‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 118 sur 348 · Toutefois ces instructions du nonce · texte numérisé non relu

Toutefois ces instructions du nonce

CoNC. DE Trente. IL

n'eurent pas de suite (1) à cause du changement qu'il trouva , le jour de sa première audience. Ce changement fut la promulgation que fit l'empereur (2) dans la dièle d'Augsbourg, d'un écrit qui remplit toutes les bou( hcs et occupa tous les esprits ; il était intitulé : Intérim, c'est-à-dire : en attendant, parce qu'on y prescrivait ce qu'on devait croire jusqu'aux décisions du futur concile. 11 contenait en 26 chapitres les principales matières des controverses modernes. L'auteur en est inconnu; mais il avait été présenté à l'empereur (3) par quelques princes qui, éblouis par un amour passionné de la paix , ou peu exercés dans les questions religieuses, espéraient, aussi bien que lui, que les hérétiques et les catholiques pourraient adopter une même doctrine. 11 le fit examiner par trois hommes en réputation de science dans les saintes Ecritures : ce furent Jules Flug, qu'il venait de rétablir dans eon évêchédcMaumbourg, que les Lulbériens lui avaient usurpé; Miche! Sidonius , suffragant de Mayence, tous deux bons cathulit|ues; et Jean Agricola Islebio, hérétique, prédicateur de l'Electeur de Brandebourg , mais grand amateur de la paix, comme son maître. Dans quelques articles, surtout dans ceux des sacrements , l'écrit combattait les erreurs luthériennes ; mais dans les autres , c'était un tissu de formes ambiguës que chaque parti pouvait expliquer à son avantage. Ces trois hommes de choix déclarèrent donc après un long examen , que rien de ce que contenait l'intérim, si on l'interprétait sainement, ne répugnait à la doctrine catholique , excepté le mariage des prêtres et l'usage du calice dans la communion laïque , qu'on y permettait [k). Cependant on n'y approuvait pas ces deux articles comme permis , on se contentait de dire que séparer les prêtres des femmes qu'ils avaient épousées , étant chose très-difficile , et que, l'expérience prouvant que plusieurs peuples pouvaient se résoudre à se priver de la communion sous les deux espèces, il fallait tolérer l'une et l'autre innovation jusqu'à ce que le concile prit à cet égard la décision qu'il croirait le plus importer à l'Eglise.

2. Ce rapport des trois examinateurs augmenta dans l'empereur, l'espoir du succès. Aussi cet écrit fut-il publié dans la diète par autorité impériale. On n'en commandait cependant pas l'observation ; mais on demandait là-dessus aux princes assemblés , leur sentiment. L'empereur en avait aussi informé le cardinal Sfondrat (5), afin de s'appuyer sur l'autorité pontificale. Paul n'avait pas manqué de soumettre l'écrit à l'examen de plu-

(i)Cela csl rapporté dans le Journal du 21 mai

(2) Le 15 mai 1548.

(3) Voyez Bzovius, à Tannée 1548, nombres 5 et suivant.

(4)Cliapilre 26, nombres 17 et 19.

(5) Lcilre du cardinal Sfondrat à Farnèse, le H avril 1548.

(Seize.)

HiSromE DU CONCILE DE TUKNTE.

in

sieurs théologiens tant à Rome (1) qu'à Bologne. Dans cette dernière ville, les légats se servirent également de Catharin et de Serip.inûi ; ils divisèrent l'écrit en deux parties dans le jugement qu'ils en portèrent : la première regardait les articles déjà définis à Trente; et on dit à ce sujet qu'on ne devait pas en parler en d'autres termes que ceux qui avaient été employés dans le concile même. La seconde portait sur des matières qui n'avaient pas encore été décidées. Par rapport à ces dernières, on fit différentes annotations dans lesquelles on corrigeait la rédaction de l'écrit Toù on croyait qu'elle en avait besoin. Afin de délibérer sur cet écrit et sur toute cette affaire si embrouillée, le Pape appela de nouveau le cardinal Cervini à Rome (2), lui ordonnant de prendre en toute hâte des chevaux de poste.

3. Et en effet, le Pontife était battu par des ■vents si opposés entre eux, qu'on s'étonnait qu'un si vieux vaisseau tînt aussi longtemps sans sombrer. Du côté de l'empereur, se multipliaient chaque jour les sujets de défiance et de plainte ; car l'autorité de Charles était intervenue pour ratifier (3) solennellement à Plaisance les articles déjà arrêtés avec Gon-

cessilé imposée par la force des circonstances, faisantpar-la allusion à la jalousie qu'on avair contre les Français, à l'occasion du duché de Milan. Mais* outre cela, Camille Orsini, que le Pape aVc-il commis à la garde de Parme (4-) , écrivit qui! avait dccouverl un complot tr;imé par les Impériaux, dans le dessein de s'emparer aus^^i de cette ville. Et le même (ionzague, gouverneur de Milan, dépouilla (5) le cardinal del Monte de certaines terres qu'il tenait comme evéque de Pa- "vie. Pour pallier cette entreprise, on prétendit que le sénat Milanais voulait connaître de la justice d'une sentence de déposition prononcée, à Rome, pour les fautes les plus graves, contre Jérôme de Rassi, alors évêque de celte église, et qui était encore vivant : celte sentence l'avait dépossédé de son bénéfice. On prétexta que cet évêché possédant ces fiefs par une investiture ducale , la connaissance de tout ce qui avait rapport aux revenus temporels appartenait au seigneur de droit, au suzerain, c'est-à-dire, à Charles. Mais en réalité, cette querelle ne fut suscitée tant d'années après au cardinal del Monte , que pour le punir de l'opposition qu'il faisait durant sa légation aux volontés de l'empereur. On voulait donc rendre ses revenus à Rossi, dont la famille puissante à Parme était du

(1) 11 fui envoyé à Rome le 12 mai , comme on le voil dans le Journal.

(2\ L'ordre arriva à Bologne le 16 mai, et le cardinnl partit le 17, comme on le voit dans le Journal.

(3) Lettre du cardinal Sfondrat à Farnè.se du 11 avril 1548.

U) Le Journal du 9 mai 1548.

(5) Le Journal du 8 juin 1548, et beaucoup de lettres du cardinal del Moule à Cervini sur celle Uiatière, et spécialement celle du 14 iuin 154$<

parti impérial. Et en effet, dans la suite, tous les revenus de cet évêché furent séquestrés par le sénat, et enlevés au cardinal pour les donner à Rossi, comme si les crimes dont il était coupable n'avaient pas été légitimement prouvés, et comme si par conséquent la privation des biens temporels avait manqué de fondement. A ce sujet, on ne pourra s'empêcher de rire des prévoyances, et de s'étonner des variations humaines, en voyant que le même cardinal, si éloigné des bonnes grâces du plus grand monarque du monde chrétien, qui avait sous son autorité et dans sa dépendance de tant de cardinaux, monta peu après sur le trône pontifical, et qu'une fois qu'il y fut monté, il changea tellement de manière de voir, qu'il rétablit légitimement dans son évêché Rossi, son spoliateur, qu'il satisfit l'empereur en accordant le retour du concile à Trente, et qu'il se ligua avec lui pour les affaires de Plaisance et de Parme contre les Français.

4. Revenons aux actes de Paul. Il se disposait néanmoins à donner satisfaclion à l'empereur, relativement à la demande qu'il avait faite de chargés de pouvoirs pour l'Allemagne, quand il lui survint une lettre du nonce qui annonçait une nouvelle et forte déclaration du roi' de France (1), où il était dit que ces mesures tendant à l'oppression de la chrétienté, si le Pape y prêtait les mains, il rappellerait sur-le-champ les ambassadeurs et les évêques qu'il avait à Bologne; que, dans le cas contraire, il protégerait le concile et le Siège apostolique, à l'exemple de ses prédécesseurs. Le Pontife, tout jaloux qu'il était d'apaiser le roi, ne pouvait apporter à l'empereur celte raison de ses délais sans l'aigrir davantage ; car nous regardons comme une grande injure d'être refusé dans nos demandes, lorsqu'on ne nous refuse que pour complaire à notre ennemi. Ainsi, que le Pape trou vaut le nœud si serré de tous les côtés, pensa à s'en remettre, au moins po-ur le dé'ier, à celui-là seul qui vient àbout desplus grandes intrigues, c'est-à-dire, le temps. Il ne put se persuader que l'empereur dût en venir à la publication de l'écrit mentionné ci-dessus (2j, ni si tôl, nj sans l'autorisation ou de lui-même ou de ses ministres qu'il demandait ; car la diète n'était pas encore sur le point d'être terminée et de se séparer comme d'usage. Le légat avait écrit qu'où pouvait l'espérer ainsi (3) , et les princes catholiques' surtout, quand on leur proposa cet écrit, avaient répondu dans des termes qui semblaient accuser l'empereur de vouloir altérer l'ancienne religion. Celui-ci s'en était offensé, et avait soupçonné que ces princes, spécialement le duc' Guillaume de Bavière, chercheraient des obstacles à la paix, afin d'avoir moins à craindre de ses forces qui seraient dispersées, et de continuer à

(1) Le Joiu-nal du 16 mai 1548.

(2) Lettre du cardinal Farnèse à Poggio, nonce en Espiigiie, du 13 juin 1548.

(3) Lettre du cardinal Sfondrat à Farnèse, du 11 avril 1548.

jouir du surcroît d'autorité qu'ils avaient, comme chefs de partis. C'est pourquoi il leur avait fait dire depuis que sa majesté, par la proposition en question, n'entendait pas arracher les catholiques à leurs rites , mais faireentendre à quelles conditions se soumettaient les électeurs séculiers et quelques autres princes protestants.

5. Toutefois le légat fit observer à l'empereur que, quoique cette approbation ne fît pas autorité, de telles approbations n'étant pas du ressort de sa majesté, mais ne fût qu'une permission toute temporelle, on devait néanmoins remarquer que plusieurs passages dans cet écrit étaient mal sonnants ; que souvent on s'y servait de locutions peu sincères et équivoques ; qu'on paraissait s'y être plus occupé d'une conformité apparente de mots, que d'une conformité véritable de croyance et de fond; qu'on y permettait aux prêtres de rester dans l'étal du mariage ; qu'à la vérité, cet état ne leur était pas interdit par une loi divine, mais par une loi ecclésiastique ; que nonobstant cela, l*autorilé laïque ne pouvait pas en dispenser , cette loi du moins quant aux mariages qu'on contractait après le sacerdoce, étant immémoriale dans l'Eglise non seulement latine, mais même grecque, et par conséquent de tradition apostolique qui n'avait pas été interrompue ; qu'on accordait dans la communion laïque l'usage du calice contre les règlements de plusieurs conciles œcuméniques ; que, quoi qu'il en fût, Sfondrat n'avait pas la présomption de donner son jugement sur des matières si graves et si abstraites ; mais que c'était au Pape de le faire, ainsi qu'aux hommes qu'il avait délégués spécialement pour cela.

6. L'empereur voyant la lenteur et la circonspection dii Pape à approuver l'écrit, ne put contenir le désir qu'il avait de la paix. Cette paix, Bucer lui-même (1) qui se trouvait là auprès de l'électeur de Brandebourg, où il était venu à la faveur d'un sauf-conduit, en donnait les assurances les plus positives et à l'empereur et au légat. Il se persuada donc qu'il déchargerait sa conscience et contenterait les catholiques (2), s'il modifiait quelques passages qui blessaient le plus, et faisait précéder tout l'écrit d'un préambule dans ce sens. Il émettait de nouveau son désir déjà exprimé d'apaiser les querelles de religion si funestes à l'Allemagne, et il disait qu'on ne pouvait espérer cet heureux résultat que d'un concile œcuménique; que sa majesté avait enfin obtenu, il y avait peu d'années, qu'il se réunît à Trente, et que depuis, tous ceux de la nouvelle religion s'en était remis à ses décisions ; il ajoutait qu'il fallait, en attendant, trouver quelque remède contre des controverses si dangereuses ; qu'à cette intention, des hommes marquants etzélés lui avaient présenté la formule ou doctrine mentionnée plus bas, à laquelle chaque parti pourrait fort bien souscrire jusqu'aux déci-

(1) Lettre du cardinal Sfondrat à Earnèsc, le 11 avril lo48.

(■i)Lelliedu cardinal Sfondrat à Fanèse, le 26 mui 1548, et le Juurual du 22 juin.

sions du concile ; qu'il l'avait fait examiner par des personnes versées dans les divines Ecritures ; qu'elles avaient déclaré que cette pièce, sainement entendue, ne répugnait pas à la foi catholique, si on exceptait le mariage des prêtres et la communion des laïques sous les deux espèces sacramentelles, et que, pour tout le reste, elle pouvait servir à la concorde, comme sa majesté le pensait également, vu l'état des circonstances ; que persévérant donc dans la volonté où il était, dans la résolution que tous s'en rapportassent au concile quand on le continuerait et qu'on le terminerait; il exhortait en attendant les catholiques à rester dans leurs usages, et ceux qui avaicntinnové, à embrasser la religion universelle ou à observer la teneur de cette formule. Et parce que dans un chapitre on parlait (1) de faire disparaître les cérémonies qui prêteraient à la superstition, l'empereur se réservait le droit d'éclaircir ce doute aussi bien que tous les autres qui pourraient survenir. On peut dire de ce décret de l'empereur qu'il ne fut pas réprouvé, plutôt qu'on ne peut dire qu'il fut approuvé dans la diète, et cela se passa silencieusement et sans qu'il y eût un mot de proféré. Les hérétiques s'en plaignaient plus que les catholiques, tant parce que ce n'était pas une loi qui fût égale pour tous, que parce qu'elle les forçait à abandonner leur doctrine sur tantde points. Ils réfutèrent donc cet (2) écrit (3) non moins que les catholiques, en publiant contre lui d'amères diatribes. Le nonce Santa-CrUiZ , qui était arrivé quelques jours au-

{^aravant, n'eut audience quune heure après a promulgation (4) ; c'est pourquoi il exposa très-froidement l'objet de son ambassade, en disant que ses instructions portaient principalement sur l'écrit en question, de manière que, supposée la publication de cette pièce, elles étaient tout-à-fait sans but. L'empereur s'excusa, en répondant qu'il n'avait pu prolonger la diète davantage. Le nonce, voulant entamer l'affaire de Plateance conformément à ce que l'empereur avait arrêté avec Ar-

(\) Dans Inchap. 26, nombre 6.

(2J L(iS auteurs qui altaquèient 17 n/erim, tant catlioliifues qu'hérétiques, sont rais en couipte parSpondé à Tannée io48, nombre 7.

(3) f Personne cependant parmi les catholiques n'a plus amèrement censuré cet écrit que Nafalis Alexaiider, qui n'Iiésiia pas à déclarer qu'il n'était pas nïoins digne d'exécration que VUénoluiue de Zenon, YEclhèse d'HéracIius et le Type de Constant. Je n'opposerai pas à ce jugement si dur celui des Uiénlogiens de Rome et du concile de Bologne, qui examinèrent par ordre du Pape le décret impérial, et qui n'y trouvèrent rien d'héretiqne dans la doctrine. Je dirai seulement que le jugement do Nalalis attaque singulièrement la conduite de Paul 111 : car si l'écrit de l'empereur a été aussi criminel que l'ilénotlque de Zenon et les deux autres pièces, il n'aurait pas pu se contenter de s'en plaindre comme il fit. .Mais là-dessus on peut voir le P. Joseph Pichler dans son Augusta quinqne Caroloruin Hisloria, imprimée à Vienne en Aulriciie en 1738, livre v, page 408, nombre 309; et le père Biner dans son Apparatus erudilionis ad jurisprudentiam prceserlim ecclesiasticam, p. HI, cap. 4, § 7.

(4) Lettre du nonce au cardinal del Monte , le 16 mai 1548, et le Jouriiul du 21 mai.

f)U en faire aussitôt tant de plaintes ? Et si 'empereur avait à la main cet assentiment du légat, pourquoi refuser au nouveau nonce une audience jusqu'à la promulgation ? Qui ne voit qu'il agit ainsi parce que, connaissant la volonté opposée du Pontife, et prévoyant que le nonce lui apportait la promesse de la prompte arrivée des députés réclamés par lui , et lui demanderait raisonnablement, en attendant quelque délai , il voulut se soustraire à l'embarras decesimportunités ? Outre cela , pourquoi, dans la suite, l'empereur n'allégua-t-il pas d'autres excuses auprès du Pontife , et que n'opposa-t-il ce consentement que le légal lui avait notiOé?

3. Il n'y a pas plus de vérité dans le troisième article , où l'on déclare que ce fut par artiflce du Pape qu'on considéra cet écrit comme permission et non comme approbation . Si cela était, l'artifice mériterait de grands éloges, et je ne les refuserais pas à Paul 111, mais j'ai déjà rapporté que Sfondrat écrivit (1), dès le commencement, que l'empereur avait opposé celte distinction aux objections des princes catholiques. Enfin, quant à ce que dit Sarpi , que le Pape contredit faiblement la promulgation de Vlnlérim, que pouvait-il faire de plus que d'envoyer un nonce avec des ordres exprès pour la retarder ? que de promettre la prompte arrivée de prélats munis des pouvoirs convenables, conformément à la demande de l'empereur, et nonobstant l'opposition du roi de France, unique appui du Pontife dans ces violents assauts de la puissance impériale ? que de profiter de ce temps

dinghel, le prince l'interrompit en disant qu'il fallait arranger les affaires publiques avant de songer aux affaires particulières , telles qij'étai! celli! de Plaisance, qui regardait la famille dos Farnèse ; et comme le légat, peu salisfait de celte réponse, dit à Charles V quelque chose qui semblait Talleindre, celuici répliqua d'un ton qui tenait de la majesté et de i'iudignation, qu'il n'avait jamais agi qu'en prince bon et calholique.Et telle est la condition dure, mais ordinaire des ambassadeurs , quand c'est un devoir pour eux de réclamer contre des griefs auprès d'un prince plus puissant que celui qui les envoie, ils ne reçoivent de lui que des paroles offensantes.

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