Et d'abord que la juridiction des évê
tant du presbytère composé de clercs, que de ques soit indépendante du commun des fidè
celui également d'une assemblée générale de laïques, est venue de la nonchalance des peuples qui se dégoûtèrent de cette charge pénible, et de l'ambition des prélats quisaisirent l'occasion d'attirer à eux seuls cette autorité.
les; j'en ai parlé ailleurs avec étendue, en répondant à cet écrivain : ainsi je me contente de rappeler brièvement à la mémoire des lecteurs que l'homme étant si passionné pour la domination et si ennemi de la dépen-
3. La deuxième, que celte juridiction dans dance, il n'aurait pas été possible à des èvê-
le principe était volontaire et n'obligeait que quiconque voulait s'en rapporter à leur jugement ; mais que dans la suite, en vertu du privilège des empereurs et des princes qui leur succédèrent , elle devint nécessaire, et, comme parlent les jurisconsultes, coactive; que plus lard les ecclésiastiques eux-mêmes allèrent jusqu'à la revendiquer comme leur, indépendamment des mêmes princes , et par Jésus-Christ dont ils prétendaient la tenir immédiatement.
k. La troisième, que le Pontife romain, asservissant l'Eglise, s'est attribué lyranniquement un pouvoir que les évêques avaient exercé pendant l'espace de treize cents ans, établissant ainsi, au milieu deVempire civil nn autre empire indépendant de lui , contre tout ce qu'aurait pu se figurer quiconque traita jamais de la politique.
^. Cet écrivain a un double avantage : le premier, c'est de propager des opinions populaires; car l'esprit du peuple étant plus sensible à l'intérêt qu'à la raison, dont il ne
ques désarmés, dans tous les diocèses et dans tous les pays de la chrétienté, d'amener leurs peuples à se dépouiller, comme Sarpi s'imagine , de la juridiction qu'ils possédaient quand il ne leur avait pas été démontré que c'était nécessaire à un sage gouvernement. Et cela supposé , il en résulte deux conséquences : la première, c'est que la chose aurait été établie ainsi par Jésus-Christ luimême , à moins que nous ne voulions nous persuader qu'il a introduit une forme de gouvernement qui n'a pu subsister, ce qui aurait forcé les hommes de tous les pays à s'entendre pour en établir dans la suite une meilleure ; la deuxième , que quiconque essaie d'altérer ce gouvernement, souffle la sédition , puisqu'il veut enlever aux chrétiens ce mode d'administration que non seulement dans un ou deux lieux, mais encore sur tous les territoires de la chrétienté ils ont euxmêmes jugé et accepté comme nécessaire, on le conservant au moins depuis treize ou quatorze siècles, si nous l'en croyons lui-même.
se soucie pas et qu'il ne comprend pas, croit Que les évêques d'ailleurs s'occupent plus du Yrui ce qu'il juge lui être favorable, sans en soin de cultiver les âmes, que d'exercer la
juridiction extérieure, c'est un Tait si certain avait accordée , ou du moins qu'elle était et tellement avoué de tout le monde, que utile à la sage administration des peuples? Sarpi pouvait s'épargner la peine de recou- De quelque part que soit la vérité, celui-là rir, pour l'attester, à l'époque et.à l'autorité est l'ennemi du bien commun qui, par haine de S. Augustin. Il aurait pu abréger sa niar- contre une puissance , s'efforce de l'étouffer che et s'arrêter au temps de S. Bernard , en pour le malheur de tous. Il n'est pas besoin citant ce qu'il a écrit là-dessus (1) au Pontife d'entrer ici dans une autre question, celle de Eugène, puisque dès-lors la hiérarchie ecclé- savoir si la juridiction donnée aux évéques, siastique , tant par rapport aux pontifes in- dans les causes non seulement ecclésiastiférieurs que par rapport au Pontife suprême, ques mais civiles des hommes consacrés à se réglait suivant la chronologie elle-même Dieu, et non seulement des personnes, mais de Sarpi , comme elle l'est à présent. Bien encore de leurs biens, vient ou immédiateplus, sans sortir de son époque, pendant les ment de Jésus-Christ, ou d'une constitution années qu'il fut à Rome, si jamais il écouta légitime de son vicaire, ou d'une concession les prédications du palais apostolique, il aura pieuse des princes chrétiens, confirmée et entendu bien des fois les orateurs sacrés le devenue irrévocable par l'usage et par l'anrappeler aux prélats qui les écoutaient. Et tique possession de l'Eglise, selon les divers tout homme qui a des yeux à la tête, peut sentiments. Ce qu'il y a de certain, c'est que lire dans une foule de sermons prêches de les évêques ne l'ont point acquise par la vionotre temps, et imprimés dans la même ville lence, ni usurpée par surprise. On voit, en par des hommes du même rang que le mien effet, qu'outre tant de constitutions des plus ou d'un autre , cette doctrine si souvent re- anciens Papes, ce point fut ouvertement rébattue. Tous ne l'observent pas, je l'accorde ; glé, quant aux causes criminelles , par quaraais la perfection que comporte la dignité torze conciles tant généraux que provinciaux épiscopale , ne serait pas bien éminente, si très-anciens , à commencer par le grand et elle était à un degré tel quêtons ou un grand si célèbre concile de Chalcédoine (1), composé nombre pussent y parvenir. Qu'y a-t-il en d'environ six cent trente évêques, et autorisé cela de surprenant, puisque les devoirs si parles empereurs qui le favorisèrent. On lit inférieurs de simple chrétien ne sont eux- ces conciles parmi d'autres innombrables aumêmes accomplis par aucun saint qui n'ait torités dans un savant écrit (2) qu'imprima chaque jour à gémir de ses faiblesses? Lais- la Rote romaine l'an 1607. Quant à la jurisons à Platon les idées, et venons à la prati- diction sur les biens de l'Eglise, on peut voir que. Que tout homme instruit se représente le troisième concile romain (3) tenu par le les divers pays et les divers âges, et qu'il Pape Symmaque, il y a onze cent cinquante examine si dans une autre religion ou si dans ans, et rapporté par Gratien {k), et beaucoup la religion chrétienne subordonnée à une d'autres conciles provinciaux outre le gênéautre forme de gouvernement, il trouve au- rai et célèbre concile de Latran , sous Innotant de secours promis et vraiment accordés cent III (5). Les princes laïques se seraient pour la culture des âmes , pour le maintien opposés à des règlements si solennellement de la piété, pour la réforme charitable des réitérés en différents pays et en différents mœurs , que dans la religion catholique et temps, s'ils n'y avaient pas adhéré de cœur, sous le gouvernement qui y est présentement Au lieu de cela, ils s'en sont montrés les apen vigueur. Celui qui , pour approuver une probateurs , en entretenant dans leurs uniforme de gouvernement n'a pas assez de ces versités des professeurs de droit canonique raisons , est ou un insensé ou un séducteur, qui les enseignaient.
Enfin, qu'on réfléchisse à la confusion dans 8. Je n'ai pas besoin non plus de raison-
les contestations, à l'injustice dans les juge- ner autrement quant au troisième point qui
ments dont l'Eglise serait affligée, si les causes a rapporta la juridiction suprême du Pontife
devaient se décider non seulement par le bas romain ; mais je renvoie le lecteur à ce que
clergé, mais même, comme voudrait Sarpi , j'en ai fait dire plus au long (6) à Aléandre
par un peuple passionné, ignorant, inca- à la diète de AVorms.Il me suffit de deman-
pable. der : Par quel prestige les Papes ont-ils en-
7. Je me servirai du même raisonnement chanté toute la chrétienté, au point de la
pour le second point qui a rapport à la juri- subjuguer sans armes, forçant tous les évê-
diction des prélats, considérée comme rivale ^ues à se soumettre à eux, et tous les princes
de celle des laïques. En effet, comme les an- à les reconnaître pour les vicaires de Jésus-
ciensévêquesn'avaient pas de légions armées Christ et à leur baiser les pieds? Parquet
pour fiiire violence aux seigneurs séculiers , ensorcellement, durant tant de siècles et à
et qu'au contraire ils furent bien des fois, travers une si grande variété d'hommes et
comme une espèce de but , exposés à décou- d'événements se sont-ils conservé im pouvoir
vert à leurs outrages, comment les princes si divin, eux qui manquaient de force pour
chrétiens, de caractères si différents, auraient- le retenir malgré les autres? Assurément, si
ils pendant tant de siècles abandonné aux (I) Au canon 9
évêques une puissance aussi vaste, s'ils n'a- (2) a la'p.ge 102 , et dans beaucoup d'autres sui-
valent compris ou que Jesus-Christ la leur vamcs.
,,>,, ... ,i /^ j ,• (5) Dans les chap. 3 et 4.
(1) D.ms le livre premier de Considération e, au (4) 12, q. 2, cli. iVo« /»cea<
ctiap. h; cl dans répitie 256, qui comiiieace ainsi : (5) Au' chap' 44
Pion est levé, eic. (6) Liv. 1, ch. 15.
HISTOIRE DU CONCILE DE TRi:NTE.
S- Augustin a pensé que la conversion du monde sans miracles aurait été le plus grand des miracles , et aurait suffi pour prouver la vérité de notre foi, il aurait pris pour un miracle beaucoup plus étonnant et plus propre à prouver l'autorité légitime des Pontifes, cette autorité dont ils jouissent et qui est répandue dans la chrétienté , si elle avait été contre l'esprit de l'antique Eglise , et sans titre comme sans droit avéré. Car, dans la conversion des infidèles, beaucoup d'hommes vénérables par la sainteté de leurs mœurs , enseignant une religion très-belle dans ses lois, eurent à combattre contre des sectes animales et condamnées par les lumières de la raison; et avant d'établir la foi , des milliers d'entre eux périrent par la hache et par la croix. Au contraire, si ce qui nous occupe était arrivé comme il est représenté par Sarpi, les Pontifes, bien que pax'mi eux il y en ail eu beaucoup d'une vertu médiocre , se seraient mis en possession, sans les mêmes combats, de cette vaste et suprême juridiction, et cela au détriment de celle des évêques et des princes séculiers, qui ne paraissait pas autant répugner à la raison que l'adoration des dieux de pierre.
9. Il me reste à répondre à la dernière assertion de Sarpi, quand il dit que cet empire ecclésiastique , indépendant de l'empire civil au milieu duquel il est placé, n'entra jamais dans la tête des hommes qui ont traité de la politique. Cela est vrai ; car l'esprit des anciens sages ne parvint pas à connaître des choses beaucoup moins relevées que n'est l'ingénieuse économie delà Sagesseincarnée dans l'institution de son Eglise. Par exemple, ils ne crurent pas qu'on pût marcher aux antipodes, ni habiter sous léquinoxe; et maintenant les navigateurs espagnols se moquent de leur philosophie. Mais, comme une fois qu'on a vu les choses arriver, il est plus facile de trouver la raison qui démontre la possibilité de ce qu'auparavant on jugeait impossible, si Platon ou Aristote vivaient de nos jours, et voyaient par expérience que nonobstant cette indépendance de l'empire ecclésiastique de l'empire civil, il n'y a pas , il n'y eut jamais de république plus civilisée, plus policée, plus noble, plus vertueuse que la république catholique , ils feraient , je pense, cette réflexion : qu'il y a deux superiorilés, et aussi par conséquent deux dépendances : l'une, celle de l'autorité ; l'autre, colle de la force; que difficilement un gouvernement peut rester long-temps bon, et ne pas dégénérer en tyrannie, si ces deux supériorités se trouvent réunies ensemble. La supériorité d'autorité est dans le prince, dans les sénateurs, dans les magistrats ; celle de la force est dans le peuple, clans les paysans, dans les soldats. Il arrive ordinairement qu(î la supériorité de la force se soumet à celle de l'autorité, tant que l'autorité est exercée avec droiture et discrétion. C'est pourquoi, si quelqu'un des plus forts ose être rebelle, les autres en plus grand no?nbre s'unissent en faveur de la puissance légitime ; mais s'il arrive qu'elle-même entreprenne
d'opprimer les sujets, ceux-ci qui, dans leur union, possèdent la supériorité de la force, s'unissent pour résister. Et la crainte de ces conspirations et de ces résistances est dans le cœur de ceux qui gouvernent comme une puissante forteresse qui protège la justice.
10. Or la même chose arrive entre la puissance ecclésiastique et la puissance séculière. La puissance ecclésiastique est souveraine en autorité, parce que les princes séculiers fléchissent le genou devant elle, et parce qu'ils reçoivent d'elle pour eux et pour leurs sujets la règle qui dirige vers la fin sublime de l'homme cliréticn. La puissance séculière, au contraire, est souveraine en forces, parce que d'elle dépendent les légions et les forteresses. Tant que la première se renferme dans les limites de ce qui est juste, la seconde a grande raison de la craindre, parce que, sinon toujours, souvent du moins, la vénération des peuples et le respect pour la religion portent les sujets à se soulever contre le prince temporel , quand il veut opprimer la puissance spirituelle ; mais, au contraire, si le chef ecclésiastique voulait abuser de son autorité au mépris de la puissance laïque, les peuples changeant la vénération en horreur, l'abandonneraient; et au lieu d'avoir le dessus, e!ie tomberait dans le mépris. Et ce tempérament devient utile à l'un et à l'autre: car, d'un côté, tout prince séculier qui est sage doit voir sans peine, et même avec satisfaction, qu'il a un mors pour le préserver d'une foule de précipices dans lesquels la fureur d'une puissance sans frein entraîne les hommes. Ce mors sert à ne pas perdre non seulement l'anwur de Dieu et des hommes, mais même la puissance que ses abus empêchent de durer , si elle n'est plus contenue par la puissance spirituelle. Et en même temps ce même frein lie plus étroitement les peuples à l'oijéissance du prince. Aussi a-l-on vu beaucoup moins de conjurations et de révoltas parmi les princes catholiques qu'on n'en voyait dans les mêmes pays, lorsque le paganisnie ou l'hérésie y dominait. De l'aufre côlé, les princes ecclésiastiques sachant que leur pouvoir, quant à ses effets , dépend entièrement de la vénération des peuples, sont prévenus^ ((es lors de la conserver par une vie exemplaire, et de s'abstenir de ce qui sent l'excès ou la violence. Ajoutons que ce qui doit rassurer pleinement le prince, c'est que ses prélats, pour la plupart de familles qui lui sont soumises dans l'ordre temporel, ou ont été promus par lui à la mitre, ou du moins sont ses créatures, et que tous les ecclésiastiques tiennent aussi à lui par différentes considérations humaines , d'origine , de reconnaissance et d'intérêt ; au point qu'il n'a rien à craindre ni des forces ni des volontés de ces hommes, à moins d'une révolte ouverte de sa part contre Dieu. Bien plus, au moyen de ces hommes, qui sont des hommes de paix et d'autorité, il contient dans le repos et dans le devoir le reste de la nation qui est plus remuant et plus porté à la guerre. De là vient encore que la puissance dont
cos
jouit le souverain Pontife dans leurs domaines, n'occasionne aucun trouble aux princes, parce qu'elle est également désarmée, et que les ecclésiastiques, qui sont ceux qui en dépendent principalement, ont de très-puissants liens qui les attachent à leur prince temporel. C'est pour cela qu'ils ne consentiront jamais à s'opposer à lui , à moins qu'ils n'y soient poussés par une obligation évidente de conscience. Et les Papes nés simples particuliers, devenus princes par leur dignité, modérés par l'âge, élus le plus souvent par la faveur des mômes princes séculiers , possesseurs d'un petit état électif, rarement s'avisent d'entreprendre ou de continuer des projets vastes, remuants, dangereux. Et quoique ces considérations , comme toutes celles qui se rattachent à là morale et qui dépendent de la diversité des volontés, ne se vérifient pas infailliblement dans tous les cas, et qu'elles n'aient pas une action toute-puissante sur toutes les têtes , ce qui a été cause que quelquefois les princes temporels ont eu à souffrir des attaques de quelques évêques, ou de la violence de quelques Pontifes; néanmoins , quel est l'homme assez insensé pour croire qu'on doit récuser com'ne mauvaise une institution qui peut bien être nuisible quelquefois, mais d'où il est plus probable qu'on verra ordinairement résulter des avantages? si cela était, ce serait aux princes de désarmer leurs troupes et de licencier leurs gardes; car on a vu un grand nombre de princes à qui ces troupes et ces gardes ont ravi la couronne et la vie.
11. Voilà donc les raisons pour lesquelles subsiste , depuis tant de siècles, ce que Sarpi dit n'avoir pas été prévu comme possible par tous ceux qui traitèrent anciennement de la politique. Et non seulement cela subsiste, mais encore cela contribue puissamment et de trois manières même au bonheur de ce monde. D'abord il en résulte une union plus étroite et plus intime entre les princes et les nations. Au lieu de cela, dans d'autres temps et dans d'autres religions, nous voyons, pour ainsi dire, que chaque gouvernement bornait le monde à lui-même, comptant pour peu de chose les étrangers , et même les regardant comme des ennemis, et non comme des concitoyens de la l'épublique générale dos hommes; disposition aussi contraire au bonheur du genre humain et à l'intention de la nature, que l'a jugé Aristote (1). Ce philosophe remarque qu'elle n'engendre l'homme si nécessiteux et si incapable dose suffire à lui-même, (juc pour établir par cette indigence récipro- (lue le commerce et la société qui rendent communes à chaque homme les productions, les connaissances et les forces que possède tout le genre humain, et pour enrichir chay que pays d'autant de fruits utiles et délicieux de la nature, d'autant d'inventions de l'industrie et de sublimes et admirables connaissances qu'en produit l'immense diversité de tous les climats et de tous les génies. Or cette société et cette alliance d'une foule
(i) Dans le livre l" de la Polilique.
de nations très-éloignées et très-différentes les unes des autres se cimentent et se propagent merveilleusement par l'union que toutes les nations chrétiennes ont dans la personne d'un seul et même chef, celui de l'Eglise.
12. En second lieu, il en résulte que parmi les princes catholiques ia paix a un médiateur qui doit , par intérêt autant que par devoir, la procurer, afin que la chrétienté soumise à ses lois soit plus en état de résister aux infidèles qui méprisent ou attaquent son autorité, un médiateur à qui, comme à un père commun , les princes puissent par déférence confier le soin de leurs droits et celui de leur vengeance.
13. En troisième lieu, il en résulte que nous vivons dans un état régi par des lois telles que, quelque faible qu'on soit pour les observer, si on se recommande par la science et par la probité, on est sûr de parvenir, non pas toujours en proportion de son mérite, car il n'est possible de l'espérer que dans le royaume des cieux, mais toujours beaucoup plus haut que ne comporte notre nature. 11 n'y a pas, et il n'y eut nulle part ailleurs, jamais depuis la création du monde, d'aiguillon aussi puissant.
1^1'. Si Sarpi avait pesé ces raisons, il n'aurait pas eu la présomption de se faire à lui tout seul une politique qui consiste à penser que tant de princes, tant de sénats, tant de nations, pendant tant de siècles, avaient abjuré le bon sens, pour s'être prosternés d'euxmêmes aux pieds d'un clergé sans armes. L'admiration est fille bienheureuse de l'ignorance; car elle porte l'esprit à la recherche des causes cachées des événements qui sont nouveaux pour lui ; mais elle n'offre cet avantage qu'à quiconque suppose modestement que ces causes existent réellement , et non pas quan<l on restreint l'immensité des choses, qui sont du domaine de la science, aux bornes étroites de son propre savoir; comme si on voulait ftiire entendre que les choses dont l'esprit ne voit pas la raison arrivent par hasard.