison des pluies, si incommode pour la guerre, et surtout le manque de vivres des deux côtés, ainsi que certaines réponses que reçut Octave de la part du Pape, et Gonzague de la part de l'empereur, telles furent les causes qui amenèrent une trêve (3) jusqu'à ce qu'il leur vînt d'autres ordres de ces deux princes. Cependant il fut stipulé que Sforce de Santaliora et Sforce Pallavicini, menacés par Gonzague d'être privés des possessions qu'ils avaient dans les états de l'empereur, s'ils n'abandonnaient le duc , pourraient suivre son parti. Le cardinal Cervin ne resta donc pas attaché à la légation qui lui avait été destinée. Il avait même écrit au cardinal Farnèse (^») que pour bien s'acquitter d'une charge , il faut s'y sentir porté par goût ; que cependant , pour lui , il n'avait pas de penchant pour la guerre ; vu que la profession des armes lui paraissait trop en opposition avec l'état ecclésiastique : il continua donc à s'occuper des affaires du concile. 11 s'y tenait de fréquentes assemblées. On y vit aussi arriver, sur l'injonction de son roi, l'évêque portugais de Porto (5), qui était resté incertain jusqu'alors, comme nous l'avons rapporté.
3. Le meurtre de Pierre-Louis ne causa pas moins de sollicitude au légat d'Allemagne qu'à ceux de Bologne. Il lui semblait d'une part qu'étant le premier représentant du Pontife auprès de l'empereur, il devait remplir les devoirs de sa charge en traitant avec ce prince d'une affaire aussi grave ; et cependant n'ayant aucune communication du Pape , ignorant jusqu'à ses intentions, il ne
(1) Voyez Adrien, liv. 6.
(2) Cela paraît par une réponse que fil le P.ipe, le 28d'aoûl, à Marlin-Alphonse de Rio, ministre de l'empereur, et par quelques écrits du cardinal Farnèse» adressés au nonce Berlano, et que nous rapporterons. Tout cela est pris dans les papiers des Borglièse.
(5) Elle fut souscrite à Plaisance le 7 octobre , comme on le voit dans le Journal du 5 du même mois.
(4) Le 16 septembre 1547.
(5) Le 15 septembre, comme on le voit dans le Journal.
savait sur quoi régler ce qu'il avait à dire. D'une autre part, il voyait bien que ce nouveau glaive diviserait entièrement les cœurs, en rompant tous les Ois delà trame qu'il avait eu tant de peine à ourdir, puisque concorde, selon la force du mot lui-même, signifie union des cœurs. Pendant qu'il se livrait à ces réflexions, l'évêque d'Arras (1), fils de Granvelle, le vint trouver. Il l'assura que le tout était arrivé sans que Charles en eût eu la moindre connaissance. Il lui donna lecture d'une lettre de Gonzague où il était dit qu'ignorant précédemment ce qui s'était passé, il avait été ensuite invité par les conjurés et parles citoyens à prendre possession de cette ville , au nom de l'empereur, sous certaines conditions ; ce qu'il avait accepté, afin qu'il n'arrivât pas, comme on en était menacé, de plus grands troubles en Italie; que par conséquent il suppliait sa majesté de ne pas condamner sa conduite et de ne prendre aucune détermination avant d'entendre un de ses gentilshommes qu'il était sur le point d'envoyer à la cour pour cette affaire. Le légat ne manqua pas de répondre que la prompte reddition de Plaisance serait la pierre de touche à laquelle on reconnaîtrait si dans cet outrage qu'avait reçu le Pape , il y avait eu innocence et sincérité de la part de l'empereur.
k. Deux jours après (2), le légat assista à une messesolennelleavecl'empereur, qui ne s'était pas laissé voir depuis longtemps à cause d'une maladie grave. Le prince, de son propre mouvement et avec démonstration extérieure d'une grande tristesse, dit au légat qu'il avait été très-affligé du malheur qui était arrivé, tant à cause du duc qu'on avait mis à mort qu'à cause du Pape. Il ajouta qu'il attendait le messager de Gonzague , et par lui les renseignements nécessaires. Le légat ne trouvant pas alors l'occasion favorable pour traiter pleinement cette affaire, répondit qu'il avertissait et suppliait en même temps sa majesté de prendre, dans une circonstance semblable, toutes les mesures qui convenaient et à sa grandeur et à sa justice et à sa bonté. Il dit que jusqu'alors il n'avait reçu à cet égard aucune instruction du Pape ; mais qu'il s'en était expli^ que fort au long et d'après ses propres inspirations avec monseigneur d'Arras, et qu'il pensait bien que celui-ci en avait informé sa majesté. L'empereur, suivant la coutume des princes qui répondent sans rien dire, ajouta que l'évêque d'Arras ne lui avait parlé d'aucune affaire pendant sa maladie ; qu'il l'entendrait et prendrait ensuite ses mesures ; à ces mots ils se séparèrent.
5. L'envoyé de Gonzague ne tarda pas à arriver (3). Alors Granvelle, pour justifier ce qui s'était fait, adressa en substance au lé-
(1) Lettre du cardinal Sfondrat à Farnèse , du 17 septembre 1547.
(2) Lettre du cardinal Sfondrat à Farnèse , du 18 septembre 1547.
(3) Lettre du cardinal Sfondrat à Far"è<îe, du 21 septembre 1547.
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gat les explications suivantes. Il ditque Gonzague n'avait connu la conjuration qu'après l'exécution ; qu'il avait ensuite accepté l'offre (les habitants de Plaisance , dans la crainte que, sur son refus, ils ne se donnassent aux Français ; qu'on était convenu dans les articles de ne plus porniettre que cette ville fût assujettie à la domination des Far- ! nèse ou de l'Eglise. Le légat ne voulant pas entrer dans une dispute inutile, répliqua que pour lui il ne s'embarrassait pas de la faute secrète de Gonzague, mais de l'occupation manifeste de la ville par l'empereur ; qu'elle appartenait à toute sorte de titres au gendre. à la fille, aux petits-fils de sa majesté, contre lesquels on ne pouvait faire valoir aucun prétexte, ni aucun soupçon. L'évéque d'Arras répondit que l'empereur ferait ce qui était convenable. Il ajouta qu'il était fort surprenant que le Pape n'eût envoyé jusqu'alors aucun messager à ce sujet. Le légat repartit que c'eût été bien plutôt à l'empereur, qu'on savait s'être emparé de la ville, de remplir un tel devoir auprès du Pape , qu'on avait offensé et dépouillé ; que cette démarche aurait attesté la sincérité de ses sentiments, (iranvelle, affirma avec serment qu'il avait été question de cet envoi, mais qu'on y avait sursis , pour attendre l'arrivée de l'envoyéde Gonzague, qui devait donner une connaissance parfaite de l'état présent des choses. Il ajouta que si l'empereur avait député un tel messager au Pontife, on craignait que les habitants de Plaisance ne prissent quelque ombrage, et n exposassent les deux princes à quelque danger également funeste pour l'un et pour l'autre. Alors le légat parla hardiment ; il dit donc que pour la droiture d'intention , son souverain etses ministres la supposaient dans l'empereur , mais qu'il n'en était pas de même du reste du monde ; que la conclusion qui n'admettait point de réplique était celleci, ou que si on rendait cette ville sans détour, sans lenteur et sans qu'il fût question d'aucune compensation, on prouverait ainsi dune manière authentique cette droiture d'intention ; que de là naîtrait entre le Pape et l'empereur cette confiance qui peut-être n'existait pas auparavant; que de là encore naîtraient les plus belles espérances pour le bien des deux princes et de toute la chrétienté ; mais que si on ne rendait pas la ville, il paraîtrait constant que celui qui avait cru le mal, avait cru la vérité, et que cela n'arriverait pas sans apporter le plus grand trouble au milieu des affaires de l'Eglise et de l'état: en voilà assez sur Plaisance.
6. Quant aux arrangements concernant le concile , suggérés à Pérouse par Mendoza , et qui consistaient à faire assembler les évêques des deux partis, à Ferrare ou à Vicence, pour y dresser d'un bon accord quelques-unes des lois les plus nécessaires pour la réforme , l'évéque d'Arras dit qu'il fallait auparavant connaître si la session avait été célébrée ou prorogée. 11 exprima ensuite qu'il recevait les rapports les plus satisfaigants sur la peine que se donnait le cardinal
Farnèse pour adoucir le Pape. Mais dans la réalité (1) ces expédients que le désir de tout arranger et de tout pacifier avait fait imaginer à Farnèse et à Mendoza , étaient d'ailleurs bien compliqués et bien difficiles. C'est pourquoi ils ne satisfaisaient pas les Impériaux, et ils voulaient attendre la fin de la diète. Ils n'ignoraient pas qu'elle demanderait absolument le retour du concile à Trente (2). L'empereur envoya ensuite Jean Figueroa pour faire des compliments de condoléance au duc Octave, puis au Pape. Et comme l'évéque d'Arras avait communiqué au cardinal Sfondrat la relation où Gonzague était, ainsi que nous l'avons dit, représenté comme ne sachant rien de la conjuration qui avait été tramée, le cardinal pensa qu'il ne pouvait dissimuler, et lui dit qu'on savait par diverses lettres adressées du duché de Milan, non à lui-même, mais à plusieurs autres personnes , que le jour d'avant la révolution , il s'était fait des préparatifs d'armes à Lodi, à Crémone et à Pavie , et qu'au surplus il lui laissait à juger de ces rumeurs et que c'étaient là des qur/stions inutiles; que le nœud de toute cette affaire, et ce qui attesterait la bonne intention et maintiendrait la paix , c'était la restitution de Plaisance. Le légat prévint que Sforza Pallavicini, envoyé à l'empereur parle duc Octave, devait parler en ce sens, sur cette affaire (3) .
7. Il est certain qu'à la cour de l'empereur, on attribua d'abord à une grande faveur de la fortune l'acquisition d'une ville si importante, sans qu'il en eût rien coûté. Mais ensuite on vint à réfléchir que beaucoup de choses se paient d'avance, et que beaucoup ne se paient qu'après qu'on les a possédées pendant quelque temps, mais avec usure; que le Pape ne s'apaiserait jamais qu'il n'eût recouvré ce qui lui appartenait ; que les princes Italiens par zèle, les Français par jalousie, ne manqueraient pas de saisir une o;'casion si honorable de protéger la justice et l'Eglise ; que tous les aliments agréables au goût ne nourrissent pas ; qu'il en est beaucoup qu'on digère mal et qui n'empêchent pas de maigrir; que l'essentiel pour les princes, s'ils veulent, dans les contestations qu'ils ont , voir leurs sujets prêts à les appuyer et les étrangers disposés à se prononcer pour eux, c'est d'avoir la justice de leur côté; que cependant, dans cette circonstance, c'était le contraire; qu'il y avait apparence delà plus grande injustice; que c'était un possesseur légitime, auquel l'empereur avait donné sa fille pour bru , mis à mort comme un assassin ; un prince de la conduite duquel les Impériaux pouvaient bien prendre quelque ombrage, mais qui ne leur avait pas donné un seul sujet de plainte fondée ; une
(1) Lettre du cardinal Slondrat à Farnèse , du même jour, 21 septembre 1.^47.
(2) Lettre du cardinal Sfondrat à Farnèse , du 25 sejitembre 1547.
(5) Il arriva le 28 septembre, comme il est marqué, dans une lettre dii 29 du légat au cardinal Farnèse, qui constate tout ce qui suit.
HISTOIRE m CONCILE DE TRENTE.
ville dont on se rendait maître trente ans après que Charles lui-même l'avait rendue par convention à l'Eglise, à l'époque où, à la faveur des armes de l'Eglise, il recouvra le duché de Milan ; la même ville enlevée à un successeur légitime, mari de la fille même de l'empereur, prince qui avait servi sa majesté dans tant de guerres et avec tant de succès.
8. Ces réflexions empêchaient l'empereur et ses plus sages conseillers de tenir beaucoup à celte acquisition. Néanmoins il est toujours bien durde restituer, sans recevoir au moins quelque compensation. C'est pourquoi ils voulaient que celte affaire profitât à leur réputation et à leurs intérêts. Quant à la réputation , ils désiraient que cette restitution parût entièrement spontanée, et que le Pape n'en fût redevable qu'à la pure bonté de l'empereur; quant à l'intérêt, on alléguait pour raisons que quand on possède , on a l'avantage; que c'est à celui qui demande d'accepter les conditions qu'on lui fait. Ainsi cherchait-on à tirer du Pape quelque dédommagement politique , sous le prétexte que c'était sur lui seul que se dirigeaient les regards et les soupçons : car on avait d'ailleurs pleine satisfaction du duc et du cardinal.
9. L'empereur revint de la chasse où il était allé, pour se reme-ttre de la maladie dont il relevait; le légat et Pallavicin eurent audience (1) le même jour. Le légat entra le premier et exposa que bien qu'il n'eût point reçu de lettres du Pape après l'événement de Plaisance, néanmoins il rappelait à sa majesté que c'était la circonstance la plus favorable pour manifester au monde ses sentiments. Et en même temps il s'étendit sur l'outrage du gouverneur de Milan , sur les services du duc Octave , et sur la peine que le Pontife avait ressentie de cet événement. L'empereur, excusant (lonzague , dit qu'il aimait le duc comme son fils, et qu'il le prouverait en ce qui regardait le duc seul; mais qu'il ne croyait pas que l'estime que le Pape en faisait dût le lui faire estimer davantage: il donnait à entendre par là que ce n'était pas la démarche de ce dernier qui l'engagerait à être favorable au duc. Alors le légat ne balança pas à dire que son souverain n'avait pas agi autrement dans bien d'autres circonstances; qu'ainsi il ne pouvait , dans un moment si grave , s'empêcher de rappeler à sa mémoire , que non seulement le Pape avait rejeté les occasions sans nombre qu'il avait eues de faire les plus grands torts à sa majesté, mais qu'il avait même , tout bien compté , employé à son service la plus grande partie des revenus de son pontificat , et que c'était principalement à ses subsides que sa majesté devait cet empire absolu qu'elle avait enfin obtenu en Allemagne. En outre, que tout ce que sa majesté possédait en Italie, elle le devait aux services du Saint-Siège; qu'elle lui était plus redevable qu'aucun de ses prédécesseurs. A cela l'empereur ne répondit
(J) Le 2 octobre, roinme le consl.'Jle une IcUredii cardinal Sfondrat à Fariièse, du même jour.
rien. Le légat continua à lui représenter que , si contre toute raison , il laissait cette amertume dans le cœur du Pontife, la politique en serait toute troublée, et surtout l'affaire du concile, où il y avait déjà tant de confusion, ne ferait encore qu'empirer. L'empereur ayant répondu qu'on ne devait point confondre les intérêts privés avec les intérêts publics, le légat ajouta que les uns influent sur les autres, quand ils dépendent des mêmes causes, c'est-à-dire de la bienveillance et de la confiance ou des sentiments opposés entre princes. Pour conclusion, l'empereur dit qu'il ne manquerait pas au respect et à l'obéissance dont il ne s'était jamais départi envers le Siège apostolique ; qu'il procurerait autant qu'il serait en lui toutes sortes d'avantages à la religion dans cette diète, et qu'il rendrait compte de tout au Pontife et au légat; que quant à Plaisance, il n'y avait pas encore réfléchi ; mais qu'il prendrait à cet égard une détermination juste et convenable. Le légat entendant une réponse si générale et qui s'était fait tant attendre , pour faire preuve de courage et de fermeté, termina par ces paroles, où une vraie menace se cachait sous des expressions respectueuses : Seigneur , puisque votre majesté n'y a pas encore re' fléchi, je la prie de prendre une détermination non seulement qui soit bonne, mais encore prompte : autrement elle n'apportera point le remède nécessaire et opportun.
10. Immédiatement après le légat, entra Sforza Pallavicini. Son message consistait tout à la fois en courtes , mais énergiques plaintes contre Gonzague , et en longues et affectueuses supplications adressées a l'empereur. 11 reçut la même réponse que le légat, réponse également obscure, où il y eut cependant cette fois quelque chose d'un peu plus clair : car, l'empereur ajouta qu'il ne voulait pas que Plaisance fût une occasion de discorde entre lui et le Pape. Néanmoins la lueur de cette dernière espérance fut bientôt éteinte par la froideur de la réponse que Granvelle (1) donna à l'un et à l'autre dans une note espagnole, où il était dit: que sa majesté, après avoir entendu ce que lui avait dit le légat et ensuite Sforza Pallavicini,relativement à la mort du duc Pierre-Louis , et de l'occupation de Plaisance , et après avoir réfléchi sur le tout, répondait de nouveau : qu'elle était bien affligée du malheur qui était arrivé , par considération pour sa Sainteté, et spécialement pour le cardinal Farnèse, pour le duc Octave et pour la duchesse, sa fille ; que néanmoins, pour se décider en pareil cas , il fallait non seulement avoir égard d'un côté aux motifs qui avaient déterminé Ferrand à agir comme il avait fait, et de l'autre au rang et à la parenté des personnes nommées ci-dessus , mais encore à Vaulorilé impériale de sa majesté et au repos de l'Italie ; que quand elle aura été parfaitement informée sur tous ces points , elle se ferait un plaisir de tout communiquer à sa Sainteté; qu'en attendant elle ordonnerait à
(t) Lettre du cardinal Sfondral à Farnèse , le 27 oclnltre 1fJ47.
Ui
Ferrant de ne pas aller plus loin, poiirvu que de Vautre côté on fît ta même chose ; car elle avait entendu qu'en Italie et hors de l'Italie, on tramait des manœuvres dans un sens tout oppose', ce que toutefois sa majesté déclarait ne pas vouloir croire tant à cause des promesses que le cardinal Farnèse avait faites àson ambassadeur à Rome, qu'à cause des soumissions respectueuses du duc Octave , mais que si elle apprenait qu'on agît autrement, elle ne pourrait manquer d'y pourvoir convenablement. C'est ainsi que celui qui est le plus fort se croit lésé par quiconque ose recourir à la force contre lui, fût-ce même pour avoir ce qui lui appartient; et il prétend qu'on ne lui demande justice qu'à titre de grâce.