CHAPITRE VIII
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Le cardinal Polus se met en route potlr sa nouvelle légation. — Il reçoit des lettres de la reine. — L empereur n'approuve pas celte légation. Il envoie un messager à Polus pour l'arrêter. — Polus traite avec l'empereur par l'entremise de Pierre Solo. — Il est reçu honorablement. — Son voyage en France. — Conditions dures proposées par Henri II pour la paix. — Le pape traite avec Ferdinand, pour les affaires de la religion en Allemagne.
1. Aussitôt (jue Polus eut reçu les brefs de sa nouvelle légation, il se mit en roule pour Trente, où il arriva le 1" octobre; le même jour il reçut une lettre de Peningo qui lui rendait compte de l'entretien secret qu'il avait eu avec la reine : elle lui avait témoigné un grand désir d'avoir Polus auprès d'elle, jusqu'à dire qu'elle donnerait pour cela la moitié de son royaume. Elle ajoutait cependant que la puissance des hérétiques si mal intentionnés, lui faisait craindre des tumultes dans la circonstance présente , qu'elle ne pouvait pas faire son acte de soumission à l'Eglise dans la forme légitime et solennelle sans un parlement, et le parlement ne pouvait s'assembler qu'après son couronnement. En conséquence elle priait Polus de la dispenser sur ce point, et de permettre qu'elle se fît couronner avant d'avoir rendu l'obéissance qu'elle devait au siège apostolique. Et pour se mettre en sûreté de conscience, elle voulut que Peningo expédiât en toute hâte un courrier à Polus pour faire la demande, et que le courrier fût de retour avant la solennité, comme il le fut; elle pensa que le sorpour l'Angleterre se trouvât dans l'île ou sur ment qui se prête selon l'usage dans le cou-
les terres confinantes , lorsque le premier parlement serait assemblé. Néanmoins la difficulté et l'obscurité d'une affaire pareille furent cause que dans le premier consistoire on ajourna l'examen à toute la semaine d'après. Enfin le pape et les cardinaux, voyant les mauvaises dispositions du peuple encore en mouvement, et le sceptre vacillant entre les mains de cette bonne reine, conclurent unanimement qu'il ne fallait pas, par des démarches trop empressées , ruiner l'entreprise, ou causer à la reine de nouveaux chagrins et des troubles qui pourraient entraîner la perte du royaume. En conséquence le cardinal, en se manifestant pour légat, devait attendre, pour en exercer les fonctions, le consentement et les ordres de la reine. En attendant ce terme et pour s'approcher de sa légation avec un autre titre honorable, il serait envoyé légat à l'empereur et au roi de France pour traiter la paix : après qu'on aurait retiré de la Flandre le cardinal Dandini et de la France le cardinal Gapodiferro. C'est ainsi que pour tenir secrètes certaines affaires importantes, qui seraient manquées si on les publiait (comme ces liqueurs odoriférantes qui s'évaporent si on les découvre)
ronnement était bon, pourvu (ju'il n'exprimât rien de contraire à la primauté du pape. Surtout elle assura que jamais elle ne prendrait le titre schismalique de chef de l'Eglise anglicane, dût-elle par ce titre acquérir encore trois royaumes.
2. Polus écrivit à ce sujet à la reine une très-longue lettre en anglais, pour lui montrer l'obligation particulière qu'elle avait de correspondre avec zèle aux laveurs que Dieu lui avait faites, et combien il lui importait, pour s'affermir dans son royaume, d'y rétablir l'autorité du pape. Il lui faisait observer que les ennemis du pape n'étaient pas en aussi grand nombre qu'ils semblaient être ; car des trois ordres de l'Etat, le clergé n'avait gagné par le schisme que des outrages et la perte de ses biens. Le peuple, au lieu d'un mince tribut qu'il payait auparavant à saint Pierre, se trouvait accablé d'une infinité de contributions forcées. Parmi les nobles, quelques-uns s'étaient engraissés des biens enlevés aux églises; mais c'était le petit nombre. Tous les autres, dans les charges et les places qu'ils occupaient, étaient dépendantsdes bienfaits de la reine, et comme tels, il n'était pis difficile de les contenir dans le devoir. Il l'ex-
hortait enfin à se délivrer de ces cr.ilntes im- graves furent ensuile ex{)liqnées par Menportunes, et de tranquilliser de même l'em- doza. C'étaient celles dont nous venonsdeparpereur en dissipant ses soupçons, en atten- 1er ; à quoi il ajoutait que c'aurait clé à la
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dant que lui-même allât se présenter à la cour impériale, en vertu de sa seconde légation.
3. Polus continua sa roule, après avoir envoyé en France l'abbé de Saint-Solut , avec des lettres adressées au roi, à ses ministres et à ceux du pape, pour leur faire savoir à tous sa nomination et la nouvelle charge qui lui était imposée. Il chargea en même temps Fioribello de s'acquitter du même devoir auprès de l'empereur. Pour lui, il s'arrêta pour
charge de l'empereur qu'un légat, envoyé seul, allât chez lui en premier lieu, ce qui aurait signifié que c'était là qu'était la plus grande opposition à la paix, et qu'il fallait de plus grands moyens pour l'obtenir. Il toucha encore, mais légèrement et comme un incident, le mariage de la reine, en observant que ce mariage devait précéder tout le reste, et qu'il devait se faire avec un étranger, pour empêcher les rivalités et les jalousies parmi les nationaux , pui^qu'au-
quelque temps à Dilings, lieu dépendant du cun Anglais ne voudrait se soumettre, ni avoir -j:-.j... , .. . . pour roi celui avec qui il aurait précédem-
ment vécu dans une condition égale et avec une affection mutuelle. Sur tous ces articles Polus se contenta de dire que c'étaient des choses qui voulaient être mûrement considérées. Mais il ne dissimula pas combien il avait été sensible à l'ordre impérieux qui arrêtait sa marche, et dont la dignité du siège apostolique demeurait lésée. Après l'ordre qu'il avait reçu du pape d'aller plus avant, la volonté d'un autre prince pouvait-elle lé retenir? 11 vaudrait mieux, disait-il, que l'empereur parlât sans feinte et déclarât les raisons qu'il pourrait avoir contre sa personne en particulier, que de refuser la légation pontificale indistinctement. Mcndoza chercha des raisons pour le détromper sur les soupçons qui pourraient être contre sa personne; il lui proposa de retarder sa marche et de venir à petits pas jusqu'à Liège. Mais le cardinal rejeta cet expédient; il ne voulut pas avoir le déshonneur de venir si près de la cour sans y paraître, comme un homme qui frappe à une porte qui ne s'ouvre pas pour lui. D'ailleurs il lui semblait que prendre ce parti, c'était se mettre encore p'us en prison, puisqu'il n'aurait plus la liberté d'aller par un autre chemin à sa légation d'Angleterre. Il resta donc à Dilings. Mais peu de jours après il y reçut une lettre du cardinal del Monte, qui lui 'imposait une autre commission. On lui marquait que l'empereur ayant exposé au pape les raisons probables qu'il avait eues de lui faire suspendre sa marche, il devait consentir à ne plus avancer tant que Sa Majesté ne le trouverait pas opportun. L'abbé de Saint-SoIut, que Polus avait envoyé en France, trouva cette cour disposée à le recevoir. Mais à son retour, ^. ^v,^.. v^.u .. ciiipcx-iia puiiiiiuiuoucijuu.- repassant par la Flandre, il vit que l'empesuivre sa route; mais à peine avait-il fait reur n'approuvait pas ce voyage de France, quelques lieues dans le duché de Wurtem- L'empereur ne voulait plus que Polus comberg, pourvu des sûretés nécessaires, que le mencât sa mission par la France , craignant duc lui avait envoyées, qu'il vit venir à lui que de la France il n'eût plus d'occasion et Jean Mendoza (1), qui lui présenta une let- de facilité pour s'échapper en Angleterre. Ire de créance de l'empereur, et en même 6. En effet, il me serait impossible de ralemps lui fil savoir de sa part que, pour des conter en détail toutes les démarches faites raisons très-graves, que Sa Majesté avait par le cardinal pour y parvenir, et toutes expliquées au pape, il ne lui paraissait pas les lettres longues et énergiques écrites à ce convenable que Polus vînt à sa cour ; c'est sujet, et soutenues par des messages parti-
cardinal d'Augsbourg, pour y attendre les assurances du duc de Wurtemberg et d'autres seigneurs hérétiques sur les terres desquels il devait passer. Là il trouva Peningo, qui revenait d'Angleterre, porteur d'une lettre que I la reine avait écrite de sa propre main : elle était pleine des sentiments les plus affectueux et les plus religieux en même temps. Pour les articles qu'il fallait régler, Polus devait les apprendre de la bouche du porteur; sa commission était en substance, que Polus devait se rapprocher peu à peu jusqu'à Bruxelles, et que la reine s'entendrait avec lui par des lettres qu'elle ferait remettre à l'évêquc d'Arras, pour être plus sûre qu'elles lui parviendraient.
k. Le cardinal Dandini, rappelé de sa légation, comme il a été dit, avait fait route vers l'Italie; il avait vu Polus en passant et lui avait annoncé que dans cette nouvelle commission, il n'aurait pas lieu d'être content de l'empereur. La même chose lui fut dite par Fioribello, qui à la première nouvelle qu'il en donna à l'évêque dArras, lui vil faire un geste qui témoignait sa surprise et tout ensemble son mécontentement. Le pape, disait-il, n'avait donné à l'empereur aucun indice qui le préparât à ce changement. Peut-on espérer qu'un légat seul effecluera cette paix, à laquelle deux légats ont travaillé inutilement? est-ce pour cela qu'on les révoque? Celte légation semblera un voile pour couvrir la légation anglaise. La reine ne manquera pas de s'en plaindre, elle qui déteste ces ruses de politique, qui dans la circonstance présente seraient contraires à ses intérêts et au bien public ; et l'évêque savait que la reine s'en était expliquée avec le cardinal.