‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 109 sur 348 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Congrégations ternies à Bologne au sujet des demandes de V empereur. Réponse du concile dans une lettre au Pape.

I.Lematindujourquisuivitrarrivéedubref, le légat réunit la congrégation générale. Là il fit lire, devant les Pères, l'instruction du cardinal Madrucci, l'avis de la commission des cardinaux relativement à la question de savoir si le concile devait retourner ou non à Trente, avis qui avait eu l'approbation du consistoire, et le bref du Pape, adressé à luimême et conforme au même avis. Il dit ensuite qu'il croyait de son devoir, selon l'usage , de mettre sous leurs yeux , dans une délibération si importante, ce qu'il jugerait le plus propre à les éclairer. Et alors il exposa ce qu'en substance je vois que son collègue lui suggéra dans une lettre (1), c'està-dire que , d'un côté, on devait prendre en grande considération la réconciliation de l'Allemagne, les demandes de l'empereur, du roi Ferdinand et de tous les états allemands ; que, de l'autre, il fallait penser à l'honneur du concile et à l'exemple qu'on donnerait à la postérité; que, dans le voisinage aussi bien qu'au loin, on savait quelle nécessité avait commandé la translation, et avec quelle sincérité, quelle liberté et quelle autorité on l'avait opérée; que néanmoins beaucoup d'évêques restaient à Trente , au grand mépris du concile, n'ayant voulu déférer ni au décret promulgué en leur présence, ni aux invitalions qui leur avaient été envoyées depuis par des lettres écrites au nom de tous ; qu'en conséquence, pour ne pas laisser aux âges l^turs cet exemple scandaleux, les contumaces devaient, selon toutes les convenances, venir trouver et reconnaître le concile légitime, et non pas le concile aller où se tenait la foule des contumaces.

2. Il exposa en second lieu que, dans la soumission promise par les protestants , il était bien parlé du concile qu'on devait célébrer à Trente, mais non pas de celui qui y avait déjàétécélébré;que,par conséquent, il fallait déclarer clairement et arrêter qu'on ne soumettrait pas à de nouveaux débats spécialement les décrets dogmatiques , parce qu'ils ont déjà été reçus dans tous les pays; que de leur nature, étant une fois prononcés et décidés légitimement, ils sont, en vertu de l'assistance certaine du Saint-Esprit, infaillibles, et ne peuvent plus conséquemment être soumis à une nouvelle révision , sans outrage pour la foi. En troisième lieu , que les prolestants promettaient bien de s'en rapporter à un concile chrétien , mais qu'ils ne déclaraient pas ce qu'ils entendaient par ces mots; que le bruit courait qu'ils voulaient un concile populaire et qui ne fût pas com-

(1) Du 8 décenibie.

posé seulement d'évêques, selon l'antique i usage de l'Eglise : cju'iîs eussent donc à expliquer en termes bien clairs, et qu'on ne pût i pas interpréter en différents sens, leur pro- ■ messe, afin que le concile, loin d'être accepté par eux, ne devînt pas l'objet de leurs dérisions. En quatrième lieu, qu'il fallait assurei la liberté du concile à Trente, tant pour chacun en particulier, que pour l'assemblée en général , et que par conséquent il ne fallait point empêcher d'y rester ou d'en partir à son gré quiconque le jugerait à propos. En cinquième lieu, que, dans l'instruction donnée au cardinal Madrucci, on supposait que le concile devait durer longtemps, supposition qui ne paraissait pas convenable ; qu'ainsi il fallait signifier qu'on laisserait au gré des Pères de le fermer et de le terminer quand ils le trouveraient bon ; que c'était aux Pères à peser ces raisons, ayant toujours devant eux Dieu, le salut de la chrétienté, l'honneur du concile, et le pieux désir qu'avait sa Sainteté de réunir l'Allemagne et de complaire , autant qu'il serait possible , à l'empereur; et que c'était à eni à émettre leur sentiment avec une liberté digne du Saint-Esprit, qui le leur inspirerait.

3. Assistèrent à cette congrégation deux ambassadeurs du roi de France, et quarantehuit tant archevêques qu'évêques, outre l'évêque de Mirepoix, qui, retenu par la maladie, envoya son sentiment par écrit. Il y eut aussi six chefs d'ordres religieux. Dans ce nombre, peu dépendaient du Pajîe au temporel : qu'on considère le pays où ils étaient nés, ou celui où ils exerçaient. Tous Sf" prononcèrent pour l'opinion du cardinal, à l'exceplion de six : ce furent Brace Martel , évéque de Fiésolc, Ange-Pascal Schiavone, évêque de Molola, qui jugèrent que, la liberté une fois assurée, on devait aller à Trente, sans tenir compte des autres considérations ; Rallhasar Limpo, évêque de Porto en Portugal , et Galéas Floriinond de Sessa, évêque d'Aquino, qui approuvèrent le retour à Trente, pourvu qu'on ne remît pas en discussion les décrets déjà portés ; Richard Pat, évêque de AVorcester, en Angleterre, qui dit qu'il croyait à-propos de retourner à Trente ; que cependant il s'en rapportait au légat ; Alvaro délia Quadra, évêque de Venosa, Espagnol (le seul de sa nation qui fût là), qui opina absolument pour le retour: ainsi le légat conclut que la lettre qu'on écrirait en réponse au Pape serait dictée conformément au sentiment de la majorité, et qu'on en donnerait lecture à la procliiiine réunion.

k. Le lendemain (1), après Ja messe du Saint-Esprit, le président lui-même (2j lui le modèle de lettre qu'il avait dressé de concert avec Massarelli, et demanda ce qu'on en pensait. Les opinions furent ce qu'elles avaient été la veille du côté de ceux qui étaient pour ce sentiment; parmi ceux qui U combattaient, l'évêque de SVorcester, cédant

(i) Le 20 de décembre.

(2) Les Actes et le Journal du 19 cl du 20 décembre.

à l'aulorité des antres, approuva simplement on ne disait rien de la facilité d'exécution,

la lettre; ceux de Porto et d'Aquinosouhai taient qu'on offrît le retour à Trente, quand on aurait commencé par exprimer clairement ce qu'on disait dans la lettre; celui de Motola n'était pas d'avis qu'on fît une réponse si prompte et si précise : il voulait qu'on la mûrît davantage ou qu'on se servît de termes plus ambigus; ceux de Fiésole et de Venosa se déclarèrent absolument pour le retour. Beaucoup flrent ensuite, comme c'est l'ordinaire, diverses observations de peu d'importance sur le style; on Qnit donc par arrêter qu'on laisserait le légat libre de le modifier ou non, à la condition cependant qu'on ne toucherait pas au fond.

5. On envoya donc la lettre à Rome le jour suivant (i) ; elle était écrite en latin et au nom du légat , à qui le Pape avait également adressé son bref. Comme on pensait que cette réponse ne tnanquerait pas d'être coimnuniquée aux Impériaux, on y mentionnait le contenu du bri'f lui-même, ainsi que le mode qu'avait suivi le président quand il avait fait la proposition; et on y disait que le résumé de tous les votes avait été celui-ci : qu'on louait la sollicitude de sa Sainteté et le zèle de l'empereur pour la religion ; qu'on priait Dieu pour le bonheur de sa niajesléet du saint empire; qu'on les suppliait l'un et l'autre de prendre en bonne part ce qu'on répondait relativement à l'affaire, el de se bien persuader qu'on n'avait rien dit que pour le salut et pour la paix de la république chrétienne; que les Pères avaient déjà beaucoup souffert depuis trois ans dans leur corps, leur âme et leur fortune; qu'il serait donc bien pénible de s'exposer de nouveau aux désagréments de Trente, au moment où l'on devait plutôt espérer de voir finir le concile, puisqu'on avait déjà examiné el dressé les articles à l'occasion desquels on s'était assemblé, au point qu'il ne parai^ait plus rien manquer que la promulgation solennelle des décrets en session ; que cependant il n'y avait pas parmi eux un seul Père qui, pour se conformer au zèle de sa Sainteté et de sa majesté, et au bien de la célèbre nation allemande, refusât de retourner à Trente et d'y supporter de plus grands maux encore , pourvu que, par ce passage peut-être intempestif d'un lieu à un autre, on ne s'occupât pas de l'Allemagne seule, en exposant, pour le présent et pour l'avenir, l'Eglise universelle aux troubles les plus évidents.

6. Là on énonçait avec énergie et précision, comme devant être arrêtés avant le départ, les cinq articles qu'avait proposés le cardinal deLVlonte et qu'avait approuvés l'assemblée. Le premier, c'est-à-dire la réunion à Bologne des évéques qui étaient restés à Trente, en faisait voir tout à la fois la convenance et la facilité, cette réunion ne tenant qu'à un seul signe de Charles ; c'est pourquoi on adressait à cet égard les plus vives instances à sa majesté. Quant aux quatre autres, on en montrait la nécessité, mais

(1) Le 12 décembre i5l7,

CONC. DE Trente. IL

parce qu'elle ne paraissait pas aussi évidente que pour le premier article. Pour le reste, c'est-à-dire pour la conservation de l'autorité du Pontife et de son siège, pour l'extinction à jamais de toute étincelle de schisme, pour le maintien de l'adhésion et du dévouement du roi très-chrétien et des autres princes à ce saint concile, on s'en rapportait à la prudence de sa Sainteté. On déclarait enfin que si les articles mentionnés n'étaient pas bien décidés et bien éclaircis après un temps convenable , le concile voulait être libre d'en finir avec les matières déjà soumises à l'examen et à la discussion, et de passer outre suivant l'inspiration de l'Esprit saint; que les Pères avaient pensé que sa Sainteté pouvait faire cette réponse à l'empereur, el que c'était conformément à ce jugement que le légat avait formulé cette lettre ; que celte lettre, soumise une seconde fois à l'adhésion de chacun, avait été approuvée de tous, excepté de quatre, dont deux (on désignait les évéques de Porto et de Venosa) avaient expressément refusé leur approbation, et les deux autres l'avaient donnée sous condition (désignant ceux de Motola et de Fiésole). Cette opposition fut heureuse, car, en prouvant la liberté d'examen dont on avait joui, elle ajoutait à l'autorité du décret, sans que le nombre des opposants pût en atténuer la force.

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