CHAPITRE XVI
Garde miliiaire établie par le pape.— Promotion de cardinaux.— Charles V renonce à tous ses royaumes en faveur de son fils. — Trêve conclue entre V empereur et le roi Philippe, d'un côté et le roi de France de Vautre. — Doléances du pape à ce sujet. — Légation du cardinal Caraffa en France, et de Rehiba en Flandre; leurs commissions.
1. Le cardinal de Lorraine avait reçu du pape son audience de congé, à laquelle Sa Sainteté voulut faire intervenir le cardinal françaises et les siennes, renforcées secrète- Caraffa el le comte de Montorio, qu'il présenment par des milices tirées de l'Etat ecclé- la au cardinal de Lorraine comme serviteur siastique, entrerait de l'Etat de Castro dans de Sa Majesté, puisqu'ils étaient occupés celui de Sienne, pour ranimer les restes aux appareils de la guerre , pour attaquer à d'une république expirante, et chasser de là la nouvelle saison les Espagnols en Toscane les Espagnols et les Florentins , puisque le et dans le royaume de Naples. Le cardinal pontife, avant d'en venir à une rupture ou- allait donc partir lorsqu'il reçut une lettre du verte (dont il voulait faire voir la nécessité roi, dont le contenu était : que les ministres aux ministres des princes en leur prouvant du roi traitant avec ceux de l'empereur pour la Iraujc des conspirations), avait dessein de l'échange des prisonniers , les impériaur.
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avaient demandé aux Français s'ils' étaient autorisés pour faire aussi une trêve. Le roi en étant informé, avait fait répondre qu'ils pouvaient la conclure , mais aux conditions ^ qu'il avait imposées l'année précédente, et I nous les avons rapportées. Ces conditions I étaient qu'on ne parlerait nullement de con- % ditions, mais que chacun resterait dans léê tat où il se trouvait; le roi n'aurait pu nier à i présentée qu'il avait offert une fois, et qui lui serait encore avantageux, sans se déclarer ennemi du repos public; mais d'autre pari, il ne croyait pas que les ennemis pussent acceptera présentée qu'alors ils avaient refusé, comme un parli très-désavanlageux. Le cardinal de Lorraine parla laiilôt dune manière, tantôt de l'autre, n'osant ni alfir- «)er, ni nier que la trêve pût avoir lieu ; cela ne l'empêcha pas de partir ; il laissa seulement la lettre au cardinal de Tournon, pour la montrer au pape. Le pape en ayant entendu le contenu, sans y mettre beaucoup d'importance, dit qu'il serait bien aise qu'on fit la trêve, et encore plus si l'on mettait bas les armes , mais que c'était là un objet de désir plutôt que d'espérance, dès qu'un parti proposait à l'autre ce qu'il avait déjà refusé. Mais l'événement lui apprit que, dans les grandes affaires, c'est mal raisonner que de confondre ce qui n'est pas probable avec co qui ne sera jamais.
2. Le cardinal de Lorraine, dans son passage par Ferrare, n'eut pas beaucoup de peine à fnire entrer dans la ligue le duc, avide de gloire et d'agrandissement, et d'ailleurs peu content des Espagnols. Mais les sénateurs de Venise, plus sages et plus modérés, qui voulaient la paix de l'Italie et leur propre sûreté , refusèrent d'entrer dans une ligue qui, selon les apparences ne devait pas réussir; cependant le pape pour dérouiller ses armes, qui depuis longtemps n'avaient pas servi, et pour être mieux gardé, ordonna aux douze quartiers de Rome un dénombrement et une revue générale des citoyens capables de porter les armes. Ils se présentèrent tous devant Sa Sainteté, au nombre de huit mille sur la place de Saint-Pierre, le 3 novembre ; le 8 décembre, connue second dimanche de l'avent, il y eut chapelle papale, .îprès laquelle cent gentilshommes romains furent créés chevaliers, et destinés pour la garde du pape; ils étaient tous logés au palais. Mais Paul IV, sachant que des sénateurs prudents sont une aussi bonne garde pour le prince que des soldats vigoureux , après avoir signé pour la seconde fois les conventions de la ligue, fit une promotion de cardinaux, presque tous dévoués à ses volontés, voici leurs noms : 1° le premier fut un religieux de son ordre, Jean Bernardin Scol; il fut noujmé cardinal après avoir été proposé |)our archevêque de Frani, au même jour dans le consistoire ; 2" un de ses amis Sci- \)\l)\\ Rebiba, évêque de Molola et gouverneur UP Uoine; 3' un de ses parents, Diomède CaiViffa, évêque d'Ariano ; les deux premiers, par l'éclat de leurs vertus, surinoHlant le préjiugé de leur naissance obs-
cure (je dirais presque la singularité de leur nom), eurent l'approbation et l'estime de toute la cour; le troisième par la même voie, fut excepté de la haine universelle contre les Caraffa ; tant que Paul IV vécut, et à sa mort il n'eut pas à souffrir les outrages , dont tous les autres Caraffa furent accablés par le peuple; W" après ceux-ci, viennent un excellent jurisconsulte romain, Jean Antoine Capizucchi, auditeur de rote; et 5° un de ses collègues. Français de nation, Jean Suavius Keomanus ; celui-ci encore fut nommé cardinal , après avoir été, dans le même consistoire, promu à l'évêché de Mirepoix, vacant par la mort de Claude de Guise, dont il a été souvent parlé dans les sessions du concile; 6^ Jean Siliceo, Espagnol de basse naissance, parvenu par son mérite à l'archevêché de Tolède, après avoir été précepteur de Philippe II ; 7" enfin Paul IV honora la nation germanique par la nomination de Jean Gropper, doyen de Cologne, dont il a été parlé à la diète de Ratisbonne. Ce fut le boulevard de la foi, très-souvent battu, soit par les fausses imputations de ses concitoyens , soit par les assauts soutenus contre ses adversaires. Gropper fut doublement illustré par la pourpre : en la recevant du pape, il eut la gloire de l'avoir méritée ; après sa nomination , il eut le mérite de l'avoir refusée par modesiie. Le second mérite l'a illustré davantage, parce que l'exemple en est plus rare dans le monde, quoique peutêtre ce second mérite en réalité n'est pas plus grand que le premier, parce qu'il n'est pas plus avantageux au monde, pour ce qui est du différend survenu entre le pape et les cardinaux au sujet de celte promotion, je ne trouve point de mémoires qui en fassent mention. Soave l'a indiqué, et il a été obligé de reconnaître le mérite des sujets qui furent promus ; bien plus , lorsque je lis dans les Actes consistoriaux que la promotion fut faite du consentement unanime de tout le sacré collège (ce qui n'arrivait pas toujours aux élections faites par des papes plus puissants et plus aimés du peuple que ne l'étail Paul IV), j'ai lieu de prendre ces différends pour de faux rapports de quelques nouvellistes, qui gagnent leur vie à inventer des catastrophes et aventures secrètes, et attrapent beaucoup d'argent sur la curiosité ciédule ou maligne des étrangers. Une preuve de la droiture et de l'impartialité du pape dans cette élection, c'est que malgré les sollicitations pressantes du roi Henri, qui était alors l'unique soutien du pape et de ses adhérents, qui tous ensemble firent instance auprès de lui , il ne voulut en aucune iminière donner le chapeau à l'évêque de Saint-Papoul.
3. Ce qui suivit la promotion et que Soave continue de raconter, est exactement vrai , c'est le trouble qu'éprouva le pape aux nouvelles désagréables et inopinées qui vinrent de la France : il était tout occupé aux préparatifs de la guerre. Le premier jour de l'an 1556, avec une grande solennité et beaucoup de cérémonies , il avait créé le comte de
Montorio, général de l'Kglise. H avait différé jusque-là à le faire, parce qu'il avait cru voir dans le comte des inclinations espagnoles, et il fallut que le cardinal son frère se fît garant de ses sentiments et de sa fidélité. Peu de temps après, sous la conduite d'Antoine Caraffa, son autre neveu, mais par le secours d'Ascagne de la Cornia, on s'empara de Montebcllo et autres villages, qui étaient l'ancien domaine des comtes Gnide dans la Romagne. Ces domaines furent in-
pays héréditaires, convinrent, le 3 février, d'une suspension d'armes avec le roi de France. Il n'y fut fait aucune mention du pape (1), mais on le regarda comme n'étant pas ami de l'empereur, ni encore suffisamment connu pour conféiéré avec le roi de Franco.
5. La nouvelle de la trêve conclue était venue au pape de la part du nonce, sans que le roi, ni les ministres lui en eussent dit un mot. Le pape et les neveux se voyant préci-
péluilé, pour en investir ce même neveu Antoine. Peu de jours après arrivèrent de France, pour la seconde fois, les articles signés de la main du roi, le 18 janvier. Le pape envoya donc à cette cour Antoine Sanseverini, duc de Somme, aussi ennemi des Espagnols que zélateur outré de la nouvelle ligue. II en donna des preuves , lorsque passant par Ferrare, il présenta au duc son brevet de généralat.
4. Cependant une ardeur martiale animait déjà tout le palais pontifical, lorsque Sébastien Gualtieri, évéque de Viterbe, substitué par Jules III à Prosper de Sainte-Croix dans
embarras fut extrême ainsi que leur étonnement. Leurs premières résolutions furent d'écrire au duc de Somme que si l'accord n'était pas irrévocablement terminé, il fît de son mieux pour l'empêclier. La lettre fut écrite ou plutôt rédigée par Casa, au nom du cardinal CaralTd, avec une éloquence proportionnée aux vœux du maître et au talent, ou même à l'intérêt qu'y mettait le secrétaire. Il souhaitait qu'elle fût lue au roi; c'est ce que fit le duc, et il observa que le roi avait rougi plusieurs fois à cette lecture, tant la raison bien exprimée a d'empire, même sur les potentats. Dans cette
la nonciature de France, marqua au pape la lettre on reprochait à Henri, en des termes
conclusion de la trêve. Sa lettre fatale fut une eau froide qui éteignit le feu , et changea cette ardeur martiale en une vaine et triste fumée; bien que l'empereur l'année précédente eût rejeté les propositions du roi de France, néanmoins la variation des affaires fit aussi varier ses desseins. D'un côté il avait amélioré son domaine en se rendant maître de Sienne, et chassant les Français de presque toute la Corse; de l'autre côté l'acquisition de l'Angleterre, très-importante sans doute, mais non encore bien assurée, é'ait un fruit qui pour venir à maturité avait besoin d'un air doux et paisible, et il fallait le garantir des vents orageux qui soufflaient dans les provinces voisines. Les intentions hostiles du pape étaient connues, et elles ne pouvaient avoir leur effet qu'avec le secours delà France. Charles V, dégoûté de ce monde et voulant assurer son bonheur pour l'autre, avait appelé son fils de l'Angleterre, pour lui résigner ses possessions de Flandre, comme il fil le 25 octobre et le 17 janvier suivants de tous ses autres royaumes et Etats patrimoniaux, et il se disposaitde même> pour la diète future, à renoncer à l'Empire en
qui approchaient du désespoir, et par là même sans ménagement, la foi violée. Cet exemple apprendrait aux Italiens le fond qu'il y avait A faire sur les promesses des Français, et l'Italie allait être désormais à la disposition absolue des Espagnols. Combien de fois le pape n'avait-il pas dit à son neveu qui l'engageait à se liguer : Si je m'expose à mécontenter les Espagnols, que feront pour moi tes Français ? Ne crains-tu pas qu'ils ne m'abandonnent quand j'aurai besoin d'eux? Le cardinal neveu, continuaitil, a perdu et trompé son oncle, parce qu'il s'est trompé lui-même, lorsqu'il a cru quG des articles signés par un roi de France ne seraient pas un appui de cannes rompu le lendemain; que le roi ne s'excuse pas sur ce que le pape a toujours dit qu'il désirait la paix: un pape pouvait-il parler autrement ? qu'il ne dise pas non plus que les conditions de la trêve sont les mêmes qu'il avait déjà offertes : oui ; mais l'empereur les ayant déjà refusées, et d'après son refus le roi étant entré avec le pape dans un nouvel arrangement , cela ne change-t-il pas l'état des aflaires? Mais, comme la force du raisonne-
faveur de son frère. Après cela, il allait se mont n'est jamais plus persuasive que lors-
retirer en un coin de l'Espagne, dans quelque maison religieuse : ce qu'il fit au mois d'août suivant; il ne s'attachait plus qu'à servir Dieu, au lieu de commander les hom-mes. C'était donc l'avantage de son fils, qui recevait sur ses jeunes épaules une charge
qu'elle est jointe avec l'intérêt propre de celui qu'on vent persuader, on avait eu soin de mettre dans la lettre, qu'à ne consulter que ce motif de l'utilité, cette trêve, qui semblait au roi si avantageuse, ne lui convenait nullement. L'empereur les avait bien c.om-
nouvelleetsi pesante, de pouvoir y appliquer pris ces avantages apparents du côté du roi;
sa force tout entière, dès qu'il n'aurait plus à combattre un si puissant ennemi. Préférant donc la réalité aux apparences, et une sûreté tranquille aux vaines rumeurs du peuple, il accepta lescondilions : lui, comme empereur, et Philippe, comme souverain des
cependant il avait consenti à la trêve, au préjudice de sa réputation. Qu'est-ce q.ui pouvait l'y déterminer, sinon la connais-
(1) Elle devait cepoiidanl se faire, si la trêve avait lieu, comme l'avait dit le c;»rdiiial de Lorraine.
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sance qu'il avait de son pou de force et de la puissance de son cnnenji ? Celte puiss.ii.ce lui faisait pré\oir, s'il continuait la guerre, des perles plus considérables ()uc les précédentes. Conuncnt donc aurail-il pu soutenir le choc, non pas du roi seulement, mais du pape et de beaucoup de princes italiens, qui tous auraient conspiré à la sûreté cl à la gloire de remettre en liberté leur commune pairie ? Dans les cinq années de la trêve, les Kspagnols auiaicnl le temps de relever leurs forces aballues ; ils s'alTerm:r,iient dans la possession du royaume d'Angleterre, ils mettraient sous le joug presque loule rilalic. l.a puissance, ou le courage, ou la vie même, pouvait manquer au^ prinees opprimés, et les oppresseurs, c'est-à-dire les l-lsp-igiiols reviendraient, avec encore plus de lérocilé, rendre à la Prance les coups iju'ils en avaient reçus et laver dans son s.mg leur ignominie présente.
0. Tout cela était bien dit : mais ces aiguillons étaient tous émoussés depuis que la convention était signée. Les nouvelles vinrent enfin, quoique un peu tard : les ininis- Ires de France, en l'annonc^nni, (ireni les excuses que la cour de Rome avnil prévues, et que la lettre au roi avait déjji refulées. On apprit encore que le légjil Pohis s'était intéressé à cette trêve . Pulus. se ré-lani sur les instructions reçues du pape Jules qui ne les avait jamais révoquées, n'nvnit pas eu intention de s'employer seulement ;iu bien du christianisme, mais il crut rendre service à son prince en sollieil.int la reine M,iric cà y concourir, et y coiUribuant lui-même de tout son pouvoir. Le cardinal Hebiba, (jiii et.'uldans sa confidence .i liirc d un long service, et dans celle de Charles et de Philippe, dont il était vassal par I,î nnis^ance, fui envoyé à l'un cl à lautre CaralTi. sur qui devait porter tout le poids dune allaire tres-difficile et Irés-formidable, fut envoyé au roi de France; leur commission publi(|ueel principale devait être de changer l<i suspension pour un temps en une paix per[)étuelle. Si cela arrivait, le pape, avec le mérile de l'œuvre, aurait gagné la bienveillance des deux partis ; il y aurait été compris par l'un el par l'autre, comme c'est l'usage, ou du mouis par un des deux. Il serait donc en honneur et en sûreté, mais si l'allairc ne réussissait pas, CaralTa avait sous le plus grand secret une seconde connnission : il devait faire en sorte par sa préseiue, par sa belle voix et par les personnes qu'il aurait pu gagner à la cour, de trouver un moyen pour tenir le roi dans la ligue et lui faire rompre la trêve • ce que le pape regardait comme un devoir de justice, pour les raisons ci-dcssus mentionnées. En conséquence on tenait à Home deux registres des lettres que le frère du légal lui écrivait au nom du pape : l'un dans la forme ordinaire, qui
resta au secrétariat du palais, et qui conte- , .„ ,„., ,
naît les commissions publiques pour procu- peine souffrir qu'on lui en parlât, rer la paix ; l'autre, très-secret, qui ne de- 2. Le concHe remédierait à ce désordre en yait pas être gardé, cl relatif à la seconde particulier en rendant à l'Eglise ses honinlenlion du pape ; ce qui servit de prétexte neurs et ses droits. Lo pape était tellement
pour accuser Caraffa d'avoir excité le roi à la guerre, sans eu avoir l'ordre du pape; el tel est le 3;rand inconvénient qui se trouve dans les grandes alTaires, que en certaines occasions pour exécuter les ordres du lûaîlrc avec trop de fidélité, dans un autre temps on passera pour lui avoir été infidèle.
CHANTRE XVll.
Instruction dannée au légal licbiba pour le concile el pour la paix. — Le pape fait fortifier Palinno. — Lettres ilea ministres espagnols interceptées. — Ascagne de la Cornia est soupçonné; sa fuite. — Son frère le cardinal emprisonné. — Protestation du procureur Fiscal contre l'empereur et Phili])pe.
— L'ambassadeur impérial part de Rome.
— Traité entre le pape cl le duc d'Albe.
L'instruclion donnée à Rebiba était la mar- (lue d'un grand zèle; mais, plus impérieux (juc condescendant, et par conséquent peu convenable aux circonstances du temps cl à l;i dignité du pontife, on ne voyait pas en lui ce détachement des choses temporelles qui l'ail obéir les monarques à la puissance s|)iriluellc .Mais en déclarant quejc ne m'eng.ige pas à soutenir Paul IV dans toutes ces alla lies, je ne [luis non plus le voir sans «uunoux calomnie par Soave. A l'entendre tout ce que disait lo pape, de la réformai ion el du coiu lie n'était (ju'une politique artificieuse el une ruse , puisqu'il ne songeait qu a faire le contraire de ce qu'il annon- «;aii " P.irler de la sorte c'est ne pas connaître le caractère de Paul ÎV, et la conduite qu il a constamment suivie dans ses bons désirs el ses |)ropos sincères. Voici donc ce que portaient les instructions de Rebiba. Le pape considérant les grands dommages (jue la religion chrétienne avait soufferts et souffrait encore, était d'avis que rien ne pouvait mieux les réparer qu'un concile œcuménique, auquel il présiderait lui-même , et comme la décrépitude de l'âge ne lui permeliait pas de s'éloigner de Rome , on le tiendrait dans l'église de Latran, c'est-à-dire dans l'église la plus respectée du monde, el illustrée par plusieurs autres conciles fameux I Rome par sa vasle enceinte, par la température du climat, par l'abondance des vivres , par le caractère hospitalier de ses habitants serait un séjour agréable pour ceux qui viendraient au concile. On se proposerait dans le concile de réformer en premier lieu tant les ecclésiastiques que les séculiers , en corrigeant dans les premiers la dépravation des mœurs, et en défendant aux autres de se mêler (contre ce que Dieu commande) des choses spirituelles, car il arrivait quelquefois que des personnes du plus hautraug, et (|ui se disaient chrôlienne3 demandaient avec instance au pape, ou faisaient demander.par leurs messagers des choses si indécentes, que bien loin de les accorder, le pape pouvait â
résolu sur ce point que rien ne serait capapable de lui en ôter la pensée. Telle était la fui principale de la présente légation ; et Rcbiba était chargé d'exhorter ces deux grands princes, le père et le fils, à seconder une si sainte entreprise ; mais, comme le con- (ilo pour réussir demandait des hommes dont le cœur pur fût exempt de passions ( et les passions des princes se communiquK?nl presque toujours aux sujets), il fallait donc qu'il s'établit entre les rois une paix sincère et durable; autrement, tant qu'il y aurait en-
cette affaire. Le pape espère que son légat sera traité avec le respect el les égards qui lui sont dus par ceux qui tout princes qu'ils sont et souverains, ne laissent pas d'être les enfants de celui dont la personne est représenlée par son légat. Il lui a recommandé de faire en entrant le salut que Jésus-Christ prescrivait à ses disciples : La paix soit n cette maison; que si à ce salut plein d'amour il s'apercevait ( ce qu'à Dieu ne plaise) que l'on ne répond pas, et (jueceux qu'il a salués n'en étaient pas dignes, et qu'ils refusent'
tre eux contrariété d'intérêts et de vues, ce se- (l'enleniire sa parole il eût à repartir sur-lerail en vain qu'on proposerait ou qu'on dé- champ et retourner auprès du pape et sécréterait dans le concile des articles qui se- couer en sortant la poussière de ses pieds en raient admis par une partie à qui ils seraient témoignages de leur infidélilé. Car, quoi qu'il utiles et agréables , car l'autre les rejetterait en fût de beaucoup d'autres qui auraient pu comme dommageables et incommodes , les réussir dans cette légation (et le pape les en princes devaient donc se réconcilier entre croyait tous capables), pour lui, Rebiba , il eux, préférer les intérêts éternels aux tempo- avait certainement agi d'une manière qui ne rels , et considérer, si le meurtre d'un seul lui laissait rien à se reprocher.
3. LecardinalCaraffa reçut, proportiongardée les mêmes commissions publiques; mais il ne se mit pas en route aussitôt qu'il aurait
homme est puni du dernier supplice, à quoi doit s'attendre le prince dont l'ambition occasionne tant de meurtres, et porte la désolation dans tout un royaume- Mais que doit faire un prince, si la raison est de son côté ? Premièrement, cette raison, dans les affaires embrouillées des grands, est toujours douteuse. Outre cela c'est un devoir au chrétien de relâcher de ses droits, lorsqu'il s'agit de la bienfaisance envers les hommes, ou du service de Dieu, il ne doit pas se laisser vaincre en vertu par les païens, qui, conduits par la faible lumière de l'honnêteté naturelle, se sont réconciliés avec leurs plus mortels ennemis , et se sont dévoués à une mort certaine pour le salut de la république. Celte gratitude envers Dieu est surtout un devoir pour ceux à qui il a prodigué les grandeurs et les dignités. Le pape en a conçu l'espérance ; et cette espérance est d'autant plus assurée pour lui que le roi très-chrétien par la bouche du cardinal de Lorraine lui a promis en plein consistoire de remettre à Sa Sainteté, comme au juge suprême , tous ses différends. C'est pour maintenir ces bonnes dispositions que le pape a dessein d'envoyer encore à la cour de France le cardinal son neveu avec qui Rcbiba aura une exacte correspondance. La puissance des barbares au temps où nous sommes est considérablement augmentée; et au milieu des craintes que ces ennemis du nom chrétien ne mettent sous leur joug tous les fidèles, la guerre que ceuxci l'ont entre eux ne répugne pas seulement au christianisme, mais à la raison et à l'humanité; et le pape s'il veut faire son devoir ne peut la tolérer. En conséquence , celui I)ar la faute de qui la paix ne serait pas conclue, quel qu'il puisse être, ajoute le pape , nous le punirons spirituellement et tempo- 'rellemenl, sans craindre aucune puissance humaine , disposés, s'il le faut à souffrir la mort avec joie pour une si belle cause. II continue en disant que le zèle immense d'une si belle entreprise l'a porté à éloigner de lui Bebiba, son ancien ami et le plus cher à son cœur, parcequ'il connaissait la prudence et la charité parfaite avec laquelle il traiterait
voulu, parcequ'il avaitdessein démener avec lui le maréchal Strozzi , sous qui il avait combattu, comme nous l'avons dit. C'était le cousin de la reine de France, très-puissant à celte cour et très-ennemi des espagnols : et par conséquent très-propre à faire réussir les dessci'ns du légat. Mais il était alors occupé depuis quelques semaines «-^ fortifier le mieux possible, par des boulevards faits à la hâte, le littoral deCivila-Vecehia el de Neptune; et surtout à tracer le plan des fortifications de Paliano. Ce petit village de la campagne de Rome lut enlevé aux Colonne par la force des armes, et depuis qu'ils furent excommu niés, on procéda contre eux par les voies juridiques, et ils en furent privés à perpétuité dans un consistoire, et quelques jours après, dans une assemblée consistoriale, Paii.iuo fut donné en fief au comte de Monlorio, et à sa postérité masculine. Paul IV, sortant de son caractère s'imagina de couvrir les apparences d'une action si indigne d'un tel pontife , en (lisant qri'il fallait donner ces fiefs si considérables à ceux qui avaient assez de force pour les défendre et assez de fidélité pour les conserver à l'Eglise dont ils dépendent. Le pape ordonna donc qu'on bâtirait à Paliano une bonne forteresse, en apparence pour se garantir d'une attaque imprévue des ('(donne, mais l'intention véritable était d'avoir une place frontière contre le royaume de Naples. Le duc d'Albe, qui avait repris le gouvernement de Naples après la trêve conclue, alarmé de ces fortifications, aurait peut être fait une rupture de guerre pour en arr{Mer les progrès sil ne s'était vu sans argent avec de nouvelles recrues, sur lesquelles il ne pouvait compter. Il n:> négligea rien cependant pour se procurer de vieilles troupes , el de l'argent; il fit venir les unes du dehors, et leva des impôts sur le peuple; l'emb'M'ras où il se trouvait dans cette circonslnnre fit voir que si la fortune, qui avait toujoius suiviCharlesV, n'eût pas alors, parle snoyen delà Ircve, retenu le torrent delà liiïue lornu'o
•7()i( III^T01RE DL' CONCILE DE TRENTE. 800
dans l'Italie, tout ce que lui et son fils y fres, très -embrouillée. Elle était adressée
avaient de possessions aurait été absorbé. au duc d'Albe par Garcia Lasso de Vega,
k. Mais d'autre part le pape n'était guère agent du roi Philippe à Rome. L'obscurité
mieux pourvu que le duc pour tout le reste ; de l'écriture ayant augmenté la curiosilé et la
et plus que le duc il manquait de conducteur jalousie, on s'imagina que les lettres ét.iient
pour son armée, pendant l'absence de son venues par l'entremise de Jean Antoine Tas-
neveu et de Strozzi. Malgré cela il renforçait de partout les frontières, avec l'aide de plusieurs capitaines, en qui il avait le plus de confiance ou dont il se défiait le moins. Entre autres, Velletri et plusieurs autres places des environs furent confiées à Ascagne de la Cornia, avec le titre de général de la cavalerie. Cet officier lui était suspect dans
sio maître des postes de l'empereur. Ordre de saisir encore Tassio pour en tirer quelque éclaircissement. L'ambassadeur impérial informé dans la matinée de celte seconde saisie , mais ignorant celle du courrier, s'empressa d'aller à l'audience du pape, pour obtenir la délivrance d'un officier de l'empereur. Or, le malheur fit que Garcia Lasso
les commencements, pour avoir été long- vint au palais avec d'autres personnes de la
temps au service de l'empereur et pour l'im- suite de l'ambassadeur. Paul en fut aussitôt
prudence qu'il avait eue de se plaindre à informé et dans le temps même que l'ambas-
tout le monde des dommages que la chambre sadeur lui parlait pour Tassio, il fit conduire
lui faisait supporter au sujet des biens que Garcia Lasso au château. L'ambassadeur
Jules III, son oncle, lui avait laissés. Toute fois ses dernières expéditions dans la Romagnelui avaient mérité les bonnes grâces du pape. Le pape , en se préparant pour la guerre, témoignait son désir pour la paix. Peut-être l'avait-il en ce moment où sa froide vieillesse n'était pas échauffée par la présence d'un neveu ardent et inquiet. En effet , dans un consistoire tenu le 11 juillet , comme il se plaignait des chagrins qu'allait lui causer
n'apprit qu'après l'audience ce second emprisonnement, mais il ne fut plus possible dans cotte matinée de revoir le pape. Enfin les chiffres furent expliqués. Elles contenaient une exhortation au duc d'Albe de faire irruption dans l'Etat ecclésiastique, pendant qu'il était encore si peu en état de la soutenir.
6. Le pontife, voyant que dans les Espagnols les apparences extérieures s'accordaient avec les desseins intérieurs et réels
le duc d'Albe, qui armait manifestement pour qu'ils avaient formés contre lui , agité par la
la cause des Colonne excomuniés, se rendant aux conseils et aux prières des cardinaux, il fit entrer les orateurs des princes pour leur dire qu'il était prêt à députer des cardinaux qui traiteraient avec les adver-
crainte et la colère, voulut éclater par des menaces capables d'intimider ses ennemis, et tout ensemble leur faire voir qu'il ne les craignait pas ; il fit donc comparaître, dans le consistoire du 27 juillet, Alexandre Pallantieri ,
saires, pour trouver les moyens de vivre en procureur fiscal; Silvestre Aldobrandini,avo
paix les uns et les autres.
5. Mais lorsqu'un corps est déjà bien malade, un dérangement qui survient, bien que fortuit, rend les remèdes lénilifs insuffisants pour le guérir. Voici quel fut ce hasard et ce dérangement. L'ambassadeur impérial envoyait de temps en temps un courrier exprès au vice-roi de Naples, et son chemin était de passer par Terracine. Il arriva qu'un jour ce courrier fut aperçu par le gouverneur du lieu allant à pied et sans aucune des marques ou devises appartenant à son emploi. Or, comme rien ne contribue plus à faire découvrir un secret que de vouloir trop le cacher ,
cat fiscal ; Jean François Rini, Florentin ; un de ses secrétaires, et Jean de la Save, Français (l'un et l'autre étaient les deux derniers clercs du collège) ; et avec eux Save, notaire de la chambre. Tous ensemble dressèrent l'acte ; le pape étant assisté par Paul Consiglieri, majordome , et par Ange Massarelli, ci-devant secrétaire du concile, et alors du collège, qui se signèrent dans l'acte comme témoins.
7. 11 y a toute apparence que cette scène consistoriale avait été prévue, puisque, parmi les cardinaux qui furent présents , il n'y eut point d'Espagnol. Aldobrandini supplia le
le moyen que le courrier avait imaginé pour pape de vouloir bien écouter une instance qui
mettre son secret à l'abri fut précisément ce qui le fit tomber dans le piège, en voulant l'éviter. Le gouverneurde Terracine, parent du premier camérier du pape, et qui pour cela n'élait pas étranger aux nouvelles de la cour et aux maximes politiques, s'imagina ce qui était en effet, que ce costume négligé n'était qu'une dissimulation pour couvrir quelque grand secret que portail le courrier. 11 le fit donc arrêter, d'aulant plus que le courrier s'élait dépouillé, et pour ainsi dire, désarmé de cette livrée qui, en le distinguant le rendait inviolable par le droit des gons- 11 l'envoya bientôt à Rome, oîi on ne le fit entrer que dans le silence et l'obscurité de la nuit. Il fut reçu par le camérier en chef, qui le mena aussitôt au duc de Paliano. On trouva 6ur lui entre autres écrits, unelellro en chif-
iui avait été présentée par Pallantieri : elle disait que les ministres de l'empereur et du roi Philippe, son fils, et, plus que tous, le duc d'Albe, vice-roi du second et lieutenant du premier, conjurés ensemble contre lElat ecclésiastique , menaçaient même la ville de Rome , non-seulement en ce qu'ils recelaient et protégeaient les Colonne, excommuniés et coupables de lèse-majesté, en leur fournis sant de l'argent et des capitaines à leurs soldats, et spécialement un certain Albano; mais se mettant en devoir d'envahir les terres du pape et de saccager une seconde fois le palais pontifical. Tout cela n'a pu avoir lieu sans que leurs maîtres en fussent informés; s'il fallait le prouver , les preuves que les lois adtnelleiil, qui sont les conjectures, seraient très-fortes dans le cas présent , savoir la