LIVRE SIXIÈME
successeurs do César el de Tibère et non de i*ierre, que Jésus-Christ avait laissé pourson vicaire ? Ajoutons , relativement à la convocation, comme ils n'avaient pas sous leurs lois l'univers chrétien tout entier , de quel droit pouvaient-ils convoquer tous les évoques ? Cette dilTiculté existe , surtout depuis que la chrétienté s'est trouvée successivement partagée entre tant d'états dilîérents : d'où il convient de dire que c'est par une sage prévoyance que le Sauveur a confié celte mission à une autre puissance , qui est audessus de tous les chrétiens dans les choses de religion. Et cette puissance est la chaire seule de S. Pierre , par laquelle Rome , selon l'idée de S. Léon (1), que S. Prosper a accueillie et chantée dans ses vers ( 2 ) , même dans ce siècle, étendait plus loin les bornes de son empire spirituel qu'elle n'eût jamais fait sa domination terrestre.
3. Les faits répondent à ces principes; nous les trouvons consignés dans les monuments de l'antiquité. S. Léon, dont nous venons de parler, dans une lettre (3) à Turbius, lui écrit : Nous avons envoyé des lettres à nos frères et à nos collègues clans l'épiscopat de Tarragone , de Carthagcne , de Portugal et de France , et nous leur avons intime' la tenue du concile général; et avant lui , Sixte III , dans une lettre aux orientaux : Cest de notre autorité que Y alcnlinicn Auguste a ordonné au concile de se rassembler. Adrien III , dans la lettre à l'empereur Basile, qui fut lue dans la première session du huitième concile , parle ainsi : Nous voulons que, par les soins de votre piété, il s'y tienne un concile des plus nombreux. On voit dans ces paroles de quelle manière les conciles étaient convoqués par le Pape, et de quelle manière ils l'étaient par l'empereur ; l'un intervenait dans celte convocation comme cause principale et comme volonté souveraine, et l'autre comme instrument et comme moyen habile d'exécution. Et cette façon de s'exprimer touchant l'autorité du Pontife romain , était usitée même dans le langage des évoques de ce temps-là. Théodcret rapporte [k] que les Pères, réunis dans le premier concile deConstantinople , écrivirent au Pape Damase dans les termes suivants : Nous étions accourus à Constantinopîe sur les lettres de Votre Bcvércnce, adressées au trèspieux empereur Théodosc, après le concile d'Âguilée (5). Et parmi les lettres qui ont rap-
(1) Dans le sermon 1 des saints Pierre cl Paul.
(2) Des Ingrats.
(5) LeKre 1)5, cliap. 27.
(4) An livre V de rUisloire, cli. 9.
(5) t L'abbé lioilcau, climioiiie de la Sainle Chapelle de Paris, dans son Colloqrnum crUicum de splialmaiis virorumin re litterarià iUu&trium, reprend Pallavicini d'avoir cité toiil-à-rail à fanx ce texte des Pères do Conslanlinople en écrivant : Convi'neramus Coiislanlinojwli ad liderasvestrœ lieverentiœniissas a Tlieodosio imperalore posl concilium Aqnileiense : t Nous < nous étions rassemblés à Conslanlinople d'après les « lettres de voire Révérence, envoyées par l'empereur i TItéodose après te concile d'Aqnilée. > Mais Pallavicini dit les lettres envoyées à Tliéodose, non par Tliéodose. Une lello erreur et bcanoonp d'autres pa-
port au concile de Calcédoine , iï y en a nue de certains évêques à l'empereur Léon, où on lit ces mots : Un grand nombre d'évéques se sont rassemblés dans la ville de Chalcédoine, par V ordre du souverain Pontife Léon , qui est le véritable chef des évêques. Pour nous qui écrivons de l'histoire et non de la controverse , il nous suffit d'avoir rabattu par cette courte réfutation la présomption de Sarpi, qui dit le contraire avec autant de témérité que d'assurance. Le lecteur qui serait curieux d'en voir la fausseté démontrée plus au long peut parcourir ce qu'en ont écrit ex-professo plusieurs auteurs très-savants , et surtout deux célèbres cardinaux, Turrecrcmata (1) ctBellarmin (2).
4. Il n'y a pas moins de témérité dans la hardiesse avec laquelle il avance la seconde partie, c'est-à-dire que les anciens empereurs présidaient aux conciles (3). C'est un mensonge de l'hérétique Brentius (4) ; Calvin lui-même (5) n'a jamais osé le soutenir positivement. Car, jaloux d'exclure de la présidence du concile de Nicéeles légats de S. Silvcstre, et ne sachant à quel autre l'assigner, il s'avisa de supposer qu'on en avait honoré S. Athanase, quoiqu'il ne fût encore que diacre, et qu'il eût été amené au concile par Alexandre, son évêque. Dans cette découverte qui lui appartient, il employa toutes les ressources de son esprit à confondre la prééminence de doctrine avec la préséance de juridiction, comme si on disait quau concile de Rheims, ce fut S. Bernard qui présida. Au fond, la proposition de Brentius et de Sarpi est tellement démentie par les monuments de l'antiquité, que l'empereur Basile convient à la fin du huitième concile que Constantin, à Nicée, souscrivit après tous les évêques les mêmes actes qui portent en tête la souscription des légats de S. Silvestre. On sait assez que Constantin voulut, au rappor», de Théodoret (6) et d'Eusèbe (7). qu'on plaçât son siège au-dessous de celui de tous les évêques. Ce que raconte Ruffinus (8) confirme ce fait; selon lui, l'empereur assura qu'il était inférieur aux évêques , et qu'il
rcilles relevées par le même Koiican, dans notre liisl()rien,ne sont pas de Pailavicini, mais de son Iraducle(n" laiin , le père Giailini , coinmo le rcmanine sagement Uicliard Simon, dans sa Bibliollièque critique, t. 3, pag. (j7.
(1) Au livre III de la Somme de l'Egli-c, chajiitre 6.
(2) Dans le livre I" du Co:iciIo, diap. 12 et 15. -J- Qu'on me permclle d'ajouter fine Febrotiins ayant ieiiouve!é la même mauvaise docli inc de Sarpi et des antres anti-papistes, j'ai pris sùn do la combattre dans VAnii-Fcbroniiis , (t. IV, !iv. t, ch. l),avcc tout le dév(;l(>ppemeiit qui convient.
(3) f Ce second monsonge contre la présidence dt>s papes et de leurs légats aux condics, se trouvera réfuté aussi contre le même Febronius, dans le même livre A, cliap. 3.
U) Dans les Prolégomènes, contre Pierre Soto.
(5) Dans le livre 4 des Institutions, ch. 7, au co:amencement.
(6) Dans le livre 1 de IHisloirc, ch. 7.
(7) Dans le livre 3 de lu Vie de Consiantiu.
(8) Liv. 10, ch. 2.
IHSTOmE DU CONCILE DE TRENTE.
convenait qu'en leur présence, il parût dans l'altitude d'un justiciable plutôt que d'un juge. Comuient donc Sarpi , sans examen coiiune sans la moindre preuve, ose-t-il prononcer que les historiens de ce temps attribuent à Constantin cette présidence, à peu près comme il rapporte qu'ils lui attribuent la victoire contre Maxence? mais recourons à ces conciles dont les actes nous restent, et dans lesquels se conserve ce que Sarpi ap
et parlèrent ainsi, sans soulever aucune réclamation. Le concile ensuite dans la lettre écrite à Léon lui-même use de ces termes : Vous présidiez comme la tête aux membres, clans ceux qui occupaient votre place, donnant à chacun par eux des témoignages de bonté : mais les empereurs présidaient pour l'éclat du concile dont leur présence faisait le plus bel ornement. Telle était donc la présidence du Pape, et telle était celle de l'empereur : l'une
pelle Evidence de fait. Je parlerai seulement intrinsèque et de commandement , comme des deux premiers , afin que la fable de cet celle de la tête sur les membres ; l'autre extrinsèque et d'embellissement, comme colle de la couronne sur le front qu'elle ne fait qu'orner. Mais pour terminer , reportonsnous à ce que l'impératrice Pulchérie elle-
auleur ne m'entraîne pas dans une trop Ion eue digression. Voulons-nous savoir par rapport à cette présidence du comte Candidien tant exaltée par Sarpi, si elle eut lieu et quelle elle fut? Les empereurs Theodose et Valentinien écrivent au concile dans ces termes, en y envoyant ce personnage : Nous avons ordonné d'aller à votre sainte assemblée à Candidien, très-illustre, etc., etc.. ; mais à la
même écrit à ce sujet. C'est elle qui avait toute l'autorité et qui soutenait touj le poids du gouvernement. On lit une lettre d'elle (1) à S. Léon tout-à-fait dans ce sens. Llle parle des évêques à envoyer au concile : jE'U/we /ci, Condition formelle et Cjui sera pour lui une loi, dit-elle, ils se forment en concile , et décident que dans les questions et les controverses qui sous vos ordres, selon que la foi et la piété reqardent les dogmes de la foi , il naura rien chrétiennes le requièrent, et ce qui concerne la à faire ( il est défendu à quiconque n'est pas doctrine catholique et ce qui regarde ceux des abrégé a l'ordre des très-saints évêques de évêques qui se sont séparés d'abord. Ce n'était se mêler des affaires et des délibérations ec- donc pas seulement le point principal pour
lequel on avait convoqué l'assemblée qui se remettait à la décision du concile, comme le veut Sarpi; on lui laissait aussi la condamnation des évêques désobéissants ; et tout cela, le concile devait le faire par l'autorité du Pape. Je ne veux pas m'étendre davantage sur ce sujet; il demanderait à être traité dans une autre sorte de livres. Mais il était nécessaire d'avertir les lecteurs moins in-
clésiastiques), mais afin qu'il use de sonpouvoir pour éloigner de cette ville , n'importe comment, les moines, les séculiers et tous les autres que la curiosité y a déjà attirés ou y attirera encore par la suite. D'ailleurs , touchant la présidence du pape Célestin à ce concile, dans la personne de son légat, il n'y a certainement qu'une voix parmi tous les historiens. Bellarmin rapporte longuement leurs témoignages dans le premier livre (1) struits du peu de sûreté qu'il y a pour eux de
des conciles
5. Passons à celui de Chalcédoine dans lequel, à en croire Sarpi, sa proposition est plus clairement exprimée. Y a-t-il trouvé autre chose, si ce n'est que l'empereur Marcien s'y assit au-dessus de tous les évêques? Il en eut été de même dans celui de Trente, si Charles -Quint y eût assisté. Au reste, si
venir se loger avec confiance dans un édifice dont il est évident que les fondements reposent sur le faux.
6. Sarpi poursuit etdit que, dans les anciens conciles, on ne faisait pas la distinction de congrégations particulières et de sessions publiques ; qu'il n'y avait aucune réunion d'apparat; que tout s'enregistrait par les notaires
nous voulons nous assurer qui fut président désignés; que tout ce qui se faisait était con
et juge de toutes les causes ecclésiastiques; nous l'apprenons tout à la fois du président lui-même, du concile et de l'impératrice Pulchérie. S. Léon-le-Grand, dans la lettre 40' adressée au concile lui-même parle ainsi de ses légats : Que votre fraternité songe que je préside au concile dans la personne de ces légats qui vous sont envoyés par le Siège apostolique. Et les légats eux-mêmes qu'on voit toujours les premiers à parler et à souscrire, dans la troisième session, raisonnent de la sorte : Le très-saint et très-heureux archevêque de la grande et ancienne Rome, Léon, par nous et par le présent S. concile, conjointement avec le bienheureux et digne de toute louange Pierre, apôtre, qui est la pierre et la base de l'Eglise catholique, et le fondement de
sidéré comme acte du concile et destiné à paraître au jour, et non pas seulement les décrets , comme il fut réglé à Trente, li pouvait dire pareillement que dans les temps anciens les princes n'avaient pas cette grande variété de secrétaireries, de conseils et d'assemblées, tant d'emplois honorifiques, tant de distinctions et de titres, tant d'ambassadeurs ordinaires et extraordinaires pour négocier et pour complimenter, et qu'il n'y avait pas non plus d'établis des courriers pour porter les lettres d'un royaume à l'autre. Comme donc il y a eu perfectionnement ou au moins changement dans les idées et les sentiments des hommes, ainsi que dans leurs rapports entre eux, il a fallu modifier aussi en proportion la manière de traiter les affaires
la vraie foi, a dépouillé Dioscore de la dignité ecclésiastiques : car elles ont [)0ur acteur et
épiscopale, et l'a exclu de toutes les fonctions pour objet le chrétien qui est présentement sacerdotales. On a consigné dans les actes du
concile , que le pape et ses légats écrivirent ^,) j)^,^^ y,,^ Jg^^^g ^^,; ^^ j,.^,,^.^ ^.^^^ ,3 première
(l)riiap. 19. p.inie diiconcileileCI>:ilcé'i()i!io.