‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 183 sur 348 · I-IYRE TRr'l/JEMi · texte numérisé non relu

I-IYRE TRr'l/JEMi

lonf^ucur du temps ; la noloriélé des fails ; les grosses (léponscs faites pour les appareils, outre les preuves de la participation cl du consentement des princes, appuyées sur des rapports secrets que ni le lieu, ni le temps ne permettaient pas de produire. Tout cela n'était pas seulement en opposition avec la bulle du pape fulminée contre les Colonne et leurs fauteurs, mais encore avecrinvestiturc et les serments prêtes pour le fief du royaume de Naples, dont le domaine direct appartient à IHglise. En conséquence, le procureur fiscal suppliait Sa Sainteté de nommer des cardinaux, pour connaître de celle affaire; et au cas que le fiscal prouvât ce qu'il avait avancé, les susdits ministres et princes seraient déclarés avoir encouru toutes les peines d'excommunication majeure , de déchéance du fief et la privation des honneurs et grades qu'ils possédaient : que leurs sujets seraient absous du serment de fidélité, et leurs domaines abandonnés au premier occupant. Le pontife s'expliquant par lui-même, admit l'instance par la formule accoutumée : Si, cl en tant qu'il sera de raison, et dit que sur la délégation des cardinaux juges et l'exécution des demandes, il en consulterait avec les Pères, et, après avoir entendu leur avis, il donnerait sa réponse.

8. Cependant toute cette parade, qui faisait plus de bruit qu'elle n'avait de force, ne lui fit pas négliger des moyens un peu plus efficaces. Dans la lettre de Garcia Lasso, plusieurs personnes étaient nommées comme ayant la confiance de l'empereur, une desquelles était Ascagnc de la Cornia. Le pape, ayant repris ses soupçons, le fit appeler pour voir ce qu'il dirait pour sa justification ; mais celui-ci, craignant de la part du pape un mouvement de vivacité, différait do comparaître sous divers prétextes qui ne faisaient qu'augmenter les soupçons, à tel point que le pape donna commission à Papirio Capizucchid'al- Icr à Vellctri avec une troupe de cavalerie, pour s'assurer d'Ascagne; le cardinal de la Cornia, qui eut vent do cette affaire, en fit aussitôt parvenir la nouvelle à son frère : elle lui vint au moment que Papirio allait entrer à Vellelri; en sorte qu'au même temps, Papirio entra par une porte de Vellelri, et Ascagne sortit par l'autre. Les cavaliers le poursuivirent à bride aballuo : Ascagne voyant le danger tourna du côté de la mer et se réfugia dans Neptune. Il y fut reconnu pour officier au service du pape. Ce qui facilita la ruse qu'il imagina sur-le-champ, ce fut de faire croire aux soldats de la garnison que les cavaliers qui le poursuivaient étaient ses propres milices révoltées contre lui. Sur quoi les gardes de Neptune sortirent contre eux et ne reconnurent l'erreur que lorsque Ascagne, avec un seul de ses domestiques, se fut sauvé dans un bateau. Il vogua avec son bateau jusqu'à NapJes, où il fut reçu avec honneur par le duc d'Albe. Celui-ci, profitant de la circonstance, appritd'Ascagne la situation, c'cst-à-dirc la faiblesse où se trouvaient les Islals du pape, ce qui le détermina encore plu* à commencer les hostililés : Ascagne

l'en sollicilail d'autant plus que le pape, enflamtuc, de colère avait fait mettre au château Saint-Ange le cardinal de la Cornia, après avoir dépouillé les deux frères de tous leurs biens.

9. Mais le duc qui n'avait encore ni préparatifs de guerre suffisants pour la commencer, ni une intention bien déterminée, soit qu'il voulût obtenir la délivrance de Garcia Lasso, que Paul, dans la violence de son caractère, pouvait faire mourir; soit qu'il voulût, par ces délais, justifier sa cause, se contenta d'envoyer à Rome Jules de Tolfa, comte de Saint-Valcnlin, pour exposer au pape divers sujets de plainte; que toutes les personnes attachées à l'empereur ou au roi Philippe étaient par lui maltraitées : on emprisonnait les ministres : on se moquait de l'ambassadeur : le monitoire publié contre Ascagne l'accusait de s'être réfugié auprès des ennemis : ce qui était déclarer pour tels le vice-roi et les princes qu'il représentait Le comle ne parla point de l'instance du procureur fiscal, soit que le vice-roi n'en sût encore rien, ou qu'il feignît de ne pas le croire.

10. Sur ces entrefaites, le marquis de Soria, orateur de l'empereur et de son fils, ayant fait à l'un et à l'autre son rapport avec des plaintes amères sur les outrages qu'il croyait avoir été fails à Leurs Majestés, autant qu'à sa propre personne, par les démarches hautaines et imprudentes du pape, reçut des réponses conformes à la demande. En sorte qu'il fit connaître l'intention qu'il avait de demander congé au pape, pour aller hors de Rome traiter des affaires particulières et mettre à exécution des ordres qu'il avait reçus de ses maîtres. On voyait bien que c'était couper tous les fils qui pouvaient renouer l'union. Le pape s'avisa donc, le second jour d'août, d'inviter à dîner douze cardinaux de différents partis et différentes nations, et avec eux l'ambassadeur cl le nouveau duc de Paliano, son neveu. Après qu'on eut dîné, il dit qu'ayant appris la demande que le marquis voulait faire pour qu'on le laissât partir, il serait bien aiso qu'il exprimât son désir à toute celle assemblée. Le marquis confirma son dire et la nécessité de son départ pour expédier les affaires et remplir les commissions qu'il avait de ses princes. C'est tout ce que contiennent les actes consistoriaux ; mais j'ai lu dans des mémoires particuliers que l'orateur rendit raison des ordres qu'il avait reçus, en rappelant, d'un style outré et fier, les injures faites par le pape à ces deux grands princes. Les conviés lui dirent tous que pour l<4dcparl, selon le droit des gens, on ne pouvait le lui refuser; mais on se croyait obligé de lui demander, dans la circonstance présente, un délai de quelques jours, s'il pouvait l'accorder sans en souffrir et sans désobéir à ses maîtres. L'orateur dit qu'il ne pouvait le faire, selon la teneur des commandements : alors le pape le pria de sortir, ainsi que le duc, pour laisser aux cardinaux la liberté de dire leur avis. Les avis furent, connue auparavant, que, selon lo droit des gens on ne pouvait l'empêcher; et toui

co qu'il y avait à faire, c'étail de lui réitérer los instances pour obtenir un sursis. On le fit donc rentrer, et le pape lui donna, avec une politesse à laquelle il ne s'attendait pas, sa réponse et celle des cardinaux : qu'il était libre d'aller où bon lui semblerait; mais qu'en même temps, on lui faisait connaître quel serait le désir commun. Le marquis , en remerciant de la liberté qu'on lui donnait,

tout ces conspirations aux ministres d'un prince qui sont résidants sur les terres d'un autre , afin qu'on puisse les admettre librement et que les soupçons n'empêchent pas le commerce : d'où il s'ensuit que Garcia Lasso ne peut nous reprocher d'avoir violé envers lui le droit des gens, après qu'il l'a violé lui-même. Pour le marquis deSoria, on n'a eu que de la douceur à son égard ; puis-

ajouta qu'il examinerait de nouveau leçon- que, d'un côté, quelque audience qu'on lui

tenu des lettres; il est visible cependant que aura refusée ne s'appelle pas un mépris; et

ce ne fut de sa part qu'une cérémonie pour ce n'est l'usage dans aucune cour que la

répondre à la politesse que lui avait voulu porte du prince soit ouverte aux ambassa-

faire le pape, et pour ne pas s'en aller d'une deurs à quelque heure qu'ils viennent. D'un

manière si sèche; ce n'était pas du moins aulrccôtérambassadeur,dansuneoccasionet

pour n'avoir pas bien lu ses dépêches, comme pour une cause bien peu importante, ayant

l'ont dit quelques-uns, puisque par le fait il trouvé la porte de la ville fermée et gardée ,

partit de Rome le lendemain. Le pape voulut parce que avant le jour il est défendu de l'ou

«jue tout le détail de ce colloque fût porté sur les registres par le cardinal Dupuis qui exerçait alors l'office de vice-chancelier ; le chancelier Farnèse était alors absent pour quelque sujet de mécontentement, comme il sera dit en son lieu. Le pape crut cet enregistre-

vrir à pei^sonne, fit impérieusement rompre la porte : et cependant le pape n'a pas voulu tirer raison de cette injure. Mais, par contraire , c'est bien le vice-roi qui use de violence envers lui , lorsqu'il fait afficher des proclamations qui interdisent aux Napoli-

ment nécessaire pour que l'embassadeur ne tains, sous les plus rigoureuses peines, toute

]jût reprocher aucune violence qu'on lui aurait faite pour le retenir; les plainles et les fâcheries fréquentes rendaient toujours plus nécessaires les précautions. Lorsque les soupçons et les accusations sont réciproques entre deux partis, il ne faut pas de moindres précautions contre le mal que peut faire une bouche de chair, qu'il n'en faut pendant la

communication avec ceux de lEtat ecclésiastique. Outre ce qui était contenu dans cet écrit, on ajoute que le pape, dans ses entretiens avec le comte, s-e laissa aller à des emportements de colère , et ne conserva pas l'avantage de cette modération qui lui avait fait honneur, lorsqu'il congédia le marquis. 2. La comparution du procureur fiscal dans

guerre contre le ravage que peut faire une le consistoire semblait être pour le vice-roi " ■ ■ " le dernier signal de bataille; car de si fortes

provocations ne se font pas en public contre les monarques sans avoir été préméditées

bouche de feu

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