‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 194 sur 348 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Diète de Ratisbonne. — Colloque entre les catholiques et les hérétiques, —Les Autrichiens demandent la communion sous les deux espèces. — Charles V renonce à V Empire. — Le pape refuse de reconnaître Ferdinand pour empereur.

1. Pendant qu'aux environs do Rome on faisait la guerre temporcllcmenl , des batailles spirituelles avaient lieu en Allemagne. La nouvelle'dicte fut tenue à Ratisbonne sur la fin de 1556 tt continuée en 1557. Le roi Ferdinand, qui se voyait contraint à déterminer une des quatre manières propres à ter-

que ne pouvant empêcher ce colioi|ue profane, dangereux à la religion, il voulait aii moins (juc la partie catholique eût des défenseurs savants et fidèles. Rien plus il envoya lui-même de Rome un docteur qui, assistant comme simple particulier , mettait toute sa diligence et son savoir à parer les coups portes à la religion. Ce docteur avait même l'ordre de dénoncer comme illicite cette réunion qui traitait les matières de foi sans la volonté antécédente du souverain pontife. Cette tentative fut heureuse; carie roi ayant nommé pour président du colloque Jules Flug, évoque de Naumbourg, grand zélateur de la foi orthodoxe, les catholiques, sans doute par le conseil du président, demandèrent les premiers que , puisque en vertu de tant d'ordonnances impériales, on ne devait admettre dans les diètes que les catholiques et ceux de la confession d'Augsbourg , il fallait avant toutes choses que l'as-

mincrles controverses en matière de religion, semblée s'accordât à rejeter toutes les autres.

n'étant assisté d'aucun ministre du pape qui pût lui servir de guide, de l'avis des princes ecclésiastiques, jugea que le moyen lo moins mauvais serait un colloque, vu que le concile général, outre que dans ce temps, comme nous avons dit, il ne plaisait ni aux hcréti-

A celte proposition, cinq députés hérétiques consentirent; mais les sept autres s'y refusèrent, en disant qu'il ne fallait pas condamner ces sectes dissidentes, sans les entendre. 3. Soave dit en cet endroit que les sept députés hérétiques parlèrent de la sorte, par-

ques , ni aux catholiques , ne pouvait être ce qu'ils avaient conipris l'artifice des cathoassembîé sans le pape. Renvoyer les articles liques, qui voulaient affaiblir les protestants, (le la religion ou à quelque concile national en les séparant des Zwingliens, anabaptistes

ou à la diète, était un commencement de " '■"" ^"'■' "* •-"■■ - ■ — '"- •":"— '•• - «

schisme nuisihle à la foi qu'il exposait à un grand risque , tandis qu'au jugement du roi, on pouvait, en intimant le colloque, y mettre telles réserves que les définitions qu'on aurait établies demeurassent comme suspendues et dépendantes d'une puissance supérieure. C'est ainsi qu'il fut réglé en terminant

la diète le 13 mars 1557. On y décréta un colloque, pour lo mois d'août prochain, à Worms.dans lequel on choisirait douze députés pour chacun des deux partis, et le roi apposa au décret une condition dont Soave ne parle pas, savoir : que les députés devraient conférer et consulter ensemble sur le mode de la concorde, et en faire leur rapport au roi, qui déterminerait ce qu'il y aurait à faire de plus opportun pour la religion. Or bien que dans le décret le pape ne fût pas uommé, comme il aurait convenu, néanmoins les conseillers du roi dirent à un secrétaire (que lo nonce Delfini avait laissé au colloque pour y faire quelque bien, quoique sans aucune représentation personnelle ) , qu'il fallait pardonner cette omission au malheur des temps; mais que la détermination réservée au roi devait s'entendre selon la raison et le bon sens , c'est-à-dire avec la dépendance de l'autorité du pape

et autres. Cela est vrai ; mais puisqu'il y a artifice des deux côtés, voyons celui qui est louable, et celui qui est sacrilège. Les uns préféraient l'avantage d'augmenter et fortifier leur parti à la sincérité de condamner des sectes qui , de leur aveu , étaient contraires à l'Evangile. Les autres s'étudiaient à diminuer les forces que leurs ennemis se procuraient par une politique coupable, ou à manifester au public trompé celte politique irréligieuse des novateurs. Le résullal de celte dissidence fut que les cinq députés protestants quittèrent la séance, etaprès eux les catholiques se retirèrent aussi, et le colloque fut dissous avec bien peu d'honneur pour le parti hérétique. Ainsi furent épargnés cà la religion ancienne tous les préjudices qu'auraient pu lui causer lesdécisions d'une assemblée qui n'était ni convoquée, ni gouvernée au nom et par l'autorité légitime de l'Eglise. Les protestants néanmoins (îonservèrent toujours, même après la conclusion de la dernière diète de Ratisbonne, ces libertés que les diètes précédentes leur avaient accordées en attendant la concorde finale.

k. Ces libertés accordées par l'autorité de Ferdinand, sous sa présidence et en son nom, irritèrent beaucoup le pape contre lui. A cela se joignait encore la facilité avec la-

2. Cela n'empêcha pas que Delfini n'en fît quelle il avait suspendu l'exécution des édils

des reproches aux ecclésiastiques qui y avaient consenti ; mais ceux-ci répondirent qu'ils avaient présumé le consentement du pape, puisqu'il avait laissé venir de Rome le jésuite Pierro (]anisius, un des députés do la partie catholique; mais si le pape l'avait permis , ce n'est pas qu'il désapprouvât en

sévères portés dans ses Etals d'Autriche contre ceux des laïques qui voulaient prendre la communion sous les deux espèces. Il donnait pour raison que ces peuples voyant l'usage établi dans la Rohême et d'autres pays voisins et sachant que le cardinal Coniarini dans la diète de Ratisbonne s'était montré disposé à

LIVHK QUATORZIEME.

leur obtenir du pape celte permission ; et -; que son frère, pour lui faire changer d'avis,

que les deux nonces Bertano et Lippoma- employa les instances de Ferdinand, archi-

ni en avaient apporté l'autorisation pour duc d'Inspruck, son second flls, et peu après

l'Allemagne, voulaient absolument avoir le lui envoya Maximilien et son fils aîné roi de

même privilège, puisque la chose n'était pas Bohême et gendre de Charles. Il demeura iné-

défendue par le droit divin ; et le vulgaire branlable dans sa résolution. Il avait déjà

trouvait dans cette pratique un trésor spiri- commencé à l'exécuter, en députant Guil-

tuel inappréciable. Ils avaient donc conjuré laurne de Nassau, prince d'Orange, à la diète

~ " aucun des électeurs pour faire le renoncement solennel du titre et des marques de la dignité

ensemble de ne donner à Ferdinand ,

subside, ni autre secours contre les Turcs s'il

n'écoulait pas leur demande. Lui cependant, impériale, de telle sorte que, sans attendre

malffré la nécessitcet l'embarras où il se trou- l'issue de celle ambassade, il s'était retirédans

vait,ne leur avait rien accordé positivement; il n'avait fait que relâcher la rigueur de ses ordonnances, lesquelles ne diminuaient en rien les peines spirituelles de l'Eglise, ni les temporelles portées par les lois civiles , contre ceux qui exercent des actes qui font supposer l'hérésie intérieure. Or c'était une véritable hérésie de vouloir cette manière de communier que le pape avaitdéfendue, puisque cela faisait supposer dans la personne quelque erreur sur la présence de Jésus- Christ tout entier sous chacune des deux espèces, ou du moins quelque doute sur la puissance de l'Eglise.

Celte aversion du pape pour le roi Ferdinand avait un troisième motif. C'était l'éducation qu'il avait donnée à son fils. 11 l'avait presque livré aux luthériens qui ne le quittaient pas. Les prédicanls luthériens avaient toute liberté à la cour. Le pape en était in

un monastèrede religieux hiéronimites,en Espagne,pour y mener une vie spirituelle exempte du soin des affaires du monde. Ferdinand qui avait prolongé long-temps celte diète , dans l'espérance que Charles se rendrait enfin à ses prières, voyant que les prières n'y faisaient rien employa l'autorité des électeurs (jui, réunis à Francfort, refusèrent tous la déclaration du prince d'Orange. Mais lui qui avait des ordres précis et en bonne forme , leur représenta qu'il n'entrait pas dans ses fonctions de porter aucun autre message à son maître, qui n'était plus en ce monde , mais d'effectuer la cession, et de rendre les attributs de l'Empire aux électeurs, par qui ils avaient, été donnés. Or cerenancementde la couronne impériale eut lieu îe 24 février fêle de saint Matthias, apôtre; c'était le jour de la naissance de Charles, et celui où il avait eu les plus grandes prospérités et en

formé par le rapport du nonce Lippomani, particulier le jour où il avait reçu la couron-

qui avait traversé l'Allemagne pour aller à ne impériale des mains de Clément Vil ,

sa nonciature de Pologne. Ferdinand avait à Bologne. Après cet éclaircissement les

permis à son fils celle fréquentation des lu- électeurs déclarèrent le roi Ferdinand suc-

thériens pour des raisons de politique. Comme cesseur de Charles, et il prit le titre d'empo-

il avait beaucoup de luthériens dans ses Etats reur. Il s'empressa d'en faire porter la nou-

il était bien aise que son fils gagnât l'affec- vellc au papepar son ambassadeur Martin

tion de ses sujets futurs tant hérétiques qu'or- Gusman. Mais le pape refusa l'ambassade,

Ihodoxes , afin que les Allemands tous en- ne croyant pas pouvoir reconnaître Ferdi-

îins de Char- nand pourempereurlégitimesanspréjudicier

semble s'opposassent aux desse les dont nous avons parlé ailleurs. Charles voulait faire en sorte qu'après la mort de Ferdinand son frère, l'Empire retournât à son fils Philippe.

5. Ce fut donc pendant que le pape était si méconlent de Ferdinand pour le motif de la religion, que l'empereur Charles V voulut se démettre de toutn souveraineté et de son vivant renoncer l'Empire à son frère, roi des Romains. Cette démarche fut regardée comme un artifice par certaines personnes qui savent plutôt imaginer que connaître et expliquer les ressorts de la politique humaine. Ils ont supposé que Charles, par l'abandon qu'il avait déjà fait de l'autorité et du gouvernement cl par le renoncement actuel de la dignité impériale, voulait faire entendre à Ferdinand et aux Allemands combien il importait pour conserver l'Empire et le défendre contre les Turcs, qu'une seule main tînt le sceptre puissant de ses royaumes patrimoniaux, avec le sceptre majestueux et superbe,

au siège apostolique , et sans mettre la foi catholique en danger.

G. Le préjudice consistait en ce que les empereurs d'Occident et leurs électeurs ayant été établis par le siège apostolique, et les papes ayant depuis très-longtemps celte prérogative que personne ne pouvait obtenir cette dignité sans leur confirmation , il no semblait pas qu'on pût reconnaître pour légitime, ni la cession de Charles, ni par conséquent la substitution de Ferdinand , où l'autorité pontificale n'était pas intervenue. C'était bien par l'autorité pontificale que Ferdinand avait été fait roi des Romains; mais une telle qualité ne donne pas le droit de succédera l'Empire, sinon au cas que l'Empire soit vacant pour cause de mort. Dans toutes les autres vacations une nouvelle approbation du pape est requise, pour rendre valide tant la vacation elle-même que l'élection.

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