CHAPITRE IX. •l'îos la guerre, de forcer les hérétiques à
Ordres donnés aux deux nonces , principale- vivre dans la soumission qu'ils avaient proment par rapport aux affaires du concile """" .^.,,,..00.^,, ^ io„.,^!i^ ^.. 00,,..:. ...,':i„
le compte que le Pape aurait à rendre à Dieu et aux hommes si , tandis qu'au milieu de la grande confusion où se trouvait l'Allemagne, catholiques et hérétiques offraient de se soumettre au concile de Trente, lui se refusait opiniâtrement à l'y célébrer. Quand on en vint aux objections d'intérêt, qui sont ordinairement les plus difficiles à résoudre , on trouva aussi que c'était là qu'il était plus difficile de convaincre le prince ; car Henri regardait comme préjudiciable pour lui-même ce qui devait être avantageux à Charles , et comme avantageux à Charles ce qu'il deman dait si ardemment. Néanmoins , pour faire revenir le roi d'une telle opinion, on recourut à une distinction subtile.
2. On dit qu'il était bien de son intérêt pour l'empereur de demander, mais non d'obtenir le concile; que si on rejetait sa demande, il aurait un prétexte de s'entendre avec les hérétiques, sans que les catholiques eussent
1. Le but de la mission de ces nonces était, d'une part, d'engager le roi de France à consentir de bon gré à la célébration du concile dans la ville de Trente, et à ne pas s'offenser de cette condescendance du Pape pour l'empereur ; de l'autre , d'engager l'empereur à admettre la manière dont on pouvait assembler le concile à Trente, à la satisfaction du Pape et du roi de France.
Pour atteindre le premier but, on eut soin de combattre dans l'esprit de Henri les objections que pouvaient le porter à faire sa réputation , sa susceptibilité et son intérêt. Quant à sa réputation, on s'attacha à lui faire comprendre que le Pontife avait eu en cela, pour lui, les égards et la bienveillance qu'il lui avait promis, puisqu'il ne lui avait caché rien, et qu'il n'avait rien fait sans lui demander son avis. Alors on rappelait ce que Jules avait dit successivement sur cette affaire, dans ses conversations avec le cardinal de
mise , soumission à laquelle on savait qu'ils étaient très-opposés; car ils craignaient, d'un côté, d'avoir à vider leurs mains des dépouilles enlevées à l'Eglise et de se les voir enchaîner par les lois ecclésiastiques ; qu'ainsi, ou ils obéiraient à contre-cœur, pleins de rage et disposés à l'assouvir à la moindre occasion, et dès lors effraieraient l'empereur, livré aux soupçons et aux souris , ou ils refuseraient ouvertement d'obéir et le forceraient à recommencer de nouveau la guerre avec eux; et, dans ces deux suppositions, ils lui ôleraient la possibilité de molester les autres, surtout les Français. On ajoutait que, pendant le concile, l'empereur ne pourrait troubler la paix pour ne pas troubler, à la vue des Allemands, le concile lui-même qu'il disait avoir procuré pour leur complaire , et qui avait pour but direct la paix; qu'au contraire , si c'était le Pape qui venait à rejeter sa demande, Charles n'en serait que plus puissant, que moins obligé à des mesures, ot par conséquent plus formidable; que
Guise et avec l'ambassadeur Durfé, et ce qu'il ,. . ,-.,-•' ^- 1
avait fait dire au roi par sou nonce ordinaire 1 empereur n ayant donc rien a gagner a la touchant le même sujet. Par rapport à sa sus- te"«c du concile a Trente , le roi n aya.t pas
ceptibilité , on chercha à lui montrer que le Pape ne se portait pas à agir ainsi par suite des demandes importunes que l'empereur avait faites, comme quelques-uns l'avaient suggéré à sa nu.joslé ; mais par zèle et par une nécessité publique bien connue aussi des autres princes et de tous les ordres de fidèles. Outre cela , on exposait les raisons que nous avons rapportées précédemment et
(1) Elle esl indiquée d;vns riiislruction précitée, et plus au long dans le discours envoyé depuis.
(2) Le 30 mai, comme il est marqué dans les Actes consisloriaux.
(3) Le 1" juillet, comme il est dit dans le Journal.
a craindre qu'elle lui fût préjudiciable; que la première condition devait être de ne pas y traiter ou des affaires d'état ou des privilèges de l'Eglise gallicane, mais des autres matières ecclésiastiques en général , dont il ne pouvait résulter aucun dommage pour la France. On rapportait ensuite au roi les conditions que le Pape exigeait de l'empereur. Ces conditions, nous n'allons pas tarder à les faire connaître, en parlant de la commission confiée à Pighini.
3. Il fut donc enjoint à Pighini d'exposer d'abord à l'empereur que la bonne harmonie entre les princes, dépendant en grande par-
lie de la conduite des ministres par l'organe aies communiquer à ses amis confidentielledesquels ils se transmettent leurs sentiments, ment pour qu'elles fussent ainsi divulguées, le Pontife priait sa majesté de compter pour Mais ceci paraîtra par trop invraisemblable à rien ce que dirait ou écrirait de ses inten- quiconque voudra lire l'instruction de Tritions tout autre que Pighini lui-même , au- vulce, où l'on voulait persuader au roi que la quel seul il donnait sa confiance. Ensuite, tenue du concile à Trente ne serait ni uti'e après avoir rappelé les négociations précé- ni agréable à l'empereur. On y parle si défaden(es et tout ce que nous avons raconté ail- vorablcment des intentions de ce prince, et leurs; on proposait à sa majesté le retour avec si peu de ménagement pour sa grandeur, du concile à Trente de la manière suivante : gue de pareilles pensées étaient bien propres Qu'on se procurerait l'agrément du roi très- à concilier au concile l'assentiment du roi chrétien et l'assistance des prélats français; dans un entretien secret , mais ne pouvaient faute de quoi, au lieude rien rendre à l'Eglise, être rendues publiques sans indigner avec on courrait risque de faire de nouvelles raison l'empereur. 11 est bien difficile d'arpertes, et le concile général n'aurait abouti ranger un récit controuvé; car il faut tourà rien autre chose qu'à produire un concile ner à la fois son attention de tant de côtés national. De plus, si le concours de ce grand différi nls. D'un autre côté, on ne tarde pas à royaume venait à manquer, ceux quine se découvrirsoudainement,parquelque endroit, laissaient pas éblouir par le nom de concile, l'invraisemblance qui rend ridicules et l'inprendraient de là occasion de le mépriser; que venteur et l'invention. pour engager le roi, il n'y avait rien de CHAPITRE X. mieux à faire que de lui déclarer qu'on ne a7/^«^,v,/.v„o ^/„„ ^ , i-'rr i, > i ,> traiterait, dansVette assemblée, rien qui lui ^^^'''''^''Ztl T f ' difficultés de Vemfût préjudiciable; qu'autrement, pour peu , „ ^''''''' louchant Parme. qu'on fût sincère, on éail obligé d'avouer 1- H sembla que l'affaire prendrait une heuqu'il ne devait pas se fier à un concile qui se f,^"^*^ issue; car, du côlé de la France où tenait sur le territoire autrichien ; qu'ayant * o." craignait de la difficulté, on trouva les égard à la pauvreté des prélats italiens, aux Jl^ies aplanies (1) : c'était l'effet de la condésagréments passés, à l'aversion qu'inspi- "«ince qu'avait le roi dans la bienveillance rait le séjour de Trente, à la dignité des legUs "" ^^V^y confiance qui porte à interpréter en apostoliques et à celle du concile, il fallait ^'^" *^"^ ^- ^"' pa^alt douteux. Quant à ce s'y prendre de manière à éviter l'oisiveté et ^"' concernait Pighini(2), i! était indubitable les lenteurs précédentes, qui auraient pu ame- q«e, porteur d'une réponse si désirée, il trouner une pernicieuse et honteuse dissolution ; ye>'ail tle la réciprocité, de la reconnaissance que par conséquent il fallait que sa majesté, ^ ^^ ^o,"»* impériale, comme il arriva en eiïet. dans la diète actuelle, arrêtât de nouveau et pranvele s étant mis à examiner avec Charles avec énergie la soumission des protestants, et ^^^ conditions que proposait le Pape , relatiqu'elle donnât des ordres formels pour qu'ils y,^'"!''"! a la première qui regardait le roi de eussent à ne pas s'en dispenser; que s'ils s'y Franco, il fut d'avis que sa Sainteté devait s'efrefusaient, il n'y avait plus besoin d'un con- forcer de le faire prendre part au concile, elle, comme la première fols, pour const ter "^^'^ " "^ pensa pas que l'empereur dût cnileur rébellion ; mais que leur rébellion étant PjpJ^»* fa médiation pour cela. 11 disait que flagrante, il ne restait plus à l'empereur qu'à ^ *^^'"^ ^ l'autorité pontificale d'appeler les continuer à employer contre eux la voie de autres au concile ; que le devoir de sa mala force ; qu'on ne remettrait point en ques- J^^*^ impériale serait d'y prendre part et de tion les décrets du dernier concile , ni ceux '9i'cer ses états à se conformer à ses décides conciles anciens ; qu'autant le Pape cher- ^'^,"^- ^^ ^P^^^ cette excuse qui était la plus chait en cela la satisfaction et l'avantage de spécieuse , on avoua ce qui était plus vrai, Pempereur, autant il avait droit d'espérer c est-a-dire que la médiation de Charles que sa majesté maintiendrait son autorité pourrait nuire plus qu'elle ne servirait, apostolique, qu'il tenait immédiatement de ^: Relativement à la promptitude de l'exé- Dieu ; que si quelqu'un , soit défaut de zèle, cution, il affirma que l'empereur y était beausoit défaut de lumière, venait à tramer quel- ^oup plus intéressé que le Pontife ; qu'en que chose de contraire au concile, sa majesté effet il était manifeste que, pendant tout le ne devait pas trouver mauvais que le Pontife temps que durerait le concile, sa majesté sey pourvût par les moyens convenables. ^^^} Çomme enchaînée en Allemagne, parce
On ajoutait ensuite d'autres instructions Q" elle savait bien que le concile n'agirait
et d'autres propositions, comme nous l'avons utilement qu en tant et qu'autant qu'elle lui
déjà remarqué, pour assoupir le différend de imprimerait de près force et vigueur; que,
Parme. " "" autre cote , une prolongation de séjour
4. Sarpi montre bien qu'il a vu ces instruc- ^^ans cette contrée nuirait beaucoup, et à sa
lions ; mais il nous les présente sous la forme ^^"^*^ e^ a ses états ; que le moyen le plus
la plus terne qu'il peut, pour dissimuler ainsi Ç^"^* ^"* paraissait être celui-ci : que le Pape
ce qu'il y a d'éclatant et de digne dans le pon- Presserait a Rome , de l'avis d'hommes sages
tificat; c'est encore avec plus de noirceur et zèles, une bulle pour la réforme générale;
qu'il prête au Pape l'acte de dissimulation ^"^ ^^^^e bulle, qui aurait l'approbation des
engagea Jules-César Canani , son secrétaire, à Dandini . du 15 août 1550. ^
évêques les plus dévoués à sa Sainteté et à sa majesté ne pourrait manquer de réunir un nombre de suffrages suffisant; et puis, disait-il, une partie des dogmes était déjà décrétée , et les travaux des Pères de Trente avaient tellement disposé l'autre, qu'y mettre la dernière main serait l'affaire de peu de temps. Dans cet entretien, le nonce s'aperçut que les idées des Impériaux, relativement à la réforme, étaient bien changées ; car, jusque-là, ils avaient insisté surtout pour que la réforme fût le premier et comme l'unique objet du concile. Ils s'imaginaient par ce moyen pouvoir apaiser l'Allemagne. Dans la suite, instruits par l'expérience, ils s'étaient aperçus que l'agitation de cette mer tenait à ce qu'elle voulait franchir ses limites ; que par conséquent les restreindre ne serait pas apaiser, mais irriter davantage la tempête. Ainsi , au milieu de cette fermentation des esprits, l'expérience apprenait que les légères réformes faites précédemment ne pouvaient être mises à exécution. Outre cela , ces sages ministres voyaient bien qu'il y aurait beaucoup plus à réformer dans les villes du domaine de l'empereur, que dans celles de la domination romaine. Cependant à une autre époque , les circonstances ayant changé de nouveau, on vit renaître les premières prétentions, comme nos lecteurs le verront dans le cours de l'histoire.
3. Quant à la soumission des protestants, on parla de faire en sorte que tous les ordres de l'Allemagne suppliassent le Pape de continuer le concile à Trente, afin qu'ils fussent plus obligés à observer ce qui serait fait à leur demande. Enfin, pour ce qui regardait rautoritépapale,Granvelleditqu'outre qu'elle s'y sentait portée par son zèle pour la religion, sa majesté la défendrait non seulement par reconnaissance pour la bienveillance dont elle était redevable au présent Pontife, mais de plus parce que la diminuer serait affaiblir en même temps la sienne propre. Il déclara que l'expérience leur avait fait connaître deux vérités : l'une que la licence et l'inconstance, en fait de religion, déchaînent les peuplesqui tombent dans la licence et l'inconstance politiques ; car ils apprennent à mépriser comme vaine etimaginaire toute puissance qui est fondée sur des motifs de devoir et non sur les considérations de la force ; l'autre, que pour conserver à la religion la vénération et l'immutabilité, il faut lui reconnaître un chef universel et visible, parce que l'orgueil humain ne daigne pas vénérer longtemps ce qui est méprisé par le plus grand nombre, et parce que l'esprit renfermé dans les sens ne se forme pas une idée vive de ce qui ne lui est pas représenté par les mêmes sens. Il affirma également qu'on voyait clairement combien la liberté accordée aux prédicanls avait diminué l'autorité de l'empereur; mais qu'on ne pouvait plus la réprimer que parles armes. Telle est la condition de l'homme, aussi faible dans ses conceptions que dans ses actes : il ne lui est pas facile de discerner le mal tant que le remède serait applica-
ble ; et quand le mal lui est connu, il est incurable.
k. Le nonce ne trouva pas les mêmes dispositions relativement aux affaires de Parme. Il y avait à la cour impériale deux opi^ nions ; la première était celle du sénat milanais : il prétendait que cette ville, ainsi que Plaisance (1), appartenait évidemment à l'empereur; la seconde, celle de Gonzague : il soutenait que l'état milanais serait toujours en grand danger tant qu'il serait borné d'un côté par le Piémont, occupé alors par les Français, ennemis implacables de la monarchie autrichienne, et de l'autre par la ville de Parme , possédée par les Farnèse , qui, se croyant offensés et dépouillés, devaient être regardés comme ennemis. En conséquence il fut répondu au nonce (2) que l'empereur désirait qu'on décidât cette affaire par le droit, ce qui voulait dire par la force : car la force est le bras non seulement qui soutient, mais même qui sanctionne le droit. Entre particuliers la seule menace de la force suffitau droit qu'appuientquelques sergents; mais entre monarques, il faut l'emploi de la force soutenu de grandes armées.