‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 193 sur 348 · Le cardinal Caraffa fit de ses premières · texte numérisé non relu

Le cardinal Caraffa fit de ses premières

glise et le père de la chrétienté, cl travailler opérations un rapport détaillé au pontife par avec lui à établir la paix et le repos de celte l'entremise d'Ocîavion Reverta, évêque de

chrétienté. Mais cela demandait beaucoup de temps : et qui sait si le roi de France, faignant d'être lui-même disposé à la paix , ne profiterait pas de cet intervalle pour se remettre du terrible coup qu'il venait de rQcevoir,et si, après avoir repris courage, il ne reviendrait pas assaillir ses ennemis , et

ïerracine, qui avait été nonce en Suisse. Mais l'évêque retourna bientôt avec de nouveaux ordres d'insister sur la demande du duché de Bari , en retenant toujours Paliano. Sur ces entrefaites, le duc d'Albe arriva à la cour, el la demande étant proposée aux ministres , au lieu de délibérer entre eux, ils ne

recommencer la guerre? Passant ensuite aux firent qu'exprimer leur indignation sur la innovations qu'on avait faites à la juridic- témérité des Caraffa, qui demandaient au (ion ecclésiastique en Espagne , le roi promit roi un objet de si grande valeur, sans autre

d'en écrire aux ministres qui étaient sur les lieux ; et le pape aurait la bonté d'y envoyer uii nouveau nonce avec qui on traiterait celle affaire. Pour le cardinal Polus, c'était avec la reine qu'il fallait s'entendre: et en effet, le légat, d'accord avec le roi, y envoya son frère, le marquis de Montebello, chargé de lui présenter ses respects; il lui donna pour

mérite pour l'obtenir que le mal qu'ils lui avaient fait. Cependant pour remplir l'obligation qu'ils avaient prise de donner une compensation pour Paliano avant le terme de six mois el le tirer des mains des Caraffa, comme ils y étaient résolus , ils offrirent au cardinal la seigneurie de llossano, avec une angmenlalion de dix mille écus de rente.

compagnon Jérôme de Nechisola, évêque (^aiaffa qui ne rêvait que couronnes et prin-

de Teano , Véronais , religieux de Saint- Dominique , employé par le pape au tribunal <ie l'inquisition, qui donnerait à la reine les informations nécessaires pour celle cause. La venue de Peto à Rome regardait pareillement la reine ; mais Philippe ajoutait que son âge très-avancé ne laissait pas beaucoup

cipaulés , rejeta l'offre avec un mépris dédaigneux. Les ministres, de leur rôle, pour prouver leur exaclilude à exécuter la cor,vonlion , en vertu de laquelle ils voulaient absolument enlever Paliano aux Caraffa, renouvelèrent au cardinal leur offre par un notaire, dans les formes accoutumées, en

à espérer des services qu'il pourrait rendre présence des évêques de Terracine et de

encore. En effet , soit que les soupçons du pontife contrela foi de Polus fussent éclaircis, soit qu'il n'ait pas voulu conlrister la reine, qui répugnait beaucoup à se priver de deux sujets si nécessaires, l'un pour l'intérêt pu-

Pola et de quelques-uns des ministres. Sa réponse fut que cette affaire ne regardait pas lui directement, mais son frère, à qui il fallait s'adresser. Les Espagnols , attentifs à ne rien omettre de ce qui était nécessaire à

blic de la religion , l'autre pour la direction leur cause, eurent recours à Ascagne Caparliculière de sa conscience , on laissa lan- rarcioli, agent du roi Philippe à Rome, pour guir cette affaire, jusqu'à ce qu'elle fût ter- faire présenter l'offre susdite au duc de Pa-

8in

UMXfi QUATOIlZlhME.

liano pnr aclc notarié. Le duc était malade, cl il avait en ce moment avec lui les deux cardinaux Rebibn et Vitellio; il demanda du temps pour prendre l'avis du pape, d'après le(îuel il donnerait sa réponse. C'était une mesure de précaution; mais sans y penser, il trahit le secret du pape, qui ne pouvait plus dire qu'il ignorait la convention secrète , ce qui lui fut très-sensible. Aussi le duc, dans la suite, écrivant à un de ses amis, lui dit que celte convention secrète avait été la première cause de leurs désastres. Cette sentence , mal entendue, a lait croire à quelques-uns que le pape avait châtié ses neveux pour avoir fait à son insu et contre sa volonté cette seconde convention ; ce qui est faux, puisque le contraire a été démontré jusiju'à lévidence.

11. Cependant le cardinal Caraffa baissait apercevoir dans sa personne beaucoup d'aigreur el un dépit amer contre les ministres espagnols qui avaient fait échouer toutes ses demandes. Ce qui le chagrinait surtout , c'était la présence de Marc-Anloine Colonne et Ascagne de la Cornia dans celle cour, où ils affcclaient toujours de se mettre en avant, faisant contre lui tout ce qu'ils pouvaient. Leurs motifs n'étaient pas seulement la vengeance des offenses reçues , mais encore l'espoir de l'obliger à se réconcilier avec eux en obtenant leur grâce; ce qui aurait levé en partie les obstacles qui s'opx^osaient à ses desseins. Les refus qu'il essuyait lui étaient d'autant plus sensibles, qu'il les attribuait à ses ennemis. Pour leur réconciliation, il ne fallait pas y penser, son oncle lui on avait fait défenses expresses par le retour de l'évêque de Terracine, et son frère lui avait écrit de ne pas entamer cette affaire, vu que les Colonne étaient condamnés pour des crimes étrangers à la guerre. Il était de l'intérêt commun des princes de maintenir cet usage que les souverains soient libres d'en agir co:i;me bon leur semble avec leurs vassaux. Colonne, en particulier, était un boule-feu et un perturbateur (ju'on devait éloigner, autant qu'il se pourrait, sans donner matière à ses déporlements. Le roi d'Espagne serait-il bien aise que le pape l'obligeât à laisser impuni un sujet conime Colonne, puissant comme lui, et qui mettrait le désordre dans ses Etats? D'après ces réflexions, le cardinal voyant que sa demeure dans cette cour ne lui procurait aucun des avantages dont il s'était flatté, prit le parti de s'en éloigner, pour se conûner dans un monastère, comme un hoiiime qui a reçu des mortifications et qui prépare déjà son départ. Philippe, qui réglait ses actions, non sur ce que les autres méritaient, mais sur ce qui pouvait être utile à lui-même, descendit de sa haule majesté pour apaiser le cardinal en courroux ; craignant que s'il retournait, ce ne fût pour souffler de nouveau la guerre cl le ttunulto dans ses Etats d'Italie, il lui envoya quelques-uns des principaux minislH'S pour lui dire les paroles les plus engageantes et le presser aiîeclueusement de revenir à la cour. Le cardinal se rendit, et

le roi, après un accueil plein de bonté, le pria d'abord de l'excuser s'il ne se déterusinait pas toujours à faire ce qu'il souhaiterait par inclination , étant obligé de se conformer aux sentiments des ministres que son père lui avait laissés. Leur habileté et leur expérience lui étaient d'un grand secours ; et sans eux sa main, encore nouvelle, aurait-elle pu tenir les rênes d'une si vaste monarchie? Ses ministres n'étaient pas toujours d'accord entre eux ; leurs sentiments quelquefois, et d'autres fois leurs passions étaient contraires, et s'ils disputaient entre eux, c'était lui qui en souffrail*'lc dommage. Il ajouta qu'il ferait bien d'aller à Rome, où ses ambassadeurs plus voisins des terres dont il s'agissait, et mieux informés de l'état des choses, auraient ordre de traiter avec lui et avec le duc son frère, et de les contenter l'un et l'autre. Il l'exhorta beaucoup à faire accorder le pardon à Marc- Antoine Colonne, qui avait pour lui beaucoup de parents et d'amis, beaucoup de valeur el d'audaco ; qui n'aurait jamais de repos et n'en laisserait point aux autres, tant qu'il se verrait dépnuiilé de ses biens. 11 lui fit observer que l'intention de procurer le repos public rendait honnêtes et par là honorables toutes les aclions ; que les Caraïï'a devaient prendre exemple sur le roi d'Espagne qui, malgré l'avantage des forces supérieures, avait conclu sa paix avec le pape à des conditions si désavantageuses. De plus, la considération d'un prince tel que lui, qui n'a pas voulu les contraindre par obligation à celle démarche, qui maintenant les en supplie, et qui certainement peut récompenser ce service par des services plus grands, èoit publics, soit particuliers; cette considération suffit sans doute pour que chacun regarde ce pardon accordé comme un acte de générosité et de prudence. Enfin le roi, pour marquer au légat l'estime particulière qu'il avait de lui personnellement dans la famille des Caralîa, finit son discours par la promesse d'une pension de 12,000 écus. Le cardinal, en partie adouci par les 12,000 écus, en partie s'accommodant à ne vouloir que ce qu'il pouvait, remercia le roi et vint trouver le pape.

12. Il le trouva peu satisfait de cette légation, soit parce que le légat avait transgressé les ordres en faisant ses demandes au nom du pape, qui se trouvait ainsi exposé à la honte dun refus par une demande peu honorable, puisqu'elle ne regardait que son intérêt parlicuiier; soit parce quil avait amené l'affaire à un tel point, qu'après les protestations publiques faites par les ministres du roi, le pape ne pouvait plus continuer celte dissimulation que par honneur il avait toujours observée au sujet des conventions du second traité. Et comme entre le cardinal et son frère la diversité des caractères cl la jalousie de l'autorité avaient plus de force que la conjonction du sang, Paul soupçonna que si la négociation n'avait pas réussi, c'était une négligence de la part du cardinal, ou [)eut-êlre encore une diligence

Au re^te, l'absence un peu trop prolongée du général ces sortes de conférences, mais parce

neveu, comme il arrive souvent aux favoris, laissa croître dans le cœur de l'oncle ces épines funestes dont la semence n'aurait p.is fait tant de progrès s'il avait été présent pou? les arracher.

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