CHAPITRE XIII
Réponse faite par ordre du Pontife , dans le consistoire , à la protestation précédente de Mendoza.
1. Le Pape savait fort bien que s'emporter brusquement de colère à une attaque préméditée , ce n'est pas force d'âme , mais passion , et qu'on donne à son adversaire l'avantage de l'arme la plus puissante, le conseil : aussi écouta-t-ii avec patience (1). Enfin il donna ordre à Blosius Palladius (il s'appelait Biagio Pallajo , mais il voulut ennoblir son nom, selon le goût qui dominait alors parmi les savants de cette époque ), son secrétaire , et évoque de Foiigno , de sommer l'ambassadeur de venir dans le consistoire suivant pour y recevoir la réponse. Sur ces entrefaites il reçut l'avis des légats (2); ils lui conseillaient de se constituer juge dans le débat de la translation , rôle moins odieux
qu'il ne manquerait pas de la prendre sous sa et plus respectable auprès de l'empereur que
tutèle et de se prêter ta tout ce que les cir- ""•■•" .„.^. ,«i
constances demanderaient de lui , comme empereur et comme roi, ainsi que l'y autorisaient le droit, les décrets , les institutions , les lois des saints Pères et le consentement général de la chrétienté. Il finit par se tourner Vers les cardinaux, et faisant réserve de tous les droits de l'empereur, en cas de négligence de la part du Pape, il leur signifia aussi la même chose s'ils se rendaient également coupables de la même négligence. Et ensuite ajoutant les formalités que les jurisconsultes nomment salutaires, il prit à témoin tous les" assistants, et il pria tous les notaires présents de tout consigner dans les Actes.
4. Je n'ignore pas ce qu'avancent plusieurs écrivains modernes; ils disent que le cardinal Jean-Pierre Caraffa réfuta avec une éloquence apostolique les accusations de Mendoza contre le Pontife et contre les Pères de Bologne : allégation que le zèle , le courage et l'éloquence de cet homme rendaient vraisemblable; mais cette mémorable circonstance est totalement passée sous silence, et dans les Actes consistoriaux, et dans une relation particulière que fait le cardinal Maffée dans sa correspondance. Bien plus, non seulement ce fait est passé sous silence; mais même on est autorisé à affirmer le contraire , puisqu'on suppose dans les pièces citées plus haut que le Pape et le sacré collège écoutèrent l'ambassadeur avec un calme généreux et sans la moindre interruption. Je manquerais donc visiblement à l'obligation que je me suis imposée de ne raconter que ce que je puis certifier j^ar preuves solides et authentiques si , aux prises que je suis avec Sarpi , je m'étais hasardé à attribuer celle réfutation à l'un des miens.
Ainsi Mendoza dit, au nom de l'empereur, tout ce que nous avons rapporté sans être troublé par personne. Qu'on se fasse une idée de la terreur qui s'empara de l'âme (le tels auditeurs réunis en si grand nombre
celui de partie; et de laisser aux légats ainsi qu'aux évêques de Bologne le soin de défendre ce qu'ils avaient fait. Us disaient que celte manière de procéder, jointe à la suspension, accorderait quelque chose au sentiment de l'empereur : car les grands ont coutume de ne pas vouloir céder entièrement pour ne pas donner à entendre, ou qu'ils avaient été déraisonnables antérieurement, ou qu'ils sont à celte heure sans considération. Ce qui contribua merveilleusement à f-ire adopter au Pape cet expédient, ce fut l'idée que, par là, il montrerait que l'empereur ne l'avait pas récusé comme juge, et qu'il n'avait pas eu de démêlé avec lui ; d'où il s'ensuivait que, dans la réponse, on pouvait blâmer comme téméraire la démarche de Mendoza avec plus de liberté et plus de dignité, et mettre La Majesté du Pontife à l'abri de toute, les attaques de l'empereur qui, bien qu'injustes, l'auraient atteint à cause du haut rang de l'agresseur.
2. Mendoza revint donc dans le consistoire du premier février (3). Il protesta qu'il était venu par pure déférence pour les ordres du Pontife , et non parce qu'il s'y était cru obligé ; qu'il n'entendait pas , par celle action, causer aucun préjudice à sa majesté , ni comme ambassadeur, ni comme procureur. Palladius lut une réponse d'environ vingt-cin(( pages (4) composée par le cardinal Polus , voici ce qu'elle contenait :
Que la protestation de l'ambassadeur, faite au nom de l'empereur, avait causé la plus grande douleur au Pontife et à ces trèsrévérends Pères ; mais qu'ensuite, ayant lu attentivement le mandat (il était daté du
(l) Actes consistoriaux du 23 janvier et du 1" février, (i) Lettre des légais à Maffée, du 26 janvier ITiiS.
(3) LeKre (le Malice au cardii)a!Cerviiii, du l^r jour de février io48.
(4) LiMirc de 5î;iircc au caiiliiial Corvi!ii,du 13 janvier lo'iH,
mémo jour et conçu dans le même sens que celui des intendants du fisc, que nous avons rapporté plus haut), ils avaient été un peu consolés ; qu'ils pensaient qu'il était facile de convaincre Mendoza de celte douleur, car qu'il était croyable qu'il l'avait lui-même partagée au moment de la protestation, et que c'avait été pour lui une bien pénible tàcheà remplir; que, de plus, on savait que beaucoup de personnes dévouées à l'empereur avaient supplié avec larmes l'ambassadeur de s'abstenir de cet acte , que cette douleur profonde était causée par la réflexion qu'on ne pouvait s'empêcher de faire, que de pareilles protestations ne sont invoquées que par des chrétiens, ou déjà tombés dans la désobéissance à l'Eglise , ou qui sont sur le point d'y tomber; que cette pensée ne pouvait qu'affliger le Pape, qui aimait si tendrement l'empereur et qui désirait si fort la paix ; que sa majesté avait triomphé glorieusement de ceux qui s'étaient révoltés contre elle et contre Dieu en prenant le nom de Prolestants ; que le Pontife l'avait aidé en cela au- delà des ressources de son trésor et par des subsides très-ronsidérables en euxmêmes, dont l'à-propos surpassait encore la valeur réelle , et que c'était à ce concours qu'on était redevable de la victoire; qu'au moment donc où l'on espérait non seulement de la piété, mais même de la reconnaissance de l'empereur, en récompense de ses dignes services, l'exaltation du Siège apostolique, sa Sainteté avait l'âme percée de voir que la fin de la guerre contre les ennemis fût le commencement des protestations contre le Pontife; que c'était ne recueillir que des épines sur la vigne qui promettait des raisins.
3. Mais que ce qui avait consolé depuis, à la lecture du mandai , c'est qu'on avait remarqué que l'empereur n'avait pas donné à Mendoza le pouvoir d'intenter action , non pas contre le Pontife, mais seulement, devant le Pontife , contre les Pères de Bologne, assemblée qu'il ne prenait pas pour un concile légitime ; qu'en conséquence c'était appeler la cause devant le Pape , juge suprême des conciles et de l'Eglise; qu'il n'y avait pas non plus dans le mandat d'autorisation de protester contre lui , si ce n'est tout au plus dans le cas où il refuserait de prendre connaissance de cette affaire; que cela n'était point arrivé ; que bien plus , jusque là on n'avait pas même appelé le procès devant le Pontife; qu'il était donc manifeste que l'ambassadeur avait outrepassé les bornes de son mandat (dont le secrétaire lut de nouveau le contenu); qu'en elTel le très-clément empereur se sentant offensé par les légats et les évêques qui étaient allés à Bologne , n'avait pas ordonné autre chose que de les accuser devant le Pontife et le sacré collège ; que l'ambassadeur, au contraire , omettant de provoquer ce jugement , avait demandé comme une chose de rigueur que, sans aucune connaissance de cause, on condamnât les légats en question et la portion la plus nombreuse des Pères de Trente,
puisque l'annulation du décret dressé par eux, il la réclamait à titre d'acte de factieux et non d'acte légitime ; que rien n'aurait été plus contraire et aux louables coutumes des conciles passés, et à l'édification des conciles futurs ; que les convenances exigeaient plutôt que la minorité restée à Trente , si elle croyait la translation induement faite, envoyât au Pontife ses excuses et ses plaintes; que le Pontife les aurait examinées , comme il voulait bien présentement, sur les si justes instances du pieux empereur, examiner cet article avec la droiture et l'équité qu'on verrait plus tard ; que par conséquent l'ambassadeur pouvait voir combien avaient raison de se réjouir le Pontife, les cardinaux et tous les gens de bien qui se trouvaient délivrés de la crainte que leur avait inspirée l'aigreur de la protestation ; qu'on devait de solennelles actions de grâce à Dieu qui , dans le temps même que l'empereur était poussé par des conseillers remuants , l'avait si bien gardé que non seulement il n'avait point adhéré à leurs vues, mais que de plus il avait commencé à se retourner du côté de la bonne voie; qu'en cela l'ambassadeur avait aussi sujet de se réjouir pour son prince ; qu'à l'égard de lui-même, c'était à lui de JTiger combien il devait se féliciter ou s'afflig(>r; que cela supposé, on n'avait réellement pas besoin de réfuter autrement la protestation, car elle élait nulle; que néanmoins , comme les objections qu'elle renfermait pourraient être crues de beaucoup de personnes , si on les passait sous silence , et cela au grand détriment des âmes, le Pontife , pour pourvoir à leur salut , avait ordonné d'y répondre article par article.
i. Que tout le but de la protestation avait été de représenter le Pontife comme indifférent , et l'empereur comme dévoué à la célébration du concile; que si les allégations de l'ambassadeur n'avaient tendu qu'à prouver le second de ces deux faits, on se bornerait à répondre qu'on félicitait l'Eglise et qu'on remerciait Dieu du règne d'un empereur si zélé ; car le Pontife n'entendait pas obscurcir les vertus de sa majesté pour fîire briller les siennes, ce qui serait un acte de jalousie ; et que loin de désirer qu'elles parussent moins, il priait Dieu chaque jour d'y ajouter de plus en plus ; que, quant aux plaintes amères de Mendoza relativement à sa prétendue négligence pour la célébration du concile, l'empereur devait plutôt s'appliquer à considérer qu'autant le Pape le devançait en âge, autant il l'emportait sur lui par cette bonne volonté qu'il avait toujours montrée lorsqu'il était cardinal, et qu'il ne s'en était pas moins expliqué que tout autre avec les Pontifes, ses prédécesseurs; que les cardinaux, ses collègues d'alors, pouvaient surtout en rendre témoignage. Qu'il avait prouvé que ce désir avait été aussi efficace qu'il élait sincère, dès son avènement au pontificat ; que c'était la première affaire qu'il eût recommandé aux princes; et qu'il n'avait pas cessé de la leur rappeler de temps
en temps , lorsque les événements du monde lui en avaient offert l'occasion; que si les intimations pour Manloue et pour Vienne avaient échoué, il ne fallait pas l'imputer au Pontife; qu'au contraire, il avait entretenu ses légats, six mois durant, dans la seconde de ces villes , tandis que de son côté, il écrivait aux évêques de toutes les contrées pour les exhorter à s'y réunir, et envoyait des nonces particuliers a tous les princes pour presser celte affaire; qu'on ne pouvait avec raison rejeter le défaut de succès sur le choix de ces villes; car il n'était pas vrai qu'elles eussent été un obstacle à la réunion des diverses nations; qu'il était bien notoire, au contraire, que, pour la commodité des lieux et la fertilité du sol , elles l'emportaient de beaucoup sur Trente; qu'il y avait eu de toutautres causes à ces entraves, et que la principale, comme aussi le plus puissant empêchement à la tenue du concile, c'avait été la guerre entre les princes chrétiens ; que le zèle du Pape pour la convocation de ce concile avait de beaucoup surpassé celui de l'empereur; car celui-ci, en enveloppant, de bon ou de mauvais gré, la chrétienté dans ces guerres qui duraient depuis tant d'années , avait rendu le concile impossible; que celui-là, au contraire, n'avait pas cessé de prêcher la paix sans jamais faire le moindre mouvement de troupes qui dût porter obstacle à cette œuvre sainte, sans jamais déroger à la qualité de médiateur entre les parties, sans jamais entrerdans aucune ligue avec personne, si ce n'est avec l'empereur, lorsqu'il avait été question de cette guerre, qui semblait devoir aplanir les voies a la célébration du concile, bien plus que tout autre expédient; car, comme l'avait fort bien dit Mendoza dans sa protestation , elle devait avoir pour résultat de contraindre par la force ceux qu'on n'avait pu ramener par le raisonnement et la persuasion.
5. Qu'on ne voulait pas s'arrêter plus longtemps à un parallèle toujours odieux, et d'autant moins convenable qu'il avait pour objet l'éloge de la piété qui, après tout, quelle qu'elle soit , doit être attribuée à Dieu. Mais que, puisque l'ambassadeur avait forcé d'entrer dans l'examen de la sollicitude pontiflcale pour la tenue du concile, on le priait de rappeler à sa mémoire ce que, pendant toute la durée de ce pontiOcat, on avait fait et au su de tout le monde; qu'il ne pourrait s'empêcher de reconnaître dans le Pontife de la bonne volonté et du zèle, puisqu'il ne s'était pas passé pour ainsi dire d'année saiis qu'il envoyât de nouveaux nonces ou légats, afin qu'à chaque intervalle que laissait la guerre, et à la moindre lueur d'espérance de paciflcation, on reprît l'affaire du concile, et que, dans ce but, on travaillât à amener une paix, durable; que l'ardeur que le Pape avait mise avait été jusqu'à se charger luimême, malgré le poids des ans, de plusieurs de ces légations. Mais que comme l'ambassadeur ne formait là-dessus aucune accusation ni aucune plainte jusqu'au temps de la translation, et que, par rapport à la translation elle-même , il ne se plaignait
point du Pontife, parce qu'il l'avait ignorée, mais des légats qui l'avaient faite sans sa participation, et que comme d'ailleurs le premier grief qu'il reprochait au Pape, c'était d'avoir manqué aux évêques qui étaient restés à Trente , en donnant à l'assemblée de Bologne le titre de concile, on le priait de considérer que cette faute, si c'était là le nom qu'on devait lui donner, l'empereur et l'ambassadeur lui-même s'en étaient égalom< ni rendu coupables, lorsqu'ils avaient demamié que sa Sainteté fît revenir le concile à Trente, puisque cette expression ne pouvait désigner d'autre concile que celui qui était alors assemblé à Bologne; qu'on ne pouvait reprocher au Pape d'avoir, comme juge, appelé concile l'assemblée même dans laquelle ce litre était contesté; qu'il était libre au juge, avant ia sentence, de parler dans les mêines termes que les autres, et qu'au reste c'était alors le langage usité ; on disait partout : que le concile s'était transféré de Trente à Bologne, que bien plus, voyant que les légats et le plus grand nombre des évêques se rangeaient de ce parti , le juge ne pouvait, la cause étant pendante, les dépouiller i^e ce titre, surtout les légats s'étant fait autoriser par le Pape à effectuer la translation; que sa Sainteté se réservait de juger si on avait eu raison de procéder ainsi ; qu'en attendant elle laissait l'assemblée en possession de cette dénomination.
6. Que quant à ce qu'avait dit l'ambassadeur, que la translation avait été faite par les prélats voués (1) au Pontife, il réfléchit bien que louer ceux de Trente de n'être pas voués au Pape, c'était le- louer d'une disposition qui est ordinaireînent l'origine de tout schisme ; que si par ce mot voues, il entendait partisans qui voudraient à tort ou à raison soutenir le parti du Pape , il ne connaissait point de prélats qui lui fussent voués ainsi, parce qu'il n'avait pas d'autre parti que celui d'un père vis-à-vis de ses enfants, et que jusque là il ne s'était élevé dans le concile aucune contestation qui eût eu le Pontife pour objet; qu'il ne voulait donc, de la part des évêques, de dévouement à sa personne qu'autant qu'il ne préjudicierait point à leur conscience et à leur liberté, dont il avait recommandé pardessus tout le maintien aux présidents; que Mendoza n'était pas fondé dans l'objection qu'il présentait comme inexpugnable et qui consistait à dire : que le Pape ne pouvait se laver du reproche d'indifférence pour le salut de l'Allemagne, s'il refusait de replacer le concile à Trente comme l'en priaient l'empereur, le roi des Bomains et les protestants qui s'engageaient à en reconnaître les décisions; que le Pontife ne s'était jamais refusé absolument à ce projet, supposé que l'exécution en fût avantageuse à ces provinces et ne devînt pas préjudiciable aux autres ; que l'expérience des années précédentes lui avait fait craindre qu'il n'en fût pas ainsi ; qu'il le craignait depuis surtout qu'i lavai tdeuxfoisen lamé leconcile dans cette contrée, cl qu'il y avait en-
(i) Lalin, addicli; italien, adeienti.
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voyé des légats dans l'intérêt et siir les ins- tique usage de l'Eglise et les constitutions
tances de l'Allemagne, sans que dans la suite de l'empire lui-même, pour voir si c'est par
il y parût aucun prélat allemand; qu'il n'y conformité ou par opposition à cet usage et
était venu que les procureurs d'un petit ces constitutions qu'on demande que, dans le
nombre ; que Mendoza lui-même pouvait en concile, on ne remette pas en discussion les
rendre témoignage, car il y était venu les dogmes déjà établis, qu'on n'admette point de
deux fois comme ambassadeur de l'empereur; simples particuliers au droit de suffrage,
que la première fois lui et ses collègues qu'on assure la liberté de lieu et des per-
s*'étaient refusés à imiter la patience des sonnes.
présidents, qui avaient inutilement fait au- 9. Que Mendoza avait ajouté que tous les
près d'eux les plus vives instances pour les maux à venir devraient s'imputer à la négli-
engager à rester à Trente, où leur présence gence du Pape, et que l'empereur avait résolu
attirerait les autres; que la seconde fois en- de suppléer à cette négligence en protégeant
core Mendoza savait tout ce qu'il avait fallu l'Eglise selon le devoir de sa charge; que le
attendre de temps avant de rien commencer; Pontife répondait à cela qu'autant qu'avec
qu'enûn on avait mis la main à l'œuvre avec le secours de la grâce, il pourrait triompher
les évêques d'autres nations plus éloignées de l'infirmité de la nature, il se garderait bien
que les Allemands, sans lesquels on avait de la négligence dans un devoir de si haute
été obligé de procéder. importance ; que s'il en arrivait autrement,
7. Qu'on alléguait maintenant que les vie- puisque le juste tombe sept fois par jour, il toires de l'empereur et la soumission des aurait moins à s'affliger de sa négligente si protestants avaient modifié l'état des circon- elle devenait un aiguillon qui excitât le zèle stances ; qu'avant tout on pouvait répondre à de l'empereur à venir au secours de l'Eglise; cela qut' , si les protestants se soumettaient pourvu cependant qu'il procédât dans cette sincèrement à l'Eglise, ils ne devaient pas se circonstance, comme l'avait énoncé 1 ambasrestreindre au concile qui se tiendrait dans sadeur, c'est-à-dire, conformément aux lois un certain lieu; qu'une imperfection de la loi ecclésiastiques et aux ordonnances d* s Pères; ancienne, lorsque l'Esprit saint n'avait pas que s'il agissait ainsi, il ne serait plus besoin encore été donné, avait été de ne pouvoir à l'avenir de semblables protestations, parce sacrifier que dans la seule ville de Jérusalem ; que le Pape espérait bien ne pousser jamais mais que,dans la loi de gr.<ce, l'assistance de la négligence jusqu'au point de ne pas pourl'Esprit saint promise à l'Eglise n'étp.it pas voir paisiblement aux nécessités des fidèles, limitée à une seule ville ; que bien que le mal aidé surtout, comme il le serait, du concours fût en Allemagne, on pouvait en tout lieu de l'empereur dans ce qui dépendrait de sa délibérer sur le remède; qu'autrement il f'u- charge, qui est autre que celle du Pontife, drait aussi célébrer un concile chez les Danois, mais qui a la même fin.
chez les Goths, ( hez les Bohémiens , chez les 10. Qu'il restait un point unique, c"est-à- Ajiglais, qui tous n'étaient pas moins malades dire la protestation faite devant le Pape contre que les Allemands; que la coutume de l'Eglise les légats et les évêques qui, sous le nom de était d'assigner pour résidence à ces assem- concile, étaient à Bologne; que si l'ambassablées un lieu commode, non pas à ceux qui deur s'était renfermé dans ces limites, il doivent prendre, mais à ceux qui doivent n'aurait pas outrepassé celles de sa commisadministrer le remède, ainsi qu'il se prati- sion, ni donné matière à tant de discours et à quait pour les anciens conciles ; que cette tant de scandales; que, de l'avis unanime des détermination de lieu, faite et décrétée par cardinaux, le Pontife n'admettait cette proies Allemands, privait les autres de la liberté testation qu'avec la clause accoutumée : Si le à laquelle ils avaient droit, et leur attribuait à droit permettait de Vadmettre et autant qu'il eux-mêmes le pouvoir de choisir la résidence le permettrait, et non autrement, n entendant, du concile, pouvoir qui ne leur appartenait préjudicier par là ni aux légats eux-mêmes, pas. ni aux évoques assemblés à Bologne, nia aucun
8. Qu'on parlait toutefois ainsi non pour autre; que de plus, comme dans la protestarefuser à l'Allemagne cette satisfaction tant tion on alléguait, à l'appui de la nullité et de souhaitée; mais seulement pour prouver l'injustice de la translation, beaucoup de que si on le faisait, il n'y aurait pas cas de raisons qui demandaient à être examinées, et dénidejuslicetelqu'ilfallut, pour y remédier, que d'ailleurs le Pontife voulait travailler en veniràrextrémitédeprotestercontrelePon- de tout son pouvoir à unir l'Eglise et ses tife; qu'au reste il ne refusait pas de se rendre membres au chef commun qui est Jésusau désir des Allemands pour leur complaire. Christ , il évoquait toute cette cause à lui Mais qu'on ne pouvait, sans une calomnie pour en prendre une connaissance parfaite, manifeste, traiter la réponse qu'il avait faite, sans formalités judiciaires , en consistoire et sur cette affaire, aux demandes de l'empereur, sur le rapport d'une commission de quatre de réponse illégitime, trompeuse, hors du but cardinaux pris parmi les diverses nations, et pleine de mensonges, comme avait fait l'évêque de Paris, du Bellai (et non ie carl'ambassadeur; qu'on répondrait aux accu- dinal parisien, comme le ditSarpi), celui de salions, si on en spécifiait les chefs, et si on Burgos,CrescenzioetPolus; qu'en attendant, il fournissait des preuves à l'appui ; mais que, défendait, sous les peines les plus graves, aux. comme elles s'en tenaient à des termes gé- légats et à tout autre personnage, de quelque néraux, on ne pouvait y répondre qu'une rang qu'il fût, d'oser, pendant que l'affaire chose, c'est qu'on n'a qu'à se rappeler l'an- était pendante à son tribunal, faire ou entre-
prendre rien qui pût porter atteinte à l'exercice de sa juridiction ; qu'il commandait, sous les mêmes peines , aux. légats et à l'une et à l'autre assemblée d'évêquos de lui envoyer au plus tôt quelques-uns des prélats euxmêmes, ceux qui étaient le plus doués de vertus et de science, pour lui exposer avec impartialité leur sentiment; qu'il avertissait également tous ceux qui avaient intérêt à cette affaire, d'avoir à paraître devant sa Sainteté par eux-mêmes ou par procureurs, dans le délai d'un mois, à partir de la notification de ce décret , pour y produire toutes leurs raisons. Et, qu'afin que, pendant ce temps, l'Allemagne ne souffrît aucun préjudice, il offrait d'y envoyer des nonces ou des légats chargés d'apporter provisoirement quelques remèdes à ses maux aussitôt qu'il saurait que cette mesure est convenable à l'état des circonstances, et qu'elle a l'agré-
ment usage de toutes ses armes, sans toutefois sortir des bornes d'une défense modérée, aussi juste que plausible, et parce qu'il avait su tirer de l'acte même d'une si formidable accusation méditée avec tant de soin un motif puissant de se conduire, comme supérieur qu'il était, en qualité de juge, sans se rabaisser à la vile et dure condition d'accusé.