CHAPITRE XII
Eetour du cardinal Cervini. Conseil que les légats donnent au Pontife de suspendre le concile. Nouvelle prote<t<!tion faite par Mendoza au consistoire. (15i8.) 1. Précisément deux jours après la congrég:!tion ûont nous venons de parler (1), le cardinal Cervini retourna à Bologne. Le Pipe lui deiiiand j par lettre un nouveau conseil (2), vu la nouveauté des circonstances. On voyait bien que continuer le concile malgré uneop
vives instances des ordres de l'empire, avait demandé d'abord à Léon, puis à Adrien, ensuite à Cléaient , enfin au Pontife actuel Paul III, un concile œcuménique comme l'unique port où l'Eglise battue par la tempête a coutume de chercher un abri ; qu'en conséquence , sur ses pressantes sollicitations, le concile avait été enfin convoqué à Mantoue, et ensuite à V^ienne ; mais que ni l'une ni l'autre de ces deux villes ne convenait; que les prélats de tant et de si diverses nations ne pouvaient s'y réunir commodément et d* bon gré ; que dans la suite, de la volonté de l'empereur, du consentement des autres princes
position si virulente de la part de l'empereur, chrétiens , et à la demande de l'Allemagne, ce serait, pour ainsi dire, arroser l'arbre de g^ faveur de laquelle surtout le concile était l'Eglise sous les feux dévorants de la cani- rassemblé par sa Sainteté qui, dès îa diète de
cule. et par conséquent le brûler et non pas le fortifier. Maintenir longtemps le concile sans rien faire, c'était une chose que les légats avaient tous blâmée, et comme inconvenante, et comme impossible (3). Ainsi,
Ratisbonne, avait promis aux Allemands la tenue du concile ('ans cette contrée, on avait choisi Trente comme un lieu reconnu pour être souverainement commode et sûr , tout près de l'Italie, en Allemagne même, pas très-
tandis qu'à Rome la commission conseillait ioi„ nj je la France ni de l'Espagne. Là, il
seulement de faire venir de Bologne un grand nombre de prélats pour instruire le Pontife, les légats, se désistant des résolutions qu'ils avaientautrefois manifestées, et voyantledangerdu schisme dont on était menacé présentement d'un tout autre œil qu'autrefois, plus énergiques lorsqu'il était éloigné, poussaient
rappela le choix et la mission des premiers légats, l'arrivée des ambassadeurs impériaux, et l'interruption de cette première convocation. Il raconta ensuite la seconde convocation à l'occasion de laquelle s'étaient mis en route les évoques de divers pays et des extrémités du monde, ainsi que les premières
à la suspension. Ils disaient qu'autrement on opérations du concile sur le dogme et sur la n'enlèverait pas à l'empereurle prétexte dont discipline. Il continua à raconter la guerre il s'autorisait pour demander le retour du con- entreprise par l'empereur avec laparticipacile à Trente, en soutenant qu'il y avait été tj^n gt l'aide du Pape, afin que ceux qu'on ne une fois légitimement assemblé, et qu'il n en pouvait gagner par le raisonnement et la était jamais parti légitimement; que si, par persuasion fussent contraints par la force, lll hasard, il en venait à dire que l'Eglise avait ajouta que la réforme, si nécessaire et si forbesoin de concile, et que le soin de le ras- tement réclamée de la discipline, avait été sembler était du ressort de sa majesté, dans froidement commencée, pendant qu'on avait le cas où le Pontife négligerait de le faire, le i^^ ferme espérance de voir venir au concile,! Pape pourrait également parer aussitôt a cet p^^j. déférence' pour l'empereur, ceux quil inconvénient en levant la suspension sur-le- jusqu'alors l'avaient rejeté; qu'ensuite ceuxl
qui se nommaient légats et agissaient commel
(1) Le 2-2 janvier, comme il est marqué dans le Journal el dans les Actes.
(2) Lettre de Maffée au cardinal Cervini, du 23 janvier 1548.
(3) Lettre du cardinal Cervini à Maffée, du 26 janvier 1548.
tels avaient, sans que le Pontife, du moinsi
(1) Le 25 janvier 1548, comme il est marqué dans! les Acies consistoriaux el dans ceux du concile ; elf la proiesiaiion se trouve surtout dans la bibliothèque de MM. Barberini.
comme ils le disaient, connût même leur des- avait manqué à en informer à temps l'emsein, sous de faux prétextes, précipitamment percur , lui dont le consentement à la IransetavecTassentiment seulement des partisans lation était nécessaire, parce qu'il était le de sa Sainteté, mis en délibération et exécuté îa tuleur dos conciles œcuméniques; que les translation du concile, n'emmenant avec eux légats avaient méprisé l'opposition de ceux quedes Italiens ouceux qui avaientdes églises qui demandaient qu'auparavant sa Sainteté en Italie ; que beaucoup d'évêques zélés s'é- et sa majesté fussent instruits ; que le sen-,. talent opposés à ce projet hors de saison et si timent de ceux-ci aurait dû prévaloir, et dangereux, en protestant solennellement que, parce qu'il était le plus snge, et parce qu'il pour eux, ils voulaient rester à Trente ; que avait pour lui la majorité dos nations ; qu'a'!sur ces entrefaites, pendant que les évéques mis qu'il fallût changer le concile de résipartis de Trente se tenaient à Bologne, l'em- donce , on aurait dû le transférer dans une pereur avait, par une célèbre victoire, subju- ville voisine do la niême province , où il était gué les ennemis et pacifié l'Allemagne; qu'a- assemblé et pour laquelle il était assemblé; vaut et depuis ce triomphe, il avait fait mille qu'on ne saurait se justifier de l'avoir mis fois les plus vives instances pour que le cou- à Bologne, c'cst-à-dirc, au sein de l'ItHiie, et cile retournât à Trente, et que les Allemands sous la domin.ition du Siège apostolique , et sans exception avaient, dans la diète convo- par conséquent dans un li*,u qui n- sr r.nljaquée dernièrement à. Augsbourg, résolu de s'y mais agréé des Allemands ; qu'ainsi on |;uusouuiettre ; que lempereur avait prié sa Sain- vait prévoir co.'nme cerliiiu oi; (• ue le ! oncilc teté, par l'entremise du cardinal de Trente serait dissous, ou que ce petit aomStro de et de Mendoza lui-même, de saisir une occa- prélats règleiait tout à son gre. Coinnu: donc sion qui devait procurer tant de gloire à Dieu le devoir de l'empereur rempli p^ir lui. dès le et à elle, et de si grands avantages à toute la commenceiuenl de son règne, et M Je dét'?!!chréticnté ; que les procureurs iuipériaux dre et de préserver de tout dtnger i'Kg'ise, avaient été chargés de faire ies mémos noli- mère commune de tous, d<' procurer la tranfications à Bologne; que sa majesté leur avait quillité de l'Allemagne, poiliou la plus concommandé, en cas que leurs demandes fussent sidénble de son empire, et do la ra;. cner à rejetées ou que l'alfaire traînât en longueur, l'ancienne religion ; de pourvoir égaîenient de protester en son nom, dans l'assemblée gé- aux besoins des Espagnols (t de Un[ J'aunérale, quela translation n'avait pas été juste, très principautés qui roSevaieiil uo lui , ce et que les choses qui l'avaient suivie du qui qu'il ne pouvait faire si on ne rejdaçail le devaient la suivre étaient et seraient contre concile à Trente : corisi^e d'ai[!etirs touto le droit, nulles et comme non avenues. rAllemagne faisait celte dem u)e <; -e iu;- 3. Que depuis que les ministres de l'empe- mêineavait présentée inslamj;ent i;ne -.t deux reur avaient mis à exécution ces ordres de fois à sa Sainteté, il la comur-it den'iuv<',Hu, sa majesté, le Pontife avait voulu attendre selon le devoir d'un fils docile et justr-ment l'avis des prélats de Bologne; que cet avis soumis, de consentir à ce retour : qui! l'on avaitélé conforme àceluioù on se prononçait conjurait par les entrailles d<' Jés;!s-Christ pour la translation, c'est-à-dire, captieux et qu'elle eût à ordonner aux Pèr;s de Boloune vraie source de maux pour la religion et gne de retourr.cr à Trente ; qu'ils ne poupour l'Eglise; que cependant sa Sainteté té- valent s'y refuser puisqu'ils s'étaitiit obligés moignait l'approuver, et en donnant à cette à le faire aussitôt qu'aurait cessé la crainte malheureuse séparation le nom honorable de de ce mal qui n'avait jamais existé ; que c'étranslalion , et en appelant, dans les lettres tait aussi ce que le Pontif;- lui-même avait pluécrites au cardinal del Monte et dans celles sieurs fois promis à sa majesté par l'entremise qui s'adressaient à l'empereur, cette assem- de ses nonces etde ses légats; que, depuis bienblée de Bologne, concile général. Que sa tôt un an, il n'y avait eu aucun cas de morla- Sainteté avait fait à l'empereur une réponse lité, si jamais il yen avait eu; quel'Allemagne qui ne déterminait rien, et qui ne faisait était pacifiée; que par conséquent tous les qu'ajourner les choses, réponse déplacée, motifs d'appréhension avaient disparu ; que, trompeuse, s'écartant du but et pleine de d'un autre côté, il était intervenu une promensonges; que, d'un côté, sa Sainteté avait messe libre et absolue de la part de cette uojugé dans une matière très-grave, avant d'ê- ble nation de se soumettre au concile; que tre informée ; que, d'un autre côté, on diffé- si , par malheur, le Pontife repoussait celte rait ou plutôt on refusait le remède à ceux qui demande (ce qui serait indigne d'un bon aden avaient besoin et qui l'avaient jusqu'alors ministrateur de la république chrétienne, rejeté, mais maintenant le demandaient; et d'un bon vicaire de Jésus-Christ), l'ambasque sur un point il avait ajouté foi aux té- sadeur, au nom du très-religieux empereur, moins les plus vils et qui ne s'accord.tient pas après les diverses mouitions et remontrances entre eux, tandis qu'il avait révoqué en doute faites selon l'ordre de l'Evangile, en particula bonne foi de l'empereur , du roi des Ro- lier et en public, même dans cette sainte asmains , du cardinal de Trente et de tant et semblée , en présence des ambassadeurs des de si grands princes. Il continuait par rap- princes , et après la prostestation faite par peler les maux que la translation des con- les procureurs impériaux dans l'as^eaiblée ciles causent ordinairement dans l'Eglise ; de Bologne , protestait encore une fois et pour mettre sous les yeux la légèreté, la que la translation ou ce départ ci-dessus fausseté du motif qu'on donnait de la trans- mentionné avait été nul et injuste ; que par laiioo de celui de Trente, il montrait qu'on conséquent tout ce qui avait été fait ou tout ce
mSTOlRK DU CONCILE DE TRENTE.
qui se devait faire à la suite de cette trans- \ iV\ra était- ou serait de nulle valeur; que c'était entretenir la discorde et préparer la rnin? de l'Eglise; que ceux qui se donnaient i Bologne le nom de iégals, et le petit u>inbre dévêques qui leur étaient unis, évé- .jues dont la plus grande partie ét;iient au eoramandementdu Pape, n'avaient pas assez d'autorité pour pouvoir faire, sur les matières les plus importantes de dogme et de discipline , des décrois pour tonte la chrétienté et surtout pour l'Ailemagne dont ils connaissaient peu les lois et les coutumes; qu'il protestait également que la réponse de sa Sainteté n'avait pas été droite et vraie, telle que la demandait l'e.ffiiire dont il s'agissait, mais fardée et déguisée dans le but de tromper; que c'était à sa Sainteté et non à l'empereur qu'il faudrait imputer tous les maux qui étaient provenus de là, ou qui en proviendraient; que suppléant au défaut et à la négligence de ça Sainteté, l'empereur s'opposerait, de toute sa force et de tout son pouvoir, aux tempêtes dont il voyait bien que l'Eglise était menacée;
dans la cour la plus auguste de l'univers , au bruit de ce tonnerre éclatant lancé par un Jupiter qui avait la foudre en main.