CHAPITRE V
Commissions données à Caraffa et à Trivulce. — Leur départ et leurs négociations.
Trivulce avait deux choses à faire, d'après ses instructions : reinercicr le roi Henri des marques qu'il avait données do sa bonne volonté envers le pape, et ensuite l'exhorter à la paix. 11 devait commencer par ce qui avait rapport aux deux objets, en disant au roi que le saint-père ne perdrait jamais le souvenir de la promesse donnée au cardinal Caraffa de faire la paix à la prière du pape, et selon qu'il le jugerait à propos ; et lorsque des méchants furent venus à bout de tourner la volonté du roi Philippe contre le pape, jusqu'à l'attaquer dans ses Etals, les secours que Sa Sainteté a reçus du roi trèschrélien pourcelte guerre, seront toujours le sujet de sa reconnaissance. De là, passant au second objet de sa légation, il devait ajouter que, puisqu'il avait plu à Dieu de faire succéder la tranquillité au tumulte, le pape revenait aux bons offices qu'il avait primitivement rendus à l'un et à l'autre, en s'eftorçanl de les pacifier; pour en venir à bout il rappelait les mêmes motifs que nous avons meniionnés dans l'instruction donnée au légat Rebiba. Trivulce devait dire au roi, de ne pas se mettre en peine si après les
té : avantage temporel par la paix dont elle jouirait, avantage spirituel par la célébration du concile. Pour lui-même, il en attendait beaucoup de gloire et autant de bienveillance de la part du roi Philippe; d'autant plus que par cette guerre sa gloire était obscurcie et la bienveillance du roi était presque changée en aigreur. Le second article avait pour objet la réparation des préjudices qu'avait soufferts en Espagne la juridiction ecclésiastique. Le troisième était le rappel du cardinal Polus, à qui on avait fait le procès. Caraffa avait porté avec lui ui\e partie des écritures, pour les montrer au roi et à ses ininislres, et pour leur prouver que c'était la raison qui dirigeait cette procédure, et non la passion, comme la plupart se l'imaginaient. Soave en attestant celte mauvaise opinion est véridique, et il est naturel qu'il le soit ; il embrasse volontiers une opinion qui soutient l'innocence d'un grand ecclésiastique, parce que la preuve de cette innocence sert à rendre coupable le prince des ecclésiastiques. Il fait pourtant tout le contraire de ce que fit Polus lui-même. II avait fait pour sa justification une très-forte apologie, où il était contraint par son sujet, à donner, comme on dit, quelque coup de palte au pontife qui le tracassait; il la fit ineltre au net, et on la lui porta dans sa chambre, où il était assis au coin du feu ; s elant mis à la relire, le pieux cardinal, animé d'un zèle héroïque, voulut sacrifier à lacha^ rite et au respect jusqu'à sa propre réputation sur une matière si délicate ; il jeta donc le cahier au feu, en disant ces paroles du Lévilique : Turpitudem patris lui non discooperies; Vous ne découvrirez pas la honte de votre père. Aussi Dieu n'a point permis que sa personne en fût moins estimée, et que son nom passât avec moins de gloire à la postérité. Tandis que Soave, acharné continuellement à dénigrer les chefs de l'Eglise, a bien réussi quelquefois à rendi.e leur repu-
LIYRF. OUATOUZIlME.
tation douteuse auprès d'un certain monde, mais la sienne est partout infâme, et sans aucun doute.
3; Cependant, à dire vrai, encore que la haine contre le» pontife à Rome, et ailleurs l'affection universelle pour le cardinal Polus, nt st)upçonncr dans celle cause plus de rancune que de véritable zèle, celui qui observe dun œil sincère toute la vie de Paul IV ne peut pas lui supposer un esprit si méchant, une âme si scélérate: surtout si l'on considère que le tribunal de l'inquisition était alors dirigé par le cardinal Michel Ghislieri, qui fut ensuite Pie V, sur l'intégrité et la sainteté duquel il n'y a jamais eu diversité d'opinions. Et ce fut à cet homme incorruptible que Paul IV donna dans ce tribunal une si grande autorité que personne après lui n'en a eu de pareille.
4. Au reste, le procès n'attaquait pas seulement le cardinal Polus, mais, comme nous avons dit, bien plus que lui le cardinal Morone. Deux autres prélats illustres étaient encore prisonniers au château : frèro Egide Foscarari, dominicain, à qui Morone avait résigné l'Eglise de Modène,el Thomas de Saint- Félix, évêque de Cava, ci-devant commissaire de Paul 111 au concile. C'est celui dont nous avons rapporté les altercations, au sujet d'une opinion émise par lui sur l'article de la justification. Son opinion le fit traiter d'hérétique par un autre évêque, qui l'injuria gravement. Thomas, n'écoutant que sa colère, tira vengeance de cet aflront. Sa vengeance lui mérita dctre alors chassé du concile et privé de sa charge. Au temps dont nous parlons, il était un des cinq qui habitaient les prisons du château. La vérité est donc que Paul IV a peut-être agi envers les prisonniers dont nous parlons, et plusieurs autres aussi distingués, avec un zèle peu discret, formant des procès contre eux au sçu de tout le monde, sur un genre de crime où, sans que le fait soit prouvé, l'accusation seule déshonore le coupable. Mais on ne peut pas lui imputer d'avoir aimé ou favorisé la calomnie, d'autant plus que les raisons qvî'ÎI pouvait avoir de sa haine contre Polus, et que nous avons indiquées, n'auraient pas porté à une vengeance aussi méchante le cœur d'un mondain sans religion. Encore moins pouvaient-elles exciter un pontife si religieux.
5. La quatrième affaire que Caraffa avait à traiter, c'était de faire venir à Rome Guillaume Peto. Le motif qu'il devait alléguer était le besoin que le pape avait de ses ser- \icos, soit pour le concile, soit pour la réformation. El ce qui est digne de remarque, c'est que, dans les instructions où le pape parle de lui, il est toujours appelé le révérend père, et non pas le cardinal Peto. Ce qui prouve que non-seulement Sonvc s'est trompé, lorsqu'il a dit que Pclo avait arboré la croix et les marques de sa légation, et par humilité n'en avait point fait les fonctions, qu'il avait laissées à Polus ; mais au contraire, la véiité est, comme d'autres ont écrit, qjie Peto n'avait pus môme accepté, ou pris