‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 165 sur 348 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Réfutation de plusieurs calomnies de Soave sur la suspension du concile et sur la réception faite par le pape au patriarche d'Assyrie.

I. Avec tout ce que nous avons dit nous ne sommes pas encore débarrassés des calomnies de Soave. Il continue à censurer le pape, en observant que la suspension du concile, qui n'était que pour deux ans, alla jusqu'à dix. Mais cet auteur (nous l'avons déjà remarqué) a un terrible défaut, pour un homme de sa profession : sa profession est de mentir, et il n'a point de mémoire ; autrement il n'aurait pas oublié ce qu'il a dit lui-même peu auparavant : (jue les deux années avaient été fixées conditionncllemcnt.

Le concile devait être repris pourvu qu'à ce terme les obstacles fussent levés, c'est-à-dire, que la paix fût rétablie entre les princes chrétiens. Or il lui était facih^ de voir, par son histoire même, si le christianisme avait eu quelques uiomenls de tranquillité avant les derniers jours de Henri II et le pontificat de Pie IV, où l'on prit de nouveau et l'on exécula le dessein de réassembler le conrile.

2. D'ailleurs il ne faut pas oublier que le concile jusqu'alors avait été établi, assemblé la première et seconde fois, et mainlenu, p;;r le zèle et les secours de Charles V et des Allemands. Mais, par la suite et pendant plusieurs années, les Allemands, ni Charles V, n'y mettaient plus le même intérêt. Char'cs surtout, qui d'abord l'avait désiré, comme un moyen de réunir l'Allemagne , n'espérant plus d'y réussir et blessé jusqu'au cœur par la révolte des Allemands, qui avait beaucoup diminué cette réputation d'invincible qu'il s'était faite partantde faits d'armes héroïques, conçutune telle aversion pour le nom germanique, qu'il ne pouvait voir de bon œil un homme de cette nation. Autant il en rencontrait, autant il avait de témoins de sa gloire éclipsée. En sorte que non-seulement il ne retourna plus en Alleinagne, mais il ne voulut plus rien savoir de ce qui s'y passait. Dès lors il s'occupa de sa renonciation à l'empire en faveur de son frère, malgré la répugnance de la diète el de Ferdinand lui-même, qui voyait bien qu'en acquérant un superbe manteau il perdait un bouclier très-fort et très-nécessaire. Enfin les Allemands n'étaient plus dans les mêmes dispositions. Leur zèle pour le concile était devenu , non pas seulement de l'indifférence, mais une espèce d'aliénation. Les hérétiques , qui l'avaient toujours détesté et qui l'avaient demandé avec l'espérance de ne pas l'obtenir, quoique leur demande pût arrêter la puissance extérieure armée contre eux , ne craignant plus rien de cette puissance abattue , répugnaient ouvertement à ce qu'on rétablît cette forge où se fabriquaient les anathèn»cs et les condamnations. Les catholiques,fdont la plupart avaient perdu la confiance d'obtenir par le concile cette concorde tant désirée , ne voyaient plus dans le concile (ju'un tribunal d'où allaient sortir des lois rigides et des reformations odieuses. Les papes furent donc obligés de naviguer contre les courants, pour traîner jusqu'au port le vaisseau , qui était à l'ancre , chargé de médicaments salutaires pour le corps infirme de l'Eglise.

3. Notre censeur ajoute ici que Jules III, pour donner au monde quelque satisfaction apparente, établit avec beaucoup de zèle une congrégation spécialement occupée de la réforme , mais que bientôt il la laissa tomber. Nous avons plus d'une fois répondu à cette objection, que la réiormation universelle ne peut réussir que parles conseils réunis el le consentement de tous : aussi de plusieurs papes qui ont voulu la faire hors du concilo, aucun n'y est parvenu. On ne peut nier pouitant que plusieurs d'entre eux n'aient < u beaucoup de zèle. On peut citer pour exemple

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