CHAPITRE VIII
Mort de la reine Marie et du cardinal Polus. — Elisabeth succède à sa sœur. — Changement de religion en Angleterre. — Paix de Cambrai entre les deux couronnes.
1. Pendant que le pape était affligé de ses malheurs domestiques, il ne l'était pas moins des tristes événements qui se passaient dans les pays étrangers, événements plus nuisibles au bien publie, et auxquels sa puissance ne pouvait apporier aucun remède. La reine Marie était morte en Angleterre, d'une lente hydropisie, qu'on avait prise d'abord pour
un acte illégitime, et fait sans raulorisaliou du siège apostolique; que néanmoins, si ou le prenait pour arbitre de celle cause, il aurait fait à la princesse toutes les faveurs qu'il lui serait permis de faire.
3. Plusieurs auteurs, que Soave n'a pas manqué de suivre, attribuent à celle diireié de Paul le parti que prit la nouvelle reine de se déclarer ouvertement pour l'hérésie : ce qui entraîna la perte de l'Angleterre. Spon- (lanus en juge autrement : il observe Irèsbien (jue la S(>nlen(e rigide et impérieuse de Paul IV a pu être trop sèche et prononcée avec trop de hauteur ; mais que dans la substance de la détermination, où consistait le refus, il n'a pu faire autrement. D'abord la
une grossesse, ce qui aurait été un sujet de justice le voulait ainsi. Le roi Henri lui avait
joie plutôt que d'inquiétude, mais la maladie connue fut aussitôt déclarée incurable. La reine cessa de vivre le 15 novembre 1558 ( Soave n'est pas d'accord avec nous , mais c'est son ordinaire de se tromper sur les dates ). Le cardinal Polus ne survécut à la reine que de snize heures. Ainsi tombèrent dans un même jour les deux gonds qui soutenaient la religion catholique en Angleterre. L'un la soutenait par la puissance, l'autre par la sagesse, et tous les deux par le zèle. Cette nouvelle arriva à Rome le 22 décembre, auquel jour le pape avait célébré un service solennel pour l'erapcreur Charles V; ce fut pour lui une sensible affliction et un grand sujet d'inquiétude sur le salut d'un royaume qui , après une maladie très-grave, n'était pas en-
core gueri.
2. Deux femmes concouraient pour la succession au trône. Elisabeth, soeur puinée de
parlé en faveur de sa belle-fille, qui était l'héritière légitime et véritable, d'après la sentence de Clément VII , qui annulait le mariage d'Anne de Roulen, lequel fut également déclaré nul au parlement d'Angleterre sous le règne de Marie. Outre cela, il était visible que l'ambassade d'Elisabeth elles devoirs qu'elle paraissait rendre au siège, n'avaient pour but que d'endormir le pape, jusqu'à ce qu'elle eût suffisamment afl'ermi sa puissance : après quoi elle aurait jeté plus librement le masiiue, que la peur lui avait f.iil prendre sous le gouvernement de Marie. Si elle l'avait encore, c'était son ambition qui le lui faisait ganler, dans l'incertitude de sa nouvelle principauté. On savait d'ailleurs que Elisabeth, sous le règne d'Kdouard, avait laissé voir des senlijnenls héréti(iues. Son honneur même et celui de sa mère semblaient l'exiger, puisque, selon la doctrine
la défunte reine, qui l'avait jusqu'afors tenue catholique, elle n'élait qu'une bâtarde et sa
sous bonne garde. La prisonnière, par respect humain, avait caché ses sentiments sous le voile du catholicisme; mais le voile était si transparent, qu'à des yeux clairvoyants il laissait apercevoir l'hérésie. L'autre était Marie, reine d'Ecosse, mariée depuis peu à
mère une concubine ; en sorte que, à ne consulter que la justice, l'honneur el le bon sens, il était à propos de s'opposer à ses vues ambitieuses. Il ne fall.iil pas réchauffer la vipère encore froide et lui donner des forces pour s'en faire mor>lre, à la honte et au pé-
François, dauphin de France Cette princes- ril de celui qui aurait fait la sottise. Que dise, connue nous l'avons précédemment dé- rons-nous maintenant de noire So;ive, qui montré était petite nièce de Henri VIII, et la paraîl cnlbousiasmé de cette admiiable pru
plus proche parente de la race royale d'An gleterre, après Elisabeth, qui avait contre elle le vice de sa naissance. Cependant les Anglais, déterminés en partie par la raison plus sensible et plus favorable d'une plus grande proximité, en partie par le testament de Henri VHI, fait avec la concession des Etats , el l'on peut ajouter pour troisième motif celle haine innée contre les Ecossais et contre les Français, mirent bientôt sur le trône Elisabeth, bien que Marie eût déjà pris le titre de reine d'Angleterre, et prétendît faire valoir ses raisons. Elisabeth se fil sacrer par un évoque catholique, et soigneuse d'aplanir partout les obstacles, elle écrivit à l'ambassadeur de la défunte reine, résidant à Home, pour qu'il eût à notifier au pape son élévation au trône, et tout ensemble assurer Sa Sainteté qu'on ne ferait violence en An-
tlence d'Elisabeth, lorsqu'elle délibère sur les moyens de rétablir l'hérésie? Veut-il parler d'une prudence lyrannique qui vise seulement à l'intérêt d'un souverain qui opprime son peuple? nous ne voulons pas disputer avec lui. Mais s'il s'agit d'une prudence politique, qui a pour objet le repos et la félicité temporelle des peuples, jetons un coup d'oeil sur l'état présent de l'Angleterre, et nous verrons co nment la prudence d'Elisabeth la rendue heureuse.
4. Celte plaie faite au christianisme eut cependant une compensalion, en ce que une ^ulre plaie fut cicatrisée, de laquelle avait, coulé tant de sang. La paix définitive entre Philippe et Henri fut signée à Cambrai, le 3 avril 1559. L'aruiée de Philippe, commandée par le vaillant comte d'Egmont, acteur tragique des troubles qui agitèrent la Flandre,
livra batailio et remporta une nouvelle victoire sur les Français commandés par le seigneur de Termes. L'action se passa près de Gravclines en Flandre ; mais bientôt Anne de Montmorency, connétable de France, qu
celui qui voudra attribuer à l'ambition une bonne œuvre extérieure quelconque, honnête de sa nature, ne pourra être convaincu d'erreur, mais peut-être d'une envie blâmable. Quant au dessein de s'enrichir, c'est là
était demeuré prisonnier des Espagnols avec que la calomnie est manifeste, non-seulement
toute la fleur delà noblesse française, devenu médiateur, proposa et conclut *Ia paix. Les conventions furent que l'on rendrait de part et d'autre ce qui avait été pris t.int à la partie adverse qu'aux princes confédérés. D'après ce compte, les Espagnols ayant remis aux Français trois seules places de peu d'importance, ceux-ci, soit dans la Flandre, soit en Savoie, en Piémont, dans le Montfcrrat, la Corse, la Toscane et autres lieux, rendirent cent quatre-vingt-dix-huit forteresses à mettre garnison, outre les places moins importantes ; ce qui, tout ensemble, aurait fait le tiers de la France. Tout cela cependant ne vint pas au pouvoir des Espagnols, mais dos seigneurs qui avaient suivi leur parti. Pour serrer davantage le lien de la paix, deux mariages furent conclus. Isabelle, fille du roi
par ce que l'on pourrait aussi bien(blâmer toutes les lois de confiscation portées contre l'assassinat, la rébellion et autres scélératesses qui ne sont ni aussi impies, ni aussi nuisibles que l'hérésie; mais encore parce que, au lieu que les princes fauteurs de l'hérésie se sont enrichis par le pillage des églises, et ont dévoré en un moment tout ce que la piété de leurs ancêtres et des peuples avait donné à Dieu en plusieurs siècles, tout au contraire, ceux qui font la guerre aux hérétiques, entretiennent à grands frais quantité de séminaires et d'écoles, oij l'on élève des sujets qui exercent leur langue et leur plume à combattre l'hérésie. Les mêmes font bâtir des églises et d'autres édifices somptueux, pour des œuvres de religion. Ce n'est pas avec le produit des confiscations faites sur les héré-
Henri, fut mariée au roi Philippe, et Margue- tiques qu'ils peuvent construire ces édifices.
rite, sœur du même roi, épousa Philibert Emmanuel, duc de Savoie. Une des conditions de la paix fut encore que les deux rois, de concert, travailleraient à la reprise du concile œcuménique pour faire cesser toutes les disputes de la religion.
5. Soave, en parlant des progrès que faisait l'hérésie en différents pays, les attribue à des personnes consciencieuses. Je n'ai à
Ce produit, en comparaison des frais que ces constructions occasionnent, c'est un ruisseau comparé à la mer.
6. Soave aurait dû s'apercevoir que son raisonnement, pour des hommes sensés, devenait une louange tacite des défenseurs du parti catholique, puisqu'il nous prouve que cette défense est tellement exempte de taches véritables, que la malignité qui veut les dé-
lui répondre que ce que j'ai dit plusieurs peindre n'a pu trouver des couleurs qui cm
fois, mais qui ne peut trop se redire en pa- ~'~'^ * ' "'" ' "" "' "" ""
reil sujet : que l'on mette vis-à-vis l'un de Fautre le christianisme hérétique et le catholique, et que l'on examine de quel côté se trouve une plus grande abondance de piété et d'innocence. Supputez dans l'un et dans l'autre parti le nombre de ceux qui se donnent tout entiers au service de Dieu, à l'exertice de l'oraison, aux œuvres de charité envers le prochain, à l'observance, non-seulement des préceptes, mais encore des conseils, à la mortification des sens, au mépris de tous les biens temporels, ne vivant que pour lame et pour l'clernilé, et que, après ce calcul, on décide de quel côté la conscience travaille le plus. Il a encore avancé que le cardinal de Lorraine, au nom du roi de France, et l'évcque d'Arras pour le roi d'Espagne, convinrent que l'on procéderait avec sévérité à l'extirpation de l'hérésie. Mais, dit-il, tout le monde comprit que le véritable motif
d'un pareil accord fut l'ambition et le dessein deiix théologiens, joints à l'ambassadeur Var de s'enrichir de la dépouille des condamnés. gas, après plusieurs mois, obtinrent du pape Pour ce qui est de l'ambition, je ne puis don- l'institution de trois nouveaux anhevêchés
péchassent de voir le mensonge; et ce que je dis a été prouvé par les faits. I-c roi Philippe, d'après les avertissements reçus de son illustre père, et par sa propre expérience, avait compris que rien ne préserve mieux les peuples de la contagion qui les environne que de nmltiplier les gardiens, afin qu'un seul visage ne soit pas obligé à observer, ni une seule main à défendre plusieurs parties éloignées l'une de l'autre. Voyant donc qu'il n'y avait pour lors que quaire évéchés en Flandre, trop pctil nombre pour tant de provinces si peuplées, il pensa à les multiplier, puisque les pièges que tendait l'hérésie voisine se mullipliaiont au détriment de tant d'âmes. Après avoir consulté sur cette affaire les docteurs de Louvain, il envoya expressément à Home François Sonnius, théologien de cette faculté, qui avait élé précédé paru» de ceux que Ferdinand avait choisis pour la dispute contre les députés protoslanls. Ces
ner une réfutation évidente, vu que toute action extérieure honnête étant glorieuse à celui qui la fait, devient par là un objet d'ambition. D'où il s'ensuit que l'amour de ce qui est honnête et l'ainbition, comme l'observe saint Augustin, dans son livre delà Cité de Dieu, ne se distinguent pas par la différence
et onze églises catbédr îles. L'institution fut faite par Paul IV et par son successeur Pie IV. Ces nouvelles églises furent dotées par l'application de plusieurs revenus ecclésiastiques, et le prince, ouvrant avec largesse le trésor royal, assigna à chacun des nouvenux évéchés une pension annuelle de quinze cents
des œuvres, mais par l'intention qui est dans écus d'or, jusqu'à ce qu'ils fussent pourvus le cœur; et le cœur d'un homme n'est pas d'autremanière. Gettelibéralité royaie aurait visible aux autres hommes. En conséquence, dû être agréable à ces peuples assiégés par