‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 189 sur 348 · L«i fêle des princes des apôtres s'appro · texte numérisé non relu

L«i fêle des princes des apôtres s'appro

(1) Il fui par la suite évèqiie de Padoue et nonç« eu Espagne.

mSTOiUE DU CONCILE DE TRENTE.

chait, ainsi que le tribut qui se payait à cette époque par le roi de Naples, feudataire du saint-siége. Le vice-roi flt dire au pape, par le cardinal de Compostelle, son oncle, qu'il était prêt à payer le tribut, si le souverain pontife voulait l'accepter. Il y eut pour cela une assemblée générale des cardinaux. Quelques-uns étaient d'avis qu'on le reçût avec protestation, et sans préjudice de la sentence par laquelle on avait encouru la privation du fief. D'autres trouvaient ridicule qu'on pût tenir pour feudataire, en aucune manière, celui qui s'était emparé des terres du souverain, et contre qui le souverain faisait la guerre, comme à un rebelle. II n'y avait, disaient-ils, aucun inconvénient à refuser le tribut, mais au contraire plus d'honneur et moins de danger. Cet avis fut suivi. Mais peu après la paix étant faite, on reçut le tribut avec les précautions nécessaires.

2. Peu de temps après, arrivèrent à Rome les trois mille Suisses ; ce fut le 20 juillet. Le pape leur fit toutes les amitiés et les honnêtetés possibles pour les porter à le servir comme on sert un ami, et non avec celte négligence que mettent au service des gens à gages. Et comme Marc-Antoine Colonne, après beaucoup d'autres dommages avaitenlevé les récoltes du voisinage de Paliano et réduit le pays à la disette et à la plus triste situation, désireux et empressé de reprendre Paliano, et pour son avantage et pour affaiblir le parti contraire, ce fut là qu'on envoya tout de suite les trois mille Suisses, pour que, réunis à la garnison papale, ils s'efforçassent de réprimer l'insolence des ennemis, et missent au large les assiégés. Mais la réussite ne fut pas telle qu'on l'attendait. Le 27 du même mois il y eut une action où, malgré la valeur et le courage des Suisses, la victoire demeura à Colonne. Ce guerrier, qui maniait alors les armes avec plus de bravoure que d'honneur contre l'Eglise, par une providence divine, aiguisait sans le savoir son épée, pour s'en servir sur un plus grand théâtre, et avec plus de dignité en faveur de cette même Eglise : ses exploits renouvelèrent les triomphes de l'ancienne Rome qui, dans le temps dont nous parlons, craignait de la part de Colonne le renouvellement des pillages et des massacres qu'elle avait vus depuis peu.

3. Cependant la venue du duc de Guise fit respirer les Romains et dissipa leurs craintes. Pierre Strozzi, au retour de son voyage, lui apporta les ordres exprès de Sa Maj(>sté, de travailler avant tout à mettre en sûreté le pontife, à qui on avait promis de nouveaux et puissants secours qui devaient bientôt arriver. Il quitta dont la Marche-d'Ancône; et, pour faire à Rome comme un avant-mur, il vint camper à Tivoli. Le duc d'Albeon fit autant; et pour soutenir Colonne et sa petite armée, il mena la sienne à Soria.

4. Les choses étaient en cet état, lorsqu'au 23 août une nouvelle terrible arrivée à Rome, renversa toutes les espérances du pape, sans abattre pourtant cet esprit élevé, ou, en d'autres termes, ce caractère allier, fier, indomp-

table. La nouvelle fut qu'à la bataille donnée près de Saint-Quentin, en Picardie, entre les ÎEspagnols et les Français, ceux-ci avaient été complètement battus ; ce qui obligeait le roi de France à rappeler le duc de Guise à la défense de son pays , laissant au pape de faire sa paix comme il voudrait. Le vicer«i reçut cette nouvelle joyeuse de la part de ses ennemis. Le cardinal de Santa-Fiora, avec la permission du pape, la lui communiqua par la bouche d'Alexandre Placidi, son secrétaire ; et par le même message (à peu près comme ceux qui demandent l'étrenne pour avoir porté quelque bonne nouvelle), il demandait la paix au ducaux mêmes conditions qui lui avaient été proposées au mois de septembre dernier, à laquelle époque ses affaires allaient très-bien ; mais le duc, que la bonne fortune faisait parler plus haut, les rejeta avec indignation et mépris. Il se plaignit même du cardinal, de ce qu'avec l'attachement qu'il avait pour le roi son maître il donnait un semblable conseil. Il alla jusqu'à dire qu'il traiterait la paix lorsque Paul aurait reconnu publiquement la faute qu'il avait faite de se liguer avec les ennemis de la couronne catholique, et les injustices commises envers ceux qui en dépendaient, et lorsqu'il leur aurait rendu la liberté, l'honreur et l'argent qu'il leur avait enlevés. Le pape répondait sur le même ton qu'on pourrait lui arracher la vie, mais qu'on ne lui ferait pas dégrader ainsi la majesté du trône pontifical.

5. Le viee-roi avait conçu le dessein de s'approcher sans bruit de Rome ; et dans l'état où se trouvaient les citoyens effrayés et la ville presque sans défense, en donnant l'assaut pendant leur sommeil, au milieu de la nuit, il était assuré de surprendre la ville. Dans cette espérance, après le refus des conditions proposéespar Santa-Fiora , il fit approcher l'armée jusqu'à un quart de lieue de la ville. De là il envoya Ascagne de la Cornia et d'autres capitaines pour en reconnaître l'état. Mais sur les différents rapports qu'on lui fil, et qui paraissaient véritables, il comprit que la ville n'était pas si dépourvue, et qu'on y faisait bonne garde ; et il ne voulut pas tenter l'entreprise.

6. Soave qui, dans toute cette narration, paraît ne savoir la chose que superficiellement, et se trompe en plusieurs endroits que je n'ai pas mis en note, parce qu'ils sont de peu d'importance; Soave dit ici que le duc aurait réussi dans cette expédition nocturne si le courage ne lui eût manqué, et que l'on jugea communément que de reculer au moment de l'exécution, ce fut une bassesse de sa part. Le bonhomme croit parler apparemment de quelque Thersite ou Martan, et sa critique insensée tombe sur un des plus fameux capitaines qui aient brillé dans le dernier siècle, c'est-à-dire dans un siècle qui ne le cède à aucun autre, non-seulement pour la gloire des armes, mais pour les plus éclatantes, les plus nobles professions. Comment a-t-il l'audace de dire que tout le monde en

. jiigea ainsi , puisqu'il ne peut ignorer la re-

lalion de l'ambassadeur Navagero, alors ré- avantage que pour le bien de toute l'Italie,

sident à Rome? Elle parle des divers juge- Il importait au bonheur et à la tranquillité

ments qu'on porta de cette singulière entre- de lllalie qu'aucun prince n'abusât de sa

prise, sans qu'il y ail le moindre reproche de puissance pour en dépouiller un autre de ses

bassesse ou de lâcheté pour le général. Mais, Etats, ou pour l'empêcher d'être maître chez

entre les diverses opinions qu'elle rapporte, il y en a deux qui semblent être plus croyables. Selon la première, la véritable cause qui flt reculer le vice-roi, ce fut un motif de piété et de religion : il ne voulut pas renouveler l'infâme victoire du connétable de Bourbon. Cette réflexion fut soutenue par une autre. Son intention était bien de prendre la ville, pour se saisir du pape ; mais il ne voulait pas de saccagement; et pour obliger les soldats à s'en abstenir, il leur avait promis

lui. Le pape avait à Venise un aide dans la personne d'Antoine Trivulce, depuis peu créé cardinal, et qui n'en était pas encore parti. En même temps, le roi Philippe, craignant que la victoire de Saint-Quentin n'eût excité contre lui la jalousie des princes, jusque-là indifférents, et ne lui eût suscité plus d'ennemis qu'elle n'en avait fait disparaître, comme il était arrivé après celle de Pavie et d'autres semblables, avait envoyé au sénat François de Valence, chevalier de Malte, pour lui ap-

double solde. Il apprit cependant que les Al- prendre l'heureux succès de la bataille, el en

lemands entre eux avaient résolu de préférer le gain du pillage à la parole donnée el à l'obéissance militaire; ce qui lui inspira encore plus d'horreur pour cette audacieuse entreprise. Cette interprétation fait honneur auducd'Albe, et nous l'admettons volontiers; mais elle ne contredit pas l'autre sentence, selon laquelle leduc, ayant fait ses réflexions, jugea en vérité l'entreprise trop hasardée. Il pouvait bien se faire que quelques bataillons de soldats bien résolus, postés dans les passages les plus suspects, vinssent fondre sur son armée pendant la nuit; l'armée du duc de Guise et celle de Strozzi, qui n'étaient pas loin, pouvaient fournir ces détachements ; et cet échec aurait causé au ducd'Albe un grand déshonneur et un grand dommage. J'ai dit que le duc jugea avec vérité l'entreprise hasardeuse, parce que véritablement elle l'était. Car comme tous les comuussionnaires sont en même temps espions, le secrétaire Placidi, retourné ducampdu vice-roi, dit y avoirremarqué quelques indices d'une entreprise pareille En sorte que la nuit étant venue, où le duc voulait faire son coup, après qu'il aurait fait examiner l'état de la ville, Ascagne de la Cornia, et les autres, ne se trompèrent pas et ne le trompèrent pas en lui disant qu'ils avaient vu des signes qui indiquaient des soupçons et des préparatifs. En effet, beaucoup de personnes veillèrent toute cette nuit, et la troupe fut sous les armes. Le cardinal Caraffa, à cheval, courut la ville jusqu'au jour, pour visiter les postes et mettre des corps de gardes.

7. Une autre erreur notable qu'on peut atlribuer à Soave, c'est qu'il semble suppose! quele ducdeGuiseaitabandonnéle pape, pour s'en aller avant la conclusion de la •paix. C'est tout le contraire, puisqu'il demeura à Rome jusqu'au 19 de septembre, auquel jour, qui était le cinquième après la conclusion, le duc d'Albe vint rendre ses de-

même temps l'assurer de la modération de ses sentiments. Le chevalier protesta de sa part que Philippe n'aspirait pas à s'agrandir, et qu'alors plus que jamais il s'olBfrait à restituer promplement au pape les terres enlevées, si le pape par un accord raisonnable concourait à remettre l'Italie en paix. La chose fut mise en délibération; et le résultat fut d'envoyer à celte négociation un des secrétaires, François Frumenti. Le duc de Florence ne fut pas moins empressé de coopérer à celte paix, en envoyant pour son représentant Averard deMédicis.II ne souhaitait rien plus qu'une paix dont la douceur et le calme servît à consolider les fondements de sa nouvelle principauté. Le vice-roi opposait aux raisons des deux ministres une inexpugnable résistance. Il ne pouvait pas se persuader qu'en majorité de forces, ayant la fortune pour lui, il dût se réduire à égalité de condition, et rendre infructueuses toutes ses victoires. Mais les ministres lui firent entendre qu'un ennemi vaincu devient formidable, lorsque par la hauteur et la dureté du vainqueur il est réduit au désespoir : qu'il devait connaître le caractère impétueux et inflexible de Paul. Quel trouble n'allait-il pas causer aux Elats du roi et à ritalie, s'il exécutait la menace qu'il avait faite de se retirer en lieu sûr, et de laisser à la garde des Français et du duc de Guise, présent à l'accord, le gouvernement de Rome et de tout l'Etat ecclésiastique; et il ne fallait pas s'imaginer que la chose n'aurait pas lieu, parce que le pape ne voudrait pas d'un arrangement qui lui serait nuisible. Les hommes n'agissent pas toujours avec prudence, c'est souvent la passion qui les guide ; la colère surtout est une espèce de folie, qui leur fait prendre pour leur bien ce qui est pour eux un véritable dommage, pourvu qu'il soit nuisible à ceux qui les ont offensés. Ces raisons, soutenues par l'autorité des médiateurs, qui pouvaie^nt, au cas voirs au souverainpontife : et la présence du d'un refus, entrer en soupçon et même deve-

duc de Guise ne fut pas inutile au traitement des articles, comme il est aisé de comprendre. 8. Cependant le pape, désireux d'une paix qui lui amenât le repos et la sûreté, mais sans déshonneur ni dommage, eut recours aux bons offices de la république de Venise. H savait que Venise désirait autant que lui la paix et la justice, tant pour son propre

nir adversaires, firent consentir le duc d'Albe à une entrevue avec le cardinal Caratîa. Elle se fit à Cava, terre appartenant aux Colonne, et dont le duc s'était emparé. Le cardinal s'y rendit le 8 septembre, accompagné des cardinaux de Santa-Fjora et Vitellio. il convenait, en effet, que la flamme fût éteinte par le même souffle qui l'avait allumée.

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