‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 209 sur 348 · U\Ï\E QUATORZIEME · texte numérisé non relu

U\Ï\E QUATORZIEME

12. Seconde difficulté. Le concile, deux il lui propose celle des villes d'Allemagne qui fois commencé à Trente, y est demeuré peu lui .serait plus commode, par exemple Code temps et sans fruit, attendu le petit nombre logne, qui a toutes les qualités propices à des princes qui concoururent, tandis qu'un beaucoup de nations chrétiennes, à tous les plus grand nombre, ou présents ou repré- princes de l'Empire, et où le pape pourrait sentes par leurs ambassadeurs, aurait donné arriver par la France et la Flandre sans plus de splendeur et de force à cette auguste beaucoup de peine et sans aucun danger ; ou, iosemblée; c'est donc l'affaire du pape d'en s'il désirait un lieu moins éloigné et d'un

accès plus facile, il pourrait choisir Constance ou Ratisbonne.

15. La cinquième difficulté que l'empereur propose, concerne les hèréliques. Quoiqu'il ne lui convienne pas, comme fils obéissant de Sa Sainteté, de régler la manière dont se doivent traiter dans le concile les affaires de la religion, cependant, par le désir qu'il a d'un heureux succès, il ne peut pas s'empêcher de lui rappeler que les protestants, à la seconde reprise du concile, se sont plaints de la manière dont on les avait traités, en refusant de leur donner le sauf-conduit dans la même forme qu'il fut donné aux Bohémiens parle concile deBâle,et de cequ'ilsn'avaient pas été suffisamment entendus : car ils avaient présenté les articles de leur confession de foi, afin que les Pères, ou leur en montrassent la

augmenter le concours. L'empereur est dans la disposition d'y inviter tous ceux de sa dépendance, et le roi d'Espagne lui a promis d'en faire de même chez lui. Pour ce qui est de la France, l'Angleterre, le Portugal, l'Ecosse, la Suisse, la Pologne et la seigneurie de Venise, et d'autres, il ne peut dire quelles sont leurs intentions : il est donc nécessaire qu-e le souverain pontife fusse à leur égard les démarches convenables, en les invitant, ou par lui-même, ou par de sages médiateurs. Si Sa Sainteté trouvait à propos que lui, Ferdinand, fût un de ces médiateurs, il lui promettait une obéissance fidèle. Quant aux princes cl aux Etats de l'Empire, il était assuré du concours des princes ecclésiastiques et des séculiers catholiques ; mais ceux de la confession d'Augsbourg n'y consenti-

raient pas, à moins qu'on ne leur accordât les fausseté, ou leur permissent de protester con-

conditions exorbitantes qu'ils ont exigées dans la dernière diète. Essayer de contraindre par la force armée des hommes puissants, obstinés, et soutenus par différentes ligues, et par là engager de nouveau la chrétienté à des guerres très-dangereuses, le pape sent bien lui-même combien cette démarche serait imprudente dans le temps où nous sommes. Nous ne parlerons pas de la difficulté qu'aurait l'empereur lui-même, pressé de toutes parts, s'il voulait faire un mouvement qui pourrait même faire douter de la parole qu'il a donnée dans la dernière concorde, qui pacifia l'Allemagne; tout ce qu'il peut faire, c'est de les inviter affectueusement, et avec le plus grand zèle, de venir au concile.

13. La troisième difficulté, ou bien la troisième cause à laquelle on attribuait le peu de fruit du concile, c'était l'absence du pape, qui, au jugement de plusieurs, diminuait beaucoup l'importance et la fermeté des articles définis, au lieu que les synodes anciens, où les papes se trouvaient présents, avaient beaucoup plus de dignité, et leurs décisions étaient des oracles: il est donc extrêmement convenable que celte dernière réunion soit honorée de la présence du pape.

ik. La quatrième difficulté, qui demande considération, c'est la ville de Trente, où le concile, deux fois réuni, n'a pu être tranquille. Pour loger une si nombreuse assemblée, il fallait une demeure vaste, un terrain fertile, un peuple religieux et une situation favorable au concours de toutes les nations. L'empereur ne peut pas savoir si toutes ces qualités se réunissent dans la ville de Trente , il sait même positivement que la première lui manque. Or donc, puisqu'on a toujours dit qu'il était avantageux de tenir le concile en Allemagne, malgré tous les égards qu'il voudrait avoir pour le grand âge du pontife, en lui épargnant la fatigue d'un plus long voyage,

CoNC. i)K Trente. IL

tre les décrets du concile, et ils n'avaient obtenu ni l'un ni l'autre : il fallait donc, avant que de commencer, leur donner satisfaction à cet égard.

16. Enfin la sixième difficulté regarde la reprise même du concile. Le saint-père ayant déclaré que son intention est de continuer le concile suspendu à Trente, de très-grands obstacles vont l'entraver aussitôt. Ce n'est pas que l'empereur veuille, en parlant ainsi, attaquer ou affaiblir les décrets promulgués jusqu'ici, mais parce que cette reprise par continuation ne lui paraît pas possible, soit à cause des protestants, qui sans doute voudront être entendus de nouveau, même sur les articles déjà décides, soit par rapport à quelques princes catholiques [il entendait le roi de France), qui avaient solennellement protesté contre le concile ; il y en aurait même (jui soutiendraient qu'une assemblée si peu nombreuse ne pouvait prévaloir sur le sentiment commun de tous les autres. Ajoutez que la suspension avait été faite pour deux ans, et huit ans étaient passés sans qu'elle fût renouvelée. Au reste, il serait plus glorieux à Sa Sainteté de célébrer un nouveau concile qui serait le sien, que d'en achever un autre dont l'honneur ainsi que la peine appartiendraient à ses devanciers.

Or, puisque la convocation du concile serait si mal aisée, et la réussite douteuse, l'empereur est bien aise d'exposer au pape ses idées sur les divers moyens de suppléer en attendant le concile: d'autant plus que les catholiques mêmes n'étaient pas tous décidés à le recevoir, et quelques-uns craignaient la réforme. D'ailleurs les fruits du concile ne pouvaient être mûrs qu'après plusieurs années, et la nécessité urgente ne permettait pas un si long délai.

17. Cela supposé, bien que toute chair eût corrompu sa voie, la plus grande corruption

IVingt-ncuf.)

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