‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 125 sur 348 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nouvelles- peines que se donne inutilement le Pontife pour attirer les prélats de toute nation à Rome afin d'établir la réforme. Suspension du concile.

1. Les dernières paroles de la réponse pontificale avaient pour objet ce qu'Ursin (1) avait raconté de l'inflexible volonté de l'empereur, par rapport aux affaires du concile, et aussi de l'amère détermination qu'il avait prise au sujet de Plaisance. Car, nonobstant les espérances qu'il avait données plusieurs fois, quand on en était venu à l'œuvre, il avait toujours refusé de laisser aller ses prélats de Trente à Rome pour s'entendre, touchant la réforme de l'Eglise, avec les prélats des autres contrées. Il exigeait sans cesse (2) des conditions inadmissibles , dont deux entre autres : la première, que la réforme qu'on établirait ne fût point opposée à l'écrit de V Intérim et à la réforme du clergé allemand, qui l'avait promulguée dans la diète ; la seconde, que le Pontife déclarât qu'il faisait venir ces prélats comme évêques par-

(1) Le, Journal du 2 juillet, jour auquel Orsini passa par Bologne ou revenant iJ'Allomagne.

(2) Cela se voit dans une lettre du cardinal Farnèse à Bertano du 11 septembre parmi les papiers des Borghèae dans le livre déjà cité.

ticuliers, et non comme Pères d'un con. cile, ce qui aurait été un aveu tacite de la nullité de la translation. Ces conditions paraissaient avoir été proposées, non à dessein de les obtenir, comme s'il avait été possible de les accepter, mais pour faire manquer la négociation, sous le prétexte qu'elle était impossible, sans que, de son côté, l'empereur parût être revenu sur l'engagement qu'il avait pris. Le Pape, vouhuil cionc tenter d'autres moyens qui ne fussent ni inutiles par excès de douceur, ni dang reux par excès de rigueur, résolut d'éprouver si les menaces produiraient quelque impression sur l'assemblée de Trente. Ces menaces ne devaient point se faire sur le ton d'une fierté blessante, mais seulement par manière d'avertissement plein d'égards. De plus, pour échapper aux deux difficultés que faisait l'empereur, on n'appellerait pas nommément et généralement les Pères pour la réforme, mais seulement quelques-uns , de manière qu'il paraîtrait par-là qu'on les appelait comme prélats particuliers.

2. Pouraccomplircedessein, voici comment il s'y prit. Peu de jours avant de rendre sa réponse à Martin Alfonse (1), il envoya deux brefs différents, l'un à quatre évêques de ceux qui séjournaient à Trente; l'autre à quatre de ceux qui étaient à Bologne. Les premiers étaient le cardinal Pacheco, évéque de Jaën , Pierre Tagliavia , archevêque de Palerme, François Navarre, évêque de Badajoz, et Jean-Bernard Diaz, évéque de Calahorra. Les seconds, Olaiis Magnus, archevêque d'Upsal, Suédois; Sébastien Lecavela, archevêque de Naxie, Grec: Jean D'Hangest, évêque de Noyon , Français ; Richai'd Pat, évêque de Worchester, Anglais. C'est ainsi qu'il eut soin d'appeler des hommes capables de relever l'assemblée projetée, tant par le mérite qui leur était commun à tous, que par la diversité des nations d'oij ils sortaient. Il leur exposait que les nécessités présentes de l'Eglise exigeaient beaucoup de prudence dans les mesures qu'on prendrait; de sorte que ce n'était pas assez pour lui de se consulter avec les cardinaux, qu'il désirait aussi avoir l'avis de beaucoup d'évêques. Qu'en conséquence, il les priait, il leur commandait, en vertu de la sainte obéissance, de venir, sous le délai de quarante jours auprès de lui; qu'il écouterait volontiers ce qu'ils auraient à lui dire pour le bien public. On envoya de Rome un clerc choisi exprès pour remplir cette mission, avec ordre de présenter solennellement, à chacun des personnages ci-dessus désignés, leur bref : ce qu'il fil d'abord à Trente, puis, en revenant, à Bologne (2). Les seconds s'empressèrent d'obéir. Les premiers tardèrent certainement vingt-

(1) Le 18 juillet 15i9. Ils furent présentés à Trcnie le i août , et à Bologne le 12, comme il est marqué dans le Journal du 12 août 1549 el dans les Actes au volume déjà ciié.

(5) Le Journal du 12 et du IGsepteoibre, ei.duââ août, outre les Actes.

un jours à répondre : ils attendaient les ordres de l'empereur. Puis voici ce qu'ils répondirent : Qu'ils avaient reçu avec la sou- Piission convenable les lettres de sa Sainteté, et qu'ils n'avaient rien désiré avec tant d'ardeur que de lui obéir au premier instant ; mais qu'elle savait qu'ils étaient venus là par son ordre afin de coopérer au bien général de l'Eglise dans le concile qu'on y avait assemblé ; qu'ils se tenaient là en attendant que le concile, tout différend terminé, revînt en ce lieu, qui était certainement le plus commode, et que les affaires de la religion qu'on avait commencé à y traiter s'y accomplissent, qu'outre cela sa Sainteté n'ignorait pas quelle était la raison qui les retenait à Trente; qu'il n'était donc ni nécessaire ni utile qu'ils en parlassent eux-mêmes davantage. Qu'on se trouvait dans des temps bien malheureux, qu'ainsi ils la priaient de les excuser, s'ils n'allaient pas à Rome, de telles circonstances. 3. Ce fut Mendoza qui présenta celte réponse (1); il se plaignit en même temps au nomde l'empereur que le Pape eût écrit de pareils brefs à ses prélats de Trente, sans lui en avoir donné connaissance. L'empereur luimême s'était plaint de la même chose à Bertano, à qui il avait parlé avec colère, au lieu que Mendoza procéda avec plus de douceur. Peut-être que le rusé ministre modérait les ordres de son maître en courroux ; peut-être aussi est-ce un privilège que s'accordent réciproquement les princes entre eux de parler haut tandis qu'on leur parle bas. Mais si les expressions acerbes dont l'empereur s'était servi avec le nonce ne furent point imitées par ses représentants à Rome, elles y furent du moins divulguées. Le Pape répondit à ces plaintes, qu'il croyait plutôt que l'empereur devait lui savoir gré d'avoir appelé ces évêques et de les avoir appelés comme il avait fait ; car, résolu depuis longtemps de faire à Rome la réforme générale que le monde, et spécialement sa majesté, désirait si fort, et arrêté par les nouvelles et graves difficultés que sa majesté avait récemment suscitées , tant par rapport au sein de cette future réforme, que par rapport au concours des prélats de Trente qu'il avait antérieurement promis , il avait cru à propos de convoquer une assemblée d'évêques à Rome, pour délibérer de concert avec eux sur des affaires si ardues et si embrouillées , ainsi que l'avaient fait ses prédécesseurs dans des occasions bien moins graves : sur le point de mettre c»» projet à exécution, il avait pensé que c'était honorer ces prélats que de les appeler en aussi grand nombre et dans la même forme que ceux de Bologne. Et comment aurait-il pu se dispenser de cette convocation, surtout à l'égard du cardinal Pacheco qui, à la dignité de la pourpre, unissait l'office de conseiller spécial et de sénateur du Pape? Que l'empereur aurait eu plus sujet de se récrier , s'il n'avait pas appelé à prendre part

{{) LeUre du cardinal Farnèse à BorU'ino, du H •eplembre 1549 dans le volume des burglièïe déjà cité.

à une délibération d'une si haute importance les siens qui se trouvaient si près de lui. Ainsi parla le Pape à Mendoza, et croyaut avoir suffisamment justifié sa conduite par cette notification qui fut connnuniquée au nonce Bertano, il fit semblant de croire que l'empereur devait être satisfaitde cette explication, et que par conséquent il pouvait sans l'offenser renouveler l'ordre, comme il fil par de nouvelles lettres (1), dans lesquelles il réfuta les excuses qu'on avait alléguées; ce n'est pas qu'il espérât être obéi : car il voyait bien qu'ils se croyaient liés par une crainte d'une nature telle qu'en ce cas la loi humaine n'obligeait pas dans danger si grand ; mais c'est qu'en gardant le silence, il paraissait agréer leur excuse, et ne présentait pas aux yeux des fidèles cette multitude d'évêques ou comme coupables de contumace à l'égard de leur supérieur légitime, ou du moins comme esclaves d'un supérieur illégitime.

4. Au reste, il avait dès lors deux projets : le premier était de former cette assemblée d'évêques à Rome, pour se justifier auprès de la chrétienté qui craignait autant que le Pape évitât la réforme, qu'elle la désirait elle-même, comme aussi pour éloigner ou pour faire disparaître, devant une assemblée si remarquable, ce feu dévorant qui pétillait dans Trente et que, semblable à une comète, tenait dans l'effroi et en suspens l'esprit des chrétiens. Le deuxième était de suspendre le concile, parce que le maintenir dans ce sommeil perpétuel c'était s'exposer à des querelles parmi les évêques, à de grands préjudices pour les églises , et à la dérision du monde. Et comme on perdait tout espoir de rien réaliser prochainement, il n'y avait plus de raison de tolérer de si grands maux dans la vue des grands biens qu'on devait bientôt en tirer; outre cela, comme pour établir la réforme, on devait à Rome se conformer à l'avis des principaux évêques , le concile ne pouvait sans déshonneur rester ouvert, et se faire le spectateur oisif et indigne de sa propre besogne remplie par d'autres. Le Pape fit donc écrire au cardinal del Monte (1) de congédier les Pères ; ce qu'il fit le 17 septembre, en leur signifiant que sa Sainteté n'entendait pas continuer alors le concile , mais dresser les décrets de la réforme à Rome.

5. Maintenantquel homme impartial pourra faire aucun fond sur la vérité de l'histoire de Sarpi , quand non seulement on le \oil dans de profondes ténèbres par rapport à ce projet alors si fameux de réunion des évêques à Rome pour la réforme, et à cette correspondance entre le Pape et l'assemblée de Trente ; mais que même on le trouve ignorant jusqu'à ne pas connaître la suspension , et téméraire jusqu'à dire ce qu'il ne sait pas dans une matière de si haute im-

(1) Klles furent préseiilées le 18 septembre.

(2) Lettre du cardinal Farnèse au cardinal del Monte du 13 seiitend^re, arrivée à Bologne le 17, coiiiMic il est marqué dans le Journal et dans les Acte!».

portance pour le but qu'il avait? En effet, il vertir le simple peuple qu'on ne doit pas ado-

raconte avec une merveilleuse assurance que rer les images elles-mêmes , ni placer en elles

le concile dura à Bologne jusqu'à la mort de aucune confiance, et où la deuxième partie sert

Paul, et qu'alors le légat en étant parti pour de commentaire à la première, dans laquelle

aller au conclave, les évoques s'en retourné- sans aucun doute on n'a pas entendu priver

rent aussi vers leurs églises. Néanmoins que le concile ait été suspendu par le Pontife, que les évêques aient été congédiés auparavant, ce fut une chose non seulement connue alors etconsignée dans des Actes authentiques (1), mais encore mentionnée dans le journal dont les

les saintes images du culte extérieur, mais de l'intérieur, le seul qui puisse être réglé dans les instructions adressées au simple peuple : car, pour exclure le culte extérieur, il aurait fallu s'y prendre autrement. Et ceci se confirme par l'ordre qu'on lit plus

exemplaires ont passé et passent dans beau- bas, que, suivant le sentiment des t'uéoloijien.^

coup de mains. Et c'est à dessein que nous et dliommes très-savants dans l'antiquité ec-

cilons souvent ce journal à défaut des actes clcsiastique , on devait soustraire ou changer

ou conjointement avec eux ; car c'est une une image , quand on voyait que le peuple se

pièce qui est plus à la disposition. Com- préoccupait de la figure qu'elle représentait, ou

ment n'aurait-on pas également en abomina- y attachait une certaine idée de divinité, afin que

lion la perversité de cet homme, qui rappor- le peuple ne plaçât pas sa confiance dans cette

tantdiflérents conciles provinciaux qui se tin- représentation corporelle, comme si la puis-

rent pendant ces années en Allemagne, et sauce de Lieu et des suints s'était engagée à

entre autres celui de Mayence, dont il dit pour- n'accorder de grâce que par son intervention,

tant qu'il suivit avec grand soin dans ses déci- et non autî^ement. Voilà donc, et rien de plus,

sions la doctrine de celui de Trente, et que ce que ce concile défend par rapport aux

pour le reste il se conforma au sentiment le saintes images, plus commun des scolastiques, fait observer q Venons à l'honneur des saints. Il est

après cela que dans le même concile aux chapitres 41, 42 et 45, il y a quelques paroles peu mesurées relativement à l'adoration des images et des saints , et en conclut qu'il est prouvé par là combien étaient différentes alors les opinions des prélats catholiques en Allemagne de celles de la cour romaine , et de la pratique qui s'est introduite après le concile de Trente ? Premièrement pourquoi ne tire-t-il pas un argument contraire du parfait accord de ce concile avec ce qui fut ensuite défini à Trente au sujet de tous les autres articles , articles innombrables et très-importants?

Pourquoi ne dit-il pas que dès la naissance de l'hérésie luthérienne on tint en Allemagne le concile de Cologne, et en France celui de Sens? qu'il sortit différentes censures des universités de Paris , de Louvain et de Cologne , et que tout fut conforme à la doctrine qui s'établit ensuite à Trente , ce qui montre la parfaite et invariable uniformité de la foi catholique? Et pour ce qui concerne ces deux, articles, quel juge sera assez inique pour ne pas comprendre que le concile de Mayence a employé en cet endroit d'autres termes sans avoir enseigné d'autres dogmes

dit au chapitre 45 : qu'on doit honorer les saints, non pourtant du culte qui n'est dû qu'à Dieu , mais de celui de société et d'amour dont nous pouvons même en cette vie honorer les hommes saints , et avec beaucoup plus de dévotion , parce qu'ils sont déjà au terme d'une félicité assurée , et parce que les uns sont là-haut victorieux , au lieu que les autres combattent ici-bas. Ces paroles, quoiqu'elles ne soient pas très-mesurées, néanmoins bien interprétées, ne sont en désaccord ni avec Rome ni avec Trente , et le sens qu'elles renferment nous est révélé dans le préambule de ce chapitre : Nous voulons absolument qu'on tienne dans nos églises la doctrine déjà reçue du plein consentement de VEglise universelle, et qui nous a été comme transmise de main en main , c'està-dire, que les saints, et ce qui suit. Or, cette doctrine comme transmise de main en main, relativement au cuite des saints, est celle que reprennent comme un abus invétéré d'un grand nombre de siècles, les novateurs , et qui au contraire est enseignée unanimement par les scolastiques et qui a été embrassée à Rome et à Trente. C'est donc elle et non

que ceux qu'enseignait Rome, et que dans la ^^^ ^^^^^ ,g ^^^^^^^ ^e Mayence entend suite on établit a Trente d une voix unanime, ^^^^^^ ^ ^^ ^^^ ^^^^ ^ji^^n^ pa^ ^respect pour

cette assemblée, puisque d'ailleurs ce n'est pas une chose nouvelle que les conciles pro

et avec le suffrage de l'Allemagne et des autres nations? Le concile de Mayence ne voulut refuser aux images que ce culteidolâtrique qui est condamné dans le même concile de Trente, et qui portait les gentils à reconnaître, dans des simulacres insensibles, quelque chose de divin qu'ils vénéraient. Et il montra qu'il suivait aussi l'opinion probable parmi les scolastiques, que la vénération extérieure seulement se rapporte à limage, I tandis que l'intérieure se rapporte à la personne qui y est représentée. C'est ce qu'il [déclare au chapitre 42, où il est ordonné d'a-

(i) A celle suspension finit le volume des Actes laulhenliques marqué A, souvent cité.

CoNC. DE Trente. II,

vinciaux tombent dans l'erreur. S'il n'en était pas ainsi, ce serait en vain qu'il y en aurait de généraux. C'est ce que les Pontifes avaient fait dire plusieurs fois en Allemagne, et non pas absolument, que les affaires de ta religion ne peuvent être traitées dans un concile national , comme Sarpi le leur impute ici , comme s'il n'y avait personne à Rome qui eût jamais lu une page des anciennes histoires ecclésiastiques. Mais j'ai parlé ailleurs de cette matière, et j'ai montré que tout concile national, par rapport à ces controverses de religion , aurait été impuissant

(Dix-sept J

pour calmer les consciences , et qu'il n'aurait été que l'occasion d'un nouveau schisme :

bii

^ que

c'eût été un chirurgien qui, en remettant mal un os disloqué, aurait causé de nouvelles douleurs et de nouvelles fractures à son

à leur territoire ce royaume qui les aurait rendus d'autant plus formidables à leurs anciens ennemis et à leurs anciens voisins. Henri au contraire s'efforçait de les traverser par esprit de jalousie, comme aussi dans l'in-

malade au lieu de le guérir. Je reprends tention et avec 1 espoir d avoir Marie, nièce

donc le fil du récit.

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