SOT
paraissait être dans le clergé : beaucoup de saints, dans leurs écrits, en avaient fait leurs plaintes, et depuis lors le clergé n'en était pas devenu meilleur. Les églises presque désertes, l'assistance aux sainis mystères bien rare, beaucoup de licence dans la conduite des séculiers, scandales perpétuels, autant de causes pour le peuple de chanceler dans la foi : il fallait donc commencer par là celle correclion des mœurs. Ce qui attire plus les hommes à la foi, c'est la vertu manifeste de ceux qui l'enseignent; c'est là que le pape doit appliquer ses premiers soins. Faire reprendre au clergé son ancien lustre, en sorte que les clercs ne fussent pas autre chose en apparence, autre chose en réalité : soldats pour l'habit, clercs pour le gain, mais pour les œuvres, ni clercs, ni soldats. A cette réformation l'empereur contribuera de tout son pouvoir. Il propose pour dernière observation que la faiblesse actuelle des chrétiens semblerait demander qu'on relâchât un peu la rigueur des canons, et principalenient sur deux points qui sont extrêmement à cœur, l'un au peuple, l'autre au clergé. Ces deux points sont l'usage du calice pour la communion des laïques, et le mariage des prêtres. La première concession, n'appartenant pas à l'inlégrité du corps de Jésus- Christ dans chacune des deux espèces, est absolument au pouvoir de l'Eglise ; l'Eglise qui, pour de bonnes raisons, avait interdit cet usage, au concile de Constance, les temps étant changés, peut sagement le permettre. Au reste, l'empereur ne demandepas cette faveur pour lui-même, mais il voudrait contenter l'extrême désir qu'en ont ses sujets.
18. Ferdinand s'étendait ensuite sur le second point, essayant de prouver par ses raisonnements la nécessité d'accorder le mariage aux prêtres (1), après quoi il racontait, on finissant, comment l'archevêque de Salzbourg, avec son concile provincial, l'avait prié instamment d'interdire ces deux abus aux peuples de sa domination patrimoniale soumis pour le spirituel à quelqu'un des évoques de sa province; mais que lui, Ferdinand, expert depuis sa première jeunesse dans ces sortes d'affaires, connaissait trèsbien jusqu'où s'étendait son pouvoir; il leur avait" donc notifié ses difficultés dans un écrit que le pape devait recevoir avec la présente lettre, car sa volonté était toujours de traiter avec le pape comme un fils obéissant et un empereur catholique. Toutes ces choses étaient proposées par lui au pape, et soumises à son jugement, et spécialement les deux articles mentionnés; il ne les voulait pa;^ pour lui et pour sa personne, comme aussi il ne les approuvait pas, mais comme on les lui avait donnés à examiner, il les soumettait lui-même au jugement du pape.
19. Le nonce, en envoyant au pape ce mémoire de l'empereur, y en ajouta un autre du cardinal d'Augsbourg, prélat d'une grande autorité auprès de ces deux souverains, et
(1) Nous en dirons quelque chose à la fin de roulage.
d'un grand crédit pour ces sortes d'affaires. Il disait avoir recueilli les conseils suivants des avis que lui avaient donnés des hommes fort zélés, personnages très-respectables, savoir : que les deux concessions ou permissions demandées à l'empereur ne fussent pas accordées avant le concile; qu'on ne se pressât pas de le célébrer, quelque instance que la France pût faire; qu'il était à propos de bien unir ensemble les princes catholiques, pour armer le concile de leur présence et de leurs forces; qu'il fallait surtout faire cela en Allemagne, dans une diète, où les protestants sans doute se fortifieraient, mais oîi les catholiques feraient aussi entre eux uneallianceplus étroite et plus légitime: sans cela le concile serait en butte au mépris, et peut-être aux fureurs de ses ennemis; qu'il ne fallait pas s'obstiner à ne vouloir que Trente, pour ne pas échouer en commençant la route; qu'on pourrait choisir Colmar (en latin Columbinum), \\l\c libre de l'Alsace, peu distante de la Flandre, de la Bourgogne et de la Lorraine, deux fois aussi grande que Trente, entourée de pays catholiques et presque tous autrichiens, et qui, par la proximité du Rhin et la fertilité des provinces voisines, était abondamment pourvue du nécessaire à la vie.
20. Ces écritures firent connaître au pape qu'on faisait avec lui comme on avait fait avec ses prédécesseurs : tout le monde demandait à grands cris le concile, chacun l'y excitait; mais quand il était sur le point de le commencer, il se sentait retenu par les nouveaux délais, par les précautions nouvelles qu'on exigeait : ce qui provenait de l'idée qu'on s'était faite d'un concile qui guérirait l'incurable, au lieu de se contenter d'un concile qui arrêterait les progrès de la maladie et conserverait les membres encore sains: c'était imiter la folle envie de ceux qui, pour se délivrer des douleurs d'une goutte qui ne peut se guérir, prennent des remèdes empiriques qui les estropient et les tuent; la même chose arrivait alors : on demandait au pape le «oncile avec des conditions qui pussent attirer les hérétiques, mais qui auraient rendu le concile funeste aux catholiques; en soumettant à la dispute, comme faillibles, les précédentes décisions, c'était avouer que les futures le seraient aussi, c'était enlever à l'Eglise et à la foi sa force et sa vie; mais c'est une folie assez ordinaire à ceux qui ont du malheur dans une guerre difficile, de demander à leurs alliés précisément ce qui entre dans les vues de l'ennemi commun, et qui, au lieu de l'amener à une réconciliation, le rend encore plus intraitable.