CHAPITRE VI
Décrets préparés pour la session désignée cidessus, touchant le sacrement de l'Eucharistie.
1. Voilà ce qui concerne la réroriiie. Rolativement au dogme, on avait désiré réunir dans une même session les deux sacrements qui suivaient ceux du Baptême et de la Confirmation , déjà traités dans le concile, du temps de Paul. Mais on trouva la matière trop vaste, et on la divisa en deux sessions. On restreignit la première à l'Eucharistie seulement.
On disait dans le préambule : Que le concile désirait extirper les erreurs et dissiper les discordes de religion , surtout relativement à ce sacrement que J.-C. a laissé comme un symbole d'unité et de charité parmi les fidèles; que par conséquent il voulait à ce sujet expliquer la doctrine que l'Eglise avait toujours tenue et tiendra toujours , instruite qu'elle en a été dès le commencement par J.-C. et par V E sprit saint qui ne cesse pas tous les jours de l'éclairer; défendant à chacun de croire, d'enseigner ou de prêcher différemment. Les chapitres sont au nombre de huit.
2. Dans le premier , on définit la vraie et substantielle présence du corps de J.-C. dans le sacrement , parce qu'il ne répugne pas qu'il reste toujours dans le ciel à la droite du Père , selon la manière naturelle, et qu'il soit en même temps dans l'hostie sacramentellcment (le concile veut en cela laisser intact ce qui est débattu entre les Thomistes et les Scotistes : la question de savoir si un même corps, par une vertu divine , peut demeurer en plusieurs lieux, même naturellement, comme il est dans un seul) ; que quoique nous puissions à peine l'exprimer par paroles, cependant l'esprit éclairé par la foi peut le comprendre ; que nos ancêtres avaient toujours eu cette croyance. Car J.-C. , dans sa dernière cène, ayant dit, après la bénédiction du pain et du vin, qu'il présentait à ses disciples son corps et son sang ; et ces paroles étant rapportées par les évangélistes , rappelées par S. Paul, et entendues par les anciens Pères dans le sens propre, c'était une révoltante scélératesse de les détourner à des significations figurées et impropres, contre le sentiment perpétuel et universel de l'Eglise, colonne et base de la vérité.
3. Dans le 2' : Que le Sauveur étant, près de retourner de ce monde vers son Père , institua ce sacrement, dans lequel il répandit les richesses de son amour, nous imposant de faire avec lui mémoire de lui et d'annoncer sa mort jusqu'à ce qu'il vienne faire le dernier jugement ; qu'il a voulu que ce sacrement soit pris comme une nourriture dont sont alimentés ceux qui vivent de sa vie, comme un remède contre les fautes quotidiennes ; comme un préservatif contre les fautes mortelles, comme un gage de la gloire future, et comme un symbole de l'unité de ce corps dont il est le chef et nous les membres , et auquel nous sommes unis par 1rs liens si étroits de la foi . de l'espérance et de la charité. A la matière de ce
chapitre, répond le cinquième canon, dans lequel on défend de dire : que le principaV fruit de V E ucharistie est la rémission des péchés, ou qu'il n'en résidte pas d'autre fruit.
h. Dans le 3% qu'il est commun à tous les sacrements d'être des formes visibles de la grâce invisible ; mais que l'Eucharistie avait cela de particulier , qu'au lieu que les autres sacrements ont la vertu de sanctifier lorsque l'homme les reçoit , dans celui-ci est l'auteur même de la sainteté avant qu'on la reçoive ; parce que , avant que les apôtres la reçussent des mains de J.-C, il affirma que ce qu'il leur présentait était son corps ; qu'en conséquence l'Eglise avait toujours tenu qu'aussitôt après la consécration , le corps et le sang de J.-C. sont sous les espèces du pain et du vin, en même temps que l'âme et la divinité ; mais avec cette différence que sous l'espèce du pain est le corps , et que sous l'espèce du vin est le sang par la force des paroles , au lieu que chacun d'eux sont sous l'autre espèce, et l'âme sous toutes les deux, par l'union et l'indissoluble société qu'ont entre elles les parties de J.-C. , après qu'il est ressuscité pour ne plus devoir mourir. Et la divinité est également sous les deux espèces par la merveilleuse union personnelle qu'elle a avec le corps et l'âme. C'est pourquoi il est vrai qu'il est contenu autant sous une espèce que sous toutes les deux, J.-C. y étant contenu tout entier sous l'espèce du pain comme sous l'espèce du vin, et sous chaque partie de ces espèces.
5. Dans le 4% que le Sauveur ayant dit que ce qu'il tenait aux mains en forme de pain était vraiment son corps , l'Eglise à cause de cela avait toujours cru, et le concile déclarait maintenant de nouveau qu'en vertu de la consécration , il se fait une conversion de toute la substance du pain en la substance du corps, et de toute la substance du vin en la substance du sang de J.-C, laquelle conversion est convenablement et proprement appelée transsubstantiation par l'Eglise catholique.
6. Dans le 5% on conclut, qu'il est hors de doute que le Sauveur dans le sacrement doit être adoré d'une adoration de latrie, puisqu'il est le même que celui dont le Père a dit, en r introduisant dans le ciel : Que tous les anges l'adorent. On approuve l'usage introduit par l'Eglise de destiner un certain jour de l'année à honorer ce mystère , et à porter le Saint- Sacrement dans les processions publiques, en reconnaissance d'un si grand bienfait , et par honneur pour la sainte hostie, ou pour l'amendement ou pour la confusion de l'hérésie contraire : faisant par là allusion à Luther qui a écrit (1), que de toutes les fêtes de l'Eglis;; romaiiie, il n'en est aucune qu'il déteste plus que celle-là.
7. Dans le 6% on recommande l'usage de conserver ce sacrement dans le tabernacle, comme si ancien, qu'il était connu dès le temps du concile de Nicée, et celui de le porter aux infirmes, comme très-raisonnable et approuvé par différents conciles.
8. Dans le 7* , on rappelle la sentence terrible de l'Apôtre : Que celui qui mange et boit
(1) Lullieraux Vauilois.
CONC. DK TrF.NTR. h.
indignement, mange et boit son propre jugement , ne discernant pas bien le corps du Seigneur. Qu'ainsi il faut remettre devant les yeux de celui qui veut communier le commandement du même apôtre : Que l'homme s'éprouve lui-même : épreuve que l'usage de l'Eglise déclare consister à ce que personne ayant la conscience d'une faute mortelle ne s'approche de l'Eucharistie sans se confesser auparavant, quelque contrition qu'on croie avoir d'ailleurs. Et le saint concile veut que cela soit observé aussi par les prêtres qui doivent ex officio célébrer, pourvu qu'i's aient la commodité d'un confesseur. Que si, dans uncas de nécessité, ils ont célébré sans faire précéder la confession, ils devront se confesser ensuite le plus tôt qu'ils pourront. Ces dernières paroles sont entendues par quelques théologiens, en petit nombre et de médiocre mérite, dans un sens d'exhortation et non de commandement.
9. Dans le 8% on distingue trois réceptions de l'Eucharistie : la réception sacramentelle seulement pratiquée par les pécheurs qui la reçoivent corporellement ; la réception spirituelle, seulement pratiquée par celui qui, sans la recevoir corporellement , se rend participant de ses fruits par l'exercice de la foi vive ; et la réception sacramentelle unie à la spirituelle , telle qu'elle est pratiquée par ceux qui communient avec la préparation requise. Que ça été la coutume constante de l'Eglise que les laïques reçoivent la communion sacramentelle des prêtres, et les prêtres qui célèbrent , d'eux-mêmes. Le concile termine là, en priant affectueusement tous les fldèles de s'unir de foi et de dévotion pour honorer cet adorable et si auguste sacrement. On parle conformément à ce chapitre dans les 8% 9« et 10' canons ; on y défend de dire, ou avec OEcolampade ou avec Zuingle , que Jésus-Christ dans l'Eucharistie n'est mangé que spirituellement , et non sacramentellement et véritablement , ou avec Luther (1), que tous les tidèles parvenus à l'âge de discrétion ne sont pas obligés à communier au moins à Pâques, ou avec les mêmes hérétiques, qu'il n'est pas permis au prêtre, quand il célèbre, de se communier lui-même.
Aux autres chapitres correspondent également les autres canons ; mais comme il ne se présente pas d'observation particulière à faire à leur sujet, nous avons omis de les rapporter,car nous cherchons à ne pas faire perdre son temps au lecteur à nous lire ; son temps, cette sorte de bien qu'il y a de la vertu à bien faire valoir, et que c'est un crime de prodiguer.