‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 116 sur 348 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Choira Bologne des évêques qu'on doit envoyer au Pape, et réponse des Espagnols qui étaient restés à Trente.

1. Sur ces entrefaites, le bref du Pape étant parvenu à Bologne (3) , les légats réunirent les Pères et firent donner lecture de la réponse donnée à Mendoza et du contenu du bref. Tous convinrent de voter des remercîments à sa Sainteté; mais, quant a I exécution, l'évêque de Fiésole pensa qu'on ne devait pas défendre ce qu'on avait fait, mais qu'il fallait plutôt consentir à aller à Trente. L'évêque de Porto blâma celte manière de procéder. Il dit que c'était apporter des délais; que le Pape devait plutôt appeler a Rome quelques prélats, pour établir de concert avec eux la réforme ; que par là il montrerait qu'il ne la fuyait pas ; qu'au contraire, il faisait de son côté tout ce qu'il pouvait pour la procurer. Il exprima cet avis en termes piquants: il ne s'apercevait pas qu'en vain le médecin fait des prescriptions, si le malade refuse de recevoir ses soins. Les évêques d'AvranchesetdeNoyon s'opposèrent à ce mode de procéder (4) dans la crainte que le concile ne se portât préjudice à lui-même, en reconnaissant quelques juges au-dessus de lui-même. Armacan exposa le même sentiment en termes modérés. Les présidents ne lui dirent rien; caraulant leurs mains étaient plus puissantes à Bologne qu'à Trente, autant elles étaient plus enchaînées; chacun s'imaginant que dans les discussions, celui-là fait injure qui

il) [.0 Joiirnai du 22 et du 23 février 1548.

{•2) LcltiT du cardinal Sfondral à Fainc'se.du 18 fcviicr, comme on le voii dans le Journal du 1" mars 15'.8, et iellre de Maffée aux iégals, du 24 février

(5) Lo 25 février comme il est marqué dans le Journal du 26 février.

(4) Le Journal du 26 du même mois.

il sembla que le silence serait ou une approbation ou une faiblesse. Aussi les avertirentils inuîiéiliateinent et en public , ensuite par i'orerune du secrétaire et en particulier, qu'ils avaient encouru les censures portées par le

par devoir de conscience, lis déclaraient qu'ils avaient trouvé le bref de sa Sainteté ne respirant que zèle , douceur et esprit apostoli(juc , qu'ils avaient tous cherché a se montrer en tout ses plus humbles et ses plus

Pape contre les désobéi.^sants. L'évcque de dévoués serviteurs, que c'était mus par cesen- Portugal fut lui-même repris des paroles peu liment , qu'ils élaii^^nt restés à Trente, lorsrcspcctueuscs qui lui étaient échappées con- que leurs collègues décrétèrent !a translation tre le Pontife. En conséquence ces trois pré- sans eu avoir instruit sa Sainteté; qu'ils aulats s'abstinrent de se trouver à la congréga- raicntdésiréqu'onn'eûtpasnégligénonplusle tion suivante. Les deux premiers déclarèrent très-religieux empircur ; qu'ils étaient restés au secrétaire qu'ils avaient simplement en- à Trente, parce que les autres avaient déclaré tendu conserver intacts les droits du concile, que leur volonté était d'y revenir aussitôt quels qu'ils fussent, et non s'opposer aux que la crainte de la contagion aurait cessé; ordres du Pape auxquels ils étaient d'avis et surtout, quand les Allemands se seraient qu'on obéît. Ces excuses furent admises, soumis au concile; que la première de ces conmie il arrive quand il y a préjudice pour conditions avait été remplie presque aussitôt, le juge à rencontrer des coupables, et que le et la seconde peu de temps après, grâce à chiâliment d'autrui, loin de lui servir, lui la valeur héroïque de sa majesté dans les nuirait. combats, et à son admirable piété à rappor- 2. Le choix de cette députation fut remis ter à la gloire de Dieu le fruit de son heupar la majorité aux soins des présidents ; ils rcusc victoire. A l'objection qu'on leur fainommèrcnt (1) en premier lieu Filleul, ar- sait, qu'ils auraient dû ou aller avec les autres chevéque d'Aix. 11 s'excusa sur le poids des à Bologne, ou adresser au Pape lei réclamaannées et des infirmités ; prétexte ordinaire lions qu'ils faisaient contre la translation, à qui veut opposer un honnête refus au vœu ils répondaient qu'ils s'étaient abstenus d'aide ses supérieurs. 11 ne voulait pas proba- lei' à Bologne pour les mêmes raisons qui blement, sans la participation de son roi, avaient motivé leur opposition au décret, entreprendre une guerre ouverte contre les quand on le porta à Trente , et que, ce qui

frança - . .

vers prétextes, tous les autres prélats de leur qu'ils pensaient que sa Sainteté en serait nation. Us disaient qu'il ne convenait pas de informée par ses légats ; qu'en conséquence choisir pour défendre la translation ceux qui ce n'était point par défaut, mais par excès de n'y avaient point assisté, tels qu'étaient ceux respect qu'ils s'étaient abstenus de paraître qui ctaientarrivés depuis, ou ceux qui avaient devant elle cl de l'importuner de leurs supété douteux dans leurs sentiments, tel qu'é- pliques ; que s'ils avaient pensé que le contait l'évêque de Mirepoix. De cette manière, traire dût lui c(re agréable, quelle difficulté y ôlé Filleul, il ne restait aucun Français à aurait-il eu pour eux à satisfaire sa Sainteté? élire. Les autres donc qui furent proposés qu'ils se reconnaissaient bien d'autres deparles présidents et agréés par l'assemblée, >oirs envers le Siège apostolique , eux, ses furent Jean Michel Saraceni , archevêque enfants aînés, qui n'avaient jamais abandonde Maléra, Thomas Campège , évêque de né leur père, et qui, étrangers à toute jalou- Feilre, Louis Lippomani de Modon, et en s'Pf "O" seulement désiraient le retour de même temps coadjuleur de Vérone, Philippe leursjeunes frères qui avaient quitté la bonne Archinlo, Jean-Baptiste Cicala et Sébaslien roule, c'est-à-dire, des Allemands, mais Pighini,évéi|ues(]eSijliices,d'Albenga etd'A- encorealiaientau-devantd'cuxpourlesengaliffe.OnleuradjojgnilHuguosBuoncompagno, g^»* à y rentrer. Ils se félicitaient avec leur abbrévialenr, el ILrcule Severolo, promo- P^re commun de la nouvelle de cet heureux leur dij (oiicile. Tous se rendirent prompte- événement après lequel ils soupiraient; que ment à Rome. si l'empereur les avait prévenus, ils sup- 3. La réponse des évêques qui étaient res- Priaient sa Sainteté de croire qu'il en avait tés à Trente, ne tarda pas non plus à y arri- "^^ ainsi, non à leur demande , mais de son ver (2j. Ces prélats, décidés à ne pas quitter Propre mouvement; qu'il avait jugé que l'i-

Trenle, cherchèrent les termes les plus modérés et les plus religieux, pour exprimer au Pape les sentiments dans lesquels ils étaient Aussi leur lettre n'était qu'un tissu de formes respectueuses, de pieuses pensées, de

nitialive convenait à sa charge de protecleur de l'Eglise, et que ce qui la lui avait fait prendre, c'était le désir de réunir la trèsnoble nation allemande au reste du corps catholique, et de la rétablir dans la soumis-

sentihients pleins de charité. Mais elle finis- ^^^" ^ ^^^ ^^^f 5 qu'ils étaient bien affligés sait par les plus piquants de lous les traits, ^"'^ }^'^^ séjour à Trente fût devenu pour

plusieurs un objet de scandale, comme sa (1)26,28.29 février, comme on le voit dans le Sainteté le témoignait; mais qu'il suffisait, ill^'ll ' . a, . P®"*" '^"'' défense, que ce fût un scandale

C2J Dom.ee lc23 mars 1548. pris, cl non donné, puisque plusieurs s'é-

talent également scandalisés du départ de leurs collègues, et que les éloges qui leur étaient donnés par sa Sainteté, ils les devaient à sa bonté, et non à leur propre mérite ; qu'ils les recevaient comme autant d'encouragements propres à les leur faire mériter véritablement ; qu'il ne fallait pas toutefois étendre ce qu'ils disaient là, jusqu'à leur nation, qui, en effet, s'était toujours fait remarquer par sa fidélité et pur son attachement au vicaire de Jésus-Christ ; qu'ils pensaient n'avoir point dévié de ces vertus et s'être tenus éloignés, non seulement du mal, mais même de l'apparence du mal; qu'ils espéraient de la bonté du Pontife qu'ils n'auraient pas à se repentir d'avoir eu trop de piété , et qu'on ne traduirait point en faute ce qui était un véritable mérite. Je ne puis m'empccher de rire quand je vois Sarpi, ce censeur qui reprend Musso sur la rhétorique, et le concile sur la grammaire, rendre la proposition latine : ne nobis fraudi sit, par : ne nous soit point attribué à fraude.

4. Ils continuaient par prier sa Sainteté, puisque le but du concile était la paix, de ne pas les contraindre à prendre part à des débats. Ils disaient que cette cause était ou la leur, ou celle de Dieu ; que si elle était la leur, ils se souci;iientpeu de souffrir, aimant mieux recevoir que faire des injures; que si elle était celle de Dieu , comme elle l'était en effet, quel meilleur défenseur pouvait-elle avoir, que son vicaire? que sa Sainteté cou-

f>ât court à tout ce jugement; qu'il replaçât e concile à Trente, mesure proclamée par toutes les bouches comme le remède unique de la chrétienté; que sa Sainteté avait jusque là mérité par son administration les plr;s grands éloges, et gouverné d'une manière digne du rôle sublime qu'elle avait à soutenir; qu'ils ne pouvaient se persuader qu'ellt dût se démentir au dernier acte qui devait être suivi d'applaudissements non temporaires, mais éternels ; que son excessive bonté ne trouvât pas mauvais qu'ils lui eussent présenté ce peu d'observations ; car ils osaient dire que si beaucoup d'autres pouvaient lui parler avec plus d'habileté, personne ne lui parlerait avec plus d'affection et plus de respect ; que cependant sa bonté, tout excessive qu'ils la savaient, ne les enhardissait pas au point de vouloir s'immiscer à traiter d.^ ce qui convenait ou ne convenait pas à un si grand Pontife; qu'ils ne faisaient que lui exposer ce qu'ils espéraient de lui.

Dans cette lettre, autant charmaient ces dehors au moins spécieux de respect, qui soustrayait ces prélats à l'accusation de mépris manifeste; autant on découvrait de choses qui démenl.iient les paroles. En effet, comme répliquèrent les députés envoyés de Bologne à Rome, autre chose était de s'être opposé à la translation, quand elle était en délibération, autre chose, dedésobéir ensuite au décret de la majorité, déclaré légitime par les présidents; que s'ils pensaientavoir quelques justes réclamations à faire contre cedécret,ilsdevaient, ou obéir jusqu'à ce qu'il fût jugé nul, ou du moins

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interjeter appeletle poursuivre devant leiuee compétent (1) ; qu'il n'y avait pas d'autFe promesse de retour que celle qui était contenue dans le décret, rédigé au moment du départ, et qu'on y avait mis plusieurs conditions,pnncipalement, celle d'une nouvelle délibération des Pères; qu'il était visible qu'il y avait fausseté dans cette excuse ; car ils ne l'avaient pas présentée, quand les prélats de Bologne les avaient invités par lettres à venir dans cette ville, et à y continuer le concile ; que même ils ne les avaient pas jugés dignes d'une réponse; que compter sur ses moyens de défense et obéir d'ailleurs à la sentence du juge, ce peut être un acte de modestie et de tolérance ; mais que désobéir au décret du magistrat légitime, et en même temps refuser de comparaître devant le magistrat supérieur pour se défendre, c'est, ou défiance de ses raisons, ou mépris du tribunal.

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