‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 123 sur 348 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

peut-être à lui une téméraire présomption d'espérer qu'on jetterait les yeux sur lui, comme sur le plus ancien pour remplir cette noble fonction dans laquelle il aurait pu regagner, et pour le Pontife et pour lui-même , la bienveillance de Charles; car que, pour animer et soutenir le courage des ministres fidèles , les princes ne manquent jamais à prendre pour instrument de la réconciliation celui qui, par sa loyauté et par son zèle, est devenu l'instrument de la rupture. Mais au sujet de la translation, il donna plusieurs fois l'avis (1), si l'affaire traînait, de ne pas la laisser sans décision, ou du moins sans une déclaration secrète du Pape qui ne serait connue que des légats, afin que si le Siège venait à vaquer pendant ce temps-là, l'empereur n'eût aucun prétexte qui l'autorisât à dire que le concile existait encore à Trente, et que c'était à lui qu'appartenait l'élection. Ce conseil ne pouvait recevoir d'exécution sans un secret impénétrable; car il ne fallait pas exciter l'empereur à poursuivre l'appel que Mendoza avait interjeté en son nom (on savait que celui-ci avait reçu le pouvoir de ratifier cet appel, à condition (2) cependant de n'en user qu'en certain cas) et à s'engager dans un schisme. Mais nous parlerons plus tard de ce dernier avis.

6. Par rapport à l'autre conseil qu'il donna, et que nous avons rapporté, le Pontife consentit bien à satisfaire l'empereur par l'envoi qu'il désirait; mais ferme dans la résolution qu'il lui avait fait connaître par le nonce de Sainte-Croix , il choisit des prélals et non des cardinaux (3). Peut-être voulait-il éviter de faire une plaie profonde au copur de Madrucci en donnant à d'autres la préférence. Il députa donc Berlano, qui déjà était dans cette ville en qualiléde nonce ; Lippomani, coadjutour de Vérone, Pighini, qui avait été transféré depuis peu à léglise de ï'érenlino ; ces deux derniers étaient du nombre de ceux que le concile retenait à Rome pour défendre la translation.

7. Ici Sarpi se trompe grossièrement en disant que le Pape ne donna pas aux. nonces qu'il envoya les pouvoirs que réclamait l'empereur, c'est-à-dire , ceux de confirmer au moins en partie les règlements qu'il avait faits dans la diète; mais d'autres , plus lucratifs pour lui , c'est-à-dire , ceux d'accorder de très-amples indulgences, moyen qu'il jugeait le plus propre à maintenir son autorité dans ces provinces. Il ignorait que ces pouvoirs d'accorder de telles indulgences leur furent donnés sur les instances réitérées de l'empereur, qui avait demandé qu'on les étendit à treize chefs différents ; qu'il y avait eu à ce sujet diversité de sentiments parmi les conseillers du Pape ; car on avait considéré

(1) Leilres du cardinal de! Monte à Cervini. le 1" novemljie 1548, lo 2i avrd cl le 8 juin 1541».

(2j Cela se lit dans «ne lellrc du cardinal Farnèsc au nonce en France, cl qui se trouve dans un volume des Borghèse intitulé : Paul III, lettres du cardinal Farncse.

(5) Le 51 août, comme il est marqué dans les Actes consistoriaux.

que rien ne diminue plus le respect qu'on doit avoir pour les lois prohibitives et l'horreur qu'on a pour le crime, que la facilité du pardon qui change en quelque sorte le mal en bien; on avait considéré encore que tout ce qu'on accorderait par condescendance à ceux qui s'étaient égarés , afin de les remettre dans la bonne voie, serait réclamé à titre de justice par ceux qui n'avaient jamais dévié. Ainsi, quoiqu'il soit vrai qu'à la fin le plus grand nombre se prononça dans la congrégation romaine pour le parti de la douceur, dans l'espoir que ce serait le moyen d'engager à se convertir une si grande multitude d'hommes pervertis ; néanmoins, non seulement on ne répandit pas inconsidérément les largesses à pleines mains , pour attirer une foule avide, mais encore on refusa aux commissaires toute espèce de pouvoirs sur deuï des treize chefs qui avaient fait l'objet des instances de l'empereur. Ces chefs avaient pour butd'user de dispense ou à l'égard des religieux profès (relativement au mariage , indulgence (1) dont on dit qu'on ne trouvait pendant un très -grand nombre de siècles que quatre exemples ; encore , ajouta-t-on , trois d'entre ces religieux, après avoir eu des enfants, étaient retournés au cloître) , ou à l'égard des biens immeubles des Eglises dont les laïques s'étaient emparés. Le Pape offrait néanmoins d'user de clémence sur l'un et l'autre point lorsque, dans les cas particuliers , il découvrirait un prétexte plausible d'agir ainsi. Et non seulement les Impériaux ne formèrent aucune plainte contre de tels pouvoirs, comme raconte Sarpi, mais ils furent reçus à Bruxelles avec leur agrément, comme le déclara le cardinal Farnese à Jérôme de Correggio dans l'instruction qu'il lui donna peu après (2), lorsqu'il l'envoya à l'empereur pour traiter en son nom des affaires de Plaisance. On a une preuve authentique du même fait dans une lettre du nonce Pighini au cardinal Cervini (3). On y dit que l'empereur et ses ministres furent salisfaits des pouvoirs en question ; qu'ils émirent seulement le désir de voir les nonces déléguer quelqu'un pour les mettre à exécution , afin qu'on ne pût plus soupçonner que c'étaient de vaines espérances dont on repaissait les Impériaux jusqu'à la conclusion définitive de l'arrangement de Plaisance. Et les nonces acquiescèrent encore à cette nouvelle demande.

8. Mais les commentaires de Sarpi touchant le contenu de la bulle, dans laquelle étaient renfermés les pouvoirs dont nous avons parlé, nie forcent d'interrompre le fil de ma narration. Il raconte qu'elle donna beaucoup à parler, premièrement parce qu'il y était dit, dans le préambule , qu'au milieu des orages présents de l'Eglise, le Pontife s'était rassuré sur les promesses faites par Jésus-Christ au

(1) L'instruction donnée aux trois nonces est dans un des livres mentionnés des archives du Vatican.

(2) Ceci se trouve dans les archives des ducs d'Urbin.

(5) De Bruxelles, le 26 janvier, parmi les papier» d«fi Cervini.

HISTOIRE DU COlNCiLK DE TRENTE.

moyen du Siège de Pierre, surtout depuis qu'il y avait apporté remède par un concile général, comme si, reinarque Sarpi , V Eglise n'eût dû s'appuyer que sur lui et sur soixante personnes assemblées à Trente. Et cependant, pour réunir ces soiî^anle personnes sous ses auspices, il y avait eu tant de diètes , tant de déplacements de rois, de si longues négociations dans toute la chrétienté ; et cependant les décrets de ces soixante personnes convoquées par lui ont tant illustré et consolidé l'Eglise que l'envie elle-même ne peut le nier ; et cependant cette portion des chrétiens qui n'a pas voulu s'appuyer sur lui et sur ces soixante personnes a établi u\\e église discordante, difforme, animale, comme chacun saiti Si Jésus-Christ, avec un fort petit nombre de pêcheurs, a su convertir le monde idolâtre, il peut bien, avec soixante évêques , rétablir l'ordre dans le monde chrétien. Et, sans l'intervention surnaturelle de Dieu , la tranquillité ou l'agitation de peuples innombrables , dans les gouvernements temporels, ne dépend -elle pas aussi de quelques têtes ?

9. Il ajoute qu'on attribua à grande présomption ce pouvoir qui s'étendait jusqu'à rétablir dans leurs honneurs , leur réputation, leur dignité même les rois et les princes. Ce n'est pas ici le lieu de discuter sur cette matière ; on n'a qu'à lire les histoires ecclésiastiques , les théologiens et les canonistes.

10. Il continue par dire qu'on avait remarqué de la contradiction dans le pouvoir d'absoudre des jurements illicites, car qu'ils n'ont pas besoin d'absolution. Quand on tient un pareil langage, on devrait aussi trouver de la contradiction dans la sentence du juge qui absout un accusé comme innocent, car linnocent n'est lié par aucune coulpe de crime qui lui rende l'absolution nécessaire. Chacun répondra que déclarer l'accusé innocent est précisément ce qu'on appelle absolution; de même, déclarer, quand on a autorité pour cela , que la chose promise par serment est illicite , c'est absoudre du serment. De plus , il arrive quelquefois que les serments sont extorqués par voie illégitime, c'est-à-dire, par fraude ou par menace. L'observation de pereils serments étant permise à celui qui jure, il est réellement lié par eux devant Dieu, qu'il a lui-même appelé en témoignage de sa promesse ; mais l'équité demande qu'il en soit affranchi par celui qui tient la place de Dieu.

11. Plus sotte encore est la contradiction qu'il y a, suivant Sarpi, à accorder l'usage du calice seulement à ceux qui croient que V Eglise n'est pas dans l'erreur en défendant le calice aux laïques ; car, dit-il, comment pourrait-on avoir une telle croyance et chercher à n'être pas compris dans la défense? Ainsi, demander à un prince dispense de quelque loi , c'est lui dire tacitement qu'il s'est trompé en établissant cette loi ; demander le privilège ou de faire célébrer la messe dans sa maison, ou d'être ordonné avant l'âge prescrit, c'est nécessairement penser que l'Eglise s'est trompée en faisant de pareilles défenses. Dialectique inconnue jusqu'au temps de Sarpi 1 Quell*

contradiction y a-t-il à croire que l'Eglise ne se trompe pas en portant cette défense générale, et à demander une permission spéciale et bénévole pour satisfaire à la dévotion et ai* goût de quelque province en particulier?

12. Il représente ensuite comme extrêmement ridicule la conduite qui était prescrite pour l'absolution des religieux sortis du cloître : c'était de porter l'habit au moins par dessous. Comme si, dit-il, le royaume des deux consistait dans l'habit , dans une forme de vêtement qu'il faut du moins porter en secret, si on ne le porte pas visiblement. C'est la coutume des hérétiques de reprocher avec dérision à l'Eglise cette distincfion d'habits et de couleurs, comme si elle n'était pas également en usage et en honneur dans la monarchie temporelle, qui s'en trouve bien, ot comme si l'habit n'était pas , pour celui qui le porte comme pour celui qui le voit, un symbole extérieur et perpétuel de la profession propre de chacun. S'il n'en est pas ainsi, pourquâ le monde entier adopte-t-il unanimement des vêtements différents pour les hommes et pour les femmes? Comme il s'agissait alors de ramener par la douceur au sein de l'Eglise ceux qui avaient été pervertis, pour condescendre à la faiblesse humaine, on accordait aux réguliers apostats et de ne pas reprendre les liens qui leur avaient paru insupportables , et de ne pas porter visiblement un reproche public de leur iniquité passée; mais* on leur prescrivait une mortification qui devait leur servir de leçon secrète et continuelle, c'était cet habit de telle couleur qu'ils voyaient de nouveau tous les jours, au commencement et à la fin de la journée. Pour avoir tourné cette condition en ridicule, il fallait être digne de vérifler ce qu'enseigne le Sage de la demeure qu'habite le Rire.

13. C'est bien plutôt Sarpi qui mérite qu'on le tourne en dérision, lui qui raconte ce qu'il ne sait pas, comme ici, par exemple, quand il rapporte que, bien qu'on eût fait promptement le choix des nonces, on différa cependant de les envoyer jusqu'à l'année suivante, parce que l'empereur fut mécontent qu'on eût omis de dire comment on appuierait et autoriserait les

' règlements qu'il avait faits (1). Néanmoins nos lecteurs verront bientôt que les nonces partirent aussitôt de Home, et que Pighini passa par Bologne pas plus tard que dix-sept jours après qu'il eut été désigné, et on a des lettres de lui écrites d'Allemagne peu après; et le différend qui s'éleva après leur arrivée, relativement aux pouvoirs qu'on avait prouiis, n'eut pas pour motif la cause assignée par Sarpi, mais une autre que nous ferons connaître.

14. Nous reprendrons l'ordre des événements. Le Pape se rendit au désir de l'empereur, qui demandait qu'on envoyât des nonces ; mais les deux autres parties de la proposition que Charles-Quint avait faite par l'entremise de Bertano offraient plus de difficulté. Le roi de France n'adhéra pas à la

(1) Cel» eonsl» par e« qui s«r« eilé à 1« març«.

suspension (1), comme lui en avaient donné le conseil ses ambassadeurs à Bologne; car il lui semblait que, tant que le concile serait assemblé, l'empereur le considérerait comme un nuage du milieu duquel il aurait à craindre de voir éclater la tempête , sil venait à déployer les voiles qu'enflait le vent de sa puissance et de sa fortune. De plus , le roi , ayant offert (2) d'envoyer ses prélats à Rome pour la réforme projetée, s'était plaint en même temps auprès du nonce de l'inaction à laquelle, par égard pour l'empereur, on réduisait le concile. On répondit à cela que cette inaction était, au contraire, dans l'intérêt de la paix et de la concorde générale , qui devaient aussi tourner au profit de sa majesté. Après cette déclaration que le roi venait de faire de ses sentiments, le Pape, qui avait envoyé les nonces en Allemagne malgré lui, ne pouvait se montrer opposé à tous ses désirs : c'eût été perdre son plus grand soutien et montrer en même temps aux princes que le meilleur moyen de le plier à leurs volontés , c'était celui qu'employait l'empereur : d'autant plus que le roi avait envoyé au Pontife un secrétaire (3) pour presser la conclusion de la ligue, et que, sur les affaires d'Italie, il avait eu plus d'influence à cause du voisinage où il se tenait; car il était venu dans le Piémont qu'il possédait alors en grande partie, et où le duc (4) de Ferrare était allé le trouver; et le Pontife, pour sauver Parme d'un danger si imminpnt, avait consenti, en présence du cardinal de Guise (5), au dépôt qu'on exigeait qu'il fit à Lyon, pourvu que le roi fît un autre dépôt semblable à Rome, et supprimât différents abus contre la juridiction ecclésiastique en Provence, en Bretagne, en Dauphiné, en Savoie et en Piémont. De cette manière, la ligue tournait aussi à l'avantage spirituel de l'Eglise, et par conséquent justifiait la déclaration et la dépense du Pape, qui, pour inspirer à son tour une plus grande confiance au roi, consentait à transférer l'investiture de la personne d'Octave à celle d'Horace, duc de Castro, et nouveau gendre de ce prince, en donnant à Octave le duché de Castro et d'autres compensations. Mais il ne voulait pas opérer cette translation tant que le dépôt du roi ne serait pas à Rome avec sa ratification et celle des Suisses, ses partisans, pour ne pas provoquer contre lui les armes de Charles avant d'avoir élevé la redoute qui le protégerait. Ainsi , comme le roi n'agréait pas la suspension du concile que l'empereur désirait, le Pape ne pouvait, dans de telles circonstances, offenser le premier pour complaire au second. Quant à l'autre objet que l'empereur proposait en même temps que la suspension, c'est-à-dire, la réforme, les effets ne répondirent pas , du côté des Impé-

(1) Lettre du cardinal del Monte au cardinal Cervini ùu 22 sepl(Miil>re 1548.

(2) Journal du 29 septembre.

(5) Journal des 25 et 27 août et du 1" septembre.

h) Le. 12 cl le 2G août.

(5) Tout cela est attesté par plusieures lettres du cs«rdinal Farnèse annonce en France, de l'année 1548, 4ans les archives des Borglièse.

riaux , aux promesses , comme il sera démontré.

15. Sur ces entrefaites les nonces partirent avec empressement. Et comme on avait imprimé en Allemagne la lettre des ecclésiastiques de cette nation au Pontife pour la translation du concile à Trente, ainsi que la protestation de Mendoza, qui étaient devenues par le fait deux manifestes contre le Pape, il fut ordonné qu'on imprimerait aussi à Bologne, comme à la demande et pour la défense du concile qui y avait été transféré, la réponse (1 ) faite aux uns dans un bref et à l'autre, en consistoire. On en donna beaucoup d'exemplaires à Pighini,le premier des nonces qui devait se mettre en roule, afin qu'il les distribuât à propos, c'est-à-dire, sans le faire avec une ostentation qui paraîtrait blessante ou avec une timidité, qui porterait à penser qu'on ne croit pas avoir la raison pour soi.

16. Quand il passa par Trente, il trouva les prélats espagnols fort ennuyés du long et infructueux séjour qu'ils faisaient dans un lieu si désagréable et si dépourvu. Continuant sa marche à travers l'Allemagne, il y aperçut de faibles dehors de religion que les victoires et les édifs de l'empereur y avaient introduits à grand'peine ; mais il trouva les esprits plus hérétiques que jamais, au point que les messes étaient célébrées sans assistants. A peine voyait-on quelqu'un réclamer auprès des nonces l'usage de leurs pouvoirs (3) ou les recevoir poliment comme de coutume : il était donc visible que tous les efforts qu'on tenterait seraient inutiles, si on ne les appuyait par les armes ; à son arrivée à la couv (/i-), il conçut à la vérité quelque espérance de paix; il lui sembla que le différent qu'on avait avec l'empereur au sujet du concile s'arrangerait : Bertano se livrait encore plus à cet espoir de conciliation dans (5) ses lettres ; car l'empereur témoignait vouloir que les prélats de Trente, au moins quelques uns d'entre eux, allassent à Rome pour concourir à la réforme. Mais en même temps il fit des difficultés (6) aux nonces sur leurs bulles, parce que les pouvoirs n'y étaient pas expliqués à son gré. Il dit donc qu'avant tout, il fallait s'entendre à cet égard ; en attendant, les pouvoirs que contenaient ces bulles ne s'exerçaient qu'à légard d'un très-petit nombre de personnes (7). L'empereur voulait surtout qu'il fût déclaré par une bulle que les

{{) Journal du 46, du 18 et du 25 juillet, du 5 et du 4 août, et plus clairement celui du 19 seplenibre 1548.

(2) Lettre de lui au cardinal Cervini, de Trente, le 1" octobre 1548.

(5) Lettre de Pighini au cardinal Cervini, du 11 octobre, du 6 novembre et du 26 décembre 1548, de la ville d'Augsbourg.

(4) Lettre de Pighini au cardinal Cervini, du 23 décembre 1548.

(5) Lettre du cardinal del Monte à Cervini, du 14 février 1549.

(b) Lettre du cardinal del MonteàCer\ini,dul4 février 1549.

(7) Journal du 20 novembre 1548.

dispenses qu'on accorderait, conserveraient toute leur force jusqu'à la décision du futur concile (1). Le Pontife répondait qu'il ne pouvait y consentir, parce que c'eût été montrer que le concile était au-dessus de lui et qu'il pouvaitconfirmer ou annuler ses concessions; qu'il suffisait à l'empereur de savoir par l'expérience du passé, expérience qu'on venait de faire il n'y avait pas longtemps, qu'il ne demandait pas mieux que de se conformer, sur ces matières, au sentiment des Pères, et quede les autoriser même à révoquer ces dispenses. Enfin après quelques mois (2) , les bulles furent rédigées dans ce sens : on mettait à la volonté des nonces (3) d'abréger le temps que devaient durer les dispositions qui concernaient la communion sous l'une et l'autre espèce, les autres points de cette espèce,de manière toutefois qu'ils ne pourraient pas les accorder pour un temps plus long que le terme du concile. Ainsi l'empereur obtenait qu'ils pussent en étendre la durée jusqu'à cette époque.

17, Mais cette condescendance ne suffit pas pour déterminer l'empereur à envoyer les prélats de Trente à Rome ; aussi le cardinal del Monte s'affermit-il dans l'idée qu'on ne maintenait à Trente cette assemblée que parce qu'on la destinait à devenir une faction puissante, lorsque le S.- Siège viendrait à vaquer, et il émettait de nouveau l'avis qu'il avait déjà donné que le Pontife eût à laisser un écrit ainsi conçu : qu'il avait évoqué à lui la cause de la translation, etqu'il n'avait procédé si lentement dans celte affaire que pour écarter tout sujet de schisme; mais que sa vieillesse le faisait douter si la mort ne le surprendrait pas avant de l'avoir terminée. Que de cette manière ce qu'il avait fait pour éviter un schisme l'occasionnerait; qu'ainsi, pour détourner ce danger ; il déclarait que, vu les actes et d'autres preuves incontestables, il était certain que la translation était bonne, et qu'il enjoignait à tout le monde, sous les censures les plus graves, de la regarder comme telle. Mais le cardinal Cervinilui objecta la nécessité d'ajourner un peu la mise à exécution de ce conseil parce qu'il était impossible de le faire assez secrètement pour qu'il n'y eût pas au moins 30 personnes qui en eussent connaissance (4-) : qu'ainsi il fallait craindre que celte précaution, venant à être éventée, n'excitât un trouble funeste. Que de plus on ne voyait pas trop de fondement à ce soupçon qui agitait le cardinal del Monte et qui lé portait à des résolutions si violentes ; car l'empereur lui-même, dans l'instruction donnée au Cardinal Madrucci et mise sous les yeux du Pape, avait déclaré que l'élection même pendant la tenue du concile, apparte-

(1) Lettre du cardinal del Monte à Cerviiii,du 24 avril 1549.

(2) Lettre du cardinal del Monté à Cervini, le dernier jour de juin 1549.

(30) Lettre du cardinal Farnèse à Beriano , le 26 avrii 1549, dans le volume cité ci-dessus des Borghèse.

(4) LeUre du cardinal Cervini à del Monte, du 15 >aill«t 1U9.

nait au sacré collège. Qu'ainsi, tant à cause de cela, que parce que les évêques de Trente n'avaient jamais osé faire aucun acte synodal, et que les prélats et les princes des autres nations avaient reconnu le concile de Bologne, il ne pouvait, dans de pareilles circonstances, se flatter d'avoir jamais aucun prétexte de créer à Trente un Pontife, sinon un Pontife qui ne trouverait dans la piété des fidèles que persécution et horreur, comme schismatique, au lieu d'y trouver respect et obéissance comme légitime. En effet on n'entreprend pas de grands changements, si on n'a pas l'espérance de persuader qu'il sont justes, et si cependant, à moins qu'on ne le persuade, il n'y a pas moyen d'arriver à ses fins.

Page 1