CHAPITRE X
Réponse que le Pope fait de vive voix à Mendoza dnm In congrégation des cardinaux, et par une lettre aux ecclésiastiques d'Allemagne.
1. Quand cette lettre fut arrivée (1 ) à Rome, comme Mendoza (2) avait hâte d'être expédié afin de pouvoir s'en retourner à son commandement de Sienne , d'où leS ordres de l'empereur l'avaient tiré pour l'envoyer à Rome traiter cette affaire, le Pape , sans attendre le consistoire que retardaient les fêtes deNoël, le matin du jour de Saint-Etienne (3), à l'occasion de la chapelle, tint une congrégation consistoriale, et communiqua au sacré collège la réponse du concile. Ensuite, suivant l'avis des cardinaux, le matin du jour suivant, consacré à S. Jean, et où il y avait également chapelle pontificale, il tint encore congrégation. Mendoza y fut introduit, et le Pontife lui fit dire à haute voix, par le secrétaire , que le Pape aurait été tout disposé à répondre à son excellence sur-le-champ; mais que l'ambassadeur l'ayant fait devcînl les cardinaux, sa Sainteté avait jugé convenable d'entendre leur avis, ce qu'elle avait fait le matin même. Ensuite il raconta la détermination qu'on avait prise de consulter là-dessus le concile, la promptitude qu'on y avait mise pour satisfaire l'empressement de
(1) Le 24 décembre, comme il est marqué dans une ieUre du cardinal Cervini à del Monte.
(2) Lettre du cardinal Cervini à del Monte, du 21 décembre 1547.
(5) Actes consisioriaux du 2G et du 27 décembre
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Tarabassadeur, le bref qui avait été écrit , la manière dont le président avait agi, et la teneur de la réponse relativement aux cinq articles qu'il fallait arrêter avant de déplacer le concile : articles qui paraissaient également raisonnables à sa Sainteté et au sacré collège , et conformes aux décrets des Pères et des conciles précédents. Quant au Pontife, qui désirait de tout son cœur le salut de l'Allemagne, comme il en avait donné depuis bien des années des preuves sensibles , preuves plus connues de l'empereur lui-même que de tout autre, il était prêt à continuer de s'acquitter de tous les devoirs d'un bon pasteur, prrsuadé (jue sa majesté, le roi son Irère et la très-noble nation des Allemands ne faisaient une telle demande qu'autant que l'exécution pourrait s'en faire sans scandale et sans trouble, et même avec approbation et assentiment de la part des autres nations, et sans préjudice de la liberté du concile et de l'Eglise.
2. Après cela, le Pontife envoya sa réponse à la lettre que nous avons rapportée des ecclésiastiques allemands réunis dans la dicte d'Augsbourg. Sarpi connaissait bien le retard de cette réponse, mais il ne savait pas que le Pape, comme nous l'avons dit, s'en était excusé bien auparavant par son légat. Aussi, se livrant à ses inspirations, il imagine que Paul , indigné de la conclusion de celte lettre, qui ressemblait à une sommation menaçante , s'était mis en léte de ne pas répondre ; mais que les procédés de Mendoza lui faisant craindre une rupture ouverte avec l'empereur, il songea à ne pas s'aliéner ces prélats. Voici ce que portait la réponse II les louait de leur zèle pour la conversion et l'union de leurs provinces. Il dis;iit qu'il avait été lui-même tout préoccupé de ce soin dès le commencement de son pontificat ; qu'il en avait donné bien des fois des preuves, et surtout quand il avait choisi, pour y tenir le concile. Trente, lieu désagréable aux autres nations, mais voisin des Allemands et commode pour eux, lieu où il avait envoyé une et deux fois ses légats, sans regarder aucunement à la dépense ; que si, pendant les quinze mois qui avaient suivi la dernière intimation, époque à laquelle le pays n'était pas encore envahi par la guerre , presque personne ne s'y éttiit trouvé, soit par soi-même, soit par représentant, quoique pourtant il en fût venu quelques-uns, ce qui montrait qu'on pouvait y accéder, on devait s'en prendre, non au Pontife, mais à eux seuls ; que , plus voisins du concile que les autres, ils avaient négligé non seulement de s'y rendre, mais même d'y envoyer leurs excuses; que cependant beaucoup de Pères s'y étant rassemblés des contrées les plus éloignées , on y avait dressé avec le plus parfait accord une foule de décrets de dogme et de discipline, en réfutation de la plus grande partie des principes impies enseignés par les hérétiques modernes ; qu'ainsi il était évident qu'il s'était toujours occupé avec sollicitude de la guérison de cette province; que si, deux ans après la dernière intimation , le concile avait quitté ce
lieu, cette translation s'était faite sans sou ordre, et même, s'ils voulaient savoir la vérité, à son insu; que néanmoins, comme il est hors de doute qu'un concile légitime a le pouvoir de s'établir là où l'Esprit saint lui inspire de s'établir, surtout quand il le fait pour sa conservation, le Pape devait juger la translation bien faite , si on ne lui prouvait le contraire ; qu'un petit nombre ne l'approuvait pas, à la vérité, mais qu'il fallait néanmoins s'en tenir à ce qu'avait décidé la majorité; qu'on ne devait pas croire que le concile fût divisé, parce qu'il y avait plusieurs Pères qui se tenaient encore à Trente et qui refusaient d'aller à Bologne ; car, puisque le concile est un et indivisible, on ne l'avait pas placé dans un lieu ou trop éloigné de Trente , ou désagréable à habiter, ou de dangereux accès; que la sécurité n'était nullement compromise par l'autorité qu'y exerçait l'Eglise romaine , puisque c'était d'elle que l'Allemagne tenait non seulement le don de la foi et de la religion, ainsi que bien d'autres avantages qui lui étaient communs avec les autres nations , mais exclusivement la dignité du saint empire, et tant de gages signalés d'une maternelle bienveillance ; qu'il fallait ajouter encore que les peuples qui entouraient Bologne étaient tous sujets de l'empereur et dans sa dépendance.
3. Reprenant le fil de la lettre , il disait qu'il leur répondait plus lard qu'il n'aurait désiré ; mais que la cause de ce délai était la mission du cardinal Madrucei dans la même affaire ; carie Pontife ne pouvait leur écrire rien de positif sans avoir entendu auparavant et pesé les demandes de l'empereur relatives au même objet. Ensuite venait une relation succincte de ce qui s'était passé avec ce cardinal et avec Mendoza, et on leur envoyait une copie de la réponse donnée au second. Elle devait leur faire voir quels doutes restaient à éclaircir avant qu'on ne traitât définitivement du retour à Trente; que le Pontife désirait et espérait trouver en eux, dans cette circonstance, leur équité ordinaire et leur amour pour ce qui est vrai et juste ; qu'il les exhortait à procurer, suivant leur coutume , la paix de l'Eglise et la propagation des vraies lumières de la foi en Allemagne; qu'ils vinssent ou envoyassent leurs procureurs à Bologne afin, ou d'y continuer le concile, ou , si le lieu n'était pas jugé convenable , de prendre conjointement avec les autres une nouvelle détermination.
h. Quant à la dernière partie de leur lettre, où il était déclaré que si le Siège apostolique apportait trop de délai , on devait craindre qu'il ne fût pris d'autres mesures, il disaitqu'il aurait en effet toutà craindre s'il savait n'avoir vraiment rien négligé dans une œuvre si strictement imposée par sa charge à celui que Dieu avait placé sur ce Siège pour le salut de tout le troupeau chrétien, et surtout pour celui des pauvres brebis égarées ; mais que toutes les peines qu'il s'était données et qui étaient connues de toute la chrétienté, prouvaient qu'il n'avait rien omis à cet égard; qu'ainsi , tant à cause de la conscience qu'il
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avait d'avoir fait son devoir, qu'à cause de l'opinion qu'il se faisait de leur gravité et de leur modération aussi bien que de la sagesse et de la piété de l'empereur, il ne pouvait croire qu'aucun deux approuvât une autre voie que la voie droite , la seule où ils pussent marcher dignement; que cette confiance était en lui l'effet de cette religion qu'ils avaient toujours conservée, tout entourés qu'ils étaient d'apostats ; quo si on tramait quelque mauvaise manœuvre contre l'autorité du Siège apostolique, il n'était certainement pas assez puissant pour empêcher que la pluie ne tombe sur lui comme sur la maison dont parle le Sauveur, que les fleuves ne se débordent et que les vents ne soufflent contre lui; ou'il se rappelait très-bien que tout cela devait arriver, puisque le souverain Architecte lui-même de cette maison l'avait prédit , lorsqu'il en avait jeté les fondements ; que cepeud.int il ne pouvait craindre qu'elle tombât ou qu'elh' pérît, sachant qu'elle était fondée sur la pierre ferme; qu'il craignait pourtant et qu'il était plein de sollicitude pour ceux, qui, sans s'effrayer du sort arrivé dans les temps anciens et modernes à quiconque avait osé faire, pourla renverser,de vains efforts que le ciel avait punis par les plus sévères châtiments, renouvelaient les mêmes tentatives et aimaient mieux s'exposer eux-mêmes à des dangers évidents en portant le trouble dans toute l'Eglise et en essayant de détruire l'édifice de Dieu, édifice attaqué dans tous les temps , mais jamais abattu par les impies , que de vivre paisiblement avec le Pontife , unis et heureux de leur union dans la même demeure, comme il les y avait toujours engagés et comme il les y engageait encore ; qu'il les exhortait à se conduire ainsi et à ne pas adopter dans leur réunion des résolutions étranges et qui ne pouvaient être utiles à personne ; que c'était là ce qu'il se promettait de la foi et de la piété qu'ils avaient toujours montrées: manière adroite de consoler les grands des châtiments humains ou ( ivins dont on les menace, à l'occasion de quelque faute qu'ils sont sur le point de faire , en leur laissant apercevoir que la connaissance qu'on a de leur verîu empêche de croire qu'ils la commettent jamais.