CHAPITRE IV
requises pour obtenir de Sa Béatitude le pardon et la grâce; et que le roi enverrait exprès un homme chargé de remplir le même oftice; 2° que le pape, comme un père plein de clémence, recevrait le roi pour son bon fils et celui du siège apostolique, en le faisant participer à toutes les grâces qn'il fait aux autres princes chrétiens ; 3° qu'il renoncerait à la ligue faite avec le roi de France, promettant pour l'avenir d'être le père commun de tous indifféremment ; 4" qu'on lui rendri<it de la part du roi catholique les terres et les pays médiatement ou immédiatement soumis au saint-siège apostolique, qui lui ont été enlevés jusqu'à ce jour; qu'on en démolirait les fortifications nouvellement construites, et que toute l'artillerie prise de part et d'autre serait rendue; 5' que dans l'un et l'autre parti il y aurait une rémission réciproque de toutes les peines temporelles ou spirituelles à toutes les personnes et communautés séculières, ou ecclésiastiques, pour une œuvre quelconque commise a l'occasion de cette guerre (il était déclaré pourtant que
Deux traités de paix, Vun public et Vautre secret, entre le cardinal et le vice-roi. — Le duc d'Albe vient à Rome. — Accueil que lui fait le pape. — Départ du duc de Guise. — Le cardinal Caraff'a est envoyé légat au roi Philippe, et Trivulce au roi Henri.
1. L'article le plus difficile dans le traité fut la cause de Marc-Antoine Colonne. Le pape, inflexible envers ceux de ses sujets qui avaient été condamnés, ne voulait pas qu'ils fussent compris dans celte paix. Le duc d'Alhe tenait pour un déshonneur que le roi catholique, après sa victoire, fût obligé de tout accorder à celui qui avait été le premier auteur de cette guerre. Après une longue discussion, deux capitulations furent dictées (ce dont Soave n'a pas été informé), l'une publique et l'autre secrète. Le pape les connaissait toutes deux ; mais il dissimula tellement la seconde, qu'il ne voulut pas même
au cardinal Vitellio avouer qu'il en eût con- dans cet article ne seraient pas compris Marcnaissance. Caraffa et le duc traitèrent donc Antoine Colonne, ainsi qu'Ascagne de la leur accord, selon le^ facultés les plus am- - ■ • • . ^ . »
pies, dont la concession fut signée au cardinal par le pape le même jour, 8 septembre. Le duc les avait du roi depuis le 26 juillet de la même année 1557 ; les intérêts du pape et sa réputation furent tellement ménagés dans les articles convenus, quà la lecture du traité il ne semblait pas que ce fût le pape qui avait perdu des batailles. Les papes ont toujours une forte armure qui les fait craindre, quoique mal encuirassés : c'est le manteau de Saint-Pierre. Soave est forcé de le reconnaître, et rien de plus faux que ce mépris qu'il attribue aux princes chrétiens pour la personne du pape. 11 confond les actions particulières et variables de quelques-uns avec les dispositions fixes et universelles qui sont les miroirs où, sans erreur, sans obscurité, le cœur se découvre tel qu'il est. On ne peut nier les égards qu'ont pour le pape les plus grands monarques, non-seulement par l'humble langage et les cérémonies respectueuses avec lesquelles ils se présentent à lui ; mais la juridiction très-ample qu'ils lui accordent dans leurs Etats, mais tout l'argent qu'ils laissent venir à sa cour, l'attention qu'ils ont de ne pas tom her à leurs terres, ou à leurs domaines, et la facilité, si le cas arrive, la promptitude des restitutions : ne sont-cepas là autant de preuves évidentes qu'ils révèrent en lui une dignité plus qu'humaine? Mais il faut se souvenir (jue l'offense est la violation du devoir; et par conséquent, lorsqu'on reconnaît qu'il y a de grands devoirs à remplir, et que l'occasion de les remplir est fréquente, il ne faut pas s'étonner que les offenses soient très-fréquentes ; mais elles ne marquent point de mé>pris, si les réparations sont plus fréquentes encore.
2. Le traité qui devait être public contenait les articles suivants :1° que le duc ferait au souverain pontife et au siège apostolique les soumissions d'humilité et d'obéissance
Cornia, qui demeureraient dans la sentence de l'excommunication où ils étaient et à la libre disposition du pape) ; 6° que Paliano, dans l'état où il se trouvait, serait remis à Jean-Bernardin Carbon, confident des deux parties, qui jurerait à l'une et à l'autre l'observance fidèle des articles arrêtés entre le cardinul et le duc d'Albe pour le service de leurs princes, et qu'il y tiendrait une garnison suffisante à frais communs.
3. Ces articles du traité furent d'abord présentés au pape par Marc-Antoine Elio, évêquedePola (l),et après qucle pape y eut mis son approbation, le cardinal de Santa- Fiora etl'évêque d'Aquila souscrivirent comme témoins, et le chancelier du duc en dressa l'acte. Mais ce traité, qui devait voir le jour, fut suivi d'un autre que le pape n'ignorait pas; mais il ne voulut dire à personne qu'il en eût connaissance. Conséquemment les articles en furent réglés à la présence et par la
souscription des deux principaux chefs, le cardinal et le vice-roi. Sachetti, secrétaire du cardinal, apposa aussi sa signature. Ce second traité fut, comme le premier, rédigé en telle sorte que tout ce qui aurait pu faiVe déshonneur, ou causer du préjudice au siège apostolique, en est écarté; et ceux qui veulent soutenir que Paul n'a pas eu connaissance de ce traité, qu'on lui a laissé ignorer, parce qu'il n'y aurait jamais consenti, blessent la vérité et font injure au pape, puisqu'ils le supposent capable d'ignorer ses devoirs, ou de les transgresser. Or il est tenu, par son devoir, s'il ne veut 'être puni de Dieu et blâmé de son peuple, il est tenu de lui procurer la paix, quand il le peut, à des conditions raisonnables. —Le sommaire de ces conditions fut qu'on mettrait à Paliano un gouverneur ami des deux partis, ou qu'il
(1) Aux iiislaiicesilu cardinal Fanièse, il .ivail éié itiirodint ;iiix fonclioiis de secrélaire-d'Etal.
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LIVIŒ QUaTOHZIBIE.
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serait démoli, au clioix do Sa Majesté ; qu'au cas de la démolition, aucun de ceux qui le posséderaient ne pourrait reconstruire les fortifications jusqu'à ce que lo roi eût donné au présent duc de Paliano une compensation
avait conçue contre Rome et qu'il n'exécuta pas, lui (lit : Vous avez très-bien fait, mon cher fils, de renoncer à votre entreprise, et je vous exhorte à n'en jamais tenter de pareilles. Car tous ceux de notre nation qui prirent part
à son gré, laquelle ne serait pas différée au- au dernier saccagement de Rome ont eu mau-
delà de six mois''; si cela n'avait pas lieu. Car bon serait tenu de rendre, au présent duc, Paliano ainsi démantelé; que si, pour la compensation, il y avait mécontentement ou dispute, l'affaire serait portée au sénat de Venise. La compensation acceptée, le duc serait tenu de céder Paliano à celui que le roi aurait désigné, pourvu que ce ne fût pas un ennemi du pape, ou du siège apostolique, jusqu'à ce qu'il eût obtenu son pardon. Ces dernières paroles donnaient l'exclusion à Marc-Antoine Colonne; mais le roi pouvait gratifier un autre de la môme famille.
4. Soave observe que dans celte guerre l'armée ecclésiastique, tant celle de l'Etat que l'auxiliaire, ne fut pas favorisée de Dieu. C'est donc à dire que Soave reconnaît une Providence et les desseins de Dieu dans les événements de ce monde, seulement lorsque ces événements sont malheureux pour les papes. Car dans un antre endroit, en parlant de la victoire miraculeuse que les Suisses catholiques remportèrent sur les hérétiques, et d'autres aventures favorables à la religion, il se moquedeceux qui veulent y reconnaître le doigt de Dieu : il prétend que c'est témérité de vouloir deviner les secrets que Dieu a voulu nous cacher. Mais, puisqu'il était en train de reconnaître dans les fâcheux accidents de l'armée papale une permission divine et une providence, il devait aussi reconnaître une protection marquée sur le pontifical de Uume, qui au milieu de ces contrariétés n a souffert aucune atteinte. Car ce n'est pas seulement Paul IV qui, malgré tous les
vaise /?n.. Si je lisais dans Soave des réflexions de cette espèce, je ne l'accuserais pas de malignité pour avoir regardé comme une permission divine que le caractère inquiet de Paul IV et l'ambition du neveu n'aient pas obtenu ce que l'un et l'autre souhaitait d'avoir au préjudice de la couronne d'Espagne.
Soave s'est encore avisé de mordre tout ensemble le duc d'Albe arec le roi et le pape, lorsqu'il a dit que le duc, tout vainqueur qu'il était, fut obligé à faire Vindigne figure d'aller à Rome recevoir ^'absolution pour le roi et pour lui- même, et ce fut pour lui beaucoup de grâce d'être accueilli par' le pape avec humanité, quoique accompagné de cette grandeur fastueuse qui lui était ordinaire. 11 ignorait donc, je ne dirai pas les lois du christianisme, mais les règles de la morale écrites dans le cœur des hommes les plus grossiers elles plus barbares, lui qui ne savait pas qu'il n'y a point d'indignité pour un fils qui s'incline devant son père, et que le père qui prend devant ses enfants une contenance majestueuse , surtout si elle est nécessaire pour maintenir son autorité, ne montre pas un esprit fastueux,- mais la vertu propre d'un homme de bien. Pour ce qui est du reste, je ne veux pas examiner en général si les manières de Paul étaient fastueuses , ou non. Mais dans l'occasion dont nous parlons, quels honneurs, quelles amitiés ne fit-il pas au duc qui le visitait? Le loger au palais dans l'appartement magnifique de son neveu ; lui donner une place à la chapelle papale après les cardinaux; l'inviter à dîner avec lui et
désastres de celle guerre, finit par obtenir ce tout le collège, assis en face du doyen : et ce
(jui en était l'occasion, savoir : la puissance libre du domaine pontifical; en sorte que le pape n'eût pas les mains liées pour condamner et punir ses feudalaires, malgré la protection que les autres princes prétendraient leur donner. Mais les disgrâces mêmes de Clément VII, si tragiques et si malheureuses, ne nuisirent point à son pontificat, dont la puissance et la majesté reluisirent bientôt dans sa propre personne, plus que jamais Hîspectée des plus grands polenlats : et ses oppresseurs furent, entre les mains de Dieu, comme une verge avec laquelle on punit le coupable, cl qui est jetée au feu : Fronspcrg mourut dans les convulsions à Ferrare, sans pouvoir arriver au carnage de Rome; Rourbon fut tué en y entrant ; la mer engloutit Moncadapeu de temps après; et cette armée de brigands qui ravagèrenl la sainte cité fut divin qui réside et que l'on adore dans le soubientôt la proie d'une contagion funeste, qui verain pontife; force à laquelle aucune majesté fut pour eux une défaiteet un massacre pires humaine ne peut se comparer, et à lacjueile que celui qu'avaient soufferts les armées et aucune animosité humaine ne peut résister. les terres de lEtat ecclésiastique. Ce fut dans 5. Le duc se présenta au pape aussitôt le même sens, comme le rapporte Navagero, après son entrée dans Rome; ce fut le 19 scpque nous avons souvent cité, ce fut ainsi que tembre, à deux heures de nuit (environ huit le cardinal de Saint-Jacques, parlant à son heures du soir), en présence de vingt cardineveu le duc d'Albe, sur l'entreprise qu'il naux. Le malin du même jour, le duc d^
qui passe tout le reste, faire porter à la duchesse sa femme, par le pronotaire apostolique Matthieu Aquaviva, avec titre de nonce, la rose d'or, qu'on n'envoie qu'aux princes souverains qui l'ont méritée : faut-il quelque chose de plus? A la venté le duc écrivit à sa femme qu'à tant de batailles où il s'était trouvé exposé aux plus grands dangers, jamais il n'avait senti son courage s'affaiblir, ni la voix lui manquer, comme l'un et l'autre lui manqua à la présence du pape; mais ce ne fut pas la grandeur fastueuse qui produisit cette impression. Quel faste et quelle grandeur pouvaient déconcerter un duc d'Albe? ce courage héroïque, habitué à converser familièrement avec le monarque le plus puissant et le plus redouté qui fût alors sur la lerre ! Ce fut la force cachée de ce caractère
derniers événements la paix pourrait se con clure sans quelque diminution de la dignité
Guise était parti incognito après avoir fait
partir son armée en différents corps de . . ^
troupes. Le vice-roi, tant en son propre nom royale ; car le pontife n avait pas moins a
qu'en celui du roi, donna au pape les mar- cœur la dignité du roi que la sienne propre ;
ques les plus signalées d'humilité et de sou- que le roi devait faire celte bonneœuvre par
mission. Le jour suivant oïx tint consistoire Le secrétaire Massarelli lut les articles publics du traité et rapporta tout ce que le duc avait dit au pape dans sa réception. Il y fut résolu qu'il y aurait chapelle papale le landemain, fêle de l'apôtre saint Matthieu; que le sacrifice serait offert à Dieu en action de grâces; qu'on promulguerait, à cet effet, un jubilé universel; et enfin, que deux légats seraient envoyés pour procurer la paix entre les deux couronnes. Le cardinal Caraffa était envoyé à Philippe; et sa légation devait servir à sorrer toujours plus le lien de la paix entre le roi calholiqiîe et le souverain pontife. Au roi de France on envoyait Trivulce, qui avait en France son évêché de Toulon. Le vice-roi obtint de Paul IV la délivrance de plusieurs prisonniers du château Saint-Ange. Il n'yenresta que cinq, qui furent
gratitude envers Dieu, qui l'avait placé dans une si haute fortune, et l'avait rendu père d'une si belle famille ; qu'il devait donner celle consolation à l'Eglise, dont il était fils aîné, et tenir pour certain que la victoire la plus éclatante, ou le plus glorieux triomphe, ne pourrait lui donner autant de gloire, ni autant de biens terrestres et célestes, qu'il en recevrait pour celte paix de la part de celui dont les récompenses sont infinies, qui gouverne les princes et dispose du sort. 2. Les commissions données à Caraffa avaient cinq articles : il fallait d'abord proposer la paix universelle, pour laquelle le pape, malgré le poids des années, s'offrait d'aller jusqu'à Nice, ou autre lieu que voudraient les deux rois, pour y traiter la paix de vive voix avec eux. Paul en avait un grand désir, parce qu'il devait en résulter
le cardinal Morone et l'évéque de Gava, pour d'abord un grand avantage pour la chrétien
affaire d'inquisition, et le dataire Osius, qui avait eu précédeniment la confiance du pape, et qui lui était devenu gravement suspect. Enfin deux chevaliers, le comte Petiliano et Jules de la Rovère. Ainsi au milieu des dangers et des besoins de la guerre, pour lesquels les princes deviennent souvent sujets de leurs propres sujets, ainsi s'était raaint(^nue l'intrépide sévérité de Paul qui n'appréhendait pas d'offenser les personnes les plus puissantes par leur grade, par leur crédit, fussent-ils ses ainis intimes, ses plus chers parents, quand il s'agissait de remplir son devoir.