‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 167 sur 348 · LIVRE TRFJZIBIK · texte numérisé non relu

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armées turques rellemenl renforcées, qu'il n elail plus possible d'arrêter les ravages. L'empereur de son propre mouvement délivra encore l'ancien électeur de Saxe, Jean- Frédéric, dont nous avons parlé plusieurs fois. Charles, dans son départ tumultueux d'Inspruck, lui avait offert la liberté; il ne l'accepta point, et voulut accompagner l'empereur dans sa fuite. Cette résolution faisait paraître dans le prisonnier beaucoup de générosité. C'était cependant une prudence trèssubtile ; c'était le seul moyen qui pouvait lui faire espérer le recouvrement de la dignité électorale. La fortune de l'empereur pouvait changer; et s'il arrivait que Maurice fût vaincu, la dignité électorale dont il était revêtu, l'empereur pouvait la rendre à Jean- Frédéric, pour récompenser ainsi la fidélité de l'un etpunirl'ingratitudc de l'autre. Au reste, Jean-Frédéric, de quelque manière que la fortune eûttourné,nepouvaitdouler desadélivrance après l'offre que l'empereur en avait faite et le refus généreux du prisonnier, qui ne voulutpas profiter de la détresse du prince.

4. Sur les matières de religion, qui nous intéressent principalement, on convint de deux articles. Le premier était qu'aucun des deux partis appelés de la vieille religioneldes confessionnistes (1), qu'aucun parti ne pût ïnolester l'autre pour cause de religion. Avec cet article prit fin le décret qui , à sa naissance, fit un bruit terrible, qui dura peu et ne servit de rien. On ajouta à cet article, qu'aux uns et aux autres la justice seraitégalement rendue par la chambre impériale.

Le second article portait qu'avant le terme de six mois, une nouvelle diète serait assemblée, à l'effet d'examiner en laquelle de ces quatre manières pouvaient mieux être terminées les disputes de religion: ou dans un concile général, ou dans un national, ou dans un colloque, ou dans une assemblée impériale ?

5. Charles V n'assista pas en personne à cette concorde. C'est pourquoi, bienquil eût tenu sa promesse pour la délivrance de Philippe et les autres articles convenus (si ce n'est qu'il différa pour quelque temps la convocation de la diète) , bien que tout fût promis en son nom par le roi des Romains , toutefois, dans l'idée où il était qu'un acte si peu honorable démentait ses glorieux exploits, il ne voulut jamais rendre public le consentement qu'il y avait donné. De là vient que la réputation de son frère en souffrit une atteinte, et que le pape Paul IV, pour d'autres raisons sans doute, mais particulièrement pour celle-ci, ne voulut jamais le reconnaître, ni confirmer son élection à l'empire ; mais ceux qui savaient le respect infini que Ferdinand avait pour son frère, et en môme temps la défiance des hérétiques à l'égard de Charles V, dans un temps où l'orgueil de la prospérité les rendait plus exigeants pour les satisfactions qu'ils croyaient leur

(1) Ceux-ci ne vonlaienlpas recevoir le nom odieux Q'Uéréiiriues , ni atlribuer aux aiiires le beau nom de

çailwti(iucs.

^ être dues, ceux-là ne pouvaient pas s'imaginer,ouquel'un promît pour l'empereur cequi n'était pas dans sa commission , ou que les autres consentissent à la paix, sans examiner les titres et vérifier les mandats. L'unique excuse qui peut donc rester à Charles V, c'est cette impérieuse nécessité à laquelle toutes les puissances humaines sont soumises et dépendantes.

6. Le pape n'avait ouîis aucun des expédients qui pouvaient tirer l'empereur d'une affaire si intriguée : d'abord, après la trêvede Parme, il n'eut rien de plus pressé que d'envoyer deux nonces pour mettre une parfaite concorde entre les deux couronnes. Prosper de Sainte-Croix, auditeur de rote, et par la suite cardinal, fut député vers le roi de France. Achille Grassi, évêque de Montefiascone, fut envoyé à l'empereur. Sainte-Croix fut chargé d'assurer le roi de la réconciliation sincère du pape avec lui, puisque cette réconciliation, qui n'avait que le titre de suspension pour un temps, aurait la même valeur qu'une paix définitive; il devait représenter au roi combien serait avantageuse une bonne paix entre l'empereur et lui , au lieu que leurs discordes et leurs querelles tournaient à l'avantage des hérétiques et des Turcs : les uns et les autres, ennemis de la nation catholique autant que de la foi, étendaient leurs erreurs, et faisaient des conquêtes que Leurs Majestés bientôt ne pourraient plus arrêter. Le pape s'offrait à venir en personne traiter l'accommodement, si les princes en étaient bien aise. La mission d'Achille de Grassi était de remercier au nom du pape Sa Majesté impériale de l'approbation qu'elle avait donnée à la trêve conclue à Parme , et, après avoir en peu de mots justifié la conduite du pape en cette affaire, il devait notifier à l'empereur les instances faites au roi de la part du pape, comme nous l'avons dit, et l'exhorter à faire, de son côté, ce qui pouvait faciliter cette pacification. Au reste, JulesIII était d'un caractère vif et d'un esprit pénétrant, prompt à trouver des raisons plausibles, sur quelque matière que ce fût : il s'en prévalut pour appuyer les conseils qu'il donnait à Charles sur les opérations qu'il croyait nécessaires pour contenter tout le monde, en procurant à tous la tranquillité et la paix. Il lui proposait trois choses : la première, de rendre Bressello au duc de Ferrare, puisque la justice le demandait, et que c'était en même temps prudence de ne pas dégoûter un si puissant feudataire qu'il avait en Italie, et qui dans la dernière guerre avait gardé la neutralité ; •la seconde, de délivrer les trois seigneurs français, dont nous avons parlé, qui furenî faits prisonniers au commencement de la guerre, ce qui serait un acte de générosité très-lou.-^ble et d'aucun préjudice; enfin, de traiter amicalement les Farnèse, en restituant au duc ses Ltats et aux cardinaux les bénéfices qu'ils possédaient dans le royaume deNaples; sur quoi il lui faisait observer que les Farnèse, n'ayant plus besoin des Français, ne voudraient plus en dépendre s'ils trouvaient un refuge amical dans les bras Aq

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Tempereur. La sagesse et la vérité du conseil furent prouvées par l'événement : on peut remarquer ici combien est vraie et exacte la règle que donne Aristote dans son incomparable traité de la Rhétorique, savoir, que, dans le genre démonstratif, l'orateur tire ses arguments de riionnêtelé; dans le judiciaire il s'appuie sur la justice, mais dans le délibélalif il se règle sur l'utilité.

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