CHAPITRE in
Maladie du légat. — Mouvements des luthériens. — Dangers que court V empereur et la ville de Trente. — Plusieurs évêques se retirent. — Suspension du concile. — Protestation des prélats espagnols. — Mort du légat.
1. Pour retourner maintenant où nous en étions, quelques jours après l'arrivée des Portugais, le premier légat tomba malade. C'est l'ordinaire que les maladies des grands sont toujours attribuées aux afflictions internes: comme si chez eux, au rebours des autres hommes, ce n'était pas le corps qui rendît l'âme passible , mais l'âme affligée qui rendît le corps souffrant. On crut donc que le légat était malade de chagrin ;
L'électeur Maurice, se tenant offensé de ce qu'on n'avait pas encore rendu la liberté au landgrave Philippe, son beau-père, qui s'était livré à Charles sur la promesse qu'on ne le tiendrait pas en prison perpétuelle, et plus encore de la réponse méprisante : Qu'une longueur n'est jamais une perpétuité, ayant fait une ligue avec plusieurs princes d'Allemagne, auxquels se joignait le roi de France, se mit en campagne. Et comme aisément on vient à bout d'une garnison étrangère, lorsqu'on a le cœur des citoyens, il s'empara presque sans résistance de la ville d'Augsbourg, qui inclinait au luthéranisme. De là l'armée des confédérés alla menacer Inspruck, où demeurait l'empereur, et l'épouvante parvint jusqu'à Trente, qui n'en est pas loin. L'épouvante causa bientôt la fuite de plusieurs évêques, non-seulement des italiens, mais des espagnols encore, quelque soin que prissent pour atténuer le danger les orateurs do l'empereur, et l'empereur lui-même, qui, après avoir un peu balancé, s'était décidé à ne pas sortir d'inspruck, pour ne pas augmenter, en avouant ses craintes, l'orgueil des ennemis et le bruit de leur puissance, qui esta la guerre la plus forte machine pour en assurer le succès. Mais le cardinal Madrucci craignant que le danger, qu'il diminuerait par les paroles, ne s'augmentât à ses dépens par les effels, voulait faire en sorte
et ce chagrin, on l'attribuait à ce que le con- que sa ville fût mieux en état de résister aux
cile, sous sa présidence, ne marchait pas aussi heureusement qu'il l'avail d'abord espéré, et selon les apparences allait bientôt être dissous. Je ne veux pas non plus nier ce qui est raconté par Sleidan , quoique Sponde rejette sa narration avec quelque probabilité, parce qu'elle est d'un auteur malin et suspect, et qu'aucun autre historien ne l'a confirmée. Il dit que la veille du jour que le cardinal tomba malade, le soir avant de se coucher, il crut apercevoir dans sa chambre un gros chien noir, avec les yeux de, travers. H appela deux domestiques pour faire sortir ce chien, qui s'était mis, disait-il, sous une table, près de son lit. Mais ils eurent boau chercher sous la table et dans toute la chambre, ils ne trouvèrent point de chien. 11 n'éiait que dans l'imagination du légat, et il y resta, pour la troubler, jusqu'à la fin de sa vie. C'est ce qu'ont rapporté les domestiques, et ceux qui avaient eu soin du malade. Je ne veux pas nier le fait, parce que je le trouve dans le mémoire que j'ai sous les yeux. Mais je dis que c'est bien légèreté, ou malice, de
ennemis, ou qu'elle eût moins de quoi exciter les luthériens et provoquerleurs assauts. Il fit donc signifier au pape que Trente n'était plus un séjour tranquille, à Tabri des armes des confédérés. Sur (juoi le pape, dans une congrégation consistoriale tenue le 15 avril, mit l'affaire en conseil, et délibéra avec les cardinaux de suspendre le concile. Dans la même congrégation, il informa le sacré collège de la suspension d'armes traitée avec le cardinal de Tournon.
3. Les impériaux, au contraire, ne pouvaient souffrir qu'on parlât d'interrompre ce synode, l'œuvre de tant de travail et de soins, et le fondement de leurs espérances. Ils firent fracas, comme ils avaient coutume de faire en pareilles occurrences. Et comme quelquefois la faiblesse même inspire l'audace, ils menaçaient de tenter dans ces extrémités les dernières ressources. C'est pourquoi les deux nonces, qui n'étaient que simples prélats, ne se sentaient pas la force de mettre sitôt à exécution la commission qu'ils avaient reçue. Us écrivirent donc au pape que
vouloir prendre pour une annonce de la ven- les évêques n'auraient vu qu'avec be-'>ucoup
gcnnce infernale préparée au cardinal, l'effet d'une vue égarée dans un homme qui a les humeurs bouleversées et tout son corps qui va se dissoudre. Je crois donc que Pierre Soave a eu plus de bon sens, à laisser de côté
de peine cette sus|)ension faite par un bref de Sa Sainteté, sans aucune intervention du concile ; qu'ils avaient cru plus convenable de ne pas le publier et de faire en sorte que la délibération vînt du concile même. Le pape
cette historiette, que Sleidan, qui l'a amplifiée leur fit signifier qu'ils eussent à publier le contre la vérité, pour l'interpréter contre la bref sans délai, et que pour lui il ne craignait vraisemblance. pas les menaces des Allemands. Etpourren-
2. PtMidant la maladie du légat , c'était Pighiniqui avait la première part aux affaires.
d««e plus agréable, et en même temps plus efficace, le commandement par l'espérance
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d' exécution, parce que ce qu'elle ordonnait tion, pourvu que le présent décret fiit muni (le faire était déjà fait. Dans la circonstance de Vassentimcnt et de l'autorité du siège apo-
)ù, l'on se trouvait, il était facile d'apercevoir stolique. Cependant, le concile exhorte tous
(non-seulement par la pensée, mais par les les princes et tous les prélats d'observer et de
yeux mêmes, et des fenêtres de Trente, on faire observer, autant qu'il leur appartient,
voyait s'approcher) le péril, et rien ne pou- dans leurs domaines ou dans leurs Eglises,
vait arrêter la fuite des prélats et des Ihéolo- tout ce qu'il a décrété ou établi par ses ordon-
giens. On tint donc la congrégation générale, nances.
*où de l'avis du plus grand nombre, et spécia- 5. Ce décret fut reconnu et accepté par
lement du cardinal de Trente, de l'orateur de tous les évêques,à la réserve de douze Espa^
Ferdinand, évêque de Zagabria, et de l'ar- gnols, qui protestèrent contre la suspension!
chevcque de Grenade, on avisa aux moyens Parmi ces douze, il yen eut un qui protesta
d'en venir à la suspension qui va être rap- également contre la suspension et la proro-
portée. Après quoi, le 28 avril, on célébra gation : ce fut Jean-Bernard Diaz, évêque de
la session. Le saint sacrifice fut offert solen- Calahorra. Les autres onze furent : Salvador
iiellement par Michel de la Tour, évêque de Alepus, archevêque de Sassari ; Jean Salazar,
Ceneda. L'Evangile, qui y fut chanté, parex- évêque de Lanciano; Alvaro de la Quadra,
[raordinaire, était pris du seizième chapitre évêque de Venosa; Pierre AcugnaAvcllaneda,
de saint Jean, où se trouvent ces paroles : évêque d'Astorga; Jean Fonsecca, évêque de
Encore un peu de temps, et vous ne me ver- Castellamare ; François Navarra, évêque de
ez plus; et encore un peu de temps, et vous Badajoz ; Michel Puch, évêque d'Elva ; Jean
me reverrez. Toutes les solennités d'usage Emiliano, évoque de Tuy ; Martin Ayala, de
furent observées, à la réserve du st^rmon en Cadix; Alvaro Mcscoso, de Pam|)elune, et
latin. xVprès quoi l'évêque célébrant récita le Pierre Poaz, de Ciudad-Rodriguo. Voici leur
décret suivant : protestation. Les motifs étaient :
4. Le suint concile de Trente œcuménique 6. Que le présent concile, après avoir été et général, assemblé dans le Saint-Esprit, les longtemps attendu et désiré de tout le monde révérendissimcs seigneurs Sébastien Pighini chrétien, s'était enfin réuni à Trente, non et Louis Lippomani, nonces apostoliques y sans beaucoup de fatigues, pour différentes présidant, tant en leur nom qu'en celui du ré- fins toutes importantes, dont aucune n'avait vérendissime et illustrissime seigneur Marcel été encore accomplie :, qu'une de ces fins Crescenzi, cardinal de la sainte Eglise ro- était de l'aire cesser la discorde et arranger maine, absent à cause d'une très-grave mala- les différends parmi les princes chrétiens, die, ne doute point qu'il ne soit connu de tous et cette discorde allait servir de motif pour les chrétiens pour quelle fin d'utilité publique licencier le concile ; que la forme de suspence synode avait été d'abord assemblé en cette sion proposée semblait plutôt une dissoluville par Paul Ul, et repris par son succès- tion (1); qu'il fallait donc plutôt proroger la seur, et les bons effets qu'il avait produits session intimée pour le premier de mai jusjusqu'à présent pour la déclaration de la foi qu'à une époque convenable et fixée, de et la réformation des juœurs. Il y avait donc telle sorte que, sans que personne fût charge lieu d'espérer que ceux qui avaient excité dans de convoquer, l'époque une fois arrivée vau- V Allemagne ces nouveautés de religion vicn— drait une intimation. Et si les obstacles vcdraicnt bientôt au concile, et que, convaincus naient à cesser avant que le terme de la prode la vérité, ils relourneraicnl à l'tmité de rogation fût venu, le pape aurait soin de rapl'Eglise; lorsque par la malice de l'ennemi peler les évêques, sans aucun délai. Enfin, commun, il s'est allumé dans le christianisme pour la conclusion du décret, qui exhortait une flamme si funeste qu'elle rendait inutile les princes cl les prélats à l'observation des la continuation du présent concile, qui, au articles déjà établis, ils y donnaient leur aplieu d'apaiser l'esprit de plusieurs, les irrite probation, pourvu qu'on ôtât ces mots : aacontre son intention; et l'Allenuigne, pour qui tant qu'il leur appartient, formule qui serait il s'était principalement assemblé, s'est trou- l'occasion d'une infinité de chicanes. Au vée tellement en discorde que tous les élec- reste, ils prolestaient qu'aucune action passeurs ecclésiastiques, et plusieurs autres évé- sée ou future ne devait être tenue comme de ques et princes se sont retirés, pour mettre préjudice à eux, ni au présent concile, ni à ordre à leurs Eglises et à leurs Etals. C'est l'autorité des conciles œcuméniques. Ils finispourquoi le concile, ne voulant pas lutter con- saient en demandant que de tout cela lenotre une nécessité invincible, a mieux aimé se taire du concile fît mention dans les actes, taire en attendant, et se réserver à des temps et leur en donnât une copie authentique. plus favorables, permettant aux évéqués d'aller
revoir leur troupeau, pour ne pas être infruc- ... ^ , , , ,..,. , , ■., . , n-
tueux dans leurs diocèses, comme ils le sont (1) Sans parler de la difdcu le qu .1 y aurail de faire
„■• r„ „^ ,„;i ■, -, j I .r revenir a Irenle ant de prêtais des pays ointains,
Ut. Le concile etai donc suspendu pourl es- ,,„, ^ ^ ,,, „^„„ ,.,^.,„^ J, ,^„^i,^ éiaii odieux , s:»-
jmce de deux ans; de telle manière, cependant, tha.il .|n<; les f,i;erclles des chréliens pouvaicnl en
que SI avant ce terme les empcchrmenls légiti- empcther la réunion, enlreiiendraienl les dissensions,
mes ne subsistaient plus, par là même la sus' pour multiplier les obstacles.
m LIVRE TREIZIEME. 7^2
r 7. La protestation ainsi conçue ne fit chan- christianisme. Aussi, dès qu'il apprit que les
ger de sentiment à aucun des autres Pères protestants avaient forcé le passaj^e de la
du concile, puisque, quant à la première par- barrière, il sortit sur-le-champ d'Inspruck
tie, les contradicteurs avouaient la nécessité au milieu d'une nuit obscure, tout indisposé
de la prorogation, et bon nombre de leurs collègues et compatriotes l'avaient encore mieux avouée parleur départ, qui avait plutôt l'air d'une fuite. Cela étant, le ternie de deux années paraissait très-raisonnable. Ce terme fixait par les paroles, et non par les désirs, l'espérance future de cette tranquillité, dont on avait tant de besoin ; et si elle venait avant le terme, on avait déjà réglé que le concile serait remis à Trente ; et il n'y avait plus à douter que, sitôt que le temps serait favorable, le pape et les princes qui avaient formé le concile ne fussent disposés à le rétablir. D'un autre côté, si les princes n'en étaient pas bien aise, l'intimation la plus
qu'il était, porté dans une litière, tandis que les gens de sa suite étaient presque tous à pied, parce qu'on n'avait pu trouver de montures pour une retraite si imprévue. Il ne se crut en sûreté que lorsqu'il fut arrivé à Villaco, bourg de la Carinthie, province voisine du Frioul, dépendant des Vénitiens. Bien [)lus , à Villaco, entendant le bruit de beaucoup de gens, dont les uns venaient pour faire honneur à son arrivée, et les autres étaient des troupes envoyées pour garnir les frontières , saisi d'une nouvelle frayeur, il comniença à craindre , sur un faux bruit qui s'était répandu, que les Vénitiens ne fussent en ligue avec les protestants. Maurice
expresse et la plus précise qu'on eût insérée arriva à Inspruck quelques heures après (]ue
dans le présent décret, aurait été de nulle valeur.
\ Quant à la suppression de ces paroles , autant quil leur appartient, ou l'on voulait les omettre de manière cependant qu'elles fussent sous-entendues, et l'occasion des chicanes demeurait toujours , savoir, à qui appartenait le droit de faire exécuter Its décisions du concile, et jusqu'à quel point; ou ces évéques voulaient supprimer les paroles et leur signification, de manière que chacun fût en plein droit d'exécuter les décrets du concile : et qui ne voit, en pareil cas, la confusion et le trouble qui se seraient mis dans l'Eglise, contre l'esprit de tous les canons et la volonté de tous les conciles ?
8. Comme il n'est aucun bien sur la terre qui ne soit mêlé de quelque désagrément, il n'est aucun mal qui ne procure quelque avantage. Les événements fâcheux qui vinrent troubler le concile rendirent l'affaire de la suspension moins intriguée et plus courte que n'avait été sous Paul III celle de la translation. Cette fois le bien fut cause du mal, en ce que la cessation de l'épidémie autorisait à demeurer dans cette ville ceux qui n'avaient point voulu de translation, et qui reprochaient encore plus hardiment aux autres les causes simulées dont ils avaient couvert leur départ , outre qu'ils approuvaient le sentiment de l'empereur , qui croyait avec eux que cette fuite était une violation de ses droits. Au contraire, dans le cas présent le mal produisit le bien , parce que, les dangers allant toujours croissant , ceux qui protestaient contre la suspension furent démentis par le fait, lorsque, malgré leur protestation, ils ne tardèrent pas à se mettre eux-mêmes en sûreté par la fuite. Après tout, ce bataillon de gens en robe qui s'éloignaient du danger ne méritait pas l'accusation de timidité, lorsqu'on voyait Charles V lui-même, qui jusqu'à ce jour , attaqué par les plus formidables guerriers, ne leur avait montré que son cœurinvincibleet sa poitrine d'airain, obligé de tourner le dos à des sujets révoltés, pour ne pas faire dégénérer son courage en témérité; et s'il tombait entre leurs mains, sa captivité devenait la ruine de l'empire et du
Charles en était parti. Il ne voulut rien toucher de ce qui appartenait aux citoyens , ou au roi Ferdinand, prince qui passait pour être plus ami de la paix qu'ennemi de l'hérésie. Mais il fit main basse sur tout ce qu'il .put trouver de l'empereur, ou du cardinal d'Augsbourg, ou des Espagnols, gens que les prolestants ne pouvaient nommer sans horreur: l'un parce qu'il était l'auteur des persécutions qu'ils avaient souffertes, l'autre parce qu'il les avait conseillées, etles derniers parce qu'ils les avaient exécutées.
9. Dans ce soulèvement , les ministres du pape au concile furent tellement au dépourvu pour leur fuite, que, sans les secours et les provisions que leur fournit le cardinal Madrucci, plusieurs se seraient trouvés dans une triste situation. Le légat Crescenzi, accablé de son mal, préférant la mort à une captivité qui l'aurait mis à la discrétion dj'S hérétiques , se fit conduire sur l'Adige jusqu'à Vérone, où il ne vécut que trois jours. Son corps fut porté à Rome , où il reçut les honneurs qui se rendent à la vertu jusque dans le tombeau.
10. Ici Soave se permet de nous dire que les deux nonces furent aigrement repris à la cour de Kome , parce que dans le décret de. la suspension, on exhortait les chrétiens à l'observance des articles définis par leconcile, sans y mettre la réserve de la confirmation du pape , (jui devait précéder, et sans laquelle les définitions n'ont aucune force , selon la doctrine enseignée à Rome. Il assure même que quelques-uns prétendaient que les nonces et tous les évéques qui avaient signé le décret étaient tombés dans les censures. Les anciens qui dépeignaient l'amour aveugle, auraient bien pu, selon moi, dépeindre ainsi la haine, en supposant qu'ils aient connu le principe que saint Thomas enseigna longtemps après, savoir: que toute la force de la haine et des autres affections vient de quelque amour qui nous fait aimer le contraire de ce que nous haïssons. Eh quoi! ne lit-on pas dans l'exemplaire imprimé à Anvers , et Soave lui-même ne rapporte-t-il pas, que dans le décret en question on ajouta
HISTOIRE DU COxNCiLi: DE TRENTE.
la réserve : Sauf le consentement et Vaulorité du pape et du saint-siége apostolique ?
11. Après avoir réfuté une imposture solennelle , je dois y joindre la solution d'une difficulté qui n'est qu'une chicane. Pourquoi, dit-il, ne permcltait-on pas aux protestants de raisonner contre les articles déjà établis dans le concile, puisqu'ils n'avaient pas encore la certitude infaillible tant qu'ils n'étaient pas confirmés par le pape? La raison est claire : c'est qu'ils étaient déjà confirmés successivement. A mesure que le pape, à chaque session, recevait le contenu des décrets , il les approuvait par ses lettres aux présidents. Il les faisait imprimerel témoignait en diverses manières son aiiprohation ; et quand bien même toute autre preuve aurait manqué, ces mêmes réponses rendues publiquement par les papes Paul et Jules , tantôt de vive voixaux orateurs de l'empereur, tantôt par écrit à Charles V et aux ecclésiastiques d'Allemagne , en exigeant que ce qui était défini ne fût plus mis en question : tout cela valait bien une af'probalion. Cela n'empêchait pas que, les assemblées étant terminées , pour laisser dans les fastes de l'Eglise une mémoire plus solennelle et plus durable de tout ce qui s'y était fait, les Pères n'en demandassent sagement la confirnuttion au pape , qui ne manquait pas de donner cette approbation générale et expresse de tous les décrets du concile, comme nous dirons en son lieu. Au reste il n'est pas nouveau de faire qu'un même acte soit plusieurs fuis confirmé et reconfirmé , pour avoir surabondance de précautions et augmentation d'éclat et de majesté. C'est ainsi que pour rendre un édifice plus magnifique , on y met plus de colonnes qu'il n'en faudrait pour le soutenir. De même que c'est le mérite des anges , qui n'ont besoin du service de personne, de vivre sans aucun serviteur, tandis que les hommes, qui ont besoin d'être aidés par des ministres, mettent leur gloire à avoir plus de ministres que leur faiblesse n'en demanderait; ainsi l'on peut dire que la perfection des choses qui ne veulent point d'appui est de se soutenir elles-mêmes ; pour celles qui en ont besoin, leur mérite et leur gloire, c'estd'avoir plus de soutien que ce qu'il en faut pour les soutenir.