‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 202 sur 348 · LIVRE QliATOR/JKMP · texte numérisé non relu

LIVRE QliATOR/JKMP

fin de sanctifier les religieux par la retraite, mais de leur faire exercer la charité envers le prochain. Eh bien , pour commencer par là, ç aurait été pour moi une folie si j'avais refusé à Paul l'expérience des affaires civiles à cause de la vie solitaire qu'il avait menée, fût-ce même parmi les chartreux, puisqu'il ne passa dans la solitude qu'à peine la septième partie de ses années, depuis sa naissance jusqu'à son pontificat. Ce n'est pas de cette solitude que j'ai parlé, mais de cet esprit de retraite, de cet éloignement des affaires séculières, qui était en lui par caractère et par inclination : nous en avons la preuve d'abord dans une lettre italienne imprimée, où le dataire Gibert dit de lui que, par le grand désir de la contemplation, il avait changé ses deux mitres pour un cloître; secondement, par un bref de Jules III, où il sollicite l'empereur Charles V de laisser prendre à Paul la possession libre de son archevêché de Naples ; et où, après avoir détruit la calomnie qui l'accusait d'avoir voulu ôter à Sa Majesté le royaume de Naples, pour le transporter à Paul III , il dit qu'un pareil dessein ne pouvait aucunement s'attribuer à un homme qui était tout entier aux choses saintes, à la lecture, à la contemplation et aux œuvres de la piété. Enfin le conclave de son pontificat , très-bien écrit par un auteur sincère, nous apprend que Rome ne fut pas contente de cette élection, parce qu'en reconnaissant sa bonté . son mérite, on craignait en lui une sévérité extrême , qui n'était pas modérée par l'expérience des affaires civiles. Il n'avait pu, disait-on, dans la retraite où il avait toujours vécu , apprendre ce qui paraît nécessaire pour un gouvernement public. Et en effet , on ne lit nulle part qu'il se soit occupé autrement que d'affaires ecclésiastiques : c'est aussi ce qu'affirment les autres historiens cités dans ma lettre au marquis de Durazzo.

Je dois encore observer que le père llho , lorsque sur la foi des auteurs théatins il raconte que Paul s'éleva contre Mendoza, la dernière fois qu'il protesta dans le consistoire (ce qui n'est pas dit dans les actes consistoriaux , mais en substance cette anecdote est ime contradiction avec la narration authentique qui fut faite de cet événement ) ; le père llho s'exprime en ces termes : Meruit ut, diinisso senalu, fronlis sudorem pontifex delergeret manu. Mais ce mot meruit ne peut signifier ici qu'un mérite sans effet (ainsi que je l'ai marqué dans ma première lettre, où j'ai repris mon adversaire, qui prétendait que le pape eût en effet de ses propres mains essuyé le visage tout suant du cardinal). Je prouve cette négative, non-seulement parce qu'un fait aussi singulier ne peut être qu'une amplification oratoire, mais encer; et principalement parce que les théatins eux-mêmes, qui dan^ leurs Histoires portent au plus haut degré les actions (le Paul , ne disent rien de celle-ci : pas même Caruccioli, dans le manuscrit italien qu'il nous a donné de ,<ta Vie, et que j'ai chez moi (lecardinal Barberini a bien voulu me le prêter) ; et certes, iin fait de cette nature , en pareille circonstance, bien loin de l'omettre, ils l'auraient exposé en termes magnifiques avec toute leur

éloquence. Comment donc le père Rho a-t-il pu donner pour un fait véritable ce qu il n'a pu lire chez aucun des écrivains, même les plus diffus et les plus impartiaux ?

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