Que le ministre de V extrême-onction
pourvu qu'il croie être absous, bien qu'il ne n'est pas le seul prêtre; que les prêtres que
soit pas contrit, ou que le prêtre n'absolvepas d'une manière sérieuse, mais dérisoire; que même le prêtre peut absoudre sans que la confession précède.
9. Que les prêtres n'ont pas le pouvoir de lier et de délier s'ils ne sont doués de la part de l'Esprit saint de la grâce et de la charité;
saint Jacques nous exhorte à appeler pour oindre le malade ne sontpas les prêtres ordonnés par Vévéque, ^nais les anciens dans toute société.
18. Quant aux bases sur lesquelles on devait appuyer ses sentiments, on renouvela ce qu'on avait arrêté avant la session précé-
qu'ilsne sont pas seulsministres de l'absolution; dente , c'est-à-dire , -qu'on déclara que ce se-
mais qu'il a été dit à tous les chrétiens et à chacun d'eux : Ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans le ciel : paroles en vertu desquelles ils peuvent absoudre des péchés ; de ceux qui sont publics, par la correction, si celui qui est corrigé y défère; et de ceux qui sont secrets, par la confession.
10. Que le ministre de l'absolution, quoiqu'il absolve contre la défense du supérieur, dégage cependant de la coulpe véritablement et devant Dieu; et que par conséquent la réserve
rait l'Ecriture, les traditions apostoliques, les conciles approuvés , les constitutions et l'autorité des souverains pontifes et des saints Pères, ainsi que le consentement de l'Eglise. Car non seulement pour toutes les questions de foi, fa meilleure source de preuve est l'autorité; mais surtout pour le sujet qui était alors en question, c'est-à-diro, les sacrements, on voyait que tout dépendait de l'institution arbitraire de Dieu , sans que le raisonnement humain avec les consé-
des cas n'empêche pas l'absolution , et que les quences infaillibles qu'il tire, pût, pour ainsi
évêques n'ont pas droit de se les reserver dire, être de quelque utilité.
sinon par rapport au gouvernement exté- Ensuite on imposa pour conditions de
rieur. s'exprimer en peu de mots; de moins se ré-
11 . Que toute la peine et toute la coulpesont pandre en des questions inutiles, et de ne pa«
toujours remises par Dieu; que la satisfaction s'arrêter à des discussions opiniâtres. Aver-
des pénitents n'est pas autre chose que la foi tisscmcnts, qui ne sont jamais assez répétés ,
par laquelle ils croient que Jésus-Christ a sa- quand les matières dont il s'agit sont vastes
tisfait pour eux ; que par conséquent les satis- et que ceux qui ont à les traiter sont subtils.
factions canoniques commencèrent autrefois dans le concile de Nicée, et furent instituées par les Pères pour l exemple ou pour la discipline ou pour l'épreuve des fidèles; mais nullement pour la rémission de la peine.
12. Que la nouvelle vie est une excellentepénitence ; qu'on ne satis fuit pas par les peines envoyées de Dieu , ni par celles qu'on s'impose volontairement, comme les jeunes, les prières,
Sur le même papier on régla l'ordre dan.lequel on parlerait, et on ajouta (luelqne chose à ce qui avait été suivi dans la session précédente, c'est-à-dire, qu'on convint que parleraient en premier lieu les théologiens envoyés par le Pape; (]ue suivraient ceux de l'eniporeur, [luic-, ceux delà reine Marie, gouvern snto de la Flandre ; et après ceux-ci ceux qui éluieut avec les électeurs. Le cinquiè.ue
rang était assigné aux clercs séculiers, selon tout son fiel contre l'Eglise ne lui a-t-il pas le temps (le leur promotion, et le dernier aux permis de se souvenir au moins de la disréguliers selon l'ancienneté de leur ordre. tinction si ancienne et si commune de lois Au bas de ce papier il était ordonné d'as- naturelles et positives. Les hommes appellent sembler les congrégations deux fois par jour, ainsi les secondes, parce que l'obligation pendant trois heures fixes le matin, et pen- qu'elles imposent n'est pas fondée sur lana
liant le même espace de temps l'après-midi. 19. Du récit de ces faits , Sarpi prend occasion d'en venir à les calomnier. 11 rapporte en particulier que l'ordre de tirer ses preuves
turc immuable de l'objet, mais sur l'ordonnance écrite et posée selon la volonté ou de Dieu ou des puissances humaines. Il est certain que ce mot de loi positive a été employé
des cinq sources précitées, n'empêcha pas la comme déjà usité il y a quatre cents ans par
prolixité du langage, et la futilité des ques- saint Thomas à l'article h , dans la question
lions, qu'il donna lieu au contraire à de plus 95 de la première partie de la Seconde. C'est
grands abus, parce qu'en parlant scolastiquc- ainsi également qu'on appelle théologie posi-
ment, on se tenait au moins dans le sujet, et le tire celle qui se i)orne à considérer les cho-
raisonnement était sérieux et sévère, au lieu ses écrites et posées dans les Livres saints,
qu'avec cette nouvelle méthode qu'on appelle sans entrer dans l'examen des raisons qui
positive {mot italien tiré de iaction de se vê- sont fondées sur la nature des choses, et non
tir simplement et sans ornements superflus ) on donnait dans Vineptie. Je ne réponds pas que cet ordre ne commença pas dans cette session, mais qu'il fut observé précédem.ment de la même manière dans la précédente, comme nous l'avons raconté alors : venons au fonds de la chose. Les philosophes ont
posées par la volonté des hommes, comme les œuvres des écrivains, et que la théologie scolastique revendique conjointemenl avec les autorités sacrées. Bien plus , même dans la langue italienne dont Sarpi fait dériver par ignorance, comme de sa source, ce mot positif, il est réellement tiré du latin, et em-
coutume de dire que ce qui est droit est la rè- ployé par les anciens , non selon la significagle de ce qui est tortu, mais par opposition, lion que lui donne Sarpi (1) , mais selon celle et non par conformité; car nous entendons dans laquelle l'employèrent les jurisconsul- \inr ce qui est tortu ce qui s'éloigne de ce qui tes et saint Thomas que nous avons cité, est droit. C'est ainsi précisément que le ca- Au contraire l'usage d'appeler positif \c vêractère tortu de Sarpi a pour règle de son tement d'un bourgeois et non celui d'un seigneur,est récent et aélépareillement introduit au point de vue de la langue latine ; mais pai' analogie avec une autre acception latine de ce mot, c'est-à-dire, aved'acception familière aux anciens grammairiens qui distinguent les noms adjectifs en positifs, comparatifs et superlatifs , comme il paraît non seulement par Donat, maître de saint Jérôme, mais par Palémon, contemporain de Tibère, au rapport de Suétone, et par conséquent bien des siècles avant que l'expression italienne eût commencé. Et connue de ces trois degrés do
approbation ou de son improbation la droiture du concile. Tant que les matières exigeaient l'examen de l'autorité en même temps que des raisons , et par suite la méthode scolastique , cet homme la méprise , comme sophistique , vaine et pleine de chimères. Quand le concile, pour une raison particulière , prend la méthode positive que Sarpi témoignait vouloir auparavant, la scolastique se transforme à ses yeux en une méthode sérieuse et sévère, et cette autre en un champ d'inepties. Mais elle a été à coup
sûrunesourced'ineptiespoursa cervelle qui a l'adjectif, les positifs ont la signification la si sottement voulu en forger ici l'étymologie , moins élevée et la moins avantageuse , on
emprunta de-là l'expression métaphorique
étymologie dont on peut dire beaucoup plus véritablement qu'il ne l'a dit naguère du sauf-conduit que le concile publia pour la sûreté des protestants : Jusqu'aux pédants s' en moquaient. Le pauvre homme ! Comment a-t-il fait la grossière bévue de tirer cette étymologie du mot italien : se vêtir positivement, c'est-à-dire, simplement et sans ornements super fins T
20. A-t-il compté qu'il ferait adopter comme assez indubitable le sentiment de Luther, qui prétendait que la théologie scolastique n'ajoutait rien à la théologie positive que des ornemens superflus , pour oser faire dériver de là le mot commun : théologie positive ? Quels puissants secours au contraire, quelles vives lumières n'apporte pas la scolastique pour défendre et pour entendre les mystères delà foi? Aussi de quelle estime ne jouit-elle pas? C'est ce que n'ignorent pas ceux à qui ne sont pas inconnus les livresde tous les docteurs catholiques contre les hérétiques motbjnes. Comment le besoin de vomir par-
qu'on applique aux vêtements ou aux autres meubles qui ne s'élèvent pas au-dessus de l'ordinaire et du commun.
21. Des erreurs de grammaii'c, Sarpi passe aux mensonges dans l'histoire. Il met sous les yeux de ses lecteurs la manière dont les théologiens exprimèrent leurs sentiments. Il emploie alors des termes aussi méprisants que si cette assemblée n'avait renfermé que quelques déclamateurs aussi ignorants qu'arrogants , et comme si alors on n'avait pas généralement lu et admiré pour la richesse de l'érudition sacrée les ouvrages de Meîchior Cano, d'Alphonse Salmeron . de Kuard Tapper, et d'Alphonse de Castro, outre un Jean Gropper, un Diego Lainez, un Anvbroise Pélargue, et beaucoup d'autres hon-ii. Ci savants qui y assistèrent, envoyés, ceu\-ci par le Pontife, ceux-là par l'empereur;
(1) Voyoz le vocabiilaiic de la Criiscia et les aulorilcs (nii y sont ciiccs.
HISTOIRK m CONCll.E I>E TRENTE.
ceux-ci par la reine Marie sa sœur, gouverna,nte de Flandre , ceux-là par les communautés et les académies les plus florissantes ; les autres amenés par les électeurs de l'empire et par tant d'évêques les plus importants. Mais c'est une chose digne de pitié que peu après avoir si honteusement traité toute celle assemblée, il fasse dire tantôt à l'un tantôt à l'autre de ses membres, ce qu'on peutimaginer et de plus subtil et de plus profond contre ceux-ci ou ceux-là des canons qui avaient été préparés. Alors il témoigne la plus grande estime pour leur sagesse. Ainsi, à l'en croire, quand ils parlèrent en faveur des doctrines catholiques qui furent ensuite établies dans le concile, la métamorphose d'Apulée s'opérait en eux; quand ils voulaient s'y opposer, ils reprenaient leur ancienne forme.
22. Son audace est telle, qu'il ne craint pas d'avancer qu'on ne produisit pour preuves que la pénitence est un sacrement, presque autre chose que le concile de Florence. Estil possible que ce concile, oiî les Grecs, séparés pourtant de l'Eglise latine depuis 570 ans, ne furent point divisés des Latins sur cette matière, ait décidé cet article au hasard et sans fondement? Ou bien est-il possible qu'on ait perdu tout souvenir de pareils fondements aussitôt, c'est-à-dire, dans l'espace de 100 ans ou un peu plus? Est-il possible également que le hasard, et non des raisons graves et manifestes répandues dans les académies , ait réuni dans la même doctrine depuis cinq siècles le Maître des Sentences, saint Thomas, et toute l'école d'ailleurs si divi.sée, partout où toute espèce de doute faisant question a donné lieu à la discussion? Bien plus, les preuves en cette matière étant si fortes et si manifestes, est-il possible que les membres de cette assemblée si nombreuse et si choisie les aient ignorées? Assurément ils avaient à la mémoire au moins les paroles de l'Evangile, puisqu'on les lit dans le décret même formé alors; mais outre cela, comment est-il arrivé qu'aucun d'eux n'ait vu la décision du Pontife Lucien III , renfermée dans le chapitre qui commence ainsi :ylrf audientiam, sous le titre de hœreticis, faite presque 300 ans avant le concile de Florence, et connue de tout canoniste ordinaire ? Ainsi il n'était jamais arrivé à aucun de ces savants de tomber sur ce passage de saint Ambroise (1) : Pourquoi baptise-t-on. si les péchés ne peuvent être remis par l'œuvre de l'homme? Car le baptême est la rémission de tous les péchés; peu importe que les prêtres s'attribuent ce pouvoir au moyen de l'ablution, ou au moyen de la pénitence, puisque la même chose existe dans l'un et dans l'autre sacrement? Aucun n'est loinbé non plus sur ces paroles de saint Jean Chrysostô;)je en parlant du prêtre (2) : Il a le pouvoir de remettre les péchés, non seulement lorsqu'il nous régé-
(1) D.1I1S le premier livre rft' Pœnilr:i;::': , :\:\ c!i:ipiire 7.
(2) Dans le Ijvre 5 de l^aceidotb
nère, mais même après? Ni sur ces autres (1) par lesquelles il compare en termes si magnifiques et préfère l'autorité d'un prêtre a celle d'un roi, parce que si celui-ci est plus grand par léclat de la pourpre et par la majesté du trône d'où il prononce ses sentences, néanmoins (ainsi raisonne-t-il) le roi a obtenu pour sa part de gouvernement les choses qui sont sur la terre , et rien de plus ; mais le trône du prêtre est placé dans le ciel, et c'est à lui qu'est confiée l'administration des choses célestes. Qui dit cela? Le roi même du ciel : « Ce que vous lierez sur la terre sera lié aussi dans les cieux ; ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux. » Que peut-on comparer à un si grand honneur? C'est de la terre que le ciel reçoit le pouvoir de juger; car le juge siège sur la terre; le maître suit le serviteur, et ce que celui-ci aura jugé ici-bas, celui-là le ratifie là-haut. Aucun n'est-il tombé sur ce mot que saint Augustin a écrit à Honorât (2) : Ne voyons-nous pas, lorsque nous en sommes venus à cette extrémité du danger où il n'y a aucun moyen de fuir, quel grand concours de personnes de tout sexe et de tout âge se fait aux églises, demandant ceux-ci le baptême, ceux-là la réconciliation, d'autres aussi l'acte de la pénitence elle-même, tous la consolation, la célébration et la dis— pensalion des sacrements ? Ne jouèrent-ils pas bien de malheur, ces docteurs qui, rassemblés là des contrées les plus éloignées de l'univers pour conférer sur des matières si graves, dans une circonstance si importante et sur un si auguste théâtre, après s'êlre pour cela livrés aux plus longues études , ne sont pas tombés sur ces témoignages et sur une infinité d'autres bien connus , qui prouvaient que la pénitence est un sacrement qui efface les péchés et rétablit dans la grâce de Dieu, de manière que si on en excepte l'autorité seule du concile de Florence, ils n'aient apporté que de la paille, comme dit Sarpi, pendant que le champ était tout couvert d'épis I 23. Maintenant prenons le récit véritable de ce fait. Avaient coutume d'assister aux réunions des théologiens les ambassadeurs de l'électeur deBrandebourg, qui siégeaientaprès ceux de l'empereur. Y assistèrent également sans qualité officielle, avant d'avoir présenté leurs instructions , ceux du duc de Wurtemberg pour être témoins de la séance et entendre les fondements de la doctrine*, ainsi que Macaire de Chio, archevêque de Thessalonique du rit grec, auquel on donna place après les archevêques latins; mais pour l'admettre dans les congrégations, les Pères exigèrent de lui une profession expresse de foi catholique et d'obéissance au Pape , parce que c'était du patriarche schismalique de Constantinople qu'il .ivail reçu son institution. Je ferais un gros volume, si je voulais rapporter seulement touchant les sentinienls qui y furent émis et les autorités qu'y alléguèrent les théologiens du second ordre ainsi que ceuxdu premier ordre, ce que le secrétaire en
(1 ) OaDS riiomélie 5 de Verbis Isaiœ. (2) Dans l'épiiie 180.
consigne brièvement dans les actes. Chacun peut bien imaginer que ces hommes habiles invoquèrent tout ce qu'on trouve de mieux dans les controversistcs sur ce sujet. Je signalerai quelques-unes des choses les plus remarquables qui peuvent ou faire connaître les diversités d'opinion qui se manifestèrent dans les réunions tenues avant la décision, ou à faire comprendre l'intention des Pères dans la rédaction de tel décret.
24. Diego Lainez qui fut le premier à parler parmi les théologiens de l'ordre inférieur , dit en condamnant la seconde partie du second article; que le sacrement exige la crainte, l'amour, la contrition, l'absolution. Jacques Ferrusius , espagnol, théologien de i'évêque de Ségovie, compta aussi l'amour comme nécessaire. Par-là il condamna aussi l'article en question , prétendant qu'il n'y a pas d'amour dans les terreurs ; que l'amour est absolument nécessaire, puisque Jésus- Christ a Ait: Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Il dit : a aimé , au passé, parce que l'amour précède la rémission du péché. Et l'Apôtre : La tristesse qui est selon Dieu , (c'est-à-dire, suivant Ferrusius , selon Dieu aimé) opère la pénitence pour le salut. Et dans le chapitre 2" aux Romains : La bonté de Dieu vous excite à la pénitence. Ce qui fait dire à saint Augustin : La grâce n'est pas donnée sans Vamour. C'est pourquoi il exigeait avant toute chose un premier mouvement vers Dieu. On en donna pour preuve ces paroles de l'Ecriture : Convertissez-nous, Seigneur, à vous, et: Je suis à la porte et je frappe ; vous résistez toujours à V Esprit saint ; et : J'ai étendu la main , et personne n'a regardé; après cela un acte de foi. C'est pourquoi on écrivit : Celui qui approche de Dieu doit croire ; et : Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. De là vient, disait-il, que l'homme déleste le péché, s'élève à l'espérance, et commence à aimer; enfin Dieu répand la première grâce. Ainsi cet amour n'est pas naturel , mais il est produit par la grâce de Dieu , quoique l'amour naturel y serve aussi. Ainsi pensait Ferrusius.
25. Melchior Avodismano, qui était alors théologien de l'évéquede Badajoz, et qui revint ensuite au concile de Pie comme évéque de Cadix , dit que d'abord nous nous repentons àtause de la peine, ensuite à cause de Dieu; après quoi nous nous confessons. Bernard Colloredo, dominicain, théologien de I'évêque de Forli , compta comme nécessaire la crainte, la détestation et la foi, qui produit l'espérance, laquelle, à son tour, produit l'amour. François Contrera, mineur observantin, énonça le même sentiment. Dans la réalité, en tant que je le vois par les actes, l'intention des théologiens fut de condamner l'erreur des hérétiques qui rejetaient comme mauvaise la crainte de la peine , et non de prononcer sur le point de savoir parmi les scolasliques, si cette crainte , non seulement sans la contrition parfaite (dont il fut à peine question dans la discussion, comme on verra), mais encore sans aucun mouvoment
d'amour imparfait, suffit pour la rémission des péchés dans le sacrement. C'est ce qui paraît clairement par la preuve que le concile apporte de sa doctrine dans cet article au chapitre k , quand il dit que le repentir des Niniviti s exdté par la crainte, leur serait; car il est certain que, puisqu'il n'y avait pas alors de sacrement de pénitence, ce repentir, fondé sur la crainte, ne suffisait pas par luimême au pardon , mais qu'il servait seulement à obtenir une nouvelle grâce à l'aide de laquelle se formait un sentiment de charité que tous avouent avoir été nécessaire avant la loi nouvelle.
26. Dans la congrégation des Pères, il y en eut peu qui touchèrent cet article. Je trouve seulement dans le discours de l'archevêque de Grenade quelque vestige de l'opinion que l'amour nest pas nécessaire. Au contraire, Jean Emilien, espagnol, évêque de Tuy , soutint l'autre sentiment extrême , que la contrition parfaite était nécessaire , sans que pour cela on pût arguer que le sacrement ne remet pas les péchés, puisqu'il les trouve remis en vertu de la contrition précédente; car cette dernière opérait cet effet en vertu du sacrement dont elle renferme le vœu.
Outre cela, il est bon de savoir qu'ensuite dans les décrets de la doctrine, on avait inséré ces paroles : « Pour celte contrition que les théologiens appellent attrition , parce qu'elle est imparfaite et conçue seulement par la considération de la turpitude du péché, ou par la crainte de l'enfer et des châtiments, laquelle crainte est appelée servile, si elle exclut la volonté de pécher et exprime une douleur quelconque des péchés commis, ce saint concile établit et déclare que non seulement elle ne rend pas l'homme hypocrite et plus grand pécheur (comme quelques-uns ne craignent pas de dire en blasphémant), mais encore qu'elle suffit pour la réception de ce sacrement , et qu'elle est un don de Dieu et une impulsion très-véritable de l'Esprit saint, qui n'habite pas encore, mais qui ne fait qu'exciter ; qu'à l'aide de cette impulsion (quoiqu'à peine elle puisse avoir lieu sans quelque mouvement d'amour vers Dieu), le pénitent s'ouvre un chemin à la justice, et que c'est par elle qu'il se dispose à obtenir plus aisément la grâce de Dieu. » Mais I'évêque précité représenta qu'il était faux qu'on pût jamais rencontrer une telle douleur sans amour, et que lorsqu'on dit que celle attrition est suffisante pour la réception du sacrement, de manière à ce qu'il remette les péchés à celui qui a celte attrition en vertu de l'absolution qui vient après, on soutenait un sentiment sur lequel les théologiens étaient partagés , que par conséquent il fallait supprimer cela. C'est pourquoi le décret fut réformé comme il est maintenant , et comme nous le rapporterons.
27. On avait aussi préparé un canon où l'on conûàmnait quiconque nierait que la contrition par laquelle le pénitent , moijennant la coopération de la grâce divine par Jésus— Christ, se repent de ses péchés pour Dieu avec le propos de se confesser et de satisfaire, remet
Gr,i
les péchés. Mais Balthazar Eredia, archcvcque de Cagliari , remontra que c'était là le sentiment deCajétan et d'Adrien, et qu'ainsi il ne fallait pas le condamner.
On discuta chaudement la manière dont on déclarerait partie du sacrement de pénitence, les actes du pénitent, sans porter atteinte au sentiment de Scot auquel le concile de Florence n'avait pas voulu non plus préjudicier. Enfin, on se décida pour la rédaction qui est dans le chapitre troisième de la doctrine, et dans le canon quatrième que nous rapporterons ensuite.
28. Le reste fut aussi, à plusieurs reprises, examiné jusque dans ses moindres détails, et avec un soin tel qu'on ne peut s'en faire une idée. Entre autres choses , il arriva qu'après qu'on eut entendu les censures et les remarques des théologiens de l'ordre inférieur, le légat exhorta les Pères à la brièveté (1) , en en démontrant la nécessité; mais il protesta qu'en cela même il laissait chacun libre. Et dans le but d'avancer, il proposa de dresser, d'après les remarques et observations, les décrets et les canons de doctrine pour les proposer ensuite , mais sans anathème et sous forme de doute, à la réunion prochaine. Cette proposition fut accueillie par le cardinal de Trente, les électeurs et beaucoup d'archevêques; mais quand vint le tour de Pierre Guerrero, archevêque de Grenade, il s'y opposa fortement , sous le prétexte que quelquefois les Pères faisaient de meilleures observations que les théologiens inférieurs , et qu'ainsi il ne fallait pas mettre la main à l'œuvre sans avoir auparavant terminé toute discussion, et avec la crainte de dresser une rédaction défectueuse. Et comme d'autres partisans de la promptitude pensaient le contraire , on mit l'affaire en délibération. Les voix furent égales, c'est-à-dire au nombre de vingt-quatre pour chaque opinion; car l'archevêque grec, qui ne comprenait rien que par interprète et n'avait point voix délibérative, et celui de Cagliari , qui ne prit point de parti, s'abstinrent de prononcer. Après donc qu'on eut longuement déduit ses raisons de part et d'autre , on alla de nouveau au scrutin, et l'opinion de l'archevêque de Grenade prévalut , tant on conservait intacte la liberté qu'avaient les Pères de faire de l'opposition contre le légat, même dans les choses peu importantes et arbitraires ; tant on apportait de soin à ces délibérations que Sarpi cherche à discréditer, en nous les représentant comme peu libres et peu suivies.
Dans cette longue et mûre discussion, on établit alors douze chapitres , où on enseignait la doctrine , et dix-neuf canons où on condamnait les erreurs. Les neuf premiers chapitres auxquels correspondent les quinze premiers canons traitent de la pénitence , et le dixième et le douzième chapitre, auxquels correspondent les quatre derniers canons parlent de l'extrême-onction. Le tout est précédé d'un préambule où il est dit : Que quand on avait traité de la matière de la jus-
tification, on avait déjà eu occasion de toucher beaucoup de choses concernant la pénitence, à cause de l'affinité qu'elles ont entre elles ; mais que les erreurs concernant la deuxième étaient si multipliées, qu'il fallait de nouveau instruire là-dessus ex professo.
29. Il est dit dans le premier chapitre : « que si l'homme était fidèle à conserver la justice baptismale, il ne serait pas nécessaire d'un autre sacrement pour la rémission des péchés ; mais que Dieu qui connaît notre limon, et qui est riche en miséricorde, a établi un sacrement particulier pour la réparation de ceux qui sont tombés ; que la pénitence a été nécessaire en tout temps à quiconque s'est souillé de fautes mortelles, afin de recouvrer la justice, et que cela est vrai même pour ceux qui demanderaient le baptême; mais qu'avant la venue de Jésus-Christ, et que depuis , avant le baptême , elle n'a pas été ou n'est pas un sacrement; que ce sacrement fut principalement institué lorsque le Sauveur ressuscité donna par un souffle à ses disciples l'Esprit saint, en leur disant (1): Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez , et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Acte solennel, par lequel, du consentement général de tous les Pères , fut donné aux disciples et à leurs successeurs le pouvoir de remettre les péchés ; que l'Eglise catholique avait expulsé comme hél'étiques les Novatiens qui rejetaient ce pouvoir; qu'en conséquence, le concile approuvant cette interprétation des paroles ci-dessus, condamne ceux qui les détournent contrairement à l'institution de ce sacrement, pour ne les entendre que du pouvoir de prêcher ou d'annoncer l'Evangile. »
30. Le second enseigne « que ce sacrement est différent du baptême, non seulement dans la matière et dans la forme, mais, outre cela , parce que le ministre du baptême ne doit pas être juge ; car l'Eglise n'exerce de jugement sur personne qu'il ne soit auparavant entré dans son sein par la porte de ce sacrement, au lieu que ceux qui ont déjà été faits membres de Jésus-Christ, et qui se sont ensuite souillés par le péché, ne doivent pas être rebaptisés , cela étant défendu dans l'Eglise, mais se présenter comme coupables devant ce tribunal, afin que, par la sentence du prêtre, ils puissent être délivrés des transgressions qu'ils ont commises, non seulement une fois , mais autant de fois qu'ils y auront recours ; que le baptême diffère encore de la pénitence, parce que dans le baptême on obtient la rémission entière, à laquelle dans la pénitence on ne parvient pas sans beaucoup de larmes et de travaux; ce qui fait que la pénitence est appelée avec raison , par les Pères , un baptême laborieux, et qu'elle est aussi nécessaire pour le salut à ceux qui sont tombés après le baptême que celui-ci l'est à ceux qui ne sont pas encore régénérés.
31. Il est dit dans le troisième « que la forme de ce sacrement, dans laquelle surtout
(1) Dans la congrcg.ilion générale du 5 novembre. (2) D.ins le cliap. 20 de S. Jean.
réside sa force, consiste dans ces paroles du extorquée et forcée , et non libre et volon-
ministre : Je vous absous, etc., auxquelles, il taire. »
est vrai, on ajoute avec raison, selon l'usage 33. Le cinquième chapitre porte : « que , de l'Eglise, quelques prières , mais sans que par celle institution du sacrement de la péniccs prières soient pour cela essentielles ou tcnce, l'Eglise a toujours compris que la connécessaires à l'effet du sacrement; que les fession des péchés avait été pareillement introis actes du pénitent, c'est-à-dire, la con- stituée de Dieu, et qu'elle est nécessaire, de trition, la confession et la satisfaction en précepte divin, à tous ceux qui sont tonjbés sont comme la matière; que ces actes, en tant après le baptême : car Jésus-Christ, sur que par l'institution de Dieu ils sont exigés le point de monter au ciel, laissa les prêlres pour l'intégrité de ce sacrement et pour la pour le remplacer à titre de magistrats et de pleine rémission des péchés, sont appelés juges, auxquels seraient déférés tous les péparties de la pénitence; que la chose signi- chés mortels des fidèles, et qui par la puisfiée et l'effet de ce sacrement, en tant qu'on sance des clés proféreraient la sentence de le considère par rapport à son efficacité, sont rémission ou de retenue : il est manifeste que la réconciliation avec Dieu, que suivent sou- les prêtres ne pouvaient pas prononcer sur vent, dans celui qui le reçoit avec dévotion , une cause sans la connaître, ni observer l'éla paix , la sérénité de la conscience et une quité dans la prescription des peines , si les grande consolation d'esprit; qu'en consé- fautes leur étaient déclarées en général et quence, le concile condamne ceux qui assi- non spécifiées distinctement; qu'ainsi tous gnent comme parties de ce sacrement les les chrétiens sont tenus à confesser tous les terreurs de la conscience et la foi. » pécliés dont ils peuvent se sentir coupables, s 32. Dans le quatrième on parle du premier après un examen exact de leur conscience, des actes qu'on vient d'énumérer, c'est à-dire quand même ils seraient très-secrets et coude la contrition , qu'on définit : « douleur et tre les deux derniers commandements du Dédétestation du péché commis, avec le propos calogue : car ceux-ci sont quelquefois plus de ne plus pécher à l'avenir. » On ajoute : graves et plus dangereux que ceux qui sont « qu'elle a toujours été nécessaire, et que, manifestes; que les péchés véniels, par lesdans l'homme qui est tombé après le baplc- quels nous ne sommes pas exclus de la grâce me , elle dispose au pardon des péchés, en de Dieu et dans lesquels nous tombons peu tant qu'elle est unie à la confiance en la di- souvent, quoiqu'il y ait sagesse et avantage vine miséricorde, et au désir de faire les au- à les détailler dans la confession, comme le 1res choses requises pour recevoir ce sacre- démontre la pratique des hommes pieux , ment; qu'ainsi la contrition n'est pas une peuvent néanmoins être passés sous silence simple cessation des péchés avec le propos sans péché , et être effacés par beaucoup et le commencement d'une nouvelle vie, mais d'autres moyens; que par conséquent ceux en même temps une haine de la vie passée; qui sciemment omettent quelque péché grave, qu'en conséquence, bien que cette contrition n'obtiennent le pardon d'aucun de ceux de soit quelquefois parfaite par la charité, et'* leurs péchés qu'ils soumettent à la divine réconcilie l'homme avec Dieu avant qu'il re- miséricorde; que, pour la même raison, on çoive ce sacrement, néanmoins la réconcilia- doit exposer toutes les circonstances qui tion ne doit pas être attribuée à la contrition changent l'espèce, car ce sont choses qui sans le vœu du sacrement qu'elle renferme ; modifient le jugement sur la gravité des fauque cette autre contrition imparfaite qui tes et sur la nature des peines; que celle s'appelle attrilion, parce que communément confession est à tort appelée impossible ou elle est conçue ou par la considération de la bourreau des consciences, car dans l'Eglise turpitude du péché ou par la crainte de l'en- tout ce qu'on exige des pénitents, c'est qu'afer et des châtimenls, lorsqu'elle exclut la près un examen et une recherche exacte de volonté de pécher, non seulement ne rend leur intérieur, ils expriment tout ce en quoi pas l'homme hypocrite, mais est un don de ils se souviennent d'avoir grièvement offensé Dieu et une impulsion de l'Esprit saint, qui Dieu: et les autres fautes qu'ils ne se rapn'habite pas encore en nous , mais qui nous pellcnt pas, sont renfermées en général dans excite, et que, aidé de ce secours, le péni- cette confession; que, bien que cette obligatent se fraie la route à la justice; et que, tion paraisse trop forte, on en est néanmoins quoique cette contrition sans le sacrement de amplement dédommagé par de très -grands la pénitence ne suffise pas pour conduire à avantages et par de très-grandes consolations la justification, elle dispose néanmoins à ob- spirituelles; que, quant à la manière de se tenir la grâce dans le sacrement, puisque les confesser en secret, quoiqu'il ne soit pas dé- Ninivites, touchés de cette crainte salutaire à fendu non plus de le faire publiquement, tant la prédication de Jonas, firent une pénitence pour la punition de ses propres méchancetés accompagnée de terreurs, et obtinrent par que pour l'exemple d'autrui et pour l'édificaelle miséricorde du Seigneur; qu'ainsi, c'est tion de l'Eglise qu'on a offensée, toutefois calomnier faussement les écrivains catholi- cela n'est pas commandé; qu'il n'est pas à ques, que de les accuser de dire que le sa- propos de prescrire par aucune loi la confes« crement de la pénitence donne la grâce sans sion publique, spécialement celle des fautes aucun bon mouvement de la part de celui occultes; qu'ainsi la confession secrète étant qui le reçoit, ce que l'Eglise n'a jamais en- recommandée d'un très-grand et unanime acseigné ou pensé ; que ces hommes également cord par les plus anciens Pères, comme usitée assurent avec fausseté que la contrition est dans l'Eglise dès les premiers temps et même
îcn péchés. Mais Balthazar Eredia , archevêque de Cagliari , remontra que c'était là le/ seuliment deCajétan et d'Adrien, et qu'ainsi il ne fallait pas le condamner.
On discuta chaudement la manière dont on déclarerait partie du sacrement de pénitence, les actes du pénitent, sans porter atteinte au sentiment de Scot auquel le concile de Florence n'avait pas voulu non plus préjudicier. Enfin, on se décida pour la rédaction qui est dans le chapitre troisième de la doctrine, et dans le canon quatrième que nous rapporterons ensuite.
28. Le reste fut aussi, à plusieurs reprises, examiné jusque dans ses moindres détails, et avec un soin tel qu'on ne peut s'en faire une idée. Entre autres choses , il arriva qu'après qu'on eut entendu les censures et les remarques des théologiens de l'ordre inférieur, le légat exhorta les Pères à la brièveté (1) , en en démontrant la nécessité; mais il protesta qu'en cela même il laissait chacun libre. Et dans le but d'avancer, il proposa de dresser, d'après les remarques et observations, les décrets et les canons de doctrine pour les proposer ensuite , mais sans anathèmc et sous forme de doute, à la réunion prochaine. Cette proposition fut accueillie par le cardinal de Trente, les électeurs et beaucoup d'archevêques; mais quand vint le tour de Pierre Guerrero, archevêque de Grenade, il s'y opposa fortement , sous le prétexte que quelquefois les Pères faisaient de meilleures observations que les théologiens inférieurs , et qu'ainsi il ne fallait pas mettre la main à l'œuvre sans avoir auparavant terminé toute discussion, et avec la crainte de dresser une rédaction défectueuse. Et comme d'autres partisans de la promptitude pensaient le contraire , on mit l'affaire en délibération. Les voix furent égales, c'est-à-dire au nombre de vingt-quatre pour chaque opinion; car l'archevêque grec, qui ne comprenait rien que par interprète et n'avait point voix déiibéralive, et celui de Cagliari, qui ne prit point de parti, s'abstinrent de prononcer. Après donc qu'on eut longuement déduit ses raisons de part et d'autre , on alla de nouveau au scrutin, et l'opinion de l'archevêque de Grenade prévalut, tant on conservait intacte la liberté qu'avaient les Pères de faire de l'opposition contre le légat, même dans les choses peu importantes et arbitraires ; tant on apportait de soin à ces délibérations que Sarpi cherche à discréditer, en nous les représentant comme peu libres et peu suivies.
Dans cette longue et mûre discussion, on établit alors douze chapitres , où on enseignait la doctrine , et dix-neuf canons où on condamnait les erreurs. Les neuf premiers chapitres auxquels correspondent les quinze premiers canons traitent de la pénitence , et le dixième et le douzième chapitre, auxquels correspondent les quatre derniers canons parlent de l'extrême-onction. Le tout est précédé d'un préambule où il est dit : Que quand on avait (railé de la matière de la jus-
tification, on avait déjà eu occasion de toucher beaucoup de choses concernant la pénitence, à cause de l'affinité qu'elles ont entre elles; mais que les erreurs concernant la deuxième étaient si multipliées, qu'il fallait de nouveau instruire là-dessus ex professo.
29. Il est dit dans le premier chapitre : « que si l'homme était fidèle à conserver la justice baptismale, il ne serait pas nécessaire d'un autre sacrement pour la rémission des péchés ; mais que Dieu qui connaît notre limon, et qui est riche en miséricorde, a établi un sacrement particulier pour la réparation de ceux qui sont tombés ; que la pénitence a été nécessaire en tout temps à quiconque s'est souillé de fautes mortelles , afin de recouvrer la justice, et que cela est vrai même pour ceux qui demanderaient le baptême; mais qu'avant la venue de Jésus-Christ, et que depuis, avant le baptême, elle n'a pas été ou n'est pas un sacrement ; que ce sacrement fut principalement institué lorsque le Sauveur ressuscité donna par un souflle à ses disciples l'Esprit saint, en leur disant (1) : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez , et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Acte solennel, par lequel, du consentement général de tous les Pères , fut donné aux disciples et à leurs successeurs le pouvoir de remettre les péchés; que l'Eglise catholique avait expulsé comme hérétiques les Novatiens qui rejetaient ce pouvoir; qu'en conséquence, le concile approuvant celte interprétation des paroles ci-dessus, condamne ceux qui les détournent contrairement à l'institution de ce sacrement, pour ne les entendre que du pouvoir de prêcher ou d'annoncer l'Evangile. »
30. Le second enseigne « que ce sacrement est différent du baptême, non seulement dans la matière et dans la forme, mais, outre cela , parce que le ministre du baptême ne doit pas être juge ; car l'Eglise n'exerce de jugement sur personne qu'il ne soit auparavant entré dans son sein par la porte de ce sacrement, au lieu que ceux qui ont déjà été faits membres de Jésus-Christ, et qui se sont ensuite souillés par le péché, ne doivent pas être rebaptisés , cela étant défendu dans l'Eglise, mais se présenter comme coupables devant ce tribunal, afin que, par la sentence du prêtre, ils puissent être délivrés des transgressions qu'ils ont commises, non seulement une fois , mais autant de fois qu'ils y auront recours ; que le baptême diffère encore de la pénitence, parce que dans le baptême on obtient la rémission entière, à laquelle dans la pénitence on ne parvient pas sans beaucoup de larmes et de travaux; ce qui fait que la pénitence est appelée avec raison , par les Pères , un baptême laborieux, et qu'elle est aussi nécessaire pour le salut à ceux qui sont tombés après le baptême que celui-ci l'est à ceux qui ne sont pas encore régénérés.
31. Il est dit dans le troisième « que la forme de ce sacrement, dans laquelle surtout
(1) Dans la congccgalion générale du 5 novembre. (2) Dans le chap. 20 de S. Jean.
réside sa force, consiste dans ces paroles du extorquée et forcée , cl non libre et volon-
ministre : Je vous absous, etc., auxquelles, il taire. »
est vrai, on ajoute avec raison, scion l'usage 33, Le cinquième chapitre porte : « que ,
de l'Eglise, quelques prières , mais sans que par cette institution du sacrement de la péni-
ces prières soient pour cela essentielles ou tence, l'Eglise a toujours compris que la con-
nécessaires à l'effet du sacrement; que les fessiou des péchés avait été pareillement in-
trois actes du pénitent, c'est-à-dire, la con- stituée de Dieu, et qu'elle est nécessaire, de
trition, la confession et la satisfaction en précepte divin, à tous ceux qui sont ton)bés
sont comme la matière ; que ces actes, en tant que par l'institution de Dieu ils sont exigés pour l'intégrité de ce sacrement et pour la pleine rén»ission des péchés, sont appelés parties de la pénitence ; que la chose signifiée et l'effet de ce sacrement, en tant qu'on le considère par rapport à son efficacité, sont la réconciliation avec Dieu, (jue suivent souvent, dans celui qui le reçoit avec dévotion , la paix , la sérénité de la conscience et une grande consolation d'esprit; qu'en conséquence, le concile condamne ceux qui assignent comme parties de ce sacrement les terreurs de la conscience et la foi. »
32. Dans le quatrième on parle du premier des actes qu'on vient d'énumérer, c'est à-dire de la contrition , qu'on définit : « douleur et déteslation du péché commis, avec le propos de ne plus pécher à l'avenir. » On ajoute : « qu'elle a toujours été nécessaire, et que, dans l'homme qui est tombé après le baptême , elle dispose au pardon des péchés, en tant qu'elle est unie à la confiance en la divine miséricorde, et au désir de faire les autres choses requises pour recevoir ce sacrement; qu'ainsi la contrition n'est pas une simple cessation des péchés avec le propos et le cominencement d'une nouvelle vie, mais en même temps une haine de la vie passée; qu'en conséquence, bien que cette contrition soit quelquefois parfaite par la charité, et* réconcilie Ihomme avec Dieu avant qu'il reçoive ce sacrement, néanmoins la réconciliation ne doit pas être attribuée à la contrition
après le baptême : car Jésus-Christ, sur le point de monter au ciel, laissa les prêlres pour le remplacer à titre de magistrats et de juges, auxquels seraient déférés tous les péchés mortels des fidèles, et qui par la puissance des clés proféreraient la sentence de rémission ou de retenue : il est manifeste que les prêtres ne pouvaient pas prononcer sur une cause sans la connaître, ni observer l'équité dans la prescription des peines , si les fautes leur étaient déclarées en général et non spécifiées distinctement ; qu'ainsi tous les chrétiens sont tenus à confesser tous les péchés dont ils peuvent se sentir coupables, après un examen exact de leur conscience, quand même ils seraient très-secrets et contre les deux derniers commandements du Décalogue : car ceux-ci sont quelquefois plus graves et plus dangereux que ceux qui sont n:!anifestes ; que les péchés véniels , par lesquels nous ne somnics pas exclus de la grâce de Dieu et dans lesquels nous tombons peu souvent, quoiqu'il y ait sagesse et avantage à les détailler dans la confession , comme le démontre la pratique des hommes pieux , peuvent néanmoins être passés sous silence sans péché , et être effacés par beaucoup d'aulres moyens; que par conséquent ceux qui sciemment omettent quelque péché grave, n'obtiennent le pardon d'aucun de ceux de leurs péchés qu'ils soumettent à la divine miséricorde; que, pour la même raison, on doit exposer toutes les circonstances qui changent l'es^jèce, car ce sont choses qui
sans le vœu du sacrement qu'elle renferme ; modifient le jugement sur la gravité des fauque celte autre contrition imparfaite qui tes et sur la nature des peines; que cette s'appelle attrition, parce que communément confession est à tort appelée impossible ou elle est conçue ou par la considération de la bourreau des consciences, car dans l'Eglise turpitude du péché ou par la crainte de l'en- tout ce qu'on exige des pénitents, c'est qu'afer et des châtiments, lorsqu'elle exclut la près un examen et une recherche exacte de
volonté de pécher, non seulement ne rend pas rhouHiie hypocrite, mais est un don de Dieu et une impulsion de l'Esprit saint, qui n'habite pas encore on nous , mais qui nous excite, et que, aidé de ce secours, le pénitent se fraie la route à la justice; et que, quoique cette contrition sans le sacrement de la pénitence ne suffise pas pour conduire à la justification, elle dispose néanmoins à ob-
leur intérieur, ils expriment tout ce en quoi ils se souviennent d'avoir grièvement offensé Dieu : et les autres fautes qu'ils ne se rappellent pas, sont renfermées en général dans cette confession; que, bien que cette obligation paraisse trop forte, on en est néanmoins amplement dédommagé par de très -grands avantages et par de très-grandes consolations spirituelles; que, quant à la manière de se
tenir la grâce dans le sacrement, puisque les confesser en secret, quoiqu'il ne soit pas dé
Ninivites, touchés de cette crainte salutaire à la prédication de Jonas, firent une pénitence accompagnée de terreurs, et obtinrent par elle miséricorde du Seigneur; qu'ainsi, c'est calomnier faussement les écrivains catholiques , que de les accuser de dire que le sacrement de la pénitence donne la grâce sans aucun bon mouvement de la part de celui qui le reçoit, ce que l'Eglise n'a jamais enseigné ou pensé ; que ces hommes également assurent avec fausseté que la contrition est
fendu non plus de le faire publiquement, tant pour la punition de ses propres méchancetés que pour l'exemple d'autrui et pour l'édification de l'Eglise qu'on a offensée, toutefois cela n'est pas connnandé; qu'il n'est pas à propos de prescrire par aucune loi la confes* sion publique, spécialement celle des fautes occultes; qu'ainsi la confession secrète étant recommandée d'un très-grand et unanime accord par les plus anciens Pères, comme usitée dans l'Eglise dès les premiers temps et même
fi47 HISTOIRE^ DU CONCILE DE TRENTE. 1 * 648
à présent, c'est se tromper que d'assurer grands-prétres; qu'ainsi les souverains Ponqu'elleestune invention humaine introduite tifes avaient pu à bon droit se la réserver;
dans le concile de Latran; que ce concile n'a pas commandé absolument la confession , puisqu'elle avait déjà été commandée de Dieu ; mais qu'il n'avait fait qu'enjoindre de pratiquer ce commandement au moins une fois l'an après Vâ"c de discrétion : d'où est venu
et que tout ce qui vient de Dieu étant selon l'ordre, on ne doit pas douter que la même réserve ne soit permise aux évéques dans leurs diocèses, en vertu de la puissance qu'ils ont par dessus les prêtres inférieurs, pourvu qu'ils le fassent pour l'édification et non pour
l'usage salutaïre de se confesser dans le saint la destruction , particulièrement à l'égard de
temps du carême, usage que le présent con- ces péchés auxquels est jointe l'excommuni-
cile approuve et loue. » cation ; réserve qui doit avoir son effet, non
3k. Dans le sixième on vient à traiter du seulement dans le gouvernement extérieur ,
ministre, et l'on condamne « comme oppo- mais même devant Dieu; que néanmoins afin
sées à l'Evangile les interprétations de ceux que personne ne trouve dans ce pouvoir une
qui assignent la puissance des clés à d'autres cause de mort on a pieusement voulu dans
qu'aux évéques et aux prêtres, et qui veulent l'Eglise, qu'à l'article de la mort chaque
que les paroles de Jésus-Christ rapportées prêtre puisse absoudre tout chrétien de tout
par S. Mathieu et par S. Jean, et dans les- péché ; que, hors de ce cas, les prêtres doi-
quelles est donné le pouvoir de délier et de vent exhorter les pénitents à recourir à
lier, de remettre et de retenir, aient été adres- ceux qui ont la faculté de leur accorder l'ab-
sées à tous les fidèles : d'où il résulte que les solution. » La dernière partie de ce chapitre
péchés publics cessent par le fait de la répri- a donné matière à de grandes discussions (1)
mande publique, lorsque le pécheur y défère, sur le point de savoir si le prêtre ou excom-
et les péchés secrets par la confession libre munie et publiquement dénoncé, ou retran-
qu'il fait à qui il lui plaît ; qu'au contraire, ché et entièrement séparé, tel que serait ce-
c'est également se tromper que de refuser le lui qui est dégradé par la dégradation ac-
pouvoir d'absoudre aux prêtres qui sont en tuelle, pourrait délier les pécheurs à l'article
état de péché mortel, puisqu'ils le possèdent de la mort. Je ne vois pas dans les actes
en vertu de l'Esprit saint qu'il sont reçu quand qu'on ait agité cette question; et je crois vo-
l'ordre leur a été conféré, et que bien que lontiers que le concile, selon sa coutume, a
l'absolution soit la dispensation d'un bienfait conservé intactes les opinions des scolasti-
d'autrui, elle n'est pas pour cela simplement ques, pour ne parler ici que des réserves se-
la charge ou d'annoncer l'Evangile ou de dé- Ion le titre et l'énoncé de ce chapitre,
clarer que les péchés sont remis; mais qu'elle 36. Le huitième a pour objet l'enseigne-
est une espèce d'acte judiciaire dans lequel le ment où on traite du troisième acte, c'est-à-
prêtre, comme juge, prononce la sentence; dire la satisfaction. Il y est dit :« qu'autant
qu'ainsi le pénitent ne doit pas avoir une si elle est recommandée par les anciens Pères,
grande confiance dans sa foi qu'il se croie autant elle est combattue par les hérétiques
absous devant Dieu, quoiqu'il soit sans au- modernes; qu'il est faux que Dieu ne re-
cune contrition, ou que le prêtre soit sans mette jamais la coulpe sans remettre toute
intention d'agir sérieusement ou d'absoudre la peine; que cela est opposé aux témoigna-
véritablement. En effet, la foi sans la péni- ges manifestes de l'Ecriture; qu'il est conve-
tence ne produit pas la rémission des péchés ; nable qu'il y ait une plus large mesure de
et celui-là négligerait extrêmement son salut, pardon pour ceux qui ont péché par igno-
qui , sachant qu'un prêtre l'absout en se rance avant le baptême , que pour ceux qui,
jouant, n'en chercherait pas un autre qui le une fois délivrés de la servitude du démon,
ferait sérieusement. » ont profané ensuite sciemment le temple de
Ces dernières paroles, comme le lecteur Dieu et contristé l'Esprit saint ; que cette
peut le remarquer , permettent de ne pas doctrine contribue beaucoup à maintenir l'i-
croire condamné comme hérétique le senti- dée et l'horreur qu'on doit avoir du péché;
ment de Catharin et d'autres théologiens, qui que dans l'Eglise on n'a pas cru qu'il y eût
pensent que pour la validité du sacrement, il d'autre moyen plus sûr pour soustraire le
suffit que le ministre témoigne à l'extérieur pécheur à la vengeance divine, que ces pei-
agir sérieusement, et qu'il n'y a de nuisible nés volontaires qu'il subit; qu'outre cela, on
que l'intention de se jouer, dont celui qui re- imite par elles Jésus-Christ dans sa passion,
çoit le sacrement peut s'apercevoir; distinc- et que par conséquent on reçoit dans elles
tion dont nous avons parlé suffisamment un gage de sa gloire; que nos satisfactions
dans la cinquième session. ne sont telles que par Jésus-Christ, de qui
35. Dans le septième on conclut, « que la nous tirons la force de les faire, et de qui
nature du jugement exigeant que la sentence elles tirent la vertu de nous aider; c'est lui
se rende sur un sujet, pour cette raison l'Eglise a toujours cru, et maintenant le concile confirme cette croyance, que l'absolution est nulle, si le prêtre n'a juridiction ordinaire ou déléguée sur le pénitent; que nos très- ' saints Pères ont pensé que c'était une disposition bien favorable à la discipline, que tout prêtre ne pût pas donner l'absohiîion de quelques crimes plus graves, mais seulcniout les
qui les offre à Dieu le Père, et le Père 1er, accepte en vue des mérites de son Fils ; qu'ainsi, les prétree doivent pourvoir avec zèle à ce que les satisfactions soient enjointes selon les forces du pénitent et la qualité des péchés, pour ne pas devenir eux-mêmes parti-
(I) Voyez parmi les modernes Fagnani sur l« cluii». Non eil vobis, de Sponsalibus, per totum.
LIVKE DUL'ZIÈMî:,
cm
cipants des fautes d'autrui en imposant des pénitences très-légères pour des crimes graves; qu'ils doivent avoir soin que les pénitences ne servent pas seulement de sauvegarde et de préservatif pour l'avenir, mais
quefois Ut saille du corps, si elle est utile pour celle de IWwc.
41. Enfin, dans le troisième, on explique cm qui regarde ceux qui doivent administrer ou recevoir ce sacrement. On dit : Que les un
encore de châtiments pour le passé; car les nistres doivent être les prêtres de V Eglise; ex~
anciens Pères nous enseignent que les clés pression qui, dans les paroles citées de S.'jac-
n'ont pas été données aux prêtres seulement ques, ne désigne pas les plus anciens ou les
pour délier, mais aussi pour lier; que jamais principaux du peuple, mais bien les évéques
aucun catholique n'a pensé que ces péniten- et les prêtres consacrés par eux; que ceux qui
ces obscurcissent ou diminuent la vertu du mérite et de la satisfaction de Jésus-Christ ; que les novateurs ne voulant pas en convenir, disent que la pénitence la plus convenable est la nouvelle vie ; et ainsi ils ôtent toute son efficacité à la satisfaction qu'ils dispensent des pratiques.
37. Dans le neuvième on déclare : « que la bonté de Dieu est si grande, que non seulement nous pouvons satisfaire par les peines que nous recevons volontairement ou que
le reçoivent doivent être les malades, spécialement ceux qui sont dans un si grand danger, qu'ils paraissent être arrivés au moment de sortir de la vie; que si l'infirme recouvre la santé, il peut de nouveau recevoir ce sacrement , quand il retombe dans un danger semblable ; qu'ainsi il ne faut pas écouter ceux qui appellent ce rit, ou une invention humaine, ou une institution des Pères, sans commandement de Dieu et sans promesse de la grâce, et qui prétendent qu'il a cessé maintenant, comme le
nous imposent les confesseurs en proportion don de rendre la santé au corps, qui existait
des péchés, mais encore par celles que sa autrefois datis l'Eglise et auquel se rapportait
main nous envoie et que nous souffrons avec V extrême-onction, ou qui affirment que le rit
patience. » que l'Eglise y observe maintenant est opposé
38. De là, le concile passe à l'enseigne- au sentiment de S. Jacques.
ment qui traite de l'extrême-onction ; et dans Suivent les canons, qui, au fond, sont un
un petit préambule, il démontre qu'il le joint abrégé et quelquefois un commentaire de la
avec raison à celui où on traite de la péni- même doctrine, en forme de condamnation
tence : « parce que l'extrême-onction a été considérée par les Pères comme un dernier complément, non seulement de la pénitence, mais même de la vie, qui, dans le chrétien, devrait être une pénitence continuelle; que comme la bonté divine nous a munis de diverses défenses contre les assauts de tous les ennemis, ainsi n'a-t-elle pas voulu nous laisser dépourvus d'une armure spéciale dans ce dernier combat , où notre ennemi déploie toutes ses forces. »
39. Dans le premier chapitre il prononce : Que l'extrême-onction est un sacrement véritable et proprement dit , institué par Jésus- Christ, indiqué par S. Marc (1) et promulgué par l'apôtre S. Jacques {'2,), frère du Seigneur, dans ces paroles : « Quelqu'un parmi nous est-il malade? qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, et
de la doctrine opposée. Mais Sarpi ne nous permet pas de nous en tenir plus longtemps au rôle paisible de narrateur, parce qu'il hait ce divin tribunal de la confession, peutêtre par la raison que, dans ce tribunal, plus que dans les autres, domine son ennemie capitale, la vérité.