acte de violence , qui n'avait eu pour objet Paul IV
que de soustraire les ministres du duc aux PREMIÈRE LETTRE insultes du peuple qu'ils avaient maltraité,
et qui voulait prendre sa revanche. Il pro- Vous avez comparé dans votre lettre la mé-
mettait du reste l'obéissance à ce qui serait Ihodc du critique qui a censuré mon histoire
décidé , ou par les cardinaux actuellement, à celte invention qui par le moyen d'un verre
ou par le pape futur, et qu'en attendant il artificiel, mis devant les yeux, fait paraître
évacuerait la place. laids et difformes les objets les plus beaux.
9. Cependant la réponse des barons, que ^^"is peut-être il a voulu employer le secret
nous venons de rapporter, qui laissait les ^'^ ^^^^ contraire, pour faire paraître fort
citoyens tumultueux exposés au châtiment, ^^«" c^^ Çui est, sinon difforme, au moins tri-
atliédit par le froid de la peur ces fureurs ^'«^ ^^ commun. Pour moi, laissant à part
enflammées. On commença à mettre quelque ^^* louanges qu'il me donne, puisque ce serait
modération à l'insolence des premières dé- orgueil de ma part d'en parler, fût-ce même
marches; les deux frères Caraffa séculiers pour les réfuter, comme ne m'étantpas dues,
furent bannis, mais on excepta les deux car- J^ ^«'^ /«î/e dans cette lettre ce que je n'ai pas
dinaux, dont on respecta le grade, en profes- encore fait, et dire quelques mots sur celte
sant que cet édit de bannissement était con- censure. Car comme il me fut dit que l'auteur
forme à la volonté du pape défunt, qui avait ^^ ^'^^^^ satire s'était caché sous un nom em-
lui-même banni ses neveux. Les chefs de la prunté, pour débiter plus à son aise des phra-
sédition comparurent ensuite devant le sacré ses inciviles et injurieuses , je n'ai pas cru
collège, pour supplier qu'on leur rendît Ga- (?**'?' convînt, non-seulement à ma profession
lèse, qui était alors, comme nous l'avons dit, religieuse, mais au caractère d'un homme grave
au pouvoir du duc de Paliano, mais le car- ^^ honnête, d'entrer en dispute avec lui. Je me
dinaldeChrpi, qui présidait à la place de du *"'.* (^onc abstenu de voir ce libelle, ou de l'a-
Bellay, absent par maladie, leur répondit voir entre les mains, ou d'en entendre réciter
par des reproches sévères, sur tant de scé- ^'^<^ ligne. Je sais par expérience que ces so7--
lératesses commises dans ces affreux désor- ^^^ d'écrits ne vivent pas longtemps , et que le
dres ; il les épouvanta par la menace d'une *«* peuple qui, dans la nouveauté en raffole ,
punition exemplaire, et pour que la menace ^^^^'^ bientôt au jugement des hommes instruits
eût son effet, il y mêla l'espérance du pardon; ^^ habiles qui en connaissent et en font con-
ii les exhorta à apaiser le collège par une naître la futilité. Je me suis surtout confirmé
obéissance prompte, et qui ne se démentît ^«^*' cette idée depuis qu'un homme de beau-
pUis : c'était la seule qui pût attirer sur eux la coup de prudence et de capacité, après avoir
clémence et des cardinaux et du futur pontife. *'?* (^l méprisé cet écrit, fut d'avis que je con-
Après ce discours, le conservateur qui par- tinuasseàne pas m'en occuper. J'avoue pour-
lait au nom du peuple, sans excuser ni jus- ^<^^^ •?^'^5 ^o,ns le vouloir, j'en ai entendu par
tifier tout ce qui s'était fait dans ce désordre, '^ rapport des autres beaucoup de choses, dont
et sans que lui-même y eût pris aucune part, quelques-unes me sont restées en mémoire, et
pria les cardinaux d'excuser ce qu'une juste ^^^'^^ qu'elles me reviendront je vais faire dans
douleur poussée au désespoir avait fait en- cette lettre quelques réflexions, afin que si
Ireprendre; il leur fit observer, comme une votre Seigneurie illustrissime entendait parler
preuve du respect des citoyens, la démarche ^^ l'ouvrage, ou à Venise, ou à Paris, puis-
qu'ils faisaient actuellement de venir se jeter q^'' '^ous allez y être représentant de votre ré-
aux pieds des cardinaux, et reconnaître pMique, vous puissiez le faire connaître pour
humblement leur autorité, à laquelle ils pro- ce qu'il vaut à ceux qui sont exempts de pré-
niettaient pour l'avenir une entière obéis- vention et mal informés; car ceux qui sont
sance. Ce fut ainsi qu'au premier jour de ^i'^"' informés n'ont pas besoin qu'on leur en
septembre, douze jours après la mort du /'«'"^e, et avec ceux qui seraient passionnés
pape, la ville se remit en paix. En effet, rien P^ur l'ouvrage, il n'y aurait rien à faire que
ne dispose plus que la crainte à faire revenir d,e n'en point parler du tout.
la paix, lorsqu'on espère que la paix déli- J'apprends que l'auteur est particulière-
vrcra de la crainte. nient affectionné à la famille Caraffa et à l'ordre respectable des théalins ; mais son procède paraît contraire à l'une et ô l'autre; car d'un côté il attribue tous hs désordres du pontifia