‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 17 sur 348 · LIVRE SrXIÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE SrXIÈMK

Bxposa , dans un long discours , la nécessité [ju'il y avait de commencer par le rétablisseinentdela discipline. Le contraire fut soutenu par le cardinal de Jaen (tant est manifeste la fausseté de Sarpi qui attribue le premier sentiment généralement aux Impériaux) et par l'archevêque d'Aix. Tous deux également jaloux de préserver leur propre pays de la contagion des hérésies, avaient le plus grand jésir de les voir au plus tôt bannis par un iécret de l'Eglise universelle : et, quant aux lois de réforme , ils étaient d'avis qu'on en différât la discussion, pour que, durant l'intervalle , se grossît le nombre de leurs compatriotes et qu'ils fussent plus en état de provoquer des décrets convenables à leurs nations. Celui de Bitonto se joignit à eux. Mais Thomas Campège , évêque de Feltre, [|ui jouissait à Trente d'une grande autorité (1), à cause de son expérience, de sa sagesse et de ses lumières , fut suivi par la majorité; il pensa que les deux matières devaient se traiter conjointement.

On proposa encore d'aulrr^s choses qui ne méritent pas délre rapportées; et comme la discussion se prolongea longtemps , on renvoya à une autre assemblée In décision à prendre sur tout ce qu'on avait traité; en attendant , les léT Jts notifièrent (2) au cardinal Farnèse l'ét it où était l'affaire.

6. Dans la congrcg ntion suivante qui se tint quatre jours après, le cardinal dcl Monte dit qu'il lui avait semblé que (3j dans la congrégation précédente , on avait penché pour la discussion simultanée des dogmes et de Id réforme; qu'il demandait donc si on adoptait définitivement ce parti , qu'on en drossât le décret dans la première session. Le cardinal de Trente , tant pour défendre l'opinion qu'il avait émise auparavant, que pour répondre aux louanges excessives que cette opinionluiavaitattiréesdelap.ïrtd'.'s évoques de Capaccio et de Chioggia , lut un discours qu'il avait mis le plus grand soin à composer dans ce sens; il s'y appliquiîit de toutes ses forces à faire prévaloir cette proposition , que l'unique moyen de convertir les hérétiques était la réforme des ecclésiastiques. Sarpi, qui de tous les actes du concile n'a vu que quelques lettres des légats au cardinal Farnèse , ne sait pas quel fut celui qui prononça ce discours. C'est qu'en effet il n'est pas nommé dans ces lettres ; il n'y est que désigné sous la qualification d'wn grand et riche prélat.

7. L'éloquence de ce discours et l'autorité dont jouissait celui qui l'avait prononcé, choses souvent qui contribuent pius que tous les raisonnements à persuader la multitude , avaient gagné la majorité des évéques. Alors le premier légat (4) ( et non Cervini, comme le dit Sarpi), lisant leur opinion sur leur fi-

(1) Voyez les Mémoires de Seripaiidi, qu'on a cités.

(2) Leliredes légaisau cardinal Farnèse du 19 janvier t546.

(3) Le tout est mandé dans une autre leUre du 22 janvier, jour de la tenue de la congrégation, par les légals à Farnèse.

(4) L';ure dco légals au cardinal Farnèse du 22 janvier 1546.

gure , avant de l'avoir entendu sortir de leur bouche, prit tout-à-coup son parti en homme habile; il adopta une résolution qui était à la fois ce qu'il y avait de pius uliie pou!- sa cause, comme aussi ce qu'il y avait d<' plus hcinorable pour sa personne. ïlditqu'lî r-mfrciaitDicu d'avoir insfjiré au cardinal de Trente la pensée si ecclésiastique de commenter la réforme de la chrétienté ;;ar eux-mêmes ; qu'il s'offrait sur-le-champ, conimc il était ;<^^ prei;;ier en dignité, adonner aussi le premier l'exemple; qu'il se démettrait de son évôfhé de Pavie, qu'il laisserait tout ce qu'il y avait de brillant dans son train, et (ju'il réduirait sa cour; que chacun des autres pou:-rait en faire autant, cl que la réforme des Pères serait consommée en peu de jours, à la gr^snde édification du monde chrciieu ; mais qu'il ne fallait pas pour (ela ajourner l(\s déci ions dogmatiques, ni souffrir que t:;nt de chrétiens continuassent, au risque de se perdre, à vivre au îiiilieu de ténè'in^s qui seraient imputables au concile chargé de les dissiper ; que la réforme du chri tianisu-.e <4ait une .iffaire de difficile exécution < t qui denianderait beaucoup de temps; qu'il y avait besoii! de réforme aiil; urs qu'A. !a courront ino ; <;ue si ou criait plus cc>nlre elle, ce n'était pas qu'elle fût li p .is viiieirse, lirais \:i pîur eu év!<'ence ; que les abus se rttrouvaiît ilans tous les ordres , tout hal'it av.iii besoin de la brosse, et tout chaitip du rate;!U ; qu'il ne convenait pas d'attendr ■ la fin d'un lrav;ul si long pour et lairer les fidèles sur la véritable doctrine du Sauveur, et de laisser, en attendant, s'engloutir clans les abîmes (lu Cocijte (comme parle l'Ecriture) tant tl'ârnos qui pensaient traverser les eaux du Jourdain.

8.' Ces paroles du lég;.t "urent coirme un enchantement qui changf^a à l'heure même le visage et le c(?ur de chacun. On avait cru jusqu'à ce jour que les prélats rtm :ins ne rcdout;îient rien tar;t qwe leur propre s éfonr.e, et que la k.\ tt h s (iogmes n'étaient que des mots spé ieux avec Usquels ils se paraient des apparences du zèle. Mais à cette bonne volonté des légats pour l'éxecution proaiptc de la réforme , chr.cun des évéques demeura étonné et siilisfait. Le cardinal de Trente seul fut mortifié; il était, en entrant, à la létede tous et pour ainsi dire triomphant avant de combattre , cî il se voyait toiit-à-coup seul, abandonné, et, de censeur ardent des autres, devenu l'objet d'une critique indirecte qui le signalait comme ayant besoin lui-même de réforme, à cause de l'opulence de ses revenus ecclésiastiques et de la magnificence du train qu'il menait. Il prolesta donc au milieu de son trouble, qu'on avait mal pris ses paroles, qu'il n'avait voulu attaquer personne, qui! était persuadé qu'il y avait tel évêque qui administrait mieux deux évêchés que tel autre un seul ; que, quant à lui , il était disposé à se démettre de celui de Brixen, quand le conseil le jugerait à propos.

9. Le cardinal Cervini, développant la pensée de son collègue , ajouta que les Pères agissaient sous les yeux "d'un juge qu'on ne pouvait tromper; que si, au préjudice de

leurs propres intérêts, ils cherchaient ceux de Dieu, ils acquerraient des droits à la vénération du monde entier ; que'pour être digne de cette récompense, ce n'était pas la paille des paroles qu'il fallait , mais l'or des actions. Ensuite il montra la nécessité de ne pas né-

ment il n'y eut pas seulement grand désappointement , il y eut aussi , comme il arrive dans un échec commun, grande discorde; ils s'accusaient les uns les autres du mauvais succès, et le cardinal de Trente se plaignait de l'excitation des uns dont les conseils l'avaient

que où pourtant le monde n'était pas pur d'ahus. Ce même sentiment fut embrassé par le cardinal Polus , et par Pacheco; ce dernier ajouta que la réforme ne devait pas se bornera uneclassede personnes, qu'elle devait étreuniverseUe. Vint après le général des Servîtes qui opina dans le même sens; il ét.tblit avec les propres paroles des hérétiques qu'eux-mêmes imputaient la démoralisation dan>- les ecclésiastiques à la religion qu'ils avaient dénaturée ; que îa corruption est la c )mpagne inséparable de l'impiété; que si donc on ne décidait pas d'abord les vérités de la religion , quelque grande amélioration qu'on fit dans ce qui concernait îa discipline, les hérétiques n'approuveraient jamais comme honnête la vie de ceux dont ils jugeaient la croyance sacrilège. L'opinion qu'on ne devait pas préférer les règlements de discipline aux discussions de foi prévalut donc tellement que quelques-uns allèrent jusqu'à dire que si une de ces deux matièr. s devait se différer pour céder le pas à l'autre, il serait plus convenable de commencer exclusivement par la foi.

10. Mais la raison qui convainquit le plus fortement de la nécessité d'embrasser les deux indières en même temps, ce fut la considération des derniers mots prononcés à AVorms , à la fin de la diète précédente : on y avait dit que dans le c «s où, à l'époque de la dièto suivante indiquée pour être tenue prochainement à Ratisbonne, on n'aurait pas î'espé'- mce de rec 'voir de la part du concile un renié le convenable à l'un et à l'autre mal, on y nourvoirait au moyen d'une assemblée

impériale. Qu'on ne pouvoit donc pas négliger ministres que de pourvoir à ce que demandait l'un ou l'autre , sans s'exposer au danger de voir les laïques en prendre soin, au grand applaudissement des hérétiques, et à la honte de l'Eglise, dont la paix serait troublée. D'autres résolutions moins importantes furent arrêtées dans cette congrégation; mais, avant de les rapporter, il me semble à propos d'achever le récit de ce qui se passa dans cette controverse; car c'est moins à l'ordre des temps qu'à celui des sujets que doit s'attacher l'historien.

11. Les présidents dans la relation qu'ils firent au cardinal Farnèse de cet événement, l'appelèrent tantôt le jour du combat, et tantôt le jour le plus glorieux pour le Siège apostolique , et ils mandèrent que les instances les plus importunes avaient été faites précédemment auprès des membres pour acquérir des partisans à l'opinion qui réclamait la priorité pour la réforme; si donc il est vrai que les légats, de leur côté, se réunirent pour le triomphe de l'autre parti , ils ne le firent que pour se mettre en défense dans une cause où d'ailleurs ils avaient la justice et le droit pour eijx. Parmi les défenseurs de l'autre senti-

gligerlesdécisionsdefoi,àrexempledecequi imprudemment engagé dans ce combat, et de se faisait dans les anciens conciles, à une épo- l'inconstance des autres qui l'y a valent lâche- j

mentabandonné. Mais la peinedes vainqueurs ; n'était pas moins vive que celle des vaincus : ils avaient reçu des reproches de la part du souverain Pontife , au lieu des louanges qu'ils en attendaient.

12. Bientôt arriva de Rome (1) la réponse aux lettres écrites par le président avant la fin de la discussion ; on leur y enjoignait, non- \ obstant la demande qu'ils avaient f.iite du contraire, de ne pas se départir de leur première commission; qu'on ne pouvait pas faire marcher en inênie temps deux matières si importantes; que , lorsque la porte est étroite, on doit d'abord y laisser passer le plus digne, celui qui occupe la droite , telle qu'est la foi comparée aux vertus morales ; que tel avoit été i'usage des anciens conciles, et que le pen(hant des hérétiques pour les innovations n'en rendait que plus obligatoire l'observance religieuse des coutumes de l'antiquité catholique. Que c'était d'autant plus convenable dans cette aflairc qu'on avait plus à craindre des esprits turbulents, qu'il fallait épier leurs démarches et éventer leurs desseins dans une ou deux sessions qu'on consacrerait sûrement et avec fruit à (les questions purement de doctrine. Que les présidents avaient donc eu tort d'abandonner aux chances du scrutin précisément ce qu'ils devaient mettre à exécution , selon l'ordre du P-pe. Les plaintes du souverain Pontife devinrent plus amères, quand i! eut été informé de tout ce qui s'était passé. Aussi, dans un premier mouvement de mauvaise humeur , plus occupé de mortifier ses

l'état présent de l'affaire, il leur ordonna de revenir à leurs premières instructions, nonobstant le décret contraire qui avait élé porté. Mais ensuite , considérant c. tte mesure avec des yeux n-.oins prévenus , i! comprit qu'elle n'était ni possibh' ni à propos, et il leurfil dire que, puisqu'il n'était plus temps de faire trèsbien, ils fissent avec adresse ce qu'il y avait de mieux à faire dans les cir« onstances.

13. Cette iniprobalion du sou\erain Pontife jeta les légats dans le i)lus grand trouble; non seulement ils se voyaient repris d'une action dont ils avaient cru qu'on leur saur;iit gré, mais ils sentaient bien qu'on leur commandait de revenir sur leur parole , de défaire ce qu'ils avaient fîiit , de perdre leur influence et de tenter l'impossible. Ce qui b s déconcerta t encore , c'était la défaveur et le discrédit où on leur apprit qu'ils étaient tombés auprès de la cour de Rome. Cette cour, comme il est ordinaire aux autres cours, se figurait que son prince était tout puissant par-

(i) LeUredii cardinal Fnrnèsoclde Maffén .tux légats et à Ccrvini,dcs2i, 26 et 27 janvier 134G.

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