‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 131 sur 348 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Préparatifs du Pontife pour la bulle de la réforme et du concile. Nouvelles négociations relativement à Parme et à Plaisance. Intimation du concile.

1. Le Pontife ayant reçu ces réponses, travailla aussitôt à la bulle de la réforme. Il chargea d'abord Massarelli (3), autrefois secrétaire du concile, et alors ministre secrétaire d'état, de faire sur cette matière un rapport dans lequel il relaterait ce qui avait été proposé dans le concile à ce sujet, et qu'on n'avait pas eu le temps de mettre à exécution. Ensuite il appela par brefs à Rome, pour y traiter avec lui cette affaire, les cardinaux Cervini et Polus, autrefois ses collègues, et Morone exercé dans les nonciatures et les légations d'AHemagne. Réunis aux autres, ils tinrent sur cet article différents conseils (4), et plusieurs fois il en fut question en plein consistoire. Bien plus , on statua aussi que, chaque semaine, on tiendrait à la même occasion deux ou trois réunions présidées par le doyen, et une autre présidée par le Pontife. Mais enfin on constata toujours l'existence du même inconvénient qui avait empêché le Pontife précédent de mettre un tel projet à exécution , c'est-à-dire qu'on craignit qu'au milieu de tant de passions et de tant de défiances , il n'y eût point de loi de réforme qui ne fût l'objet du blâme et des mauvaises interprétations de la communauté, si ce n'était pas la communauté elle-même

(1) Voyez Adrien, liv. 8.

(2) Cela csl dans une réponse du pape à Pigliini.du 14 octobre 1550, que nous citerons ensuite.

(5) Le Journal du 7 et du 28 seplen)l)re 1550. (4) Actes consistoriaux , du 3 et du 23 oclobre, du 5 et du 28 novembre 1550.

qui portait la loi. On fit aussi plusieurs assemblées (1) dans le but de dresser la bulle relative au concile; l'empereur, impatient de retourner en Espagne, en pressait la tenue auprès des partisans du Pontife (2). Cependant la proximité de l'hiver ne permettait plus d'espérer qu'on pût le rassembler avant lasiiison prochaine. Dans ces circonstances, l'affaire de Parme donnait beaucoup à penser; car de là, comme des entrailles d'un volcan, pouvait jaillir tout-à-coup une irruption qui porterait partout l'incendie.

2. Le Pontife continuait (3) à donner aux Farnèse toute sorte de marques d'affection , au point qu'il avait logé pendant quelques jours dans les deux palais que le cardinal Alexandre possédait à Rome, l'un comme patrimoine, l'autre comme résidence du vicechancellier, et, par une distinction extraordinaire, il y avait célébré le consistoire. Ainsi, par suite de cette bienveillance et en même temps afin d'empêcher ces seigneurs de se mettre sous l'égide de la France , pour se soustraire à l'épée de l'empereur qu'ils voyaient suspendue sur leur tête, et de troubler par là le repos de l'Italie et les apprêts du concile, quoique le cardinal demeurât hors de Rome, dans des lieux peu éloignés et délicieux, le Pontife lui faisait rendre un compte exact (4) de ce qui se passait dans ces délibérations, l'assurant qu'il ne manquerait jamais â proléger Parme et sa famille. D'un autre côté il ne cessait de s'employer de la manière la plus active à traiter définitivement avec l'empereur (5). En conséquence il chargea Pighinide répliquer à la réponse de Charles que nous avons rapportée, que, depuis la création du monde, on trouverait à peine un exemple d'un démêlé entre deux princes souverains, non soumis à un maître commun, qui ait été décidé devant un autre tribunal que celui de la guerre; que si les jurisconsultes de Milan attribuaient un droit manifeste à l'empereur sur cette ville, les jurisconsultes de Rome ne l'attribuaient pas moins au Pontife; qu'on ne pouvait donc trouver de meilleurs moyens de conciliation que l'arrangement en question ; qu'il serait à l'avantage de l'empereur , puisqu'il corrigerait en quelque sorte le vice de la spoliation, et colorerait d'un titre plus honnête la possession ; que le duc Octave n'était pas un prince assez puissant pour que les ministres de sa majesté eussent à craindre ses attaques , surtout si on ne permettait pas çà et là l'érection de nouvelles fortifications, bien plus, si on détruisait celles qui avaient déjà été faites entre Parme et Plaisance , villes assez distantes l'une de l'autre. Telles étaient les exhortations de Jules ; mais au lieu que la ratification de cet accommodement aurait

(1) Le Journal, siillout du 23 octobre, du 5 cl du 28 novembre 1530.

(2) Ola se trouve dans une lettre de Pighinielest indiqué dans le Journal du 8 octobre tSriO.

(5) Journal du 50 ju.llet et du 8 août L^50.

(4) Le journal du 14, du 1b et du 18 septembre 1550.

(5) Lettre écrite à Pighin,ici.i octobre 1550.

établi l'empereur dans une possession paisible et perpétuelle de Plaisance , son refus jeta le trouble dans les affaires d'état et de religion, et fut cause que non seulement il n'acquit point Parme, mais qu'enfin il crut à propos même de rendre Plaisance.

3. Cependant, dans la diète, on proposa à l'Allemagne de se soumettre au concile. Et comme dans le projet de rédaction de cette proposition on disait : qui sera continué à Trente, le nonce , à qui il fut communiqué , s'y opposa (1) , pour ne pas laisser porter atteinte à la validité de la translation. Ainsi on substitua d'autres termes. Le duc Maurice, • nouvel électeur de Saxe, demanda un concile qui ne dépendît aucunement du Pape, et où ceux de la confession d'Augsbourg eussent voix délibérative : on rejeta cette motion (2) comme opposée aux dispositions de la diète précédente. Les autres, tant catholiques que protestants , consentirent absolument (3). Ainsi l'empereur notifia au Pontife la preuve de la soumission de l'Allemagne, et celui-ci publia dans le consistoire une bulle qui fut entièrement dictée par lui (4) pour reprendre le concile à Trente. Il l'intimait pour les calendes de mai.

4. Sarpi raconte que la rédaction de cette bulle déplut à l'empereur et aux zélés catholiques, parce que, comme il l'insinue en cet endroit et comme il l'affirme ailleurs , on y disait ouvertement qu'on continuerait le concile à Trente, et on enlevait par là aux protestants tout espoir d'examiner de nouveau les décrets antérieurs, espoir sans lequel on ne devait pas s'attendre à les voir paraître au concile. Outre cela, dit-il, on s'y exprimait en termes trop clairs et trop peu mesurés sur la suprématie que le Pontife y devait exercer. Et il ajoute que l'ambassadeur Mendoza essaya inutilement de la faire modifier. Pour moi , je ne sais rien de cela même , je sais que cela est en partie faux et en partie invraisemblable. Il n'est pas vrai qu'il y eût dans la bulle de terme qui fît allusion à la continuation, comme le feint Sarpi, pour donner insidieusement à croire aux lecteurs, que le débat qui avait existé entre Charles V et Paul III avait été terminé à l'avantage de Charles par le successeur de Paul. L'empereur avait élevé cette prétention à laquelle il prétendait pour ainsi dire avoir droit, et il avait contesté par les actes les plus solennels la validité de la translation. Aussi, comme nous l'avons remarqué , il avait cherché à glisser un mot analogue dans la proposition faite aux états ; mais le nonce le rejeta à propos, et nulle part on ne trouvera cette expression dans la bulle, où on lit au contraire celle-ci : reprendre , poursuivre. Ensuite, il n'est pas vraisemblable que l'empereur et les catholiques se soient plaints que le Pontife eût usé dans sa bulle de termes

(1) Dans la leUre déjà citée de Pighini, ^2) Bzovius, à l'année 1530.

(3j Le 14 novembre 1550.

(4) Lettre de Dandi!ii , secrétaire du Pape , au nonce à Yenise, dn 18 octobre 1550,

clairs, soit pour supposer et ne pas révoquer en doute les décrets déjà établis , soit pour inarquer sa prééminence surleconcileintimé. Quant au premier point, ne l'avait-il pas, aussi bien que son prédécesseur, toujours déclaré dans une foule d'écrits rendus publics et même livrés à l'impression? Bien plus , l'empereur lui-même, dans ses protestations de Bologne et de Rome , alors imprimées par les mêmes hérétiques, en haine du Pontife , n'avait-il pas demandé la continuation du concile précédent? Quant au second point, cette bulle promettait-elle au Pape , sur le concile, une plus grande autorité que celle dont il avait été fait mention auparavant dans îes bulles de Paul, et qui avait été exercée de son temps sur le concile? Si donc l'empereur dans les demandes réitérées et les protestations que nous avons rcspportées, avait toujours loué et approuvé le concile tenu alors à Trente, et par conséquent la forme qu'on y avait ob-

dans la diète , c'était justice de persévérer dans la résolution d'attendre le concile et d'y assister? Or comment un semblable décret pouvait-il, dans la réalité et au jugement du grand nombre, être en opposition avec la bulle du Pape, dans toutes ses parties, puisque l'empereur y en. oignit que tous eussent à s'en rapporter au concile qu'il avait obtenu et que le Pape avait intimé par cette même bulle? Mais arrêtons-nous à considérer en particulier ces contradictions dans toutes leurs parties.

6. Celles qu'il signale se réduisent à trois : voici les deux premières : celui-ci veut diriger le concile, celui-là veut que tout se fasse avec ordre et juridiquement. Celui-ci veut présider , celui-là veut qu'on décide d'après l'Ecriture et d'après les Pères. En quoi consiste la contradiction? Est-ce au fond? Estce dans la forme? Ce n'est pas assurément au fond : car la bulle ne voulait pas qu'on n'a-

servée, comment pouvait-il paraître étrange, gît point avec ordre et légitimement, et qu'on

soit à lui, soit aux autres qui avaient publié ne prît point de décisions conformes à l'Ecri-

. .A./, -- i..:. — 1. TT. ... ,^ . ture. Mais ce n'était pas ce que voulaient les

hérétiques qui , méprisant l'autorité et l'interprétation des Pères , prétendaient se res-

ct prôné ces écrits , que le Pape intimât le concile de cette manière? Mais depuis que la première édition de cet ouvrage a paru, j'ai su, à n'en pas douter,qu'autant ce récit paraissait dénué de fondement, autant il est faux dans la réalité. Car j'ai vu, dans les registres du secrétaire Dandini, que Jules voulut différer de publier à Rome ou d'imprimer la bulle, jusqu'à ce que l'empereur la vît et la fît promulguer en Allemagne (1). Il la lui envoya avec un bref, formalité dont il se dispensa à l'égard des autres princes allemands, par la raison que c'était une reprise du concile et non une nouvelle convocation (2). Et en effet il ne la publia et ne la livra pas à l'impression qu'il n'eût appris parle nonce Pighini que cela plaisait à l'empereur (3) qui la ht publier ensuite dans la diète (i).

5. Sarpi raconte en outre que le Pape ayant promulgué, sans l'agrément de l'empereur, la bulle où il parlait ainsi , l'empereur, à son tour, promulgua, le 13 février 1551, le décret de la diète que le public, dit-il, prit pour une réfutation de toutes les parties de

treindre à la seule Eci'iture expliquée à leur fantaisie. Il n'y avait pas non plus de contradiction dans la forme, comme il y en aurait eu si le Pontife et l'empereur se fussent attribué au même titre la direction du concile ; car le Pontife voulait le diriger comme chef et comme président, dignité que reconnaissait en lui le décret où il était dit que l'empereur avait obtenu du Pape la convocation du concile , puisqu'il est évident que c'est l'inférieur qui obtient la convocation des conciles , et que c'est le supérieur qui la fait. D'un autre côté, l'empereur, dans la rédaction du décret rapportée par Sarpi luimême , déclarait qu'il voulait s'y intéresser, comme avocat de la sainte Eglise et protecteur des conciles. Or, qui ne sait que l'avocat n'est ni prince ni juge, mais seulement ministre? Etait-ce par hasard chose nouvelle et contraire à la bulle du Pape, que l'empereur prêtât l'appui du bras séculier pour la réussite et la sûreté du concile?

la bulle , comme il l'était en effet. Homme ad mirablel ne se rappelait-il pas qu'immédia- 7. Voici la dernière contradiction raptement auparavant, en rapportant le contenu portée par Sarpi: celui-ci veut continuer, de ce décret, il avait dit qu'on y rappelait celui-là veut que chacun puisse proposer selon de nouveau : que tous les ordres de l'empire, *^ conscience. Par rapport au mol continuer, dans la diète précédente et dans la diète actuelle, on a déjà montré que l'empereur, au conavaient résolu de se soumettre au concile ; traire, le voulait et que le Pape s'y refusa. Mais qu'en conséquence Vempereur s'était employé quant à l'acceptation des décrets déjà établis, auprès du Pape, et avait enfin obtenu que le outre ce que nous venons de dire, Sarpi luiconcile serait remis à Trente, le 1" mai de niême ne rapporte-t-il pas qu'il était dit dans l'année suivante; que le Pape ayant agi ainsi, ^^ décret : que l'empereur avait obtenu du et que la convocation ayant été lue et proposée Pape que le concile fût remis à Trente? Il

avouait donc que le concile y avait déjà été, parce qu'on ne remet pas une chose là où elle n'a pas été réellement, et par conséquent on déclarait que les règlements faits antérieurement à Trente n'étaient pas émanés d'une moindre autorité et n«' devaient pas être considérés comme moins solides que les règlements qu'on y ferait dans la suite. Et pouvoir proposer selon sa conscience, ne veut pas dire, pouvoir proposer contre la foi ca-

(1) LeUre de Dandini au nonce près l'empereur, du 17 décembre 1550, dans le legishe déjà cité.

(2) Lcure de Dandini à Tabbé Marlineng, nonce auprès du roi des Romains, du 5 janvier 1551, dans le regisirc cité.

(5) Ce!;» osl pris dans une lettre de Dandini au dit nonce auprès de l'enipcreur , du 27 décembre 1550.

(4) Cela esl pris dans une Iclirc de Dandini au dil nonce auprès de rcmpcreur, du 25 ianvior 1551.

tholique, et par conséquent contre sa conscience.

Mais il faut que nous nous arrêtions un u aux débats relatifs à Parme ; ils influèrent

peu

l'empereur, toute animosité entre les Farnèse et les Gonzague. Le second était qu'Octave reconnaîtrait tenir les deux villes des deux princes, et jurerait également fidélité à tous les deux, excepté le cas où l'un viendrait à

beaucoup sur la marche du concile. Car il les deux, except( . , .

en est du «^rand comme du petit monde : c'est attaquer l'autre ; que 1 empereur retiendrait

un composé d'esprit et de corps dans lequel la citadelle et la garde de Plaisance autant de

l'esprit, quoiqu'il commande, est néanmoins, temps qu'il lui plairait; qu'on n'y mettrait,

bien dépendant de son es- -"'"" ' " ''^"""" -

pour ses actes , clave.

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