N LIVRE TREIZIEME
Adrien VI et Paul IV. Et même si nous vou- verli. Cependant il y en a parmi eux, et maliens examiner les fails sans humeur et sans l)eureusement un jçrand nombre, qui retomprévenlion , chacun pourra juger que les bent dans le péché. Rappelons-nous cette autres papes n'élaient pas ennemis de ces ré- doctrine subtile, mais vérilable, de saint ïhoformations, puisqu'on en voit plusieurs très- mas, que « Ne vouloir pas reconnaître pour importantes établies dans le concileau temps l'œuvre de Dieu une résolution pieuse, parce do Paul III, Jules III et Pie IV, et auxquelles qu'elle ne s'est pas soutenue, c'est approuver ces papes n'ont pas seulement consenti , l'impictédes manichéens, qui fontDieuauteur mais en ont pressé rétablissement. Ils (mt des choses incorruptibles seulement, et non •très-bien compris que le respect de l'honnê- pas des corruptibles. Si ces doutes et ces S'teté publique les rendrait eux-mêmes moins exemples d'inconstance avaient empêché les indulgents envers ceux qui mépriseraient des papes d'accueillir avec une tendre charité réformes élablios par un concile, que s'il s'a- quiconque vient st; jeter dans le sein de i'Egissail des réformes portées par la volonté gli.-e, ils n'auraient pas acquis à Jésus-Christ 'particulière et la puissance des souverains un si grand nombre d'âmes dans l'Amérique ' potitilVs. et dans les autres régions nouvellement dé- I k. Passant ensuite à la réception faite par couvertes. Pour faire ces acquisitions, le I le pape en consistoire au patriarche des Assy- saint-.siége de Rome a dû sacrifier et sacrifie I riens , venu à Rome pour rendre obéissance encore des sommes immenses, et quelquefois au saint-siége au nom de celle chrétienté , le sang de ses missionnaires, sans tirer de la Soave en parle avec moquerie , comme d'un conversion de ces barbares d'autre avantage artifice el d'une cérémonie propre à compenser que de donner à Dieu de nouveaux adoradans l'opinion du vulgaire la dissolution du teurs, et au paradis de nouveaux citoyens, concile et la défection de la Germanie. Il ap- Au reste si, pour se garantir des railleries et l)elle du même nom l'accueil précédemment des critiques du monde, on voulait établir fait par Paul 111 au patriarche et à plusieurs comme règle de prudence celte maxime : Ne évêques de l'Arménie; et poursuivant sur le travaillez jamais lorsqu'il y a risque que le même ton, il assure que la venuedes Grecs au travail ne réussisse pas et que la peine soit concile de Florence ne fut qu'une vaine appa- perdue, il faudrait bannir de la société les rence contr'opposée au concile de Râle par deux arts qui soutiennent la vie des hommes: la politique d'Eugène I\'. Mais, pour com- l'agriculture et le commerce, mencer par celle dernière calomnie, si un PHAPITRF V empereur de Constanlinople, qui vient per- LirtAFl 1 nu, V. sonnellement au concile avec son patriarche Concorde stipulée dans rassemblée de Passaw. et plusieurs de ses prélats et théologiens, n'est entre Vempereur et les protestants. — Evéqu'une apparition vaine et illusoire, je ne nements de la guerre. — Le pape médiateur sais ce qu'il faudra appeler substance et réa- entre les deux couronnes par ses d'ux nonces lité. Quant à la soumission faite par le pa- Achille Grassi et Prosper de Sainte-Croix. triarche assyrien, au temps de Jules III (1),
conveiiait-il de la rejeter, lorsqu'en son propre 1- Pendant que les protestants étaient en
nom, et avec des lettres authentiques de toute armes pour opprimer l'empereur, le roi Henri
la nation, depuis longtemps engagée dans le fut appelé par ceux-ci, qui, l'année précé-
schisme et les erreurs de Nestorius, il venait dente, s'étaient ligués avec lui. La ligue était
se rendre à l'unité de l'Eglise? Ces kltres secrète ; on voulait faire en sorte que la foudre
sont enregistrées, selon leur forme et teneur, arrivât avant le tonnerre. Cependant le roi
dans les Actes consisloriaux, ainsi que la de France avait publié des manifestes pour
profession par laquelle les Assyriens pro- donner à son entreprise un voile d'équité, et
mettent l'obéissance au pontife romain : ils le presque en même temps il s'était avancé sur
prient de confirmer dans sa dignité le pa- les domaines de l'empereur avec une puis-
Iriarche qu'ils ont élu, Simon Sulahan, moine santé armée. H envahit d'abord le duclié de
de saint Rasile, et de faire venir avec lui Lorraine, fief impérial, dont il fit mener en '^
quelque personne capable de les instruire France le duc, encore enfant; et bientôt,
dans la foi. On trouve encore dans ces re- ayant pris ïoul, Metz et Verdun, il s'avança
gislres la profession de lu foi récitée en plein sur les terres d'Allemagne. Il en dévorait la
consisloire par le nouveau patriarche; l'oc- conquête par ses vœux ambitieux et sa con-
casion du fait et toute la suite de cette his- fiance présomptueuse; mais il éprouva bien-
toire, sont rapportées fort au long dans les tôt que qui manque de fidélité à Dieu et à
annales ecclésiastiques du temps. Maintenant son légitime souverain, n'en a pas davantage
Soave, qui raille la cour de Rome à cette envers ses alliés. Rientôt les prolestants eurent
occasion et lui reproche d'avoir fait tant de plus de crainte de l'ami puissant qui se fai-
réjouissances pour une conversion qui ne fut sait suivre par une grande armée et qui était
pas durable, aurait dû faire attention qu'en voisin de ses vastes Etats, que d'un ennemi
se mo(juant de la cour de Rome il se moque qui était presque sans armée et très-éloigné
aussi de celle du ciel : car Jésus-C'.irisl nous de ses provinces héréditaires; aussi, de; qu'on
apprend qu'il y a des fêtes dans le ciel toutes .eut commencé à parler d'accord, et qu'il fut
les fois qu'un pécheur est sincèrement cou- /question de traité entre eux et l'empereur,
ils écrivirent au roi de France (1) que leur» (1) La même chose pour celle des Annéniciis, au
temps (Je Paul III. (l) Mettant, le passé pour le fului.
ïllSiOlP.K DU CONCILH DK THFNTK.
différends avecï'cmppieur étaient heuroiiso- poreur, s'unit ùFerdinand,otmarchaaveclui
ment terminés y de sos le qu'ils n avaient plus conln; Albert. Albert perdit la bataille, et sa
que des remertiments à lui faire pour avoir défaite le réduisit à un tel état, qu'il fut obligé
fait triompher leur cause par le puissant se- de se retirer en France pour le reste de ses
cours de ses armes, qui, grâces à Dieu, n'é- jours. Ce même roi, à qui il avait manqué
taiiMit ))ius nécessaires. Henri, bien que décliu essentiellement, fut assez généreux, pour lui
de ses hautes espérances, surpris et fâché du donner un asile. La victoire qui avait ter-
coup auquel il ne s'attendait pas, répondit, avec autant de modération que de magnanimité, qu'il se réjouissait de l'avantage que ses amis avaient trouvé dans son alliance, et quil serait prêt, en tonte autre occasion, à s'employer pour la liberté de l'Alleniagne. Il perMiit même, par la suite, que l'évéque de Bajonne, son ambassadeur, fut admis à l'assemblée de Passaw. Les protestants, qui regardaient celte démarche comme avantageuse à leur réputation, l'y inlroiiuisircnt ; il prit part à une paix qui ne faisait pas honneur à son maître, car il fut dit dans l'assembléeque, le roi de France n'ayant aucun droit de s'entremettre dans les affaires de l'empire, on permettait seulement à son ambassadeur d'exposer les raisons qu'il croyait avoir au duc Maurice, qui en ferait son rapport à l'empereur.
2. Pour indiquer ici succinctement l'issue de ces grands mouvements, il nous suffira de dire que Henri revint en France, où il fut d'abord inquiété sur son passage par Marie, gouvernante de Flandre; et bientôt il eut pour adversaire, dans l'armée de Charles V, ce même Albert de Brandebourg, qui, plus que tous les autres, avait sollicité son passage en Allemagm;; et, bien que la tentative de Charles V sur Metz ne lui fil pas honneur, son armée ne laissa pas de prendre par force et incendier Tliérouane, et de s'emparer eiisuite <le Hesdin, deux places très-fortes. Ainsi celle guerre, si heureusement commencée par le roi de France, soit en Piémont, soit en Lorraine et en Allemagne, et qui lui réussit sur
rassé Albert ne fut pas moins funeste à celui qui l'avait remportée : Maurice y reçut un coup d'arquebuse tellement mortel, qu'au bout de deux jours il cessa de vivre. Comme il ne laissait point d'enfants, il eut pour successeur dans son électoral son frère Auguste ; il y eut cependant une contestation, mais on la termina sans beaucoup de peine. Auguste ayant pour rival ce même Jean-Frédéric, ancien électeur, que Charles avait fait prisonnier et dépouillé de ses Etats dans une autre guerre avec les protestants, et qu'il délivra enfin à l'occasion que nous allons dire: tel fut le fruit que retirèrent de leur victoire ceux qui avaient soulevé ces tempêlcs contre la religion; mais la religion aussi bien que la puissance impériale en souffrit de graves el irréparables dommages. Au dire de quelquesuns, il semblait que Dieu avait voulu montrer à Charles V qu'au préjudice même de son Eglise il punissait cette ambition démesurée qui lui avait fait occuper la ville de Parme. Ce n'est pas à nous de pénétrer les secrets de la Providence, ni de fixer les règles de la justice par rapport aux différends des princes entre eux; mais il est certain que si Charles avait écouté les exhortations de Jules, comme nous les avons rapportées, il serait devenu possesseur pacifique de la Germanie, ramenée à la foi par la force de son bras, el laissée en héritage, comme un trophée de sa piété et de son courage, aux vicaires de Jésus-Christ et aux princes de la maison d'Autriche. Mais savoir se modérer au faîte du bonheur serait le complément du
mer jus(iu'à enlever des ports de Catalogne bonheur, donl l'homme n'est pas capable,
les galères de l'empereur, prit dans la suite 3. Il est temps cependant que nous repre-
U!ie si mauvaise tournure, que les Français nions le fil de notre narration. Ferdinand
chassés de Sienne, et l'expédilion malheu- était un princequi ne désirait que la paix, el
reuso du duc de Guise, inutilement envoyé qui dans cette disposition ne se défiait pas
au secours du pape Paul iV, et d'autres mau- des protestants. H se trouvait, au com-
vais succès, aboutirent enfin aux deux fa- mencement de la guerre en Hongrie, occupé
meuses victoires remporlées à ^aintOuentin à garder ses Etals. Les demandes pressantes
et à Gravelines par les Espagnols, qui firent de l'empereur l'en firent sortir au mois d'a-
ensuite la paix comme ils voulurent. Celle vril. à son grave préjudice, car les Turcs,
guerre, si peu avantageuse au roi de France, profitant de son absence, firent en celle année
ne le fut pas davantage aux deux princes qui des progrès considérables dans la Hongrie,
en avaient été les premiers auteurs , Albert Pendant ce temps, le roi aidé du duc de Ba-
cl Maurice. Le premier, inquiet et remuant par caractère, refusa de consentir au traité de Passaw, dont nous parlerons plus bas, et conliiuia ses déprédations sur les biens des catholiques, et surtout des ecclésiastiques. Accusé et cité devant l'empereur, après le siégo de INIetz, il fut condamné à restituer aux lalholiqucs ce qu'il avait enlevé. La condamnation ne fit qu'augmenter sa contumace contre l'un et ses fureurs contre les autres. Il
vière, son gendre, après beaucoup d'allées el devenues et de pourparlers, conclut la fameuse concorde traitée dans l'assemblée de Passaw. Cette concorde avec celle de Nuremberg de 1532, dont nous avons parlé, sont appelées par les protestants les deux colonnes de leur liberté. Ce fut donc à Passaw que les princes réunis pour les affaires de l'Empire traitèrent spécialement de la liberté du landgrave Philippe, et que Maurice s'obligea
fil tant que Maurice, outré de son orgueil et d'aller avec un corps de dix mille hommes
de l'opposition que lui seul mettait à la con- en Hongrie, aider Ferdinand à repousser
corde générale acceptée par tous les princes les Turcs , ce qui pourtant n'eut aucun bon
de l h npire, après en avoir conféré avec l'eui- effet, vu que la saison était si avancée, et les