CHAPITRE XIV
Les présidents se rendent au concile : dans quel ordre et avec quelles cérémonies. On tient la session, et l'on proroge les décrets jusqu'au premier jour de septembre.
1. Ces dispositions à une rupture avec les Fra-ncais n'empêchèrent pas Jules de s'occuper d*e l'ouverture du concile : au contraire , il y travailla avec plus d'empressement. Ainsi, ayant désigné, pour en être de nouveau secrétaire, Massarelli{l), homme expérimenté et fidèle, il l'envoya en poste (2). Il lui enjoignit de s'entretenir, en passant par Eologm , avec le légal Crescenzio, qui résidait dans cette ville, et de lui signifier d'aller à Trenli' , si les réponses de Charles à Dandini ex.-riiinienl \v désir do voir commencer le concile; et <îu contraire de rester à Bologne, s'il plaisait à l'empereur de dilîerer pour la comiiiodilé des Allemands. Cependant les deux prélats présidents devaient ouvrir le concile au jour prescrit. Jules voulait celle ouverture, et parce qu'on avait éijrouvé la preii.ière fois qu'elle est coinme le dernier signal d- la cloche qui met eu mouvement ceux qui sont convoqués; cl parce que le concile général une fois ouvert, ou ne pouvait plus en convoquer un national en France. Ainsi, dans le consistoire du 'I'* avril (3), il ordonna d'adresser à Dieu des prières publiques pour le bon succès de celte œuvre, et commanda à tous les évêques qui étaient à
ville, ils descendirent, déposèrent leurs habits de voyage , et se revêtirent des habits pontificaux. Là se présenta à eux François Var-gas , intendant du fisc impérial, qui leui montra ses lettres de créance et de pouvoirs,! Ensuite il parla, dans les termes les plus respectueux et les plus affectueux , pour offrir au concile les services de l'empereur | toutes les fois qu'il en serait besoin. Il s'é-j t'udit beaucoup sur l'éloge du Pape, du légal i et des présidents, et sur la joie qu'éprouvai l'empereur de celle convocation. Le ton d^( la réponse du légat fut grand et respectueux Etant remontés à cheval, ils entrèrent deu à deux dans la ville, d'abord le légal et 1 cardinal Madrucei, ensuite les deux prési dents , et successivement les autres prélats A son entrée le légal fut reçu avec joie par le clergé et par le peuple, et conduit sous uni dais à la cathédrale, et de l<à, après les cérémonies accoutumées et les publications d'indulgences, à son habitation. Le même jour arriva à Trente François de Tolède, envoyé par l'empereur comme ambassadeur auprès du concile.
3. Survint un débat de préséance entre le cardinal Madrucei, elles prélats présidents. A la prière du cardinal, le «secrétaire demanda là-dessus les ordres de Rome. En attendanl , on plaça le cardinal le premier, pour ne pas lui déplaire (1), bien que le légal désirât attendre auparavant (2) les ordres du Pape à ce sujet; ce qui eût été le meilleur parti, puisque ces ordres prescrivirent tout le
Rome, au nombre de 8i (4-), de s assembler a (contraire de ce qu'on venait de faire (3) , et Trente. ... „ . , obligèrent à un changement. En effet , il fut
de
-2. A l'arrivée deMassareUi,Crescenzio n a- ordonné que, dans les fonctions non synodalUencoi-'reeudeDandimrienqui 1 miormal j^g ^^^^ ^^ sessions , soit de congrégations, 3 î'inlv>niioa de l'empereur; c est pourquoi j^^ ^^.^j^ présidents siégeraient ensemble corn-
il ne *ii alors aucun mouvement. Mais l'^ Pape ayant changé d'avis , pensa qu'il ét;.it plus honorable li'ouvrir le concile en présence du lé"- il (o). Cep'.'ndmt Dandini, à son relour, étant passé par Trente le 24 avril, y appnt que le déJr de Charles était qu'on procédât lentement, pour les raisons que nous avons exposérs. Le légat arriva donc à Trente le 29 (6). Le cardinal Madrucei, les archevêques
(1) Le 15 ^vril, comiiio il esldililiiis le Journal.
(2) Voyez le .loiiriial (lu 18.
{'}) Actes coiisislnri;iux.
<4) Voyez le Journal du 10 mai, ^5) Le .ifunial. ,
(0) Le Journal. Cela, ainsi que Kml ce qui se lil a Trente jusqu'à la husiiension el au déparldes présidents, ÇA dan; un loniedes Ados authentiques con-
egerai
me lorsqu'il y avait trois légats, el que Madruce aurait un siège à part, honorablement orné et séparé des évêques. Connue le prince d'Espagne, qui devait passer tout prochainement par Trente , était alors déclaré roi , il fut aussi enjoint au légat de sortir à sa ren-
servésau Cliàleau snrle(iuelon \\t:Aclaconcilii Tr'id. sub .1 idio ] H , ow sonlaus>iconlenus les.senlinientsdes lliéologiens de l'ordre inférieur énonces dans lenrs réunions. Ce voliniie est double, c'est-à-dire, l'un est niarcpié de la lellre E, l'autre de la Ictlre F. Le second contient plus de clioses que le premier.
(I) Journal du 50 avril et du 1" mai.
l'i) Lettre du légat à Dandini que nous rapi)orl€« roiis ci-après.
(7>) Journal du 11 mai.
S6l LIVRK ONZIEME. 5Gt
centre jusqu'au-delà des portes de la ville, l'archevêque de Sassarî monta en chaire, et
de le metlrc à sa droite, et de l'accompagner proposa les décrets de l'ouverture et de la
jusqu'à sa demeure, sans pourtant descendre prorogation du concile, qui furent unanime-
de cheval en cet endroit. ment acceptés. Ces jours -là et les suivants
4. On tint la première réunion le dernier arrivèrent au concile, en grand nombre, des
jourd'avril: on y proposa d'ouvrir le concile évêquesduprcmierordre(l).Onn'y formapas
le lendemain , et d'en proroger la conti- cependant les congrégations pour l'examen
'nuation jusqu'aux calendes de septembre, des matières, et parce qu'on avait fort avancé
Dès cette première délibération, qui n'eut pas la première fois le travail à Trente , puis à
une grande importance, Dieu permit qu'il ré- Bologne, et parce qu'on voulait montrer aux
gnât plus de liberté que de concorde dans Allem.ands qu'on les attendait pour délibérer,
Icette nouvelle assemblée. Tous approuvèrent et non pas simplement pour assister au ce—
l'ouverture et en général la prorogation du rémonial : car beaucoup pensent que, dans
concile, pour attendre les Allemands; mais les grandes assemblées , le principal est de
le délai parut long au plus grand nombre; discuter les décrets, et l'accessoire de les
icar beaucoup d'entre eux avaient déjà passé former.
là six années , et quatre de ces années dans CHAPITRE XV.
le repos , après la translation. Plusieurs fois Passage par Trente du prince d'Espagne et
Paul III les avait invités à aller à Bologne du roi de Bohème. Arrivée de plusieurs am~
pour continuer l'œuvre avec ceux de leurs bassadeurs royaux et de trois électeurs ec-
'collègues qui avaient quitté Trente; mais clésiastiqucs. Douzième session,
l'opposition de l'empereur les en avait cm- ^ po^^ ne pas interrompre mon récit , je
•péchés : aussi avaiont-ils un très-grand desir raconterai d'un seul trait ce qui se passa
|d'en finir et de retourner définitivement a à Trente jusqu'à la douzième session , qui
leurs églises. La plupart donc se rangèrent peut ^tre considérée comme le commence-
de l'avis de Jean Fonscca, évéque de Lastel- „i(.nt de la reprise du concile.
lamare , qui pensait qu'on devait proroger Philippe, prince des Espagnes, qui retour-
isans fixation de terme, pour être à même de n^it ^^^^ ces royaumes , arriva à Trente le
se remettre à l'ouvrage le plus tôt qu on 6 juin. Son père avait essayé de le faire élire
pourrait. Mais Pighini, le premier des deux ^oi des Romains après Ferdinand, et avait
présidents , répliqua adroitement en mon- offert à celui-ci , pour obtenir son consente-
.tranl que si on prenait ce délai , ce n était ^^^^^^ tle se l'associer alors à l'empire, selon
pas afin de tenir le conciic dans, l'inaction , l'usage des temps anciens où deux empe-
mais pour des raisons d'utilité et de neces- ^curs régnaient ensemble. Mais Ferdinand
sité; que cet intervalle était indispensable si répondit pour excuse qu'il ne pouvait rien
,on voulait y voir venir les protestants, pour arrêter sur son fils Maximilien, déjà roi de
,1a conversion desquels cette nouvelle assem- Bohème et gendre de Charles, au nom de qui
jblée avait été ordonnée; que, pour lui, il jj gouvernait alors les Espagnes. Maximi-
savaitquetelleétait la volontéde l'empereur, lien , laissant donc sur-le-champ sa femme
.près duquel il avait été nonce tout recem- jans son gouvernement, revint en Allema-
ment, et qu'il ne fallait pas un moindre espace g^^^ très-décidé à empêcher la réalisation de
do temps pour y voir arriver les autres, que ce projet. Il savait bien que les Allemands
retenaient alors la rareté des vivres et la étaient plus portés pour lui, parce qu'il était
crainte de la guerre. On prit donc de nouveau prince de la nation, moins redoutable et des-
les avis. Alors Salvator Alepus, archevêque (i^é ^ habiter avec eux. Ce dessein s'étant
de Sassari, qui n'avait pas la première fois jonc refroidi pour lors, et Philippe reve-
déclaré son sentiment, sous prétexte de vou- ua^t (2) en Espagne, passa par Trente. Et il
loir auparavant entendre celui des autres , j^g semble qu'on ne regardera pas comme
adopta l'opinion de Fonscca , malgré le rai- fnvole le récit succinct des cérémonies qui
sonnement du président : il alléguait que si eurent lieu dans cette circonstance. Ce qui
l'on avait égard à la commodité des rebelles m'autorise à penser ainsi , c'est, d'une part,
et des hérétiques , il fallait encore tenir plus l'exemple des historiens les plus fameux des
, de compte de celle des hommes soumis et des temps modernes ; de l'autre, l'usage commun
catholiques , sans les laisser se consumer ^^e notre époque. En effet, le monde aujour-
au milieu des ennuis d'un ajournement sans ^'hui fait si grand cas de ces démonstrations
fin. Mais, au contraire, Fonseca et d'autres extérieures, que souvent c'est à cause d'elles
avec lui changèrent de sentiment, et ce der- que les affaires les plus importantes échouent,
nier parti l'emporta dans l'assemblée. Ainsi, et que cesse toute espèce de rapport entre
le lendemain on célébra la onzième session ^çux que la nature avait unis des liens les
(In concile (1). Le légat célébra la messe; ce piyg étroits. Ainsi, la valeur des connaissan-
ful sa première. Sigismond Fedrio, surnom- p^s aussi bien que celle des monnaies se ju-
me, à cause de son pays, Diruta, mineur géant sur l'estime qu'on en fait communé-
convenluel, fit le sermon en latin. Le secré- ment, on ne devra pas mépriser comme peu
taire y lut les deux bulles pontificales, l'une important à lire ce qui est réputé si impor-
sur la reprise du concile dans cette ville , tant à faire.
l'autre sur le choix des présidents. Ensuite , , , » .
n) Cela esl constate par le Journal.
{l) Lettre du légat à Daiidini, secrétaire du Pape (2) Le tout est dans les journaux depuis le 6 Ju»-
^u {" mai 1551 , pamii les papiers des Ccrviiii. ou'au 9 juin.
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2. Le légat et les Pères du concile allèrent à la rencontre de Philippe ; ils s'avancèrent à une portée de trait des portes de Trente, Les présidents l'embrassèrent sans descendre de cheval : les autres prélats descendirent et lui baisèrent la main. Là ils échangèrent brièvement quelques paroles de politesse. Ensuite Philippe insista beaucoup et de la meilleure grâce, quoiqu'il n'eût pas envie d'être obéi, pour faire accepter au légat la place la plus honorable. Il entra à cheval entre les deux cardinaux; il était précédé des cavaliers séculiers et suivi des évêques ; on l'accompagna jusqu'à la citadelle où l'évéquo de Trente le logea ; là, il congédia les Pères qui étaient restés sur leurs chevaux.
3. Le lendemain il alla visiter le légat qui vint à sa rencontre jusque hors la porte de sa maison. Il y resta peu de temps : ensuite il s'en alla avec lui et le cardinal Madrucc dans une petite île sur l'Adige, éloignée peutêtre de 300 pas de la ville , où le cardinal lui avait préparé un palais en bois somptueusement orné de draps d'or, de peintures et do statues , et dans ce palais un splendide dîner assaisonné des sons de la plus harmonieuse mélodie. Philippe, les deux cardinaux et le fils aîné du duc de Savoie , qui accompagnait le prince, s'assirent à la table sur la même ligne : les autres grands et beaucoup de nobles prirent rang plus bas. Après le festin, il y eut selon l'usage de l'Allemagne des danses dans lesquelles dansa le prince lui-même. Ensuite il se fit différentes joutes représentant divers combats décrits dans le poème alors récent d'Arioste.Lejour suivant, le légat alla visiter le prince, qui lui fit l'accueil le plus favorable et l'assura que l'empereur, son père, était prêt à exposer sa propre vie pour le service du Pontife. Enfin , il partit le neuf accompagné de tous, excepté des présidents.
4. Peu de jours après (1) arriva Maximilien, roi de Bohème , qui retournait en Espagne pour y prendre sa femme et la ramener ensuite en Allemagne. Il voyageait à la hâte, et par conséquent incognito. C'est pourquoi on n'alla point en cérémonie à sa rencontre. Le légat le visita et fut pareillement visité par lui. Après un séjour de trois jours, il partit accompagné jusqu'à Mantoue du cardinal de Trente, sujet de Ferdinand son père, tant ù cause du lieu de son origine que de celui d« la juridiction épiscopale.
5. Pendant le passage de ces princes, arriva à Trente (2) un envoyé de l'électeur de Mayence, chargé d'excuser l'absence de son maître, sous prétexte qu'il ne pouvait venir à causedu besoin indispensable que son diocèse avait de sa présence, après la longue absence que la diète venait de l'obliger de faire , et de dire qu'il enverrait un procureur, comme feraient également les autres électeurs ecclésiastiques. Mais l'excuse fut rejetée par le légat, qui répondit qu'ils étaient obligés de venir en personne, puisque le concile n'avait été convoqué dans ce lieu désagréable à tous les
(1) Le22 juin.
(2) Le 10 Juin 1551.
autres que sur leur demande et pour la commodité de leur nation. Mais cet incident n'eut pas de suite , car bientôt après , l'électeur (1) ci-dessus désigné et celui de Trêves assistèrent au concile. Celui de Cologne , pour montrer qu'il viendrait très-prochainement, envoya quelqu'un lui préparer un logement. Arrivèrent aussi plusieurs autres prélats des étals de l'empereur et les nouveaux ambassadeurs(2). Ces ambassadeurs furent Hugues , comte de Montfort pour l'empire, et peu après la douzième session, Guillaume de Poitiers pour les provinces de Flandre (3). Il y vint aussi (4) plusieurs ambassadeurs au nom du roi Ferdinand.
6. Le dernier jour d'août on tint une congrégation générale. Les deux archevêques électeurs y entrèrent ; mais on les pria de se retirer dans une salle voisine afin de délibérer sur la place qu'ils occuperaient. Quand les électeurs furent sortis , le légat proposa de les placer au dessus de tous les autres prélats; les archevêques plus anciens que les électeurs y consentirent, pourvu qu'on leur permît de protester que , nonobstant cela, on n'entendait préjudicier en rien à eux et à leurs successeurs. On envoya donc deux archevêques les chercher pour les ramener dans la congrégation : les deux députés les informèrent du décret , et ils y rentrèrent avec reconnaissance. En exécution de ce décret ils furent placés au-dessus de tous les prélats non présidents , dans un endroit un peu séparé d'eux, et sur des sièges plus distingués que les sièges ordinaires, vis-à-vis des ambassadeurs de l'empereur. Ensuite on résolut de célébrer le jour suivant la session qui avait été intimée. On devait y intimer l'autre pour le onze d'octobre , afin d'y prononcer les décrets. Ainsi le matin du jour suivant, Balthasar Eredia, archevêque de Cagliari , célébra ; il n'y eut point de sermon ; mais le secrétaire Massarelli lut au nom des présidents, une exhortation sur la manière de vivre. Les lettres de créance des nouveaux ambassadeurs de l'empereur et de Ferdinand furent présentées et admises; il fut décidé que dans la session prochaine on traiterait de l'article de l'Eucharistie , et des obstacles qu'il y avait encore à la résidence.
7. Ensuite parut Jacques Amyot, envoyé par le roi de France avec une lettre dont la suscription portait : Aux três-saints et trèsvénérables Pères en Jésus-Christ de rassemblée de Trente. On discuta longtemps l'acceptation de cette lettre. Mais le contenu et l'occasion de cette lettre me forcent, pour l'intelligence des lecteurs, de reprendre brièvement dès l'origine ce qui se passa entre le Pontife et le roi Henri. Car, dans les récits, le chemin le plus convenable n'est pas toujours le plus droit, et il est quelquefois utile de s'éloigner du port où l'on tend afin d'y aborder plus heureusement.
(1) Le Journal du 18 el du 29aoùU551.
(2 Le 13 juillet.
(5) Le 2 septeiribre.
(4) Le Juuraal U'aoûl et de septembre.