LIVRE THEIZIBIE
mettre à la reine ce qu'elle jugerait utile au salut des peuples. Le pape déclarait enfin que dans cette affaire toute son ambition était de gagner des âmes à Dieu.
6. Commendon, de la part du légat Dandiai, avait laissé entendre au cardinal Polus, ce qui lui fut ensuite plus clairement écrit par Fioribello , savoir : que l'empereur était bien aise que sa légation fût différée , ou parce que, comme il disait, l'Angleterre était encore dans un fâcheux état, et l'arrivée à contre-temps d'un légat du pape, au lieu d arranger les affaires, brouillerait tout ; ou parce que, comme le bruit en courut, il craignait les obstacles qui en pouvaient naître contre le mariage proposé entre Marie et Philippe. Charles avait fort à cœur ce mariage, quoique l'épouse fût âgée de trentehuit ans et d'une très-làible complexion. Tant il est vrai que dans les mariages des princes on a plus d'égard aux raisons de la
féliciter l'empereur sur la- succession de sa lUrr^^ °" a plus d égard aux raisons de la cousine an trône d'Aneleterre . et sur i'occa- L? ^^m^ qu aux qualités et aux inclinations
naturelles. On pourrait cependant croire que Charles V. prévoyant la stérilité de ce mariage , avait eu quelque idée d'y prétendre luj-méme d'après l'aveu qu'il fit au légat Dandini. Il avait eu, disait-il, quatre fois l'occasion des'entreteniravecle roi Henri VIII, et dans une de ces occasions , à une époque où Marie n'avait pas encore neuf ans , Henri avait presque conclu le mariage avec Charles. Par la suite il changea d'avis. Charles de son côté avait fait réflexion que son âge avancé et sa santé chancelante ne seraient ni convenables, ni agréables à une nouvelle épouse. Au temps dont nous parlons , il lui était survenu un autre doute , il s'était imaginé que le cardinal Polus , non-seulement connue Anglais, serait du même sentiment que tous ses compatriotes, qui ne pouvaient souffrir la domination d'un prince étranger, mais encore comme rival , il mettrait obstacle à ce mariage. Car il faut savoir qu'à diverses occasions où l'on avait fait à la princesse Marie des propositions de mariage, Polus était un
parût sur les confins , et que le parlement ÎJ^^ l"-opositions de manage, Polus était un
pût envoyer des hommes pour traiter l'af- f,^ ^^"^ a."î ^^} tlemandaient. Il avait pour lui
faire avec lui. Quelques jours après , Polus * 'J'y'onnite de religion , le sang royal et des
envoya à la reine Marie Michel Trochmer- yenns eminenles. La reine en était si peu
envoya à la reine Marie Michel Trochmerton , avec des lettres conçues de la même manière et les mêmes inforuiafions ; et dix jours après, c'est-à-dire le 7 septembre, Commendon arriva chez lui, qui lui donna connaissance de ses opérations. Le cardinal lui remit une lettre écrite au p ;pe , qui exprimait les mômes sentimeiils sur la célérité ([u'il fallait mettre à cette affaire. Sur ces en- Irct'.iites, avant que Commendon fût arrivé à Iloîiie, Vincent ParpagHa, que Polus y avait envoyé, comiue nous lavons dit, revint avec la réponse du p ipe. Le pape se remettait entièrement à la prudence du cardinal d'avancer ou de s'arrêter, de mettre à exécution ou de suspendre l'exercice de sa légation. Le pape ^avail dressé trois brefs pour cette légation. L'un ét.iit adressé à l'empereur; l'autre au roi de France, le troisième était pour la reine Marie. A tout cela était jointe une instruction qui autorisait le cardinal à pro-
éloignée qu'elle n'avait pu se tenir d'en dire un mot à Commendon. Elle lui avait demandé s'il croyait que le pape voulût bien dispenser Polus , puisqu'il n'était pas encore prêtre, mais diacre seulement, et qu'il y avait des exemples de ces dispsnses, lorsque le bien public devait en résulter. C'est donc une erreur pour Soave d'avoir écrit que Polus n'avait encore pris aucun ordre sacré. De toute cette mémorable histoire, on peut dire qu'il a une idée confuse et non pas une connaissance distincte. Au reste, la reine avec le temps et la réflexion, craignant la puissance opposée des Français ses voisins , qui avaient quelque déméfé avec l'Anglel terre, avait résolu de prendre un mari qui , recevant d'elle un royaume pour dot , lui apportât pour compensation les forces d'une monarchie.
Commendon, arrivé à Rome le II sep-
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lembrc, alla aussitôt faire son rapport au pape. Le sainl-pèrc pleura de joie : et après élre convenu avec lui que pour mieux couvrir le secret, les nouvelles qu'il apportait seraient communiquées au sacré collège comme venant de quelques personnes particulières et non pas de la bouche de la reine , il convoqua tout de suite le consistoire. Là, racontant aux cardinaux ce qui devait se dire, au milieu de son allocution, soit qu'il se défiât de sa mémoire, soit qu'il voulût faire honneur à son ministre, à l'improviste il fit ap|)ellcrCommendon et lui intima de faire lui-même son rapport. Celui-ci, jeune encore et qui ne se sentait pas assez de courage et d'assurance pour déclamer sur un théâtre si respectable, commença d'abord en tremblant. La voix tremblait aussi bien que la personne. Mais ce tremblement ne fit qu'augmenter la grâce et donner plus d'intérêt au discours. Le discours ayant paru aussi plein et solide que gracieux , fit attribuer son trouble à une modestie timide, et non pas au défaut des moyens. Cependant le pape trouvait de la difficulté à délibérer avec les cardinaux sur la mission de Polus, puisqu'il ne pouvait pas leur comniuniquer l'affaire en entier. Au reste, l'attention qu'on avait eue de ne point parler de la reine n'empêcha pas que l'affaire s'élant divulguée , sans y joindre les précautions , ne parvînt aux oreilles de la reine , qui en fit sa plainte au cardinal Polus, avec des reproches pour Commendon , qui avait trahi son secret. Polus n'avait pas négligé d'écrire en Angleterre à la reine , et en Flandre à l'empereur, au légat Dandini et au nonce Camajani , enfin à Home au pape , à plusieurs cardinaux des plus zélés, et en particulier au maître du sacré palais (dont nous parlerons dans la suite), remontrant à tous qu'il était nécessaire que le légat nommé
ÎISTOllŒ DU CONCILE DE TRENTE.
il faut quelquefois travestir, hommes, mais les emplois.