‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 133 sur 348 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Choix des présidents du concile. Monitoire contre le duc Octave. Mission de Dandini près de l'empereur, et d'Ascagne de la Cornia près du roi de France.

1. Au milieu de la sollicitude de son gouvernement, le Pape ne laissa pas de s'occuper du concile. Ainsi, comme il ne pouvait y employer Cervini, contre la légation duquel l'empereur était trop prévenu, il choisit dans le consistoire du 4 mars (1), pour être légat du concile, le cardinal Marcel Crescenzio, Romain, en qui , eu égard à sa grande doctrine et sa haute prudence, il avait une confiance singulière. C'était pour les mêmes raisons qu'il l'avait choisi peu auparavant pour être légat de Bologne, c'est-à-dire, pour être, dans ces temps si critiques, gardien de l'état ecclésiastique (2). II ne lui donna aucun collègue, tant pour épargner la dépense, que parcequ'il lui sembla qu'une égalité d'autorité dans les chefs pourrait occasionner quelque désordre. Il lui adjoignit cependant, pour le seconder et pour relever sa dignité, deux évêques en qualité de présidents : c'étaient des hommes déjà éprouvés dans les fonctions du concile et dans les affaires d'Allemagne, etremarquables par toutes sortes de bonnes qualités, Sébastien Pighini, archevêque de Manfredonia, et Louis Lippomani, évêque de Vérone. L'un était encore auprès de l'empereur, l'autre résidait dans son église. Il les appela par brefs (3) ; par ce moyen il pensa aussi peut-être qu'il ferait honneur et plaisir à tout l'ordre des évêques, qui s'était montré si jaloux dans la précédente réunion du concile, que le Siège apostolique ne voulait pas les humilier dans celle-ci. Ils voyaient alors en eftet qu'il les faisait passer du rang de simples membres du concile à l'honneur de le présider.

2. A cette même époque, il publia un monitoire contre le duc (k) Octave. Il y exposait toutes les peines qu'il s'était données auprès de lui, par lettres et par ambassades, pour l'empêcher d'introduire dans Parme la garnison d'aucun prince étranger. Il lui défendait de nouveau de le faire ou d'y donner lieu par ses menées, sous peine de perdre son fief et d'être déclaré rebelle (5). Et quoique l'évêque de Paule, qui demeurait auprès du prince, fît mieux espérer au Pontife de l'obéissance de ce dernier, et que le Pape travaillât à amener ce résultat de concert avec le cardinal Farnèse (6) , qui passait pour être attaché à l'empereur par affeclion et par intérêt, néanmoins envisageant qu'Octave, atterré par les menaces des Impériaux, ne pourrait s'empêcher de s'appuyer sur le secours des Français, et que ceux-ci alléchés par l'occasion ne pourraient s'empêcher de monter

1 ) Acles consistoriaux.

'2) Le Journal du 9 mars lo5L (3) idem.

(i) Id., du 5 mars.

Ib) Id., du H mars.

(6) Id., du 2 et du 50 avril.

(Dix -huit.)

HISTllŒ DU CONCILE DE TKENTI

sur le cheval sous prétexte de le défendre, d'Urbin, qu'il voyait protégé par les Vénitiens, Jules voulut s'ouvrir aux cardinaux et s'en- et que Charles lui-même ne faisait pas autendre avec l'empereur. 11 exécuta la pre- trement à l'égard de ses grands vassaux mière partie de ce dessein dans le consistoire, d'Allemagne. Le Pape fit aussi dire à l'empeoù il montra la ferme résolution de recourir reur, comme quelques-uns de ses fidèles et auxarmespoursefaireobéir(l),silesdéfenses sages conseillers le lui représentaient, que ne suffisaient pas, et oùil manifesta en même s'il laissait les Farnèse se consumer lentetemps la volonté de reprendre le concile le ment aux prises qu'ils étaient avec les monilei T.our de mai. Pour l'accomplissement de toires, les excommunications et les dépenses, la seconde partie de son dessein, il choisit un qui les rendraient d'abord à charge , et enmédiateur sur la fidélité, la prudence et les suite insupportables à leurs sujets, fatigués connaissances duquel il pouvait compter cer- du joug pesant des Français, qui entreraient tainement. C'était le chef même du sécréta- chez eux sous le nom de protecteurs selon le riat d'état, c'est-à-dire, Dandini. 11 l'envoya à sens primitif et le plus recevable, mais qu'ils l'empereur, lui enjoignant (2) de ne parler interpréteraient ensuite selon le sens devenu

à sa majesté que seul à seul. Le Pape avait communiqué à l'empereur ce que le cardinal de Ferrare lui avait confié sous le plus rigoureux secret : que le roi avait écrit et à lui-même et au cardinal de Tournon, et à monsieur de Termes, ambassadeur résident à Rome, pour se plaindre amèrement

commun, ils seraient réduits à demander, comme une faveur , les bonnes grâces de sa Sainteté et de sa majesté aux conditions auxquelles l'audace et l'impétuosité de la jeunesse aussi bien que les offres exagérées des étrangers leur faisaient alors fermer les oreilles ; que la manière non seulement la

que Jules eût voulu l'empêcher de préserver plus convenable, mais encore la plus sûre de

une ville si considérable de ITtalie, ville terminer les querelles à son avantage, c'était

même ecclésiastique , de l'usurpation de de fatiguer son ennemi sans s'incommoder

l'empereur, usurpation à laquelle tout bon aucunement soi-même, et qu'il n'y avait pas

prince devait s'opposer, et plus qu'aucun de ruse de guerre qui contribuât plus à la

autresa Sainteté, comme souverain de Parme, victoire que de savoir modérer l'ardeur de

et le roi, comme ennemi deCharles et unique vaincre. Mais autant ces considérations

digue opposée en Europe aux inondations de avaient eu de prise sur l'âme de Jules , porlé

sa puissance qui débordait. Il disait de plus à la paix par caractère et dans l'intérêt de ses qu'il ne lui était pas permis de priver de se>

cours les Farnèse, qui s'étaient réfugiés sous son égide et à qui il avait promis sa protection (3) ; qu'en conséquence ils eussent soin de commencer par justifier auprès du Pape la sincérité de leurs actes et de lui témoigner leur respect filial ; mais qu'au besoin ils lui déclarassent que si sa Sainteté, pour une raison si injuste, troublait la paix de l'italic, le roi serait obligé d'agir conformément à sa

états , autant furent-elles de nul effet sur l'esprit belliqueux de Charles, accoutumé à retirer de presque toutes ses guerres l'honneur et le profit de la victoire.

3. Cependant, pour celte nouvelle mission dont le Pape chargeait Dandini auprès de l'empereur, les instructions portaient : qu'il ferait voir à sa majesté, dans toute la suite des actes du Pape, une franchise qui ne s'était jamais démentie, vertu qu'il était d'autant plus jaloux de pratiquer, qu'il se faisait

parole et à sa dignité. Le cardinal ajouta tant plus j

(lu'il avait été résolu entre ses deux collègues gloire de jouir de la réputation de loyauté ;

•t lui de tenir celte commission secrète jus-

qu'il rappellerait à sa mémoire et lui expoqu'à ce qu'on vît comment réussirait la nègo- serait de nouveau ce qui s'était passé jusqu'à cialion d'Ascagne de la Cornia , qui n'était ce jour dans l'affaire de Parme; qu'il dirait

pas encore arrivé à Paris ; mais qu'en attendant il avait voulu , comme bon serviteur du Pape, prévenir sa Sainteté en lui faisant parvenir plus tôt ces renseignements ; qu'il osait aussi lui rappeler que c'est grande prudence aux souverains de dissinmler avec leurs sujets, au lieu de se hasarder à faire contr'eux un essai peu honorable de leurs forces ; que c'était la conduite (juavaient tenue plusieurs fois Jules II, Léon et Clément, envers son

comme le Pape était affligé au-delà de tout ce qu'on pouvait croire de la conduite de Henri et d'Octave , et que si le second ne pouvait être ramené à une obéissance pacifique, chose dont pour lors il désespérait, il était résolu de courir la même fortune que sa majesté; qu'il prierait sa majesté, qui avait plus l'expérience de la guerre et plus de troupes à sa disposition , de juger s'il était plus prudent de la déclarer sur-le-champ ou de dissimuler, le Pape s'en tenant pendant ce temps-là à la seule répression des sentences et des censures , répi'ession nécessaire

père le duc Alphonse, contre lequel ils étaient

mal disposés ; que nonobstant cela, comme

ilsneprevoyaient pas qu'ils auraient l'avan- . • , - , ...

tace dans le débat, ils avaient temporisé ; POur "c pas autoriser le mal par le silence ;

que Paul en avait usé de même avec le duc que, quant à la seconde partie, il exposerait

que la guerre est comme un labyrinthe, où l'on peut toujours entrer, mais d'où l'on ne trouve pas toujours le moyen de sortir;

(1) Le 6 avril, connue il est dit dans le Journal.

(2) Dans rinslniction qui lui fut doiniée le 30 maL Beaucoup de papiers appartenant à Dandini, ou concernant aussi le pontilicat de Jules 111 , dont il l'ut secrétaire, papiers que nous citerons dans cet ouvrage , se trouvent chez Hercule Daudini qui nous ïes a couinmiiiqués.

(5) Lettre de Dandini à Berlano du 10 mai 1551.

qu'elle exige des dépenses plus fortes qu'on ne l'avait pensé d'abord , et que l'empereur n'avait peut-être pas alors à sa disposition assez d'argent; qu'on pouvait craindre quel- (jùc grand soulèvement parmi les Turcs, ave

lesquels les Français parlaient de se liguer, soit qu'ils eussent réellomonl intention de le faire , soit qu'ils ne voulussent qu'effrayer ; qu'on n'avait pas moins lieu d'appréhender quelque grand échec pour le concile, au succès duquel on savait bien que la paix, était nécessaire; que son application à cette entreprise pouvait détourner l'empereur de quelque autre plus utile en Allemagne , où les choses n'étaient pas encore réglées ; que c'était peut-être là le but des Français.

k. Il fut aussi enjoint au nonce de se concerter avec sa majesté relativement au jour où l'on reprendrait le concile, et d'evaminer s'il ne conviendrait pas de le différer jusqu'en septembre, afln que pendant ce temps-là la récolte vînt diminuer la rareté des vivres qui affligeait cette année l'Italie , et qui était cause que les prélats répugnaient beaucoup aux dépenses du voyage ; et afin d'avoir aussi

un échange contre Camerino. Ascagne devait donc prier le roi ou d'engager Octave d'obéir à son souverain, ou de le laisser à sa liberté, sans lui donner protection contre son souverain ; que sa majesté eût à considérer que l'opiniâtreté d'Octave serait de mauvais exemple pour tant d'autres feudataires de l'Eglise. Le nonce devait rappeler doucement au roi que l'empereur, quoique fort mécontent de Paul III, n'avait jamais voulu appuyer de ses armes Ascagne Colonne, quoique celui-ci fût d'une famille qui avait si bien mérité de sa couronne, et qu'il eût été dépouillé de ses états par le Pontife ; que le roi trouverait plus d'avantage à se conserver le Pontife, et par conséquent avec lui Parme, qu'à gagner Octave et Parme en perdant le Pontife, qui serait obligé de recourir à ses forces et à celles des autres pour recouvrer ce qui lui appartenait ; que si le roi ne cédait pas à ces

Je plus amples renseignements sur cette as- raisons, Ascagne devait du moins le prier de semblée nationale de France, déjà indiquée , trouver bon que le Pape invoquât le bras de

l'empereur pour défendre ses droits sur

contre laquelle il faudrait combattre à Trente, relies furent les instructions dont Dandini fut chargé dans sa nonciature.

5. Mais on reçut la nouvelle (1) que l'empereur, jaloux dés Français et indigné contre Octave, se disposait à la guerre et faisait au

Parme, l'assurant qu'il n'étendrait pas audelà de cette ville ses contestations avec les Français et sa ligue avec l'empereur.

G. Sur le second objet, Ascagne devait exhorter le roi à se montrer favorable au

Pontife les plus larges propositions. Le Pape concile, en l'honorant de la présence de ses voulut auparavant donner solennellement ambassadeurs et en déclarant que , par son îu roi de France une marque de déférence: édit, il n'avait pas entendu empêcher ses il lui envoya donc Ascagne de la Gornia, son évéques d'y aller. Il devait aussi rappeler à neveu du côté de sa sœur (2). C'était un guer- sa majesté qu'un prince chrétien ne pouvait rier remarquable alors pour sa valeur; dans '

la suite ce fut un des plus fameux capitaines ie l'Italie; et il combattit comme maistrele-canip général de toute l'armée chrétienne, c'est-à-dire, de l'instrument le plus^efficacé lorsqu'on remporta sur les Turcs la fameuse que Dieu ait établi pour le bien de son Eglise. victoire de Curzolari. Son oncle lui donnaune ^^^'^" - •--* i':~. — .^-^

instruction qu'il devait communiquer au roi, |et quelques ordres particuliers. L'instruction embrassait deux objets, Parme et le concile. Quant au premier, il devait représenter à sa majesté que , vu l'affection et la reconnaissance que le Pape avait témoignées , même an consistoire , pour sa personne royale, et vu la tendre amitié qu'il avait portée aux Farnèse , il serait impossible de persuader à l'empereur et au public que les Français entraient à Parme et que les Farnèse en ouvraient les portes, sans que le Ponlife y prêtât la main ; que ce préjugé lui attirerait et ie grands reproches et beaucoup de maux ; qu'il avait exposé ces raisons aux représentants de sa majesté à Rome , et qu'il les lui avait fait exposer à lui-même par le nonce ; mais que de plus, pour prouver son désir extrême de se maintenir dans des rapports d'amitié avec sa majesté, il lui envoyait présentement un de ses propres neveux; que le prétexte qu'avait allégué sa majesté , en disant que les Français ne mettaient le pied à Parme que pour empêcher les Impériaux de l'y mettre, disparaissait depuis l'offre de faire

(1) Cela esl dans l'inslruclion donnée au trésorier Moiitcpiilciano, envoyé à l'empereur le 22 juin. Celle inslruction est dans les papiers de MM. Borghèse.

(2) Voyez Adrien, liv. 8.

Voilà ce que portait l'instruction.

7. Les ordres secrets donnés à Ascagne se réduisaient surtout à deux : c'était de se faire expédier promptement, et de ne pas se laisser amuser par des paroles équivoques jusqu'à ce que les habitants de Parme eussent fait la récolte, qui était proche ; c'était ensuite de ne pas consentir à l'arrangement de précaution que les Français demanderaient au Pape avec quelque garantie, ce qui, extorqué par la violence, ne serait ni sincère ni durable ; la connaissance qu'ils avaient eue précédemment de son affection et de sa candeur (1), devait leur suffire.

8. Le Pape pensait prudemment qu'on chercherait en France des délais (2), pour donner aux Parmesans le temps de "ramasser la récolte et les fruits. En effet, après avoir essayé d'endormir Ascagne par des démonstrations pleines d'affabilité, qu'il n'accompagnait toutefois que d'espérances vagues , le roi, le voyant tout disposé à partir, répondit par écrit a l'instruction du Pape qui lui avait été communiquée, qu'il enverrait à sa Sainteté un gentilhomme. Cet envoyé fut M, de Montluc, qui se fit connaître depuis par la défense de Sienne, défense d'autant plus ho-

(4) Cela est dans l'inslruclion donnée àMontc.puIciano.

(2) Voyez Adrien, liv. 8.

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norable pour lui, que le mauvais succès même et admirer davantage son courage , et par les mémoires qu'il écrivit sur ses laits militaires. Il vint donc, mais il ne parla nullement au Pape de celte alYairc; et au premier mot que le Pontife voulut lui en dire, il s'excusa, comme nous le rapporterons ci-après, ^ar les grands sont bien lents à enlever aux autres grands l'espérance ; c'est un fort lien qui tient enchaînés à eux ceux qui sont mdépendants par leur condition, et dont rare-

el les évêques qui s'y étaient rassemblés, sani excéder le nombre de 13, et qui étaient pres4 que tous de la dépendance de l'empereur. vinrent à sa i-encontre deux milles au-del* de la ville. Lorenzo Platano , Flamand, secrétaire de Madrucei, reçut les légats cl les présidents; il leur adressa un discours latim au nom de son maître : il y louait la résolulion du Pape , et mettait sa personne et sa ville à la disposition de cette sainte assemblée. Antoine Fioribello,Modénois, secrétaire

ment on parvient à se dégager à l'aide de ses du légat, le remercia également dans un dis propres mains, quand une fois on s'y est cours lalin. Arrivés à une église proche de la

laissé embarrasser

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