CHAPITRE VII
Sentiment des cardinaux Sfondrat et del Monte relativement aux demandes de Vempereur et relativement au concile.
1. Sfondrat aussi, dans deux pièces fort courtes qu'il envoya à Rome, montrait plutôt les dangers qui menaçaient de toutes parts qu'il n'en proposait le remède. Il disait que si le concile retournait à Trente, on n'aurait jamais l'assurance parfaite ;que dans le cas de vacance du Saint-Siège, il ne s'arrogerait point la nouvelle élection, ou bien que même, du vivant du Pape, et dans les questions de réforme , il ne voudrait point porter la main sur celui que Jésus-Christ lui avait donné pour chef, et l'assujettir à ses lois ; que, par conséquent, il y avait grande apparence, grand danger de schisme, vu la puissance de l'empereur et la mésintelligence réciproque qui régnait entre le Pape et lui. Il ne voyait pas moins de danger à maintenir le concile à Bologne , parce que l'empereur le rejetant comme nul, en tenterait un autre général ou national, qui aurait aussi de grandes conséquences, eu égard à sa vaste domination. Enfin au lieu de donner des conseils pour l'avenir, il concluait en blâmant le passé; et d'un ton qui déplaît au prince sans servir à personne, et qui révèle plus d'arrogance que de dévoûment dans le ministre, il se plaignait qu'on n'eût point suivi son avis. Il avait pensé que le Pape ne devait pas approuver la translation si expressément qu'il ne pût
(I) Lettre du cardinal Cervini au cardinaklclMonle, dn 18 novembre 1547.
pas se dégager, lorsque les intérêts publics le demanderaient. Ainsi parlait Sfondrat.
2. Le cardinal del Monte, à la lecture des instructions de Madrucci, pensa (1) que l'intention de l'empereur était de mettre le Pape et les cardinaux en demeure, afin qu'à leur défaut et parsuite de leur coupable négligence, le pouvoir de rassembler le concile lui fût dévolu à lui-même. Il fit observer que, sans parler des autres raisons qu'on pouvait opposer à cette prétention , il était évident qu'elle n'était pas soutenable, puisqu'il s'agissait non d'un concile qui n'eût pas encore pris naissance, mais d'un concile déjà né et plein de vie, d'un concile qui avait autorité sur l'empereur lui-même, d'un concile enfin qui ayant changé de place de son propre mouvement, ne pouvait être transféré ailleurs au gré de sa majesté, contre ses répugnances, contre celles du souverain Pontife et des au très princes chrétiens; que parmi ces derniers le roi très-chrétien (2) l'agréait à Bologne où il envoyait chaque jour de nouveaux évêques, comme il envoyait continuellement à Rome des cardinaux de sa nation pour assister le Pape contre toute entreprise que tenteraient les Impériaux ; que parce que les hérétiques voulaient le concile à Trente, ce n'était pas uno raison suffisante pour l'y remettre contre sa volonté et contre la volonté de tant de seigneurs catholiques ; que par conséquent si l'instruction du cardinal Madrucci n'était montrée qu'en particulier au Pape, comme il était arrivé jusqu'alors, il conseillait de lui répondre aussi en particulier et doucement, en s'en tenant sur ce premier point de l'instruction à la réponse si sage que le Pape avait toujours faite jusque là, savoir : qu'il ne voulait pas enlever au concile la liberté de rester ou d'aller où bon lui semblerait; que qui nt à la légitimité de la translation, puisque rin.^t'ruction de Madrucci ne mentionnait rien qui y fût opposé, il n'était pas besoin de la justifier de nouveau : ce fut aussi le sentiment de i'i commission romaine (3). Mais que si les Impériaux poussaient la chose jusqu'à une protestation publique, il fallait leur assigner un jour fixe pour venir au consistoire recevoir la réponse, et que cette réponse devrait être ferme et appuyée sur les raisons les plus palpables ; qu'on ajouterait qu'on procéderait par les peines de droit contre quiconque empêcherait les prélats de venir au concile , quelque fût d'ailleurs sa dignité et sa qualité: car les jurisconsultes parlaient très-sévèrement de ce cas, même quand il est question de l'empereur; qu'au reste il ne fallait consentir pour rien au monde à un tel retour, car si le séjour de Trente avait été naguère considéré comme dangereux , il le devait encore
(1) DifTérenles IcUres écriles par le cardinal dol Moule A Cervini, le tl et le 25 novembre, le 1", le 6 et le 7 décembre 1547.
(2) Cela par.Tît par les journaux de Bologne et par les Actes consisloriaux de rcs mois-là.
(5) LeUre du cardinal Cervini àdelMonle, le 8 décembre 1547.
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paraître bien davantage depuis que l'affaire agents du fisc espagnol avec ordre de protesde Plaisance était venue révéler les vraies 1er (1) ; qu'à cette protestation d'un monardispositions de Charles à l'égard du Pontife, que si grand et regardé alors comme tout- 3. Ce qui affermissait le légat dans ce sen- puissant depuis ses victoires, on ne pouvait timent, c'est que dans une congrégation gé- pas douter que beaucoup d'évêques ne Générale où il s'agissait de restreindre les pri- dassent, ceux-ci par conviction, ceux-là par viléges de beaucoup de confesseurs, et cela crainte, les autres par intérêt; qu'il valait avec la participation du Siège apostolique, mieux, selonlui, que le cardinalCervini revînt,
puisque
tude d'autorité qu'il tenait immédiatement de tout l'honneur et tout l'avantage, et l'empe-
Jésus-Christ. Le légat prévoyant que les par- reur tous les soucis.
tisans zélés de l'autorité papale répondraient 4. Quant au second point réclamé dans les avec aigreur à cette proposition, et sachant instructions du cardinalMadrucci, c'est-à-dire que ces sortes de balles ne rebondissent que à l'envoi de quelqu'unqui,en attendant, pour quand elles tombent sur des corps durs, et ,yût aux affaires de la religion en Allemagne, s'amortissent quand elles vienennt frapper sur jusqu'à ce qu'elles fussent réglées par le conquelque chose de mou, dit d'un ton plein de cile, la demande lui parut très-convenable, gravité : qu'il fallait remercier Dieu de ce que et il conseilla de confier cette légation au carce concile ne manquait point d'autorité, puis- dinal Madrucci lui-même , homme toujours qu'il y avait dans l'Eglise un Pape reconnu avide d'avancement et soupirant depuis bien de tous qui y assistait dans la personne longtemps, plus qu'il n'aurait dû, après une de son légat, tout indigne qu'il fût d'un mission de ce genre (2). Amadoué par cet si haut rang ; qu'au reste les Pères n'a- honneur , le cardinal ferait recevoir avec valent qu'à suivre la maxime du juriscon- moins d'amertume à l'empereur le refus suite Scévola : qu'071 devait répondre à ce qui qu'on opposait à sa principale demande. Il était proposé, et non pas à ce qu'on émet. Cela dit, qu'on pouvait lui adjoindre deux prélats, suffit pour parer aux suites de cette propo- dont l'un jurisconsulte, et l'autre théologien, sition, et en même temps pour préserver du de manière toutefois que le Pontife se réscrtrouble qu'elle allait occasionner. Or, disait- vât l'approbation de ce qu'ils auraient négoil , puisqu'il se trouvait de pareils esprits cié et établi ; qu'il fallait également donnt^r même parmi les Pères de Bologne et à Bo- pleine satisfaction à l'empereur par rapport logne, que ne devait-on pas craindre à Trente au troisième chef qui avait pour objet la réparmi tant de personnes qui dépendraient de forme en Allemagne.
divers princes, et où se trouveraient avec les Tels furent les sentiments du légat. H
autres les protestants eux-mêmes, qui ne montra, quand il s'agit du 2' article, une âme
manqueraient pas de se jeter du côté de la dégagée de toute passion contre le cardinal
balance où ils croiraient pouvoir faire con- Madrucei, contre lequel cependant il avait
trepoids à l'autorité papale? Il disait encore d'anciens griefs, soit que ce fût bonté natu-
qu'il n'approuvait pas la suspension, par la relie, soit que ce fût modération et prudence,
raison que le Pontife passerait aux yeux du Souvent aussi en pareille circonstance il en
monde pour ne s'y être décidé que par aver- est qui conseillent ce qui ne leur paraît pas
sion pour le concile et pour la réforme, ou- bon, pour paraître bons eux-mêmes,
tre que les Impériaux pourraient toujours CHAPITRE VIII.
dans la suite exiger le retour du concile à r> rr ^ ^ m • ^ 1 n
Trente, et que lepjpe n'auraitplus aux mains ^ ff^,' ^' ^^""Z J '' ^^^^.^^ ^Z'
son arme la plus invincible, cette réponse testation de Mendoza en consistoire. Ré-
qu'il avait faite tant de fois, que le concile P^^^^ au râpe.
était en pleine tenue, et que c'était à lui de 1- Les Impériaux avaient, comme nous l'a-
disposer de lui-même. Il disait enfin que la vous dit, conçu l'espoir que retenir Plaisance,
suspension enlèverait aux Impériaux la ce serait comme un aimant qu'ils auraient à
crainte de voir citer au concile, en cas de la main pour attirer à eux l'âme du Pape,
rupture, les meurtriers de Pierre-Louis pour toute de fer qu'elle était. Mais la fierté a plus
y être accusés d'assassinat, crime puni par le d'empire sur l'esprit des souverains que l'in-
droit canonique avec plus de rigueur qu'au- térêt, et le sentiment des injures les exaspère
cun autre, et par suite de voir procéder légili- plus que l'espoir de recouvrer ce qui leur
mement à cet effet contre quelques ministres appartient ne les assouplit. Et c'était chose
de l'empereur, d'un rang inférieur à celui de digne de remarque que, dans les deux cours,
Gonzague , parce qu'on ne voulait pas sup- les princes tenaient un langage conforme, et
poser un tel forfait dans un tel homme. En- les ambassadeurs un langage opposé à celui-
suite il ajoutait qu'il n'était pas d'avis non là , mais cependant aussi conforme entre
plus qu'on retînt le concile à Bologne, parce eux ; car le légat (3) en Allemagne, et Fabio
que là aussi il avait aperçu, comme nous l'a- /.^ n 1 -. 11 i j ^•
^ ,, , ' •, ' ^^ ^ u.,^^„„ (1) Cela paraît aussi par le Journal du 5 no-
vons rapporte, quelques hommes a humeur vg,\ji),.e
noire , et qu'on ne pourrait continuer long- ^2) C.la paraît par un discours quo Madrucci luitemps à ne rien faire sans se discréditer ; que même envoya au pape, eu raiincc 15-45, et par diversi l'on voulait en venir à l'exercice de la ju- ses lettres des légats de Trente. ridiction, on savait bien qu'il y avait là des (3) Cela parait par diverses leiircs du cardinal
UlSTOliU': DU CONCILE DE TRENTE.
Mignanelli, évcquc de Lucera, nonce dans celte affaire, provoquaient la restitution de Plaisance comme une mesure qui dissiperait les défiances du Pape, et le déciderait à mettre avec plus de confiance le concile dans un lieu de la dépendance de l'empereur. Mendoza, de son côté, se servait du même artifice pour presser le cardinal Farnèse de s'employer à faire donner satisfaction à l'empereur dans le concile; c'était, selon lui, le moyen de l'adoucir et de le décider à la restitution de Plaisance. Mais comme ni l'un ni l'autre des deux princes ne voulait acheter si cher ces faibles lueurs d'espérance, tous deux s'accordaient (1) à répondre qu'il ne fallait pas mêler le particulier au général, le sacré au profane. Granvelle dit (2) que l'empereur s'était beaucoup avancé en déclarant que l'événement lui avait déplu et qu'il aimait le duc Octave comme son fils ; qu'au reste de pareilles restitutions est ce qui coûte le plus aux princes; que par conséquent le peu dcjours qu'on avait eus seulement pour y réfléchir n'avait pas suffi pour prendre une résolution définitive. Ainsi Mignanelli et Pallavicini, que cette affaire avait fait envoyer à la cour impériale , s'en retournèrent enfin (3) l'un près du Pontife, l'autre près du duc.
2. A la même époque (4), le Pape soumit à l'examen de la commission des cardinaux les propositions de Madrucci,et fit lire leur avis (5) par le doyen, en plein consistoire. Cet avis portait qu'on devait, et louer la piété de l'empereur, qui avait réduit les protestants à la soumission dont on parlait, et bien espérer de leur salut ; mais que, puisque cette soumission n'était promise par eux qu'au concile qui devait être célébré à Trente, et que l'empereur, en conséquence, demandait qu'on l'y replaçât, on pouvait répondre à cet article que la translation du concile s'était faite de son plein gré, et qu'il pouvait aussi à son gré;, ou rester à Bologne, ou retourner à Trente; que la seconde partie de la demande de l'empereur, celle qui avait pour objet l'achèvement de la réforme que le concile avait déjà arrêtée en grande partie , dépendait également de lui ; que, quant à l'envoi de quelques prélats chargés d'accorder, en Allemagne, le genre de vivre avec la foi, jusqu'à ce que le concile fût terminé , on pouvait satisfaire sa majesté; qu'enfin, par rapport à la promesse
Sfondral à FarQèse, et par une leltre à Maflee, du 5 novembre 1547.
(1) Cela se voit dans une lettre du cardinal Sfondral à Farnèse, du 5 novembre 1547.
(2) Lettre du cardinal Sfoudral à Farnèse , du dernier jour d'octobre 1547.
(5) Le premier partit à la fin de novembre 1547, comme on voit par une leltre que lui écrivit le cardinal Sfondral , le 2 décembre : l'autre le 1" janvier 1548, comme on le voit par une leltre de Sfondrat au cardinal Farnèse , du 8 janvier.
(4) Cela se voit dans une leilre écrite le 17 décembre 1547, par le cardinal Farnèse à Poggio, nonce en Espagne , cl dans l'avis même de la commission des Pères, qui se conserve dans les archives du Vatican.
(5) Le 9 décembre 1547.
que faisait l'empereur de laisser les cardinaux maîtres de l'élection du Pontife, supposé que le concile durât encore, la vacance échéant, quoique les droits du sacré collège à l'élection du Pape, dans tous les cas, fussent si solides , si manifestes et si anciens qu'on ne pût les révoquer en doute, néanmoins on devait remercier sa majesté de ses bonnes dispositions.
3. La lecture faite par le doyen , le Pape demanda au cardinal Madrucci, qui était présent, s'il jugeait à propos qu'on prît l'avis des cardinaux touchant cette réponse de leur commission , ou s'il aimait mieux qu'on remît à le faire dans un autre consistoire, afin que chacun eût plus de temps pour réfléchir à son vote, il pria le Pontife de surseoir, parce qu'il restait encore à Mendoza quelques autres renseignements adonner à sa Sainteté et aux cardinaux pour achever de les éclairer. Le cardinal agit ainsi, ou afin que la protestation qui était arrêtée trouvât le Pape moins fort qu'il ne l'aurait été s'il avait eu l'approbation du sacré collège , et le sacré collège moins prononcé pour les sentiments du Pape, ou , comme le soupçonna le cardinal Cervini(l), afin de gagner du temps pour s'attacher, à force de bons offices, un grand nombre des Pères de Bologne.
4. Dans le consistoire suivant, qui se tint cinq jours après, Mendoza demanda et obtint une audience publique (2] , déclai'ant qu'il voulait prolester. A sa prière, le Pape y appela aussi les autres ambassadeurs des princes. Là, d'un ton modeste, mais avec chaleur et émotion, il exposa la nécessité de renvoyer le concile à Trente, et le danger qu'il y avait à différer. Le Pontife l'interrompit plusieurs fois en disant que la faute ne venait pas de lui, mais des autres, c'est-à-dire des évêquea restés à Trente, qui ne voulaient pas aller, ou plutôt qu'on ne laissait pas aller à Bologne, pour purger leur contumace et s'entendre avec leurs collègues sur le choix du lieu. De plus, il finit par lui faire répondre publiquement par le secrétaire qu'il délibérerait là-dessus avec les cardinaux, comme l'exigeait la gravité de cette affaire , et qu'il lui donnerait sa réponse dans le prochain consistoire. 11 avertit en même temps chacun des membres présents (avis que le cardinal Cervini avait suggéré avant la séance) de ne rien faire en vertu des propositions et des paroles de Mendoza, qu'on n'eût entendu la réponse , parce qu'alors chacun aurait tous les renseignements nécessaires pour se prononcer sûrement et à son gré entre les deux partis. Quand l'ambassadeur fut sorti , le Pape demanda sur-le-champ les avis ; les cardinaux convinrent qu'il fallait communiquer et remettre l'affaire au concile de Bologne luimême ; ce que fit le Pape en envoyant un
(1) Lcllie du cardinal Cervini à del Monte, du 9 décembre 1547.
(2) Le 14 décembre, comme il est marqué dans lés Acies consistoriaux, cl plus amplement dans la lettre citée (lu cardinal Farnèse à l'évèque de Modène , et dans le bref que le Fape écrivii au concile de Bologne', le l(i décembre.
courrier (1) chargé d'un bref. Cependant le avait donné ce conseil au Pontife, qu'il lui
cardinal Madrucci, voyant que la négociation sembla que c'était un parti bien hasardeux ;
allait aboutir à une rupture , et ne voulant car il n'était pas aussi maître des sentiments
pas , comme cardinal et comme redevable à des évêques que suppose Sarpi ; il en avait
Paul de cette dignité, en être l'instrument, même trouvé, peu auparavant, de remuants
partit de Rome , et laissa Mendoza se tirer et de peu respectueux , comme nous l'avons
seul de cette partie la plus épineuse de la mis- remarqué : ce qui lui avait fait croire qu'il
sion. était nécessaire de transférer le concile à
5. Dans le récit de tous ces faits, Sarpi se Rome. D'un autre côté, if comprenait bien perd dans un bourbier d'erreurs sans nom- que dans cette délibération plus que dans bre. Il dit que le cardinal Madrucci exposa le toute autre, il fallait user de procédés qui, sujet de son ambassade dans le consistoire du exposés aux regards du public, n'eussent pas 9 de décembre; que le Pape répondit en fai- la moindre apparence de séduction ou de viosant l'éloge de la conduite et des intentions de lence. Il prévoyait en même temps les efforts, l'empereur; qu'au reste il prit du temps pour les artifices des Impériaux, qui ne se croidélibérer ; que le cardinal ayant ensuite es- raient pas obligés à une aussi grande circonssayé dans plusieurs audiences, mais en vain, pection. Il lui était aisé de savoir que les uns, de tirer de lui quelque résolution, il partit, épris de la pompeuse espérance de convertir laissant à Mendoza ses instructions. C'est tout l'Allemagne, les autres, n'écoutant que la le contraire qui arriva. Madrucci, bien avant crainte excessive, publique ou privée, d'irrile 9 de décembre, dans un appartement par- ter le maître des deux tiers du monde cathoticulier, et non en consistoire, avait exposé lique, réputé alors invincible à cause de sa le sujet de son ambassade et communiqué au puissance , de sa valeur et de sa bonne for- Pontife ses instructions par écrit. Ces instruc- tune, consentiraient au retour du concile. La lions, envoyées par le Pape au cardinal del plus grande raison que son collègue et lui Monte , arrivèrent à Bologne le dernier jour eussent fait valoir jusqu'alors auprès du Ponde novembre, comme nous l'avons rapporté, tife, c'était qu'il fallait abandonner cette af~ Dans le consistoire du 9 de décembre, on ne faire à la volonté du concile lui-même. Cette fit autre chose de nouveau que de lire l'avis raison devait disparaître si le concile donnait de la commission, et, sur les instances de son consentement. Cependant, même dans ce Mendoza, on remit au prochain consistoire à cas, il prévoyait non seulement quelqu'un de recueillir les voix. Le cardinal Madrucci ne ces maux qui lui avaient fait redouter le repartit pas avant ce second consistoire, mais tour à Trente , mais , en outre, un mal noudepuis, et après la première protestation faite veau et plus grand, à cause des rancunes toupar l'ambassadeur, comme nous l'avons ra- tes récentes qu'avaient occasionnées les trouconté. Il dit, de plus, que cette protestation blés de Plaisance : c'était qu'on replacerait le fut faite par Mendoza, à l'occasion du cousis- concile à Trente, non sur l'ordre du Pape, qui toire public dans lequel on donna le chapeau pourrait, à la faveur de cet acte de complaiau cardinal de Guise, circonstance dans la- sauce, recouvrer l'amitié de l'empereur; mais quelle il est permis à chacun d'y entrer. Mais à la demande expresse des évêques. Or, comle cardinal de Guise avait reçu le chapeau dès me ceux-ci s'imagineraient avoir pris un parti le vingt-quatrième jour d'octobre, dans le con- désagréable à l'un et agréable à l'autre, ainsi sistoire public (2), et la protestation de Men- concevraient-ils de la défiance pour le predoza fut entendue le 14 de décembre, dans un nriier , qu'ils croiraient offensé et indigné , et consistoire secret, où il fut expressément ad- se jetteraient-ils dans les bras du second, mis par le Pape avec les autres représentants qu'ils croiraient satisfait et bienveillant. De publics des princes. Il ajoute qu'on répondit cette manière, le Pape et l'empereur demeuà Mendoza que le Pape voulait communiquer reraient plus divisés que jamais. De plus , l'affaire au concile de Bologne et entendre ses l'empereur, étendant sa domination sur Trenraisons. Et cependant le Pape ne répondit au- te , dans la personne de son frère , et tenant tre chose, sinon qu'il voulait en délibérer; et dans sa dépendance les évêques qui étaient quand l'ambassadeur fut sorti du consistoire, restés, ceux qui seraient revenus et les Alleil prit, de concert avec les cardinaux, la dé- mands qu'il y enverrait, deviendrait maître lermination d'entendre ce que pensaient les du concile. Del Monte signala cette crainte au Pères de Bologne. Mais poursuivons notre cardinal Cervini(l) aussitôt qu'il apprit le senroute. timent qu'avait émis à Rome la commission.
6. Le Pape envoya donc au cardinal del Mais son collègue lui répondit qu'ils avaient Monté, le 16 de décembre, un bref qui arriva aussi envisagé eux-mêmes le danger; qu'il à Bologne le 18. Ce bref rendait compte de ce fallait l'affronter hardiment, parce qu'il était qui était arrivé jusque là, et enjoignait de pro- inévitable; qu'autrement le Pontife, se mon-
dinal Cervini(3) que c'était la commission qui tous de paraître le même pour tous, que tout
danger, quelque grand qu'il soit, est réputé
(1) Le 16 décembre, comme on voit ci-dessus. léger en comparaison de" cette partialité qui
(2) Actes consistoriaux.
(3) Leiires du cardinal Cervini,du 8 etdu 9 décem- ' (t) LeUre du cardinal Cervini àson collègue, le 2J bre 1.547. décembre 1547.
IIISJOIIIE DU CONCILI:: DE TKENTE.
détruit l'autorité; car c'est abaisser au rôle de simple partie dans l'opinion celui qui, à la faveur du mot imposant de nous, prend en lui seul le personnage et l'autorité de la république tout entière.